‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 34 sur 49 · LE LIEUTENANT-GENERAL MARQUIS DE VAUDREUIL · texte numérisé non relu

LE LIEUTENANT-GENERAL MARQUIS DE VAUDREUIL

Louis-Philippe de Rigaud de Vaudreuil, fils de Philippe de Rigaud de Vaudreuil, commandant des troupes du détachement de la marine, plus tard gouverneur de la Nouvelle- France, et de Louise de Joybert de Soulanges, naquit à Québec le 26 septembre 1691. Il eut pour parrain *' haut et puissant seigneur messire Louis de Buade, comte de Frontenac, gouverneur et lieutenant-général pour le Roi en toute la Nouvelle-France ", et pour marraine

" dame Marie-Madeleine de Chaspoux, femme de messire Jean Bochart, chevalier, seigneur de Champig-ny, conseiller du Roi en ses conseils et intendant de la Nouvelle-France. ''

Le 8 mai 1695, M. de Vaudreuil obtenait pour son fils une expectative d'enseigne dans les troupes du détachement de la marine. Il n'avait pas encore quatre ans accomplis ! M. de Vaudreuil, homme prudent, prenait ses précautions pour l'avenir.

Le jeune de Vaudreuil fit ses études au collège des Jésuites à Québec et eut la bonne fortune d'avoir pour professeur le Père de Charlevoix, le célèbre historien de la Nouvelle- France.

Le 19 mai 1698, le fils de M. de Vaudreuil était nommé enseigne d'une compagnie des troupes du détachement de la marine servant en Canada et recevait en même temps son brevet d'admission dans la compagnie des gentilshommes gardes de la marine à Rochefort.

Le 18 octobre 1700, MM. de Callières et Bochart Champigny écrivaient au ministre:

" Les sieurs de Linctot, Tonty, Soulanges et chevalier de Champigny remercient très humblement Sa Majesté de la grâce qu'elle leur vient de faire en leur accordant à chacun une compagnie. Monsieur de Vaudreuil en marque aussi sa reconnaissance à l'égard du sieur de Soulanges qui est son beau-frère et supplie Sa Majesté d'accorder une lieutenance à son fils

aîné qui est enseigne et au second la place d'enseigne de son frère " ( i ) .

MM. de Callières et de Beauharnois écrivaient au ministre le 3 novembre 1702:

" Le chevalier de Vaudreuil vous remercie très humblement de la bonté que vous avez eue de lui accorder une gratification de 1000 livres en considération de la dépense qu'il a été obligé de faire pour le logement qu'il occupe. Il vous présente un placet pour vous supplier de lui accorder la continuation de cette gratification et comme il a une grande famille, nous vous prions, Mgr, de faire donner à son fils aîné qui est enseigne une lieutenance et de faire passer son enseigne à son cadet " (2).

Le 20 juin 1703, le ministre informait M. de Vaudreuil, devenu gouverneur de Montréal depuis la nomination de M. de Callières au gouvernement du pays, qu'il n'avait pu donner une lieutenance vacante à son fils aîné parce que cette lieutenance lui avait été demandée par le duc de Bourgogne pour un de ses protégés.

Le 16 novembre 1703, M. de Beauharnois écrivait au ministre :

" M. de Callières et moi avions, Monseigneur, eu l'honneur de vous écrire en faveur

(1) Archives de la province de Québec.

(2) Archives de la province de Québ«»c.

de mon frère de Beauville pour la compagnie du sieur de Boulanges et nous vous demandions la lieutenance de mon frère pour le chevalier de Courcy, son neveu. Comme il s'en retourne en France, agréez, s'il vous plait, que j'aie l'honneur de vous proposer pour cet emploi le fils aîné de M. de Vaudreuil et le chevalier de Rigaud Vaudreuil pour l'enseigne de son frère. M. de Vaudreuil fait honneur à son emploi pour la manière noble dont il vit, et il s'est conduit dans toutes les affaires qui sont survenues depuis qu'il est commandant général, et particulièrement dans celles qui regardent les Sauvages qu'il gouverne parfaitement bien avec une prudence qui a fait augmenter l'estime et la considération qu'on avait déjà pour lui en ce pays, dans lequel il a entretenu la paix et l'union par l'exemple qu'il a donné en vivant bien avec tout le monde, et il a su par une honnête fermeté entretenir dans le devoir ceux qui ont paru vouloir s'en écarter " ( i ) .

