‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 24 sur 49 · L'EXPEDITION DE M. DE MONTIGNY A TERRENEUVE · texte numérisé non relu

L'EXPEDITION DE M. DE MONTIGNY A TERRENEUVE

Jacques Testard de Montigny! Voilà un nom peu connu dans notre histoire et qui, pourtant, mériterait d'être glorifié presque à l'égal de celui de Pierre Lemoyne d'Iberville, qui l'initia aux rudes méthodes de guerre en usage dans la Nouvelle-France.

Testard de Montigny, pendant ses trentecinq années de service dans les troupes du détachement de la marine, donna bien des coups aux ennemis de son pays; il en reçut aussi un certain nombre puisqu'il fut blessé quarante fois dans ses différentes campagnes.

Jacques Testard de Montigny, né à Montréal le 23 février 1663, était le fils d'un brave officier originaire de Rouen. Envoyé en France pour y faire ses études, il entra dans l'armée et servit dans un régiment de dragons.

De retour dans la Nouvelle-France, un peu avant 1690, M. de Montigny servit en qua-

lité d'officier volontaire dans Texpédition entreprise contre Corlar. Les commandants de cette troupe de braves étaient MM. d'Ailleboust de Menthet et Lemoyne de Sainte-Hélène. On connaît le succès de cette campagne.

En 1696, Pierre Lemoyne d'Iber ville, qui s'y connaissait en hommes, choisissait M. de Montigny comme un de ses principaux lieutenants dans la campagne dont il était chargé contre le fort de Pémaquid et les établissements anglais de Terreneuve.

Nous empruntons à M. l'abbé Daniel le récit de cette première expédition de M. de Montigny à Terreneuve. On verra par ces lignes qu'il fallait des hommes bien trempés pour accomplir de pareils exploits:

^' Après avoir délivré l'Acadie du voisinage des Anglais, par la destruction de Pémaquid, que l'on mit deux jours à raser de fond en comble, d'Iberville, en exécution des ordres de la Cour, se mit en devoir de rendre le même service à Terreneuve. En conséquence, il fit voile pour l'île Royale et, de là, vint mouiller dans la baie de Plaisance. Il conduisait avec lui M. de Montigny qu'il avait fait son lieutenant. Après s'être concerté, non sans peine, avec M. de Brouillan, gouverneur de Plaisance, il partit pour Saint-Jean, M. de Brouillan d'un côté, et lui de l'autre.

" M. de Montigny avait ordre d'aller à la rencontre du premier, et, pour lui faciliter la route, de prendre possession des hauteurs par où il devait passer. C'est alors qu'ayant rencontré un parti anglais, il le tailla en pièces. Après avoir fait sa jonction avec les deux commandants, il fut mis à la tête de l'avantgarde. Le poste était des plus périlleux; d'une part, les chemins étaient affreux, car on était en plein hiver, et de l'autre, on pouvait être surpris à tout instant par l'ennemi qui était instruit de la marche des Français.

" Pour faire face à toutes les éventualités, l'intrépide officier, après avoir fait distribuer à ses hommes des rations pour plusieurs jours, commanda de marcher en ordre de bataille. La précaution n'était pas inutile. Il n'avait encore fait que quelques lieues, lorsqu'il se trouva en face d'un nombreux détachement anglais, retranché derrière des fascines et couvert par les bois. II fallait lui passer sur le corps, ou périr. Communiquant alors à sa petite troupe l'ardeur qui l'anime, M. de Montigny fond sur l'ennemi l'épée à la main. Reconnaissant qu'il n'avait pas assez de monde pour le déloger, il prolonge l'attaque, et par la sagesse de ses habiles manœuvres, donne à M. d'Iberville le temps d'arriver. Sorti vainqueur de cette lutte inégale, il continua sa marche sur Saint-Jean. Par sa position avantageuse sur

rOcéan et protégée qu'elle était par de hautes montagnes, cette place était du plus grand prix» pour les Anglais. Aussi firent-ils tous leurs efforts pour la défendre. Mais apprenant que le parti envoyé à la rencontre des Français avait été défait, et voyant que déjà deux des forts étaient tombés aux mains d'Iberville, le commandant du fort, qui tenait encore, se décida à capituler. Toutes les maisons furent réduites en cendres et la garnison renvoyée en Angleterre. Ce brillant fait d'armes avait été l'affaire de deux jours. Entrée dans la ville le 28 novembre 1696, l'armée en était maîtresse le 30, n'ayant perdu que peu de monde.

" Après cette glorieuse conquête, jugeant qu'elle serait sans résultats tant qu'il n'aurait pas chassé les Anglais du reste du pays, d'Iberville, de concert avec ses autres officiers, se résolut à enlever les autres places. Pour son compte, M. de Montigny à la tête de douze Canadiens déterminés comme lui se jeta sur Portugal-cove et l'emporta de vive force. S'étant adjoint quelques autres guerriers, il se rendit de là, malgré le verglas et les neiges, à la baie de la Conception, distante de vingt-cinq lieues. Il y arriva en un jour et demi. C'est alors que, traversant une rivière où il perdit son épée, il faillit périr. Plus de neuf cents prisonniers furent le trophée de cette pénible mais fructueuse campagne. N'ayant ni assez de monde pour

les garder, ni assez de place pour les contenir, force fut de les acheminer vers la Nouvelle- Angleterre et de repasser en Canada " (i).

En 1705, M. de Montigny fit une nouvelle expédition à Ter reneuve (2).

De 1705 à 1737, anliée de sa mort, M. de Montigny continua à servir. Ses nombreux exploits lui valurent la croix de Saint-Louis, qui, à cette époque, n'était accordée qu'à ceux qui se distinguaient.

M. de Montigny décéda à Montréal le 10 juillet 1737. Il était à sa mort capitaine dans les troupes du détachement de la marine.

Le Père jésuite de Charlevoix, qui ne prodiguait pas les éloges, a écrit de M. Testard de Montigny:

" M. de Montigny, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, est célèbre dans les fastes de la colonie. C'était un capitaine pour le moins aussi estimable pour sa probité et son caractère plein de droiture, que pour sa valeur et ses exploits de guerre ''(3)-

(1) L'abbé Daniel, Histoire des grandes familles françaiseM du Canada, p. 422.

(2) La relation de cette campagne écrite par M. de Montigny a été publiée dans le Rapport de Varchiviste de la prorinre de Québec pour 1922-1923, p. 293.

(3) Histoire de la Nouvelle-France, voL III, p. 290.

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