‹ Les petites choses de notre histoire (volume 3)Chapitre 8 sur 49 · L'EMBUSCADE DU FORT SAINTE- ANNE EN · texte numérisé non relu

L'EMBUSCADE DU FORT SAINTE- ANNE EN

Au printemps de 1666, M. de Tracy, voulant empêcher les incursions des Iroquois sur la colonie, ordonnait la construction d'un fort sur. une île, à l'entrée du lac Champlain. Ce fort fut construit par des soldats du régiment de Carignan, sous la direction de M. de La Motte, capitaine au même régiment. Cet officier commanda ensuite la petite garnison qui fut laissée dans le fort Sainte-Anne.

Avec le temps, l'île prit le nom d'île La Motte, en souvenir du brave capitaine de Carignan.

Un triste événement jeta le deuil dans la garnison du fort Sainte-Anne avant même qu'il fut entièrement terminé. Au commencement de juillet 1666, quelques officiers et soldats, voulant se donner le plaisir de la chasse, se transportèrent en canot sur la terre ferme,

dans les environs de la rivière aujourd'hui connue sous le nom de rivière Chazy. A peine avaient-ils mis pied à terre qu'ils furent attaqués par un certain nombre d'Agniers cachés dans la foret. Pris par surprise, les Français ne purent se défendre. Les uns furent tués, les autres faits prisonniers.

Combien de Français furent tués dans cette triste aventure? Combien tombèrent entre les mains des Agniers? Il est difficile de répondre avec exactitude à ces deux questions car les relations contemporaines sont aussi confuses que contradictoires. Il faut avouer que les historiens qui ont parlé du guet-apens de juillet 1666 n'ont guère cherché à approfondir ce point.

Quelques citations feront voir les contradictions entre les différentes relations:

Le Journal des Jésuites, à la date du 20 juillet 1666, dit:

** Le 20, nouvelle arrive des forts, de la bâtisse du fort Ste-Anne, dans le lac Champellain, dans une isle à 4 lieues de l'embouchure, et en même temps de la mort de Mons. de Chasy tué par les Anniés avec deux autres, 4 pris prisonniers entr'autres Mr de Leroles, cousin de Mons. de Tracy. Ensuite de quoi l'ambassade du P. Bechefer est arrêté; tous les OnneiSt redescendent à Québec. "

La Relation des Jésuites, année 1665- 1666, dit à son tour:

" Mais à peine les ambassadeurs

furent-ils éloignés de deux ou trois journées de Québec, qu'on apprit que quelques Français du fort de Sainte-Anne, étant allés à la chasse, avaient été surpris par les Agniehronnons et que le sieur de Traversy, capitaine au régiment de Carignan, et le sieur de Chusy (Chazy), en avaient été tués, et quelques volontaires faits prisonniers. "

Dans un mémoire de M. Talon à MM. de Tracy et Courcelles, du ler septembre 1666, il est dit:

" Que de trop fréquentes expériences veulent qu'on demeure persuadé que les paix faites avec ces infidèles se rompent à la première occasion qui se présente à eux d'en tirer quelqu'avantage sur les Français. La mort de MM. de Chazy et Traversy et celles des sieurs Chamot et Morin en rendent un témoignage aussi funeste que récent, puisqu'ils ont été attaqués et tués dans le temps qu'il y avait des ambassadeurs à Québec de la nation d'Onneyout traitant pour celle des Agnez. "

M. de Tracy qui, pourtant, aurait dû être bien informé puisque M. de Chazy était son neveu et M. de Lerolle son cousin, écrivait aux commissaires d'Albany le 22 juillet 1667 que les Agniers avaient assassiné sept de ses jeunes gens parmi lesquels quatre gentilshommes.

Le voyageur Perrot, dans ses Mémoires publiés par le Père Tailhan, écrit :

" Les Aniez avaient de nos prisonniers chez eux, entr'autres M. de Noyrolle, neveu de M. de Tracy. M. de Chasy, son cousin, fut tué au nord du fort de Lamotte. M. de Tracy fit commander Tété suivant un parti de trois cents hommes Français et Algonquins qui rencontrèrent le Bâtard Flamand ayant avec lui M.* de Noyrolle et trois autres Français, dont il y en avait un de blessé au talon que M. de Courcelles recommanda en partant au sieur Corlard. "

M. de la Potherie, dans son Histoire de r Amérique Septentrionale, écrit:

*' Certains guerriers (iroquois) rencontrèrent à la chasse Mrs de Chasy, de Lerole, de Montagni, dont les deux premiers étaient parents de M. de Tracy. Agariata tua Mrs de Chasy et de Montagni, quelques autres Français et emmenèrent M. de Lérole. "

Le Père de Charlevoix, qui écrivait plusieurs années après Tévénement mais qui est généralement bien informé, dit à son tour:

" Le canton d'Onneyouth fut allarmé de ces préparatifs, et envoya des députés à Québec pour détourner Torage, qui le menaçait. Il parait même par quelques mémoires que ces députés avaient un plein pouvoir pour agir au nom des Agniers; mais ceux-ci avaient encore des partis en campagne, et Tun de ces partis

surprit et tua trois officiers, MM. de Chasy, Chamat et Morin, dont le premier était neveu de M. de Tracy "

L'abbé Faillon, dans son Histoire de la colonie française, dit de l'affaire du fort Sainte-Anne :

'' Bien plus, le mois suivant, lorsqu'on venait de terminer la construction du Fort Sainte-Anne dans une île du lac Champlain, quelques Français de ce poste, étant allés à la chasse, tombèrent dans une embuscade de sauvages Agniers qui en prirent quatre, du nombre desquels était M. de Rôles, cousin de M. de Tracy, et en tuèrent trois: M. de Chasy, M. de Traversy, capitaine au régiment de Carignan, et un autre. "

M. Benjamin Suite, dans Le régiment de Carignan, écrit:

" En juin 1666, furent tués près du fort Sainte-Anne, au lac Champlain, Chasy, Chamat, Morin, Montagny; ce dernier devait être le surnom de Jean Laumonier, sieur de Traversy, capitaine au régiment de Carignan. "

Quelle opinion devons-nous adopter dans ce faisceau contradictoire?

M. Jacques Viger, qui a eu sous les yeux presque toutes les citations données ici, en tire les conclusions suivantes:

1° Que le parti français se composait de sept personnes.

2° Que des quatre officiers, deux furent tiiés, MM. de Chazy et Traversy, et deux faits prisonniers, MM. de Lerolle et de Montagny.

3° Que des trois soldats qui accompagnaient les officiers, deux furent tués, les sieurs Chamot et Morin.

4° Que MM. de Lerolle et de Montagny et le soldat prisonnier dont on ne sait pas le nom furent remis aux Français peu après par le Bâtard Flamand.

Quant à M. de Lerolle fait prisonnier par les Ajsrniers il se nommait Louis Châtelain de Lerolle. Deux actes du notaire Gilles Ra.s^eot, Tun du 6 octobre 1667 et l'autre du 22 novembre 1667, nous donnent ses noms et prénoms, M. de Lerolle retourna en France avec son cousin, M. de Tracy.

Aux Archives de la province de Québec, on conserve deux pièces intéressantes au sujet de MM. de Chazv et de Traversy. Ce sont les inventaires des effets laissés par ces deux officiers de CarigTian dressés, tous deux, par le notaire Becquet, le 22 juillet t666.

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