Le i6 novembre 1704, M. de Vaudreuil écrivait au ministre:

" La perte que je fais dans la Seine, si elle n'est pas relâchée, Mgr, m'obligera à vous demander toujours des nouvelles grâces et à vous importuner pour vous prier de parler à S. M. pour qu'elle entre dans cette partie. J'y suis pour plus de 2000 pistoles, sans compter toutes

(1) Archives de la province de Québec.

mes provisions qu'il faut que j'achète ici au double; vous voulez bien que je vous parle aussi de ma famille qui augmente tous les jours, j'ai huit garçons et une fille qui ont besoin, Mgr, de l'honneur de votre protection. J'en ai trois en état de servir. J'ai entré dans les Mousquetaires aussi jeune que mon aîné. J'espère que vous aurez la bonté de m'accorder la compagnie du sieur de Maricourt qui est mort, pour lui. Je vous en ferai un bon serviteur du roi. Pour ses deux cadets, si la Seine était venue, je les aurais envoyés à M. le premier et je l'aurais prié de vouloir bien les recevoir pages chez le roi. J'ai, Mgr, lieu d'espérer tout de vos bontés après celles que vous avez eues en me procurant le poste où je suis " (i).

Le 17 novembre 1704, M. de Beauharnois écrivait au ministre:

*' Le sieur de Maricourt étant mort, je prends la liberté de vous présenter pour sa compagnie le fils aîné de M. de Vaudreuil, jeune oflficier de qui on peut attendre par les bonnes qualités avec lesquelles il est né. Permettez, Mgr, que pour mériter cette grâce les services de M. son père qui a une grande famille vous parlent en sa faveur, jointe à la perte qu'il a faite dans la Seine qui lui apportait beaucoup d'effets de France pour soutenir les dépenses à quoi l'engage un emploi qu'il remplit si digne-

(1) Archive» de la province de Québec.

ment à la confusion de ceux qui ont été jaloux de la justice que vous lui avez rendue " (i).

La compagnie de M. de Maricourt fut donnée à un autre, mais, pour consoler M. de Vaudreuil, le ministre accordait, en juin 1705, une lieutenance à son fils. Le 15 juin 1705, il écrivait au gouverneur de Vaudreuil, qu'à cause de son jeune âge, il n'avait accordé qu'une lieutenance à son fils.

Le 9 juin 1706, le ministre informait M. de Vaudreuil qu'il ne pourrait faire son fils enseigne de vaisseau que s'il servait en mer.

De nouveau, le 6 juin 1708, le ministre écrivait à M. de Vaudreuil qu'il fallait que son fils fasse quelque campagne sur les vaisseaux avant de recevoir de l'avancement.

Le 10 mai 17 10, le jeune de Vaudreuil obtenait une compagnie. Il n'avait que dixneuf ans!

L'année suivante, en 171 1, M. de Vaudreuil était fait enseigne de vaisseau.

M. et madame de Vaudreuil, dans leur désir de faire avancer leur fils aîné, ne se rebutaient pas beaucoup dans leurs demandes. En 171 2, madame de Vaudreuil demandait au ministre de nommer son fils lieutenant de vaisseau. Le ministre lui répondait, le 18 décembre 1712, qu'il n'avait pas cru devoir proposer au roi la nomination de son fils comme lieutenant

(1) Archives de la province de Québec.

de vaisseau. '' Il faut de la modération dans les demandes et celle-ci me paraît prématurée. "

Le jeune de Vaudreuil n'attendit pas trop longtemps puisque, le 28 juin 171 3, le roi lui accordait un brevet de lieutenant de vaisseau.

