LES SIEURS FOUQUET PERE ET FILS
Dans la Relation de 1640, le Père Le jeune, parlant des bienfaiteurs des missions de la Nouvelle-France, écrit :
'' Mais si nous nous promettons le secours des princes et libéralités des vivants, nous n'avons pas moins le sujet d'espérer que ceux qui nous ont honoré de leurs aflfections et offert leurs vœux à Dieu pour nous durant le cours de cette vie, continueront cet exercice dans le ciel, et ce d'autant plus volontiers qu'ils en connaîtront mieux la nécessité. C'est ici que je sens mon cœur attendri, et se renouvellent tous les sentiments dont il fut saisi à la nouvelle du décès de Monsieur Fouquet, d'heureuse mémoire, duquel il n'y a que Dieu qui com-
prit les tendresses pour nos pauvres sauvages, l'estime qu'il faisait de cette entreprise, le zèle et les libéralités avec lesquelles il en procurait l'exécution. Je ne doute point que la perte d'un homme si utile à l'état, et dont les actions ont mérité une approbation si universelle, n'ait été extraordinairement sensible à l'ancienne France, mais elle me permettra de dire qu'elle ne l'a pas moins été à la nouvelle, la consolation de l'une et de l'autre est que, avulso, non déficit alter, il a laissé un héritier non seulement de sa réputation et de ses charges, mais aussi de ses vertus, et particulièrement de son zèle pour le service de Dieu dans ses contrées. "
II n'y a pas de doute que le Père Lejeune fait allusion ici à François Fouquet, vicomte de Vaux, décédé le 22 avril 1640, et que Louis XIII tenait en si haute estime.
Cet '' héritier des charges et de la réputation " de François Fouquet, il n'y a pas à s'y tromper non plus, c'est le fameux surintendant des finances, Nicolas Fouquet.
On sait que le 15 janvier 1636 la Compagnie de la Nouvelle-France concédait la seigneurie de la Côte de Beaupré à Antoine Cheffault, sieur de la Renaudière. Il était le prêtenom de MM. François Fouquet, Jean de Lauzon, Berruyer de Manselmont, Jean Rozée, Duhamel et Jacques Castillon.
Le même jour, la Compagnie de la Nouvelle-France concédait l'île d'Orléans à Jacques
Castillon, qui agissait comme prête-nom de sept de ses amis. Le conseiller François Foucault formait aussi partie de ce second syndicat.
En toute justice pour la mémoire de François Fouquet, nous devons dire qu'il n'entra dans les associations formées pour acquérir les seigneuries de la côte de Beaupré et de l'île d'Orléans que dans un but de religion.
Après sa mort, sa veuve, Marie de Maupeau, donna sa part de la seigneurie de la Côte de Beaupré à l'Hôtel-Dieu de Québec. L'acte de donation fut reçu le 20 avril 1663 par les notaires Vallon et Demot. Marie Maupeau y déclare agir tant en son nom que comme ayant acquis les droits de messire Basile Fouquet, abbé de Notre-Dame de Barbeau, et se faisant fort de François Fouquet, archevêque de Narbonne, de Nicolas Fouquet, conseiller du Roi, ci-devant surintendant des finances, etc.
Le même jour encore, Marie de Maupeau donnait pareillement à l'Hôtel-Dieu de Québec la part que feu son mari possédait dans le fief et seigneurie de l'île d'Orléans. L'acte de donation fut reçu par les mêmes notaires.
Les seigneuries de la Côte de Beaupré et de l'île d'Orléans ont donc eu comme co-pro priétaire le fameux surintendant Nicolas Fouquet que Louis XIV fit emprisonner pour la vie.