LE BARON DIESKAU FUT-IL BLESSE PAR UN CANADIEN
L'historien Garneau écrit qu'à l'assaut du fort Lydius, le 11 septembre 1755, le baron Dieskau, commandant des troupes françaises, fut blessé et fait prisonnier par un déserteur canadien établi dans la Nouvelle- York depuis une dizaine d'années.
Dans sa lettre du 14 septembre 1755 au comte d'Argenson, le baron Dieskau écrit:
" Comme j'étais près du camp ennemi, et en face du canon, je m'avançai avec les 200 hommes de troupes réglées pour m'en saisir, persuadé que les Canadiens ne m'abandonneraient pas, et que les sauvages reviendraient peut-être, mais inutilement. Les troupes réglées eurent sur elles tout le feu ennemi et y périrent presque toutes; je fus jeté à terre par trois coups de feu, dont aucun n'était mortel; mais j'en reçus un quatrième qui passa d'une cuisse à l'autre en traversant la vessie. "
M. Garneau, croyons-nous, a pris son renseignement dans le " Dialogue entre le maréchal de Saxe et le baron de Dieskau, aux Champs-Elysées " du chevalier Johnstone. Ce dialogue, dans le fond, est une œuvre d'imagination. Les appréciations militaires peuvent être justes, mais nous avons le droit de suspecter les faits avancés par le chevalier Johnstone.
Johnstone met dans la bouche de Dieskau le récit suivant:
'' Ayant donc continué à marcher sur la dite batterie dans la confiance que les sauvages n'oseraient m'abandonner me voyant si fort avancé, je m'aperçus que les Canadiens, au lieu de marcher de leur côté au retranchement, s'éparpillaient à droite et à gauche, faisant le coup de fusil à la sauvage, et que les sauvages n'avançaient point; sur quoi m'étant écarté un
peu vers la gauche pour leur faire signe d'avancer, je m'approchai, sans m'en apercevoir, si près du retranchement, que je reçus dans un instant trois coups de fusil dans les jambes et un à travers le genou droit qui me fit tomber près d'un arbre, derrière lequel je me traînai avec l'aide du chevalier de Montreuil qui m'avait suivi, lequel était le plus ancien après moi et ne voulant pas m'abandonner, je lui ordonnai, de par le Roi, d'aller prendre le commandement, et s'il en voyait la nécessité, de faire la retraite le mieux qu'il pourrait, mais de m'envoyer quelques hommes pour m'enlever. Peu de temps après vinrent deux Canadiens de sa part, dont l'un fut tué et me tomba sur les jambes, ce qui m'embarrassa beaucoup ; et l'autre ne le pouvant pas faire seul, je lui dis de m'amener quelques hommes de plus. Mais peu de temps après j'entendis battre la retraite sans rien voir, étant assis dans un terrain un peu bas, le dos appuyé contre un arbre, et ayant resté dans cette situation environ une demi-heure, je vis, à dix, à douze pas de moi, un soldat des ennemis me coucher en joue derrière un arbre, auquel je fis signe de la main de ne pas tirer ; mais il ne laissa pas que de lâcher son coup, qui me traversa les deux cuisses, et, sautant en même temps sur moi, il me dit en très bon français: "Rendez-vous!'* Je lui dis: ** Misérable! pourquoi me tires-tu? tu vois un homme couché à terre baigné dans son
sang et tu tires ! — Ah ! répondit-il, que sais-je moi? vous pouviez avoir un pistolet: J'aime mieux tuer le diable que si le diable me tuait. — Tu es donc Français? lui dis-je. — Oui, répliqua-t-il; il y a plus de dix ans que j'ai déserté du Canada. "
Ajoutons que le baron Dieskau fut très bien traité par son vainqueur, le général Johnson.