‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 25 sur 49 · LEMOYNE DIBERVILLE ET L'ILE DE NEVIS · texte numérisé non relu

LEMOYNE DIBERVILLE ET L'ILE DE NEVIS

En juin 1924, la Chambre des Communes du Canada chargeait un de ses membres d'aller étudier aux Antilles et dans d'autres îles de la mer des Caraïbes les possibilités que le commerce canadien pourrait y trouver.

Cet honorable député fit son rapport à la Chambre des Communes le 3 avril 1925. Il donna d'intéressants renseignements sur toutes les îles qu'il avait visitées.

Au sujet de Saint-Christophe, plus connue sous le nom de Saint-Kitts, qui est une des îles Sous le Vent, M. Logan, le député en question, disait:

" A ces îles, particulièrement Nevis, qui est tout proche de Saint-Christophe, se rattachent plusieurs faits historiques. C'est à Nevis que se maria le capitaine Nelson, devenu plus tard le grand amiral. "

Il nous semble que pour un Canadien il y avait à Nevis un souvenir historique encore plus intéressant que le mariage de Nelson. En effet, en 1706, un petit Canadien né à Montréal s'emparait de l'île de Nevis presque sans coup férir et faisait passer cette île sous la souveraineté du roi de France. Nous voulons parler de l'expédition de Pierre Lemoyne d'Iberville.

On sait qu'au commencement de l'année 1706, Lemoyne d'Iberville fut chargé par le roi de France d'aller surprendre la Barbade et les autres îles occidentales.

Le grand marin avait onze vaisseaux montés par environ trois cents hommes d'équipage. C'est en se rendant à la Barbade qu'il attaqua l'île de Nevis.

Les habitants de Nevis, surpris par la rapidité de l'attaque, capitulèrent presque aussitôt.

La capitulation fut signée le 4 avril 1706. La liste des prisonniers comprenait le colonel Richard Abbott, gouverneur de l'île, 430 soldats et habitants, 330 matelots, 311 femmes, 612 enfants et 6023 nègres. Lemoyne d'Iberville s'était aussi emparé de vingt-cinq navires dont plusieurs chargés de marchandises.

La capitulation accordée par Lemoyne d'Iberville au colonel Abbott a été conservée. En voici le texte absolument inédit:

** Conditions accordées par M. d'Iberville, commandant une escadre du Roy en Amérique, à M. le colonel Rich. Abbot et à tous les officiers de Nieves (sic) :

** Qu'il sera fait bon quartier à tous les officiers et habitans de l'isle en général qui y seront.

" Qu'il leur ser^ conservé les hardes qui sont à leur usage et que le reste me sera aporté, que le gouverneur et tous les officiers et

leurs troupes se rendront prisonniers de guerre comme aussi les habitans; le gouverneur et les officiers pourront sortir avec leurs armes.

'' A l'égard des maisons on leur conservera autant que l'on le pourra faire.

" Il leur sera donné un quartier et des maisons pour s'y loger jusqu'à ce que nous . . . sortions de l'Isle.

" Que tous les nègres de l'Isle me seront remis; j'en accorde au colonel Rich Abbot, commandant, douze nègres, au président huit, aux capitaines trois, aux lieutenants deux, aux enseignes un, et au colonel de milice deux, et deux au commissionnaire de la Reine.

'' Tous leurs papiers leur seront remis.

*' A l'égard de tous les officiers et habitans, auront leur liberté, à condition qu'on remettra un pareil nombre de Français en liberté, qui sont en Angleterre ou aux Isles, lesquels on renvoyera en France ou aux Isles.

'' Il sera fait un rolle de tous les officiers et habitans femmes et enfants qui sont dans cette Isle afin qu'un pareil nombre soit rendu.

" Qu'il me sera remis quatre otages pour la sûreté de l'échange.

'' Fait devant le Réduit de Nieves (sic) ce quatrième avril mil sept cent six.

^^Iberville

" Richard Abbott "

Pour des raisons que nous ignorons les habitants de Nevis ne remirent pas à Lemoyne d'Iberville les 6000 et qu.elques nègres qu'ils s'étaient engagés à lui donner. Mais le marin canadien n'était pas homme à lâcher sa prise. Le 19 avril 1706, il faisait un nouveau traité avec les habitants de Nevis au sujet des nègres en question. Ce traité disait :

" Aujourd'hui dix neuvième avril mil sept cent six, dans la maison de M. d'Iberville, commandant une escadre du Roy, de présent dans Nieves.

