LES GRANDS VOYERS DE 1667 A
Ce qu'était le grand voyer
Le grand voyer, sous le régime français, était chargé de la construction et de la réfection des routes. C'est lui qui déterminait les alignements de ces mêmes routes après avoir entendu et pris Tavis des intéressés. Dans les villes, le grand voyer donnait l'alignement des maisons, voyait à la réfection des pavés, à l'apposition des gouttières, des auvents et des enseignes, etc. Il avait le droit de faire démolir les maisons construites en contravention des lois ou qui pouvaient être un danger pour la vie des passants.
Quand une route était nécessaire dans une paroisse, le grand voyer se rendait sur les lieux, entendait les intéressés, puis dressait procès-verbal ou ordonnance. Les travaux ordonnés par le grand voyer se faisaient par corvées. Le grand voyer s'occupait aussi de la construction et de la réparation des ponts. Il procédait de la même façon que pour les chemins. On prenait généralement le bois pour les ponts sur le domaine du roi ou encore sur celui du seigneur.
En France, sous l'ancien régime, les corvées devinrent des charges très onéreuses pour les paysans. Ici, les autorités de la colonie et
les seigneurs n'abusèrent pas des corvées. Nos anciennes archives judiciaires contiennent très peu de pièces sur les corvées. Cest bien là la meilleure preuve que nos habitants n'eurent pas à se plaindre sur ce point. Avec leurs dispositions ataviques pour les procès, ils auraient certainement porté leur cause devant le Conseil Souverain si on les avait molestés.
En général, les grands voyers n'eurent pas besoin d^avoir recours au gouverneur ni à l'intendant pour faire exécuter leurs procèsverbaux. Les habitants se prêtaient d'assez bonne grâce à l'établissement des routes et à leur réparation.
Grands voyers de la Nouvelle-France
1° René Robineaii de Bécancoiir, baron de Portneuf — Le premier grand voyer de la Nouvelle-France fut René Robineau de Bécancour. Ses lettres de provisions lui furent données par la Compagnie des Indes Occidentales, le 29 mars 1667. Elles furent enregistrées par le Conseil Souverain le 21 aoiit î668.
René Robineau de Bécancour, baron de Portneuf, décéda à Québec le 12 décembre
2° Pierre Robineau de Bécancour, baron de Portneuf — Le 24 mai 1689, le roi de France accordait à Pierre Robineau de Bécancour des lettres de provisions pour exercer la char-
ge de grand voyer de la Nouvelle-France, " en l'absence et en survivance du sieur de Bécancour, son père. " Ces lettres de provisions furent enregistrées par ordre du Conseil Souverain, le 13 février 1690.
Pierre Robineau de Bécancour, baron de Portneuf, décéda à Bécancour le 14 juin 1729.
3° Jean-Eustache Lanoullier de Boisclerc — Le 10 avril 1731, le roi de France accordait à M. Lanoullier de Boisclerc des lettres de provisions pour remplacer le sieur de Bécancour, décédé, comme grand voyer de la Nouvelle- France. Les lettres de provisions de M. Lanoullier de Boisclerc furent enregistrées au Conseil Supérieur le 20 août 1731. Il exerça sa charge pendant près de vingt ans avec beaucoup d'efficacité. M. Lanoullier de Boisclerc décéda à Québec le 25 novembre 1750.
4° Louis fleury de la Gorgendière — Le 27 novembre 1750, l'intendant Bigot accordait une commission au sieur de la Gorgendière pour exercer la charge de grand voyer, vacante par la mort de M. Lanoullier de Boisclerc, " sous le bon plaisir de Sa Majesté et jusques à ce qu'il lui plût d'y pourvoir. " M. Fleury de la Gorgendière ne reçut pas de lettres de provisions du roi.
