PIERRE-FRANÇOIS RIGAULT
C'est dans Tété de 1726 que Pierre-François Rigault passa dans la Nouvelle-France. Fils de famille, il avait dû commettre là-bas maintes fredaines et son père, incapable de le maîtriser, avait obtenu une lettre de cachet pour renvoyer servir comme soldat dans la Nouvelle-France.
Le 16 avril 1726, le ministre écrivait au gouverneur de Beauharnois:
'' Les nommez Nicolas Pierre Richelet, Jacques le grand, Samuel Guy et Pierre-François Rigaud, jeunes gens de famille, ont été destinés par les ordres du Roy à servir en qualité de soldats le reste de leurs jours dans les troupes de Canada; ils feront partie de la recrue qui passera sur la flutte VElephant, et Tintention de Sa Mté. est qu'ils ne puissent sortir de la colonie que par ses ordres; vous aurés
agréable d'y faire veiller, et de ne leur accorder aucun congé " (i).
Le 28 septembre 1726, M. de Beauharnois répondait comme suit à la lettre du ministre:
" Vous m'avez fait l'honneur de me marquer par votre lettre du 16 avril de la présente année que les nommés Nicolas-Pierre Richelet, Jacques Legrand, Samuel Gay et Pierre-Frar/ çois Rigault, jeunes gens de famille, ont été destinés par ordre du Roi à servir dans cette colonie en qualité de soldats le reste de leurs jours et que l'intention de Sa Majesté est qu'ils ne puissent sortir de cette colonie que par ses ordres. Je donnerai tous mes soins à l'exécution de ce que vous me prescrivez sur ce sujet et je ne leur accorderai aucun congé " (2).
Il faut croire que Rigault s'amenda puisqu'il put obtenir son congé des troupes. Le 10 novembre 1743, l'intendant Hocquart lui donnait une commission d'huissier au Conseil Supérieur, en remplacement de Jean-Baptiste Caron promu à la charge de greffier de la juridiction des Trois-Rivières (3).
L'information de vie et mœurs de Pierre- François Rigault faite devant le conseiller Lanoullier le 22 novembre 1743 a été conservée.
(1) ArchhfK (le la province de Qn^^))er.
(2) ArchiveH de la province de Québec.
(3) InHinuationn du ConHeil Supérieur, cahier 9; Ordonnances des Intendants, cahier 31.
Les deux témoins entendus, Melchior Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, et Claude-Antoine de Bermen, écuyer, sieur de la Martinière, tous deux capitaines dans les troupes du détachement de la marine, déclarèrent qu'ils connaissaient le sieur Rigault pour un fort honnête homme et de bonne moeurs ( i ) .
Certain de son pain quotidien, Rigault se décida à entrer en ménage. Le 2 mai 1744, il épousait à Québec, Marie-Madeleine Nadeau, fille d'un cultivateur de Beaumont.
La lettre de Denis Nadeau pour donner à sa fille la permission de se marier avec l'huissier Rigault a été conservée. Elle dit : " Je consens à votre mariage pourvu que ce soit votre avantage, ne connaissant pas celui qui vous fait l'honneur de vous rechercher. Mais M. notre curé m'a dit qu'il le connaissait et qu'il était honnête homme" (2).
Ceci est une bonne note pour Rigault. M. Chasle, alors curé de Beaumont, n'était pas homme à donner des certificats d'honnêteté à des individus qui ne les auraient pas mérités.
L'acte de mariage de Pierre-François Rigault nous donne bien le nom de son père mais il ne nous renseigne pas sur sa famille.
Au printemps de 1746, le notaire Pressé, des Trois-Rivières, s'étant pris de querelle
(1) Archives de la province de Québec.
(2) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXXI, p. 39.
avec le nommé Joseph Heu dit Millet, eut le malheur de le tuer. Pressé subit un procès pour homicide. Trouvé coupable, il fut condamné à être pendu. Pierre-François Rigault qui avait pris part à la querelle, subit également un procès comme complice de l'homicide. Il fut absous. Le Conseil Supérieur changea la condamnation à mort portée contre Pressé en la peine des galères à perpétuité (i).
Le 20 avril 1749, Rigault recevait de l'intendant Bigot une commission de notaire royal pour exercer " dans l'étendue des côtes et compris la Pointe-du-Lac, du côté du nord, en remontant jusques et compris le chenail du nord, et depuis et compris la paroisse de Nicolet du côté du sud jusques et compris le chenail du Moine, dans le gouvernement des Trois-Rivières. " Il remplaçait le sieur La Fosse décédé (2).
Rigault exerça comme notaire pendant près de trente ans. Son dernier acte porte la date du 11 juillet 1778.
Le 31 décembre 1778, M. de Tonnancour écrivait au gouverneur Haldimand:
" J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que le nommé Rigault, notaire établi à Maskinongé, paroisse du gouvernement des
( 1 ) Toute» le» pièce» du procès de Hyacinthe-Olivier Pressé sont conservée» aux Archives de la province de Québec.
(2) Ordonnances des Intendants, cahier 36.
Trois-Rivières, est décédé et que ce défunt notaire a laissé une veuve et un enfant mais que son étude n'est point du tout en sûreté entre les mains de cette veuve . . . '' ( i ) .
Rigault dût mourir entre le milieu de juillet et la fin de décembre 1778. Toutefois, on ne trouve pas son acte de sépulture à Maskinongé ni dans les paroisses environnantes. Il est pourtant certain qu'il décéda dans la région des Trois-Rivières.