" Les principaux officiers et habitants assemblez on est convenu de ce qui s'ensuit, savoir :

** Que lesd. officiers et habitans n'ayant IX)int satisfait à la clause du traité fait au Réduit, qui dit que lesd. habitans seront obligez de remettre par eux-mêmes tous les nègres qui sont dans l'Isle, ils s'obligent de porter à la Martinique dans trois mois d'aujourd'huy quatorze cent nègres ou la somme de cent pièces de huit pour chacun de ceux qu'ils ne remettront pas.

" Que pour la sûreté de la susd. convention, ils remettront entre les mains de Mondt. S. d'Iberville quatre personnes les plus considérables à son choix qui resteront en otage jusqu'à l'accomplissement de la susd. convention, que lesd. cjuatre otages assureront ainsi l'article de la capitulation par lequel on est convenu

de réchange des prisonniers suivant le rolle qui en a esté fait.

" Que Mond. S. promet qu'il ne sera fait ny insulte ny empeschement par les flibustiers après le départ de Tescadre.

'' Qu'il laisse auxd. habitants les bestiaux et chevaux qui peuvent estre actuellement dans risle, comme aussy toutes les chaudières, moulins et généralement tout ce qui a esté dans risle. "

Cet accord fut signé par MM. d'Iberville, Chavegnac, Du Condray, Du Mesnil et plusieurs officiers anglais.

Une curieuse pièce conservée à l'Amirauté de La Rochelle donne les noms des principaux citoyens et officiers de Nevis lors de la prise de cette île par Lemoyne d'Iber ville.

Nous en donnons ici une traduction:

" Nous soussignéz certifions qu'il y avait sur risle de Nieves, lorsqu'elle a esté prise par les Français de Sa Majesté le Roy de France sous le commandement de M. d'Iberville quatre cent trente hommes compris les officiers et habitants, soixante et quinze hommes, femmes et enfants appartenant à Sa Majesté la Reine, notre maîtresse; les troupes réglées sont dans Icd. nombre.

" Plus trois cent trente matelots qui servaient sur vingt-cinq bastimens pris dans la rade de cette Isle.

" Plus trois cent onze femmes desd. habitans.

" Plus six cent douze enfants.

" Plus six mille vingt-trois nègres tant grands que petits.

Datte le 6 avril.

Michel William; Samuel Clark; Joseph Symonds; Jean Besson; N. M. Bary; N. M. Bush; Robert Eley; Samuel Gardner; Thomas Bridgwater; Richd. Abbott; Thomas Butler.

Au dos de cette même pièce se trouvait la liste suivante des officiers et citoyens:

Colonel Richard Abbot; lieutenant colonel Robert Elhis; major Samuel Gardner; capitaine Thomas Bridgwater ; capitaine Thomas Minor; lieutenant Jean Smargir; lieutenant Thomas Abbot; lieutenant Richard Abbot; Jean Belmar et sa compagnie; lieutenant Edward Gardner; lieutenant Pierre Bourdon; lieutenant William Burty; lieutenant Jean Richope; lieutenant Thomas Cottgrave; lieutenant Josuas Lobson; lieutenant Charles Bridgwater; enseigne Guillaume Danis; colonel Daniel Smith; lieutenant colonel Guillaume Butler; major Michel Williams; capitaine Samuel Clarke; capitaine Joseph Simonds; capitaine Jean Richardson; lieutenant Henry Litton; James Bron et sa compagnie; lieutenant Guillaume Magnard; lieutenant Jacob Williams; lieutenant George Webb; lieutenant Joseph

Laudly; lieutenant James Simonds; lieutenant Richards Walker; enseigne Charles Earle.

Guillaume Burt, colonel et président au conseil de Sa Majesté; Thomas Butler, lieutenant-colonel et conseiller; Guillaume Childz, major, tué; James Butler, capitaine.

Messieurs du Conseil qui ne sont pas officiers dans la milice, savoir: Jean Smargis; Azarziah Pimey; James Benvor; Phinen Andzentz.

Officiers des troupes réglées de Sa Majesté: capitaine David Dunbard; enseigne M.

Viteor; enseigne P. Lens; Jean Salked, chapelain; Guillaume Rogerson, Jean Powelt, ministres ; Jean Ward, colonel. "

La prise de Nevis fut la dernière action d'éclat du marin canadien. Il cingla presque aussitôt vers la Havane afin de tomber sur la flotte marchande de la Virginie qui s'assemblait dans les environs pour passer en Europe. Atteint par les fièvres qui sévissaient alors à la Havane, il succomba au fléau le 5 juillet 1706, juste trois mois après sa glorieuse conquête.

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