‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 39 sur 49 · JOSEPH-PIERRE BERNIER · texte numérisé non relu

JOSEPH-PIERRE BERNIER

En 1755, le baron de Dieskau, nommé commandant des troupes de la Nouvelle-France, passait ici avec un renfort de près de trois mille hommes. M. de Dieskau amena avec lui comme aide de camp le lieutenant Joseph-Pierre Bernier, originaire de la ville de Vienne, en Dauphiné, qui avait servi jusque-là dans le Régiment Royal Suédois.

Le baron de Dieskau, qui était d'origine allemande, s'imagina qu'on pouvait faire la guerre dans les forêts du Canada comme on la pratiquait en Europe. Le peu de cas qu'il fit des observations des officiers canadiens le mena à un désastre quelques semaines à peine après son arrivée au Canada. Le 1 1 septembre 1755, à l'attaque du camp du général Johnson au fort Lydius, il fut battu par les Anglais et fait prisonnier. L'aide de camp Bernier aurait pu se sauver, mais il poussa la générosité jusqu'à suivre son chef en captivité.

Trois jours après sa défaite, le 14 septembre 1755, le baron de Dieskau écrivait au com-

te d'Argenson, du "camp de l'armée anglaise sur le lac du Saint-Sacrement " :

" J'ignore dans ce moment quel sera mon sort. Je reçois tous les secours possibles de M. de Johnson, général de l'armée anglaise, tels qu'on peut attendre d'un galant homme, plein d'honneur et de sentiment. Le sieur Bernier, mon aide de camp, est prisonnier avec moi ; il a été assez heureux pour n'avoir qu'une légère contusion d'un éclat envoyé par le canon. Je ne sache pas qu'il y ait d'autre officier de pris.

" Si l'état de mes blessures m'ôtait l'espérance de retourner en Europe, et que le sieur Bernier y aille, il pourra vous donner, Monseigneur, un détail plus ample de cette affaire et de tout ce que ma situation ne me permet pas de vous exposer.

** Je vous supplie, Monseigneur, d'avoir égard à son zèle pour le service et à l'attachement qu'il a eu pour moi. "

En février 1756, après quatre mois de captivité aux Etats-Unis, M. Bernier obtenait la permission de passer en Angleterre. De là, il traversa en France où il rendit compte au ministre de tous les événements qui avaient accompagné la défaite de la petite armée du baron de Dieskau.

Au mois de février 1758, M. Bernier obtenait de nouveau la permission de venir servir au Canada. Nommé assistant commissaire des guerres sous M. Doreil, il passa ici au mois

de juin suivant sur la frégate le Prince- Edouard.

A l'automne de 1758, M. Doreil retournait en France et M. Bernier fut promu commissaire des guerres à sa place.

Après la chute de Québec, M. Bernier, qui, pendant sa captivité aux Etats-Unis, avait appris la langue anglaise, resta dans la ville pour s'occuper des blessés de l'armée française.

Le 15 octobre 1759, l'intendant Bigot écrivait au maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre :

'' J'avais chargé M. Bernier, commissaire des guerres, de l'hôpital de Québec, tant pour les troupes que pour les Canadiens. Il a rempli au mieux ce détail pendant toute la campagne; et comme il s'est trouvé commissaire de cet hôpital à la reddition de la place, il a resté conformément au cartel, sans être prisonnier; il y sert encore très utilement et à notre satisfaction. Nos généraux, ainsi que moi, s'adressent à lui pour tout ce dont nous avons besoin auprès du général anglais. Ce commissaire continue de veiller à la conservation et subsistance de nos blessés et malades à cet hôpital. "

M. Bernier retourna en France dans le même navire que le chevalier de Lévis en novembre 1760.

M. Bernier, qui avait très bien servi en Canada, semble avoir été employé, après son

retour en France, auprès des pauvres Acadiens amenés prisonniers de guerre en Angleterre et qui s'établirent ensuite en France.

Dans une lettre du 12 septembre 1760 à M. de Crémille, lieutenant-général, adjoint du ministre de la guerre, M. Bernier écrivait, parlant du Canada:

'' Si ce pays ne doit plus rentrer sous la domination de la France, c'est une perte infinie; s'il doit y revenir, ce sera sans doute un bien, si on le regarde comme un bâtiment à reprendre par les fondemens, et que l'on y détruise jusqu'à l'ombre même de l'intérêt, qui est l'unique et antique cause de sa perte; tout y doit être renouvelé, crainte qu'il n'y reste du levain conducteur. " ■1 Comme on le voit, M. Bernier savait ce

^K qui passait dans l'administration de la colonie.

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