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LA DESCENDANCE DE COULON DE JUMONVILLE

Ce n'est pas dans le poème consacré à Coulon de Jumonville par le célèbre poète Thomas qu'on peut connaître l'histoire de ce héros. Thomas, dans ses vers, a largement usé des licences permises aux poètes. Il ne s'est pas du tout préoccupé de la vérité historique.

Mgr Amédée Gosselin, dans ses Notes sur la famille Coulon de Villiers, a tout dit de la trop courte carrière de Coulon de Jumonville. Nous voulons simplement poser une question: le héros canadien tué dans sa rencontre avec la troupe de Washington, le futur fondateur des Etats-Unis, a-t-il laissé des descendants?

Joseph Coulon de Jumonville avait épousé à Montréal, le ii octobre 1745, Marie- Anne-

Marguerite Soumande, fille de Jean-Paschal Soumande et d'Ursule Leverrier.

Cinq enfants naquirent de cette union:

1° Joseph Coulon de Jumonville né à Montréal le 21 août 1746 et décédé au même endroit le 26 août 1746.

2° Joseph Coulon de Jumonville né à Montréal le 6 mars 1748 et décédé avant le 21 mai 1760.

3° Hypolite-Etienne Coulon de Jumonville né à Montréal le 5 juillet 1749 et décédé avant le 21 mai 1760.

4° Marie-Anne-Catherine Coulon de Jumonville née à Montréal le 12 juin 1752 et décédée au même endroit le 30 août 1752.

5° Charlotte-Amable Coulon de Jumonville née à Montréal le 16 août 1754.

La veuve de Coulon de Jumonville se remaria à Montréal, le 15 décembre 1755, à Jean-Pierre Bachoie de Barraute, capitaine au régiment de Béarn. Cet officier prit part aux batailles des Plaines d'Abraham et de Sainte- Foy. Le 12 mai 1760, dans une escarmouche, il fut blessé à la tête d'un éclat de bombe. Transporté à l'Hôpital général de Québec, il y mourut le 20 mai 1760.

Le 28 juin 1760, le chevalier de Lévis écrivait au ministre Berryer:

** Je joins mes sollicitations à celles de M. le marquis de Vaudreuil en faveur de madame Barraute, veuve anciennement de M. de Ju-

monville, officier de la colonie, tué au commencement de la guerre, dont elle a une fille. Elle avait épousé en secondes noces le sieur Barrante, premier capitaine du régiment de Béarn, homme de condition dont elle a une fille. Il vient de mourir de ses blessures. Cette veuve est sans biens, chargée de ses deux filles; je vous serai particulièrement obligé de ce que vous voudrez bien faire pour elle et lui procurer une pension et places à Saint-Cyr pour ses filles '' (i).

Il est donc absolument certain qu'à la da: te du 21 mai 1760 il ne restait plus qu'une fille du mariage Jumonville-Soumande : Charlotte- Amable.

Dans sa lettre au ministre Berryer, le chevalier de Lévis demandait pour elle une place à Saint-Cyr.

Saint-Cyr était cette maison fondée par madame de Maintenon en 1680 et établie dans le parc de Versailles pour recevoir et instruire gratuitement 250 demoiselles nobles et pauvres.

Charlotte-Amable Coulon de Jumonville obtint-elle son entrée dans cette célèbre maison?

Nous avons sous les yeux le certificat de M. d'Hozier, juge d'armes de la noblesse de France, pour l'entrée de la jeune fille à Saint- Cyr.

(1) Lettres du chevalier de Lévis, p. 365.

M. d'Hozier déclarait:

" Nous, Louis-Philippe d'Hozier, chevalier, juge d'armes de la noblesse de France, conseiller du Roy en ses conseils et commissaire de Sa Majesté pour lui certifier la noblesse des demoiselles élevées dans la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr.

" Certifions au Roy que demoiselle Charlotte-Amable Coulon de Jumonville a la noblesse nécessaire pour être admise au nombre des filles demoiselles que Sa Majesté fait élever dans la Maison Royale de Saint-Louis, fondée à Saint-Cyr dans le parc de Versailles, comme il est justifiée par les actes énoncés dans cette preuve que nous avons vérifiée et dressée à Paris, le mercredy dix-sept février mil sept cent soixante-deux. ''

Charlotte-Amable Coulon de Jumonville entrée à Saint-Cyr à la fin de 1762 en sortit le 22 juillet 1774. Elle avait fait choix de la vie religieuse et s^enferma dans un couvent de Bénédictines. Le roi, le 14 septembre 1774, avait bien voulu payer sa dot afin de lui permettre d'entrer au cloître.

La dernière descendante de Joseph Coulon de Jumonville s'éteignit donc en France après 1774.

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