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LES SAVOYARDS DANS LA NOUVEL- LE-FRANCE

A Paris comme dans la plupart des grandes villes de France, les jeunes Savoyards conservèrent, pendant deux ou trois siècles, la ^écialité de ramoner les cheminées. Ces pauvres diables, pour la plupant, ne se servaient pas de poids ni de grattes. Ils descendaient tout simplement dans les cheminées et enlevaient avec leurs mains la suie qui s'attachait aux parois.

Dans la Nouvelle-France, les règlements de police obligeaient les propriétaires à faire ramoner leurs cheminées presque tous les mois. Comme les Canadiens ne voulaient pas exercer

(1) J.-Edmond Eoy, Histoire du notariat, vol. II, p.

le métier de. ramoneurs, les intendants furent obligés à plusieurs reprises de faire venir des Savoyards de France.

Le 12 novembre 1716, MM. de Vaudreuil et Bégon écrivaient au Conseil de Marine:

** Il serait nécessaire aussi qu'il fut envoyé dans les recrues cinq ou six Savoyards pour ramoner les cheminées, n'y ayant qu'un habitant et un soldat qui soient de cette profession qu'aucun canadien ne veut faire. "

Le 26 février 171 7, le Conseil de Marine se rendait à la demande de MM. de Vaudreuil et Bégon mais à la condition que les Savoyards passeraient ici comme soldats.

Le ler novembre 1729, MM. de Beauharnois et Hocquart demandaient, à leur tour, d'envoyer quatre Savoyards de douze à quatorze ans, '' parce que les deux envoyés il y a quelques années, étaient devenus trop gros pour entrer dans les cheminées. "

L'année suivante, l'intendant Hocquart revenait à la charge. Le 25 octobre 1730, il écrivait au ministre:

" Je vous supplie de vouloir bien faire envoyer l'année prochaine, sur le vaisseau du Roi, quatre jeunes savoyards, pour ramoner les cheminées; ceux qui sont venus il y a quelques années, sont trop gros pour faire ce service. J'en destinerai deux pour Québec et deux pour Montréal: ils sont absolument nécessaires. "

Le 17 avril 1731, le président du Conseil de Marine informait M. Hocquart qu'il n'avait pas jugé à propos d'envoyer les quatre Savoyards demandés pour ramoner les cheminées.

Dix-huit ans plus tard, l'intendant Bigot était plus heureux que M. Hocquart dans ses demandes. Le 18 avril 1749, le ministre lui écrivait qu'il avait pris des mesures pour faire rassembler les six Savoyards ramoneurs qu'il avait demandés.

Il est tout de même assez curieux de constater qu'un siècle et demi après la fondation de Québec, les autorités de la colonie étaient forcées de faire venir des ramoneurs de la vieille France. Il faut croire que le métier n'était guère en honneur ici.

Terminons par un curieux contrat d'engagement. Le 20 septembre 1737, Simon Potard dit Chevalier, journalier, et Marie-Marguerite Loiseau, sa femme, comparaissaient devant le notaire Dulaurent, à Québec, et engageaient leur fils, Charles Potard, âgé de quatorze ans, à François Cousin Rollet, ramoneur des bâtiments du Roi, pour le temps et espace de sept ans. Rollet promettait lui montrer son métier de ramoneur notamment à monter dans les cheminées pour les ramoner à la gratte et généralement tout ce dont il pratique dans sa dite profession sans lui en rien cacher et, en outre, le nourrir de son pot et ordinaire, le loger, blanchir, chauffer et le traiter humaine-

ment, le tout tant sain que malade, comme aussi rhabiller et entretenir de hardes, linge et autres vêtements selon sa condition et l'envoyer au catéchisme les jours de fêtes et dimanches. De son côté, le jeune apprenti s'engageait " d'apprendre de son mieux tout ce qui lui sera montré par son dit maître, lui obéir en tout ce qu'il lui commandera de licite et honnête, le servir fidèlement, faire son profit, éviter son dommage et l'en avertir s'il vient à sa connaissance, sans pouvoir pendant les dites sept années de son engagement s'absenter ni aller servir, travailler ou demeurer ailleurs et ce pour quelques raisons, causes et prétextes que ce puisse être. "

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