‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 20 sur 49 · L'AVENTURE DE ANNE EMOND · texte numérisé non relu

L'AVENTURE DE ANNE EMOND

On connaît l'expédition du gouverneur de Frontenac contre les Iroquois en 1696.

Il avait fait de grands préparatifs pour aller écraser, dans leurs cantons, ces barbares dont les attaques devenaient de plus en plus meurtrières à mesure que le pays se développait.

Les troupes régulières, toutes les milices, les Abénaquis, de la Chaudière, et les Hurons,. de Lorette, c'est-à-dire près de deux mille cinq

cents hommes, devaient se réunir à l'île Perrot au commencement de juillet, et gagner ensuite le pays des Iroquois.

Une fille de seize ans, Anne Emond, de Saint-François de l'île d'Orléans, dont l'amant avait été appelé sous les armes, s'avisa d'un curieux stratagème pour faire manquer l'expédition de M. de Frontenac.

Après s'être travestie en homme avec les vêtements de son frère, elle se rend à pied au bout d'en haut de l'île d'Orléans.

Là, un naïf canotier consent à la conduire à Québec.

Pendant le trajet, elle raconte au bonhomme qu'elle vient de s'échapper des prisons de Boston, où elle a été détenue trois ans, que M. de Saint-Castin, qui avait d'importantes dépêches à transmettre à M. de Frontenac, a mis à sa disposition un canot et un Sauvage; que ce canot lui a été enlevé, la nuit dernière, pendant qu'elle reposait à l'extrémité orientale de l'île d'Orléans.

Puis elle ajoute que M. d'Iberville, qui s'est rendu devant Boston avec ses deux bâtiments, a été pris et briilé, que les cruels Bostonais l'ont forcée à aider à cette horrible exécution. Elle affirme surtout, à plusieurs reprises, qu'en passant à la Rivière-du-Loup, elle a vu quatre frégates anglaises croiser à la hauteur de Tadoussac et qu'une trentaine d'autres vais-

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seaux de guerre doivent partir bientôt de Boston pour venir s'emparer de Québec.

L'idée était assez ingénieuse. En faisant croire à une attaque prochaine contre Québec, il était évident que le comte de Frontenac renoncerait à son expédition, et que l'amant d'Anne Emond resterait auprès d'elle.

Une fois débarquée à Québec, elle raconte les mêmes sornettes; le canotier, de son côté, les répand dans toute la basse ville. Bref, la capitale fut bientôt dans le plus grand émoi.

Au château Saint-Louis, oii Anne Emond se fit conduire, son accoutrement et ses dires si peu vraisemblables firent bientôt découvrir son imposture.

Arrêtée, elle subit son procès devant M. Chartier de Lotbinière, lieutenant général de la Prévôté.

Le i6 juin 1696, elle était condamnée " à être conduite par l'exécuteur de la haute justice par toutes les rues de la ville, et être battue et fustigée les épaules nues de verges par le dit exécuteur dans les carrefours et lieux accoutumés de cette ville pour ensuite être remise en prison où ses parents viendront la recevoir pour être par eux conduit en l'île d'Orléans, lieu de leur demeure, où ils veilleront à sa conduite mieux qu'ils n'ont fait par le passé à peine d'en répondre et la dite Anne Emond condamnée en vingt-cinq livres d'amende envers le Roi et que les hardes d'homme dont elle s'est

travestie soient vendues à l'encan pour le prix en être distribué aux pauvres de l'Hôpital général. ''

La sentence fut exécutée le surlendemain (i).

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