Louis Fleury de la Gorgendière agit comme grand voyer jusqu'au mois de septembre
5° Ignace-François-Pierre Martin de IJno — Le 2j septembre 1752, l'intendant Bigot proposait au ministre d'accorder au sieur Martin de Lino la place de grand voyer qui avait été donnée au sieur Louis Fleury de la Gorgendière " reconnu incapable. " Il ne paraît pas que M. Martin de Lino reçut de lettres de provisions du roi. Il fut nommé par simple commission de l'intendant Bigot. Cette commission n*a pas été conservée. Le premier procès-verbal de M. Martin de Lino est du 2 octobre
M. Martin de Lino fut le dernier grand voyer de la Nouvelle-France. Après la Conquête, il se retira à Blois où on perd ses traces après 1769.
Grands voyers de la province de Québec
1° François Picoté de Bellestre — Sous le régime anglais, le gouverneur Murray divisa la province de Québec en trois districts pour les fins de la voirie, Québec, Montréal et Trois- Rivières. Chaque district eut son grand voyer indépendant nommé par le gouverneur et resl)onsable à lui seul. Cependant, en 1775, le gouverneur Dorchester, sans doute pour récompenser les Canadiens français de leur belle conduite pendant l'invasion américaine, décida de rétablir la charge de grand voyer pour toute la Province. C'est François Picoté de Bellestre,
le défenseur du fort Saint-Jean, qui fut nommé à cette charge. Sa commission est en date du 1er mai 1776. Elle dit: '' constitute and appoint him the said Francis Picoté de Bellestre to be grand voyer and surveyor of the highways and streets of in and for the said province of Québec. "
2^ Charles-hoilis Tarïen de Lanatidière — C'est le célèbre chevalier de Lanaudière, aide de camp et favori du gouverneur Dorchester, qui remplaça l'honorable M. Picoté de Bellestre comme grand voyer de la province de Québec. Sa commission, malheureusement, n'a pas été conservée. Il dut être nommé à la mort de M. Picoté de Bellestre, en 1793 (?). Quoiqu'il en soit, M. de Lanaudière recevait comme grand voyer un salaire de cinq cents louis par année. Le voyageur Lambert nous apprend que pour ses cinq cents louis M. de Lanaudière faisait, une fois par année, une tournée d'inspection des chemins de la Province. M. de Lanaudière ne prit pas même cette peine. On lui avait donné une sinécure et il se contenta, jusqu'à sa mort, de retirer son salaire, laissant toute la besogne aux grands voyers des trois districts de Québec, Montréal et Trois-Rivières.
L'honorable M. de Lanaudière décéda à Québec le 2 octobre 181 1.
3° François Baby — M. de Lanaudière fut remplacé par l'honorable François Baby. Nous
lisons dans la Gazette de Québec du lo octobre i8i I : '' Office du secrétaire de la province, Québec, le 9 octobre 181 1 : Il a plii à Son Excellence le gouverneur de faire la nomination suivante: l'honorable Francis Baby, écuyer, pour être grand voyer du Bas-Canada, à la place de Thonorable Charles de Lanaudière, décédé. "
M. Baby décéda à Québec le 9 octobre 1820, à l'âge respectable de 87 ans. Comme MM. Picoté de Bellestre et de Lanaudière, M. Baby s'était contenté de retirer son salaire. Aussi, à sa mort, on décida d'abolir cette sinécure. Il fut donc le dernier grand voyer de la i;rovince de Québec.
Grands voyers du district de Québec
1° François-Joseph Cuçjnet — François- Joseph Cugnet fut le premier grand voyer du district de Québec. Il fut nommé par le gouverneur Murray, le 20 novembre 1765. Il fut moins de trois ans en office.
2* Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry — M. Cugnet fut remplacé par Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry. La commission de ce dernier fut signée par le gouverneur Carieton le 24 février 1768. Elle dit: *' in the room of Francis Joseph Cugnet, gentleman, who hath quitted the saîd office. " Toute la besogne
de M. de Léry avait été faite par son député, M. Jean-Baptiste Magnan, qui décéda en 1782.