Le ministre en donnait la bonne nouvelle au marquis de Vaudreuil par une lettre du 4 juillet 1713 (i).

Le jeune de Vaudreuil n'avait pas plutôt obtenu une faveur que son père en demandait une nouvelle au ministre. La majorité des troupes étant, la même année, devenue vacante par la mort du titulaire, il s'empressa de la demander pour son fils.

Le 14 novembre 171 3, le gouverneur de Vaudreuil écrivait au ministre:

" Par mes premières lettres de ce printemps, Monseigneur, je vous ai marqué la mort du sieur de Cabanac, major des Trois-Rivières; depuis ce temps nous avons encore eu le chagrin de perdre le sieur Dumesny Noré, major des troupes; ces deux majorités, Monseigneur, sont briguées par bien des personnes.

(1) Le 16 septembre 1714, le gouverneur de Vaudreuil écrivait au ministre : "Je n'ai requ que cette année In lettre que vous avez eu pour agréable de m'écrire le 4 juillet de l'année dernière, je me suis cependant donné l'honneur dès l'automne passé de vous remercier de la lieutennnce de vaisseau que vous avez bien voulu procurer à mon fils. Madame de Vaudreuil me l'ayant marqué, on ne peut être plus sensible que nous le sommes l'un et l'autre h toutes les Ixmtés que vous voulez bien avbir pour notre famille."

Celle des Trois-Rivières conviendrait fort au sieur de La Corne: c'est un ancien officier qui a bien servi le Roi et qui a Thonneur d'être connu de vous. Si j'osais, Monseigneur, je vous supplierais très humblement de vouloir bien proposer au Roi mon fils aîné pour la majorité des troupes. Cela lui donnerait lieu de faire son chemin et je pourrais bien vous assurer qu'il s'en acquitterait avec honneur. J'ai tant de preuves de vos bontés pour moi, Monseigneur, que je me flatte que vous voudrez bien encore que je vous demande cette grâce " (i).

La majorité des troupes fut accordée, le 17 mai 17 14, à M. Le Verrier de Rousson. Il était le premier capitaine.

Le 24 mai 17 14, le ministre écrivait à M. de Vaudreuil qu'il aurait désiré accorder la majorité des troupes à son fils aîné, mais qu'il avait été trouvé trop jeune pour cela.

Le 16 septembre 1714, le gouverneur de Vaudreuil écrivait au ministre:

'' Je n'ai rien à dire. Monseigneur, sur la justice que Sa Majesté a rendue au sieur Le Verrier; comme c'est un ancien officier et qui se trouve après le sieur de La Forest, le premier capitaine en ce pays, il était très juste de lui donner la majorité des troupes vacante par la mort du sieur Dumesny Noré. Et quand je me suis donné l'honneur de vous prier de

(1) Archivas de la province de Québec.

vouloir bien la procurer à mon fils, je ne l'ai fait qu'après en avoir fait compliment au sieur Le Verrier. L'assurance que vous voulez bien me donner que Sa Majesté est contente de la conduite de mon fils et de son application au service me donne lieu de tout espérer pour lui, pourvu que vous vouliez bien lui continuer l'honneur de votre protection" (i).

En 17 17, le marquis de Vaudreuil demandait pour son fils aîné la charge de commandant des troupes supprimée à la mort de M. d'Aloigny en 17 14. La note suivante résume sa lettre:

" M. le marquis de Vaudreuil demande pour son fils aîné l'emploi de commandant des troupes en Canada qui avait été supprimé depuis la mort de M. le marquis d'Aloigny. Il marque qu'il est nécessaire de rétablir cet emploi pour contenir les troupes dans une plus grande subordination par de fréquentes revues et empêcher la mutinerie des peuples pareille à celle des habitants de Longueil.

