‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 35 sur 49 · COMMENT ON RECEVAIT LES CHE- VALIERS DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

COMMENT ON RECEVAIT LES CHE- VALIERS DE SAINT-LOUIS

Disons d'abord que le roi, par une lettre signée de sa main, informait le récipiendaire de l'honneur qu'il lui faisait en l'admettant

dans Tordre militaire de Saint-Louis. Ces lettres avaient presque toujours la même forme. Nous avons sous les yeux la lettre écrite par Louis XV, le 12 février 1760, à un brave officier du Canada, M. Boschatel de La Martinie.

Il disait:

" M. Jean-Baptiste Boschatel de la Martinie.

" La satisfaction que j'ai de vos services m'ayant convié à vous associer à Tordre militaire de Saint-Louis, je vous écris cette lettre pour vous dire que j'ai commis le sieur chevalier de Lévis, maréchal de camp en mes armées et chevalier du dit ordre, pour, en mon nom, vous recevoir et admettre à la dignité de chevalier de Saint-Louis, et mon intention est que vous vous adressiez à lui pour prêter en ses mains le serment que vous êtes tenu de faire en la dite qualité de chevalier du dit ordre et recevoir de lui Taccolade et la croix que vous devez dorénavant porter sur Testomac, attaché d'un petit ruban couleur de feu, voulant qu'après cette réception faite, vous teniez rang entre les autres chevaliers du dit ordre et jouissiez des honneurs qui y sont attachés. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. Jean-Baptiste Boschatel de la Martinie, en sa sainte garde.

" Ecrit à Versailles, le 12 février 1760.

Louis "

L*Ordre de Saint-Louis n'était composé que de catholiques. Les protestants n'y étaient pas admis. Avant leur réception, les chevaliers devaient même faire la preuve de leur catholicité. Cette preuve, d'ordinaire, consistait en un billet de confession.

Voici le billet de confession de M. de Saint- Vincent fait chevalier de Saint-Louis en 1730:

" Nous soussigné, curé de Québec, certifions que monsieur Pierre de Saint-Vincent, fils de monsieur Philibert de Saint-Vincent, baron de Narcy, capitaine d'une compagnie du détachement de la marine, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, est catholique et s'est acquitté de ses devoirs.

" Fait au dit Québec le dix-septième août mil sept cent trente.

Boullard "

Nous donnons ici le cérémonial qu'on suivait pour la réception d'un chevalier de Saint- Louis.

Celui qui avait mandat du roi pour recevoir le nouveau chevalier se tenait debout et couvert. Le chevalier à genoux et découvert, les mains jointes, devait répéter la formule suivante à haute voix:

" Vous jurez sur la foi que vous devez à Dieu, votre créateur, que vous vivrez et mourrez dans la religion catholique, apostolique et romaine ;

" Que vous serez fidèles au Roi, et ne vous départirez jamais de l'obéissance qui lui est due, et à ceux qui commandent sous ses ordres;

" Que vous garderez, défenderez et soutiendrez de tout votre pouvoir, Thonneur, l'autorité et les droits de Sa Majesté et ceux de sa couronne envers et contre tous;

" Que vous ne quitterez jamais son service pour entrer dans celui d'un prince étranger sans la permission et agrément par écrit signé de Sa Majesté;

" Que vous lui révélerez tout ce qui viendra à votre connaissance contre sa personne et contre son état, et garderez exactement les statuts et règlements de Tordre de Saint-Louis, auquel Sa Majesté vous a agrégé et vous a honoré d'une place de chevalier en icelui ;

" Que vous vous comporterez en tout comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier est obligé de faire, ainsi que vous le jurez et promettez. "

Le serment lu, le nouveau chevalier promettait de garder et observer ce qui y était contenu, puis le représentant du roi tirait son épée du fourreau, lui en donnait un coup sur chaque épaule, et l'embrassant lui disait: "Au nom de Sa Majesté et suivant le pouvoir qu'elle m'en a donné, de par saint Louis, je vous fais chevalier. " Et à l'instant il lui remettait la croix avec le ruban couleur de feu.

La croix, à la mort du chevalier de Saint- Louis, ne pouvait rester à sa famille. On devait la retourner au roi.

Page 1