‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 23 sur 49 · LA MORT DU CHEF HURON KONDIARONK · texte numérisé non relu

LA MORT DU CHEF HURON KONDIARONK

Le 4 aoiàt 1701, un traité de paix était signé à Montréal entre M. de Callières, gouverneur de la Nouvelle-France, et les représentants de presque toutes les nations sauvages qui habitaient la colonie. Les Abénaquis, les Iroquois, les Hurons, les Outaouais, les Miamis, les Algonquins, les Pouteouatamis, les Outagamis, les Sauteurs, les Illinois avaient envoyé des représentants à cette assemblée.

Garneau écrit:

^' La consommation de ce grand acte fut accompagnée d'un événement qui laissa une impression profonde, et qui fournit une nouvelle preuve du respect que le vrai patriote impose même à ses ennemis. A une des conférences publiques, pendant que Tun des chefs hurons parlait, le Rat, célèbre sauvage, perdit connaissance. On le secourut avec d'autant plus d'empressement qu'on lui avait presque

toute Tobligation de ce merveilleux concert, sans exemple jusqu'alors. Quand il fut revenu à lui, il montra le désir de dire quelque chose; on le lit asseoir dans un fauteuil au milieu de l'assemblée, et tout le monde s'approcha pour Tentendre. Il exposa avec modestie et dignité ce qu'il avait fait pour amener une paix universelle et durable.. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cette paix, sur les avantages qui en reviendraient à toutes les nations, et démêla avec une adresse étonnante les intérêts des unes et des autres. Puis il se tourna vers le gouverneur général, et le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu'on avait en lui. Sa voix s'afifaiblissant, il cessa de parler. Doué d'une grande éloquence, il reçut encore dans cette circonstance imposante ces vifs applaudissements qui couvraient sa voix chaque fois qu'il rélevait dans les assemblées publiques. "

Kondiaronk ne put assister à cette grande assemblée du 4 aoiît 1701 dont il avait été, pour ainsi dire, le principal promoteur. Il décéda à l'Hôtel-Dieu de Montréal le soir même de l'assemblée préliminaire du 2 août où il avait pour la dernière fois fait entendre sa voix éloquente.

L'acte de sépulture de Kondiaronk dit le Rat au registre de Montréal se lit ainsi :

" Le troisième jour du mois d'aoust mil sept cent un, a été inhumé le corps de Gaspard sciaga dit le Rat, chef des Hurons de Messili-

nimakina, mort en cette ville le deuxième jour desd. mois et an, aagé de soixante et quinze ans; témoins mre Michel Barthélémy, prêtre, qui a signé avec moy prêtre soussigné faisant les fonctions curiales et pierre chatereau, bedeau, qui a déclaré ne sçavoir signer de ce interpellé suivant lordonnance.

Barthélémy ptr

R. C. De Breslay faisant les fonctions curiales. "

Nous aimons à citer ici le témoignage rendu par l'historien Garneau au génie et au patriotisme de cet enfant des bois.

" Jamais, dit-il, Sauvage n'avait montré plus de génie, plus de valeur, plus de prudence, plus de connaissance du cœur humain. Des mesures presque toujours justes, les ressources inépuisables de son esprit, lui assurèrent des succès constants. Passionné pour le bien et la gloire de sa nation, ce fut par patriotisme qu'il rompit, avec cette résolution qui compte le crime pour rien, la paix que le marquis de Denonville avait faite avec les Iroquois contre ce qu'il croyait être les intérêts de ses compatriotes.

" Le Rat ou Kondiaronk, son nom huron, brillait autant dans les conversations que dans les assemblées publiques, par son esprit et ses réparties vives, pleines de sel et ordinairement sans réplique. Il était en cela le seul homme en Canada qui pût tenir tête au comte de Fronte-

nac qui l'invitait souvent à sa table ; et il disait qu'il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, le gouverneur et le P. de Carheil. L'estime qu'il portait à ce Jésuite fut ce qui le détermina, dit-on, à se faire chrétien. "

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