" Si cet emploi n'est pas rétabli il serait nécessaire de commettre un ou deux capitaines pour aller faire ces revues auxquels il faudrait donner, outre leurs appointements de 1000 1. chacun, des gratifications considérables qui ne se monteraient à guère moins que les appointements d'un commandant.

(I) ArchiT«8 de la province de Québec.

D'ailleurs les deux capitaines des troupes qui seraient chargés de ces revues n'imposeraient point comme un commandant, d'autant que les sieurs de St-Martin et de Blainville ne sont pas fort considérés dans le pays et qu'on ne pourrait compter sur eux pour ces revues.

" Il en coûterait moins au Roi en accordant à son fils cet emploi puisqu'il ne toucherait plus sa paie de lieutenant de vaisseau. Il supplie le conseil au cas que cet emploi ne pourrait être supprimé sans que le service du Roi en souffre " (i).

En 1720, M. de Vaudreuil commandait en second la flûte le Chameau (2).

Il s'opposa par la violence à la saisie de 30 ballots de castor qui avaient été débarqués en fraude du Chameau.

Toute l'affaire s'arrangea à la satisfaction du ministre.

En 1721, M. de Vaudreuil fut fait chevalier de Saint-Louis.

A la mort de M. de Ramezay, gouverneur de Montréal, le gouverneur de Vaudreuil avait demandé ce poste pour son fils aîné. Un peu

(1) Archives de la province de Québec.

(2) Le Chameau, flûte de six cent cinquante tonneaux, construite sur les plans de Biaise Ollivier, maître de la charpenterie du roi, était une excellente marcheuse. Le Chameau passait aux yeux d'un grand ingénieur, Duhamel Du Monceau, comme le dernier mot de l'art des constructions navales. G. Lacour-Gayet, La marine mïlir taire de France sous le règne de Louis XV, p. 98.

plus tard, le 4 novembre 1724, M. de Vaudreuil écrivait au ministre :

'* En vous informant de la mort de Mr de Ramesay, gouverneur de Montréal, j*ai eu l'honneur de vous demander ce gouvernement pour mon fils aîné.

" Je l'ai fait, Monseigneur, avec d'autant plus d'empressement que je m'étais persuadé qu'il ne souhaitait rien tant que de revenir dans sa patrie pour remplir une place qui l'aurait fait honorer si vous aviez bien voulu lui procurer, mais comme Mad. de Vaudreuil m'a informé qu'il avait dessein de continuer ses services dans la marine, je vous supplie de vouloir accorder ce gouvernement à Mr de Longueuil qui est un très digne sujet et qui mérite que vous l'honoriez de votre protection et en continuant à mon fils vos bontés, daignez vous ressouvenir de lui. Monseigneur, dans la promotion de la marine qui se fera l'année prochaine; il est ancien lieutenant de vaisseau, j'ose me flatter, Monseigneur, qu'il obtiendra aisément son avancement, lorsqu'il vous plaira l'honorer de votre protection. Je prends la liberté de vous la demander pour lui et pour moi" (i).

Le 5 juin 1725, le président du Conseil de Marine écrivait à madame de Vaudreuil qu'il n'avait pu donner le commandement du Chameau à son fils, mais qu'il lui avait accordé le

(1) Archives de la province de Québec.

commandement en second du Dromadaire, qui allait à l'île Royale, sous le commandement de M. de l'Etanduère.

En 1729, M. de Vaudreuil recevait le commandement de V Eléphant destiné pour Québec. Le vaisseau du roi partit de La Rochelle vers la fin de juillet. Il portait environ cent cinquante passagers parmi lesquels se trouvaient Mgr Dosquet, M. Hocquart, plusieurs prêtres, MM. de Vaudreuil Cavagnal et Rigaud de Vaudreuil, frères du commandant, etc, etc. h' Eléphant se brisa dans la nuit du ler au 2 septembre sur les battures du Cap Brûlé, vis-à-vis l'île aux Grues. Heureusement personne ne périt dans ce naufrage.

