TROIS BONS CANADIENS
Jean-Baptiste Ménard dit Brindamour, originaire de Saint-Hippolyte, au diocèse d'Alais, en France, était soldat au régiment de Guyenne. Il débarqua à Québec avec son régiment en 1756. Après la guerre, Ménard décida de rester au Canada. Il prit une terre à Saint-Antoine-de-Richelieu, où il épousa, en 1763, Françoise Circé qui lui donna une nombreuse famille. En 1767, Ménard s'établit à Saint-Denis-de-Richelieu. Il résida ensuite à Montréal et décéda à Laprairie.
Trois de ses fils, qui s'établirent aux Etats- Unis, firent honneur au nom canadien.
Pierre Ménard, l'aîné des trois frères, naquit à Saint-Antoine-de-Richelieu le 7 octobre 1766- Il commença ses études à Montréal puis, à l'âge de dix-neuf ans, partit pour aller tenter fortune dans les Illinois. Ménard se rendit d'abord à Vincennes où il devint agent du colonel V^igo pour la traite des pelleteries. En 1786, et les années suivantes, c'est lui qui s'occupa de procurer les vivres aux armées commandées par les généraux Clark et Scott qui faisaient la chasse aux Sauvages de l'Ouest, dans le but de mettre fin à leurs incursions continuelles sur la frontière américaine.
En 1790, Ménard s'associa avec un négociant du nom de Dubois, de Vincennes, pour faire la traite, et il ouvrit un magasin à Kaskaskia, dans le comté de Randolph, Illinois. Ménard fut très heureux dans ses opérations et il put être admis, en 1808, dans l'importante société Emmanuel Liza et Cie, dont le trafic s'étendait jusqu'aux Montagnes Rocheuses.
L'influence très grande de Ménard lui valut peu après d'être nommé agent des Indiens, par le gouvernement américain, et il conclut en cette qualité plusieurs traités importants avec eux.
Ménard s'occupa aussi de politique et de plusieurs entreprises qui ont puissamment contribué au développement de l'Illinois.
L'Indiana ayant été constitué en territoire en 1800, Ménard fut élu trois ans après par le comté de Randolph pour le représenter dans la législature. En 1810, le comté de Randolph envoyait Ménard siéger au Conseil législatif qui venait d'être établi. Ménard fut élu à l'unanimité président de ce corps et il sut rempHr cette importante fonction avec calme, modération et dignité. Il en resta le président jusqu'en 18 18.
Lors de la formation de l'Illinois en état, Ménard eut l'honneur d'en être choisi comme premier lieutenant-gouverneur; il remplit ces
fonctions jusqu'en 1822 et fut alors remplacé par M. William Kennedy.
A partir de cette date, Ménard refusa toutes les charges politiques qui lui furent offertes afin de se consacrer exclusivement aux affaires de sa famille.
Lors du voyage triomphal de Lafayette à travers les Etats-Unis en 1826, le grand Français parcourut la région de l' Illinois et fut l'hôte de Ménard. M. Levasseur, secrétaire de Lafayette, dans le récit qu'il a laissé de ce voyage, fait les plus grands éloges de Ménard et de toute sa famille.
Le colonel Ménard s'éteignit le 13 juin 1844, à Kaskaskia, âgé de soixante ans, entouré des soins d'une famille affectionnée, et muni de tous les secours de la religion catholique qu'il pratiqua toujours avec ferveur.
Le célèbre écrivain Parkman avait connu Ménard dans ses dernières années- Il lui fournit plusieurs renseignements pour son ouvrage : History of the Conspiracy of Pontiac.
En 1839, la législature de l'Illinois avait attesté sa reconnaissance pour les services signalés qu'il avait rendus à l'Etat en donnant son nom à un comté ( i ) .
Hippolyte Ménard, né à Saint-Denis-de- Richelieu en 1770, partit pour aller se fixer à
(1) Joseph Tas«é, Leê Canadiens de VOuest, vol. II, p. 55.
Kaskaskia, en 1795, en même temps que son frère cadet François. Pierre Ménard, en train de faire fortune, avait probablement conseillé à ses deux frères de venir le rejoindre.
Hippolyte Ménard, pendant que son frère aîné développait son commerce, et son autre frère, François Ménard, voyageait comme marin, s'adonna à la culture.
Il acheta de grandes étendues de terre et acquit une honnête aisance, tout en élevant une nombreuse famille.
Ses concitoyens apprécièrent bien vite son honnêteté, son jugement et son sens des affaires. A plusieurs reprises les électeurs du comté de Randolph choisirent Hippolyte Ménard pour les représenter dans la législature de l'état de rilHnois.
Hippolyte Ménard décéda à Kaskaskia, à un âge très avancé.
François Ménard, né à Saint-Denis-de-Richelieu en 1775, rejoignit son frère dans l'Ouest à l'âge de vingt ans. Il n'avait pas d'attrait pour le commerce et la traite. Il aimait la mer. Les difficultés et les dangers de la navigation furent son partage une fois rendu dans l'Ouest américain. Ses courses aventureuses sur le Mississipi, entre Kaskaskia et la Nouvelle-Orléans, lui valurent la réputation d'un marin habile et intrépide.
" Dans ses voyages à la Nouvelle-Orléans, Ménard transportait des cargaisons d'un grand prix, mais son habileté et sa prudence reconnues lui permirent toujours d'échapper aux dangers qu'offrait la navigation du fleuve. Le Mississipi semblait n'avoir pas de secrets pour lui, et ses nombreux courants comme ses moindres récifs lui étaient familiers. Il avait rarement moins de cinquante à quatre-vingts hommes, de différente origine, à bord de son bateau, et il exerçait sur cette troupe disparate une incontestable autorité. Doué d'une volonté de fer, tempérée par beaucoup de bienveillance, il savait se faire aimer et respecter à la fois de ses marins.
" Ménard était beau à voir au milieu des plus grandes fureurs de l'orage- Il avait véritablement cette âme d'airain dont parle Horace. Debout sur le \K)nt du bateau, la figure calme, impassible, il commandait d'un ton bref, énergique, prenant au besoin la barre du gouvernail, aussi inébranlable que les rochers alignés çà et là sur son passage. Le danger semblait-il certain, imminent, on jxjuvait encore voir Ménard faire des signes de croix, promettre des messes ou prononcer quelques autres vœux pieux, et il rendit souvent grâce à Dieu, en présence de tout son équipage, mû par un esprit non moins chrétien, de l'avoir arraché à une mort inévitable.
'* Ménard n'était pas seulement religieux en face de l'abime. A l'exemple de l'illustre
découvreur du Canada, il ne manquait jamais de régler ses affaires de conscience avant d'entreprendre l'une de ses périlleuses courses sur le Mississipi, et il exigeait que ses compagnons imitassent son exemple. Arrivait-il, à la Nouvelle-Orléans ou à Kaskaskia, de retour d'un de ses voyages, Ménard se faisait un devoir d'aller, en tête de son équipage, s'agenouiller au pied des autels pour remercier Dieu de sa protection.
" Après avoir passé bien des années à braver l'élément, Ménard vint se reposer de ses fatigues de marin dans sa paisible retraite de Kaskaskia où il avait fait l'acquisition de terrains considérables. Il s'y éteignit doucement, le 28 septembre 1833, laissant le souvenir d'une vie honnête et respectée " ( i ) .