‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 4 sur 49 · MAITRES ET DOMESTIQUES SOUS L'ANCIEN REGIME · texte numérisé non relu

MAITRES ET DOMESTIQUES SOUS L'ANCIEN REGIME

Sous le rég-ime français, les rapports entre maîtres et domestiques étaient excellents. Les salaires n'étaient pas élevés, mais si les maîtres demandaient beaucoup de travail de leurs engagés, en retour ils les traitaient bien et les considéraient comme des membres de leur propre famille. Ils les nourrissaient, les habillaient et en prenaient grand soin dans leurs maladies.

Mais l'engagement d'un domestique était un contrat et quand celui-ci était rompu sans raison valable, la partie lésée avait recours à la justice qui était alors très sévère.

Dès le 5 décembre 1663, le procureur-général du Roi faisait part au Conseil Souverain que nombre de compagnons volontaires ne se gênaient pas de débaucher les serviteurs domestiques du service de leurs maîtres, en leur donnant des moyens pour les ennuyer et les obliger à les chasser. Le principal moyen employé par les domestiques qui voulaient laisser le service de leurs maîtres était de s'enivrer.

Le Conseil Souverain fit droit tout de suite à la représentation du procureur-général du Roi, et le même jour, il adoptait l'arrêté suivant :

" Le Conseil a fait et fait très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de

retirer sous quelque prétexte que ce soit, aucuns serviteurs sans congé par écrit de leurs maîtres à peine d'amende arbitraire, et aux dits serviteurs engagés de quitter le service de leurs dits maîtres sans congé par écrit sous même peine et de payer à leurs dits maîtres chaque journée d'absence ou de temps perdu, à la somme de quatre livres, en faisant déclaration au greffe de ce Conseil par les maîtres de la sortie de leurs valets incontinent après icelle. Défenses sont aussi faites à toutes personnes de débaucher les dits serviteurs domestiques ni de boire avec eux, et à toutes personnes qui vendent vin d'en vendre ni distribuer aux dits domestiques à peine d'amende arbitraire, comme aussi de s'enivrer à peine de dix livres d'amende sans déport. "

Quatre ans plus tard, le procureur général du Roi revenait à la charge sur le cas des domestiques qui laissaient le service de leurs maîtres, et, le 14 mars 1667, le Conseil Souverain décidait :

" Sur ce qui a été remontré par le procureur-général du Roi que nonobstant le règlement ci-devant donné par le Conseil contre les domestiques désertant le service de leurs maîtres auxquels ils sont engagés plusieurs quittent leurs dits maîtres sans congé d'eux et sont retirés par des habitants de ce pays sans qu'ils exigent les dits congés ainsi qu'ils le doivent conformément au dit règlement, le Conseil f ai-

sant droit a ordonné et ordonne que copie du précédent et dernier règlement du cinquième décembre 1663 sera envoyée dans toute l'étendue de son ressort pour y être observé en sa forme et teneur quant à ce point avec cette modification d'un côté que les journées d'absence des dits valets seront par eux payés sur le pied de cinquante sols et d'autre par augmentation; liberté accordée à leurs maîtres de conclure contre eux à tels dépens, dommages et intérêts qu'ils jugeront bon être pour retardement de service, dépérissement de bestiaux, et autres de pareille nature. "

Les juges se montrèrent ensuite très sévères pour les domestiques qui délaissaient le service de leurs maîtres.

En 1673, le nommé René Blanchard, aide de cuisine du gouverneur Frontenac, quittait et abandonnait le service de son maître, sans avertissement ni raison valable. Jean Lechasseur, secrétaire du gouverneur, fit arrêter Filanchard et il subit son procès devant la Prévôté de Québec. La condamnation fut très sévère, et Blanchard en appela au Conseil Souverain qui semblait prendre plaisir à mettre à néant les sentences du lieutenant-général de la Prévôté de Québec.

Le jugement du Conseil Souverain fut rendu le 5 juin 1673 dans les termes suivants:

" Le Conseil a reçu et reçoit le dit appel, et faisant droit sur icelui a mis et met la dite

sentence dont était appel au néant, et émendant et faisant ce que devait faire le dit lieutenant-général, déclare le dit Blanchard dûment atteint et convaincu des cas à lui imposés et pour réparation condamné d'être pris et enlevé des dites prisons par Texécuteur de la haute justice, conduit à la Grande place de la basse ville et appliqué au carcan pour y être pendant trois heures avec .un écriteau sur Testomac auquel sera écrit: Domestique engagé qui a délaissé le service de son maître sous un faux donné à entendre, condamné en outre à servir trois ans par force tel maître qui lui sera indiqué et à tels gages qui lui seront ordonnés en justice; à restituer au dit sieur Lechasseur les choses qu'il lui a fournies au delà de ce qui lui était d\x de gages pour le temps du service par lui rendu, à lui payer cinquante sols pour chaque journée qu'il s'est absenté, en dix livres d'amende envers le Roi et en tous dommages, intérêts et dépens du procès principal et d'appel envers le dit sieur Lechasseur, qui seront pris ensemble la dite amende sur les dits gages à fur et mesure du temps du service qu'il aura rendu, s'il n'y avait autrement satisfait. "

Le 14 août 1673, Mathurin Moreau se plaignait au Conseil Souverain que Jacques Renault, son domestique, engagé à son service pour un an, avait déserté et abandonné son service. Renault fut condamné " d'être pris et enlevé des prisons par l'exécuteur de la haute

justice et appliqué au carcan en la place de la basse-ville pendant deux heures, ayant un écriteau sur Testomac conçu en ces termes: serviteur qui a délaissé le service de son maître pour la première fois. " Il lui fut fait défense de récidiver sous peines corporelles. Il fut en outre condamné aux dommages et intérêts portés par l'arrêt du 2 juin 1673.

Le 18 octobre 1673, Renault Chbllet dit Laliberté, domestique du sieur de Saint-Ours, ayant lui aussi délaissé le service de son maître, reçut la même punition, c'est-à-dire qu'il fut appliqué pendant deux heures au carcan de la basse-ville de Québec avec un écriteau portant Serviteur domestique qui a délaissé sans congé le service de son maître pour la première fois. Il fut aussi condamné en cent sols d'amende, aux dommages et intérêts et à servir le dit sieur de Saint-Ours jusqu'à ce qu'il fut entièrement quitte avec lui. Il fut de plus averti que s'il récidivait il serait battu de verges et recevrait l'impression d'une fleur de lys. Quant à Abel Turcotte, qui ayait reçu Chollet dit Laliberté chez lui, il fut condamné à payer au sieur de Saint-Ours cinquante sols pour chaque journée de travail qu'il avait perdu, à vingt livres d'amende et aux dépens.

Les registres du Conseil Souverain et de la Prévôté de Québec contiennent bon nombre d'autres condamnations du même genre contre des domestiques qui avaient laissé le service de leurs maîtres.

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