Toute la faute de cet accident retomba sur le pilote Chaviteau qui fut condamné à quatre mois de prison pour la perte de V Eléphant ( i ) .

Le chanoine Pierre Hazeur de L'Orme écrivait de Paris à son frère qui résidait à Québec, le 24 février 1732:

" Madame de Vaudreuil a été très peinée que son fils aîné n'a pas été fait capitaine de vaisseau dans la dernière promotion qui s'est faite, laquelle a été fort nombreuse, puisqu'il y a 25 capitaines, 40 lieutenants ou environ et plus de 80 enseignes. Le comte de Vaudreuil est si fâché qu'on l'ait oublié, qu'il veut absolu- Ci) A consulter sur la perte de VEléphant, le Bulletin des Recherches Historiques, vol. XI, p. 119; vol» XIII, pp. 283, 315, 378.

ment laisser le service. Je crois que ses amis Ten détourneront et il fera bien de ne pas quitter " (i).

En 1734, M. de Vaudreuil commandait la Charente et fit un voyage à la Louisiane.

Le 7 juillet 1735, le président du Conseil de Marine écrivait à M. de Vaudreuil qu'il avait appris avec plaisir son arrivée à File d'Aix de retour de la Louisiane.

Le 1er avril 1738, M. de Vaudreuil était fait capitaine de vaisseau.

En 1739, M. de Vaudreuil reçut le commandement du Jason et fit un voyage à l'île Royale (Cap-Breton). Ses instructions lui furent données par le ministre le 22 juin 1739(2).

En 174 1, M. de Vaudreuil avait le commandement de la frégate la Victoire.

M. de Vaudreuil prit part sur VHeureux qu*îl commandait à la bataille de Toulon, le 22 février 1744, et il s'y fit remarquer d'une façon particulière.

Le chef d'escadre Cabaret qui avait succédé, le 2^ avril 1744, au lieutenant-général de Court La Bruyère dans le commandement de l'escadre de Toulon, étant mort à bord de son vaisseau en rade de Toulon, deux mois plus tard, le 21 juin 1744, le comte de Maurepas,

(1) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XVI, p. 205.

(2) KIleH sont publiés dans Collection de manuscrits, vol. III, p. 186.

ministre de la marine, prit le parti de ne pas le remplacer dans son commandement supérieur, mais de partager Tescadre en plusieurs divisions, de quatre à cinq bâtiments chacune. M. de Maurepas confia ces divisions à M. de Caylus, au chevalier de Piosin, à M. de la Jonquière et à M. de Vaudreuil.

Au point de vue militaire, l'idée du ministre de la marine était bonne. Elle permit à ces divisions de faire des croisières heureuses à Malte, à Tunis, dans le Levant, à Gibraltar et à Cadix. Elle permit encore de soutenir par quelques convois maritimes les opérations de terre que Tinfant don Philippe et le prince de Conti faisaient alors à la frontière du Var(i).

" En 1747, M. de Vaudreuil prit part au célèbre combat naval entre le marquis de l'Etanduère et Tamiral Hawke. Avec huit vaisseaux et deux frégates, M. de l'Etanduère convoyait deux cent cinquante-deux navires marchands, en destination pour les îles d'Amérique, lorsqu'il rencontra, entre les caps Finistère et d'Ortégal, la flotte anglaise, forte de quatorze vaisseaux de ligne, trois frégates et deux brûlots. Une lutte des plus terribles qu'ait jamais vu l'Océan, ne tarda pas à s'engager. Il y avait près de huit heures que durait ce combat acharné. Déjà cinq des vaisseaux avaient amené leur pavillon, et les autres étaient hachés et

(1) G. Lacour-Gaj^t, La marine militaire de la France sous le règne de homs XV, p. 147.