3° Jean Renaud — M. de Léry eut pour successeur Jean Renaud. Le gouverneur Haldimand disait dans sa lettre de nomination du 10 décembre 1782: "The death of Mr. Magnan, deputy grand voyer, giving me an opportunity to testify my sensé of your ^ood conduct during the blockade of Québec in the winter 1775 and 1776, I hâve appointed you voyer of the district of Québec with a salary of 100 sterling per annum. "
M. Renaud décéda à Québec le 19 mars
4° Gahriel-Ehêar Taschereau — Le 18 mars 1794, le gouverneur Dorchester donnait une commission à Gabriel-Elzéar Taschereau pour exercer la charge de ^rand voyer du district de Québec à la place de John ou Jean Renaud, décédé.
L'honorable Gabriel-Elzéar Taschereau décéda à Québec le 18 septembre 180Q. La Galette de Québec disait, au lendemain de sa mort: "Comme g-rand-vover, il contribua beaucoup au progrès de la Province. MM. Jean- Thomas Taschereau et Michel Berthelot (3 mars 1809) l'avaient tour à tour aidé dans sa tâche. "
5° Pierre Marcoux — C'est Pierre Marcoux qui succéda à l'honorable Gabriel-Elzéar
Taschereau comme grand voyer du district de Québec. Il fut nommé par commission du gouverneur sir James-Henry Craig en date du 19 septembre 1809. M. Marcoux décéda moins de trois mois après sa nomination.
6° Jcan-Baptistc d'Estmiaiwille — Sir James-Henry Craig nomma, par commission du 6 décembre 1809, Jean-Baptiste d'Estimauville pour remplacer Pierre Marcoux. Celui-ci eut deux députés grands voyers pour l'aider dans sa tâche, d'abord son frère le chevalier d'Estimauville, du 29 septembre 181 2 au 1er octobre 1817, puis son fils, Jean-Baptiste- Philippe d'Estimauville, du ler octobre 181 7 au 2 juin 1821, et enfin, encore le chevalier d'Estimauville, du 2 juin 182 1 à sa disparition.
7° Thomas-Pierre-Jacques Taschereau — Le septième grand voyer du district de Québec fut rhonorable Thomas-Pierre-Jacques Taschereau, fils de l'honorable Gabriel-Elzéar Taschereau qui avait exercé la même charge de 1794 à 1809. Il fut nommé par commission du gouverneur Dalhousie du 25 mai 1823.
M. Taschereau décéda à Québec le 8 octobre 1826.
8° Edmund-William-Romer Antrobus — A la mort de l'honorable Thomas-Pierre-Jacques Taschereau, Edmund-William-Romer Antrobus, qui cumulait les charges d'aide de camp du gouverneur et de grand voyer du district
des Trois-Rivières, fut promu grand voyer du district de Québec (i). Sa commission est en date du ii novembre 1826. Il fut le dernier grand voyer du district de Québec.
Grands voyer s du district de Montréal
1° René-Ovide Hertel de Rouville — Le premier grand voyer du district de Montréal fut le fameux René-Ovide Hertel de Rouville qui mourut juge le 12 août 1793. Il fut nommé par commission du gouverneur Murray le 20 novembre 1765.
2° Saint-Georges Dupré — En 1775, M.
Hertel de Rouville fut nommé " gardien de la paix et commissaire '' pour le district de Montréal. Cette nomination judiciaire lui fit abandonner sa charge de grand voyer du district de Montréal. Il semble que M. Picoté de Bellestre, grand voyer pour toute la Province, s'occupa alors plus particulièrement du district de Montréal. En tout cas, le 10 juillet 1783, le gouverneur Haldimand nommait M. Saint-Georges Dupré '' substitut de M. Picoté de Bellestre
(1) Résolution adoptée par la Chambre d'Assemblée, le 25 février 1836, au sujet de Edmund-WiUiam-Romer Antrobus : "Que le cumul, dans la même personne, des charges de grand voyer du district de Québec et d'aide de camp provincial, est contraire au bien public et incompatible avec l'accomplissement fidèle et efficace des devoirs attachés aux dites charges, et que chacune de ces charges devrait être remplie par une personne différente."
comme voyer du district de Montréal (lui réservant cependant