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LE SIEUR THOMAS MOORE, IRLANDAIS

La chose paraît étrange à première vue mais elle n'en est pas moins vraie: en 1690, un marin irlandais était établi à Saint-Laurent de l'île d'Orléans.

La Compagnie de la Baie du Nord, fon dée en 1684 par des marchands de Québec, a joué un rôle important pendant quelques années. C'est cette entreprenante compagnie qui aida Lemoyne d'Iberville à faire ses premiers voyages à la baie d'Hudson.

En 1686, la Compagnie de la Baie du Nord avait engagé, probablement en France, un Irlandais catholique de Douvres, en Angleterre, Thomas Moore, pour commander et piloter un de ses vaisseaux.

Moore fit plusieurs voyages à la baie d'Hudson pour la Compagnie de la Baie du

(1) Nous avons publié, en 1904, l'information du procès d'Anne Emond sous le titre Un procès criminel à Québec au dix-septième siècle.

Nord. Il dut y rencontrer Lemoyne d'Iberville.

Le 6 avril 1690, Thomas Moore épousait, à Québec, Jeanne Lemelin, fille de Jean Lemelin dit Tourangeau, menuisier, et de Marguerite Brassard.

Moore s'établit Ja même année à Tîle d'Orléans, paroisse Saint-Laurent, où il se mit à cultiver tout en continuant à naviguer, car il est toujours désigné comme '' maître et pilote de navire. "

En 1706, Moore commandait le bâtiment la Marie. Le gouverneur de Vaudreuil lui confia une mission importante. Le 2 juin 1706, M. de Vaudreuil écrivait à M. Dudley, gouverneur de la Nouvelle-Angleterre :

" Voyant ce que vous avez fait pour l'envoi de 57 prisonniers au Port-Royal, suivant ce que vous me mandez et dont je n'ai de nouvelles que par vous, quoiqu'il n'y ait aucun échange de réglé ni signé de part et d'autres, j'envoie par le bâtiment la Marie, commandé par Thomas Moure (Moore), 43 de vos prisonniers au Port-Royal dont je vous envoie la liste, avec ordre au sieur Brouillan de vous les envoyer à Boston.

" Comme la Marie, que je vous envoie, reviendra directement de Boston ici, je vous prie (!e me renvoyer les prisonniers que vous avez du Canada et qui sont de ce pays, savoir : le

sieur Gourdeau et sa famille, les nommés Dion et Piérottière et le Fenoc avec ses enfants.

'' Je vous prie de traiter le capitaine de ce bâtiment et l'équipage avec la douceur et l'humanité qu'on a parmi toutes les nations pour les vaisseaux qui portent pavillon de paix... " (i).

Coïncidence curieuse, le sieur Gourdeau et sa famille que Moore était chargé de rapatrier habitaient eux aussi l'île d'Orléans.

L'année suivante, en 1707, un certain nombre de marchands de Québec armaient une frégate, la Notre-Dame de Victoire, pour ''faire la course contre les ennemis de l'Etat, " c'est-à-dire les Anglais. C'est Alexandre Leneuf de Beaubassin et de la Vallière, lieutenant dans les troupes du détachement de la marine, qui reçut le commandement de cet armement. Moore fut choisi comme maître et pilote de la Notre-Dame de la Victoire. L'engagement qu'il signa avec Guillaume Gaillard, agissant au nom des armateurs, a été conservé. Il devait être nourri pendant tout le voyage et devait recevoir quatre-vingts livres, monnaie de France, par mois. Si la Notre-Dame de la Victoire faisait des prises, il était entendu que Moore aurait '' le coffre, habits, instruments de navigation et choses qui appartiendront au premier pilote de chaque prise. "

(1) Collection de manuscrits, vol. II, p. 458,

Quel fut le résultat de l'entreprise de M. Leneuf de Beaubassin?

Une lettre de l'intendant Raudot au ministre de Pontchartrain, de novembre 1707, dit qu'un seul bâtiment avait été construit dans la Nouvelle-France en 1706, et qu'il avait été armé en course par le sieur Leneuf de Beaubassin " qui est parti sans rien accomplir avec les sieurs Dupuy, de Boishébert et 100 hommes. "

Nous perdons les traces de Thomas Moore à partir de cette date. Retourna-t-il mourir dans son pays? Nous croyons plutôt qu'il décéda au cours d'une de ses expéditions.

Les descendants de Thomas Moore sont devenus absolument canadiens-français.

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