leurs officiers criblés de blessures. Le Tonnant lui-même, que montait M. de TEtanduère, avait reçu huit cents boulets et avait plus de cent tués ou blessés à son bord. Poursuivi par six vaisseaux ennemis à la fois, dégarni de ses mâts, de ses vergues, et faisant eau de toutes parts, il allait se rendre ou périr, lorsque le comte de Vaudreuil, monté sur Vlntrépide, et commandant Tavant-garde française, s'élance au secours du Tommnt, passe à travers les vaisseaux anglais, en leur lâchant une double bordée, et vient fièrement se placer dans les eaux de son chef d'escadre. Seul, et bien qu'il comptât plus de cent trente hommes baignés dans leur sang, Vlntrépide tient tête à toute la flotte anglaise. Il était huit heures et demie du soir. Etonnés du majestueux dévouement de Vlntrépide, non moins qu'épuisés par une lutte si meurtrière, les Anglais abandonnèrent la partie. Sans attendre le retour dans le port, M. de TEtanduère écrivit, de son bord, à M. de Vaudreuil, la lettre suivante: "Mon cher Vaudreuil, jamais manœuvre n'a été plus belle, plus fière et plus distinguée que celle que vous avez faite. Vous m'avez tiré d'affaire avec un nombre de vaisseaux contre lesquels j'aurais été obligé de céder à la force. Nous pouvons dire que nous avons bien fait la manœuvre des convois, qui est de se faire hacher pour sauver la flotte. Je vous embrasse, mon cher Vaudreuil, de tout mon cœur; je fais mes amitiés à tout

votre état-major et je vous remercie de votre bon secours " ( i ) .

M. de Vaudreuil, pour prix de sa bravoure, fut élevé, le ler avril 1748, au grade de chef d'escadre.

Louis XV fit faire un tableau représentant V Intrépide aux prises avec l'escadre anglaise. La copie de ce tableau existe au musée de Versailles (2).

M. de Vaudreuil fut nommé, le 25 août 1753, lieutenant général des armées navales d<-. Sa Majesté.

Enfin, en 1756, le brave marin recevait des mains du roi la grand-croix de l'ordre de Saint-Louis.

M. de Vaudreuil qui avait successivement porté les titres de comte et de marquis de Vaudreuil décéda à Tours le 2y novembre 1763. Il fut inhumé dans le cimetière de la paroisse de Saint-Saturnin, le lendemain comme en fait foi la pièce suivante :

(1) M. Villiers du Terrage, dans Les dernières années de la Louisiane française, donne de nombreux détails inédits sur la bataille du 25 octobre 1747. Il a tiré ses renseignements des papiers du chevalier de Kerlérec, plus tard gouverneur de la Louisiane, qui prit part à cette bataille comme officier du Neptune. L'état-major de ce vaisseau comptait dix-sept officiers : dix furent tués pendant l'action, cinq autres furent blessés, dont trois ne survécurent que peu de temps.

(2) M. Villiers du Terrage a reproduit ce tableau dans son ouvrage Les dernières années de la Louisiane française.

" Le vingt huictiesme jour de novembre mil sept cent soixante trois a esté, par nous, curé de cette paroisse, soussigné, inhumé le corps de haut et puissant seigneur Louis-Philippe de Rigaud, seigneur et comte de Vaudreuil, grand croix de Tordre royal et militaire de Sainct Louis, lieutenant général des armées navales de France, âgé de soixante treize ans, muny des saincts sacrements, veuf de haute et puissante dame Catherine-Elizabeth Le Moine de Sérigny, en présence de Jeanne Charrier, veuve de Jean Gazeau, sa domestique, qui a signé avec nous, et de Pierre Romieu, bastonnier de cette église, qui a déclaré ne le sçavoir. "

Il avait épousé, à Rochefort, le 2.2 décembre 1723, Catherine-Elisabeth, fille de Joseph Lemoyne, sieur de Sérigny, chevalier, seigneur du Loiret, capitaine de vaisseaux du Roi, gouverneur de la ville de Rochefort, et de dame Marie-Elisabeth Héron.

La marquise de Vaudreuil était décédée trente-cinq ans avant lui, à Revel, le 17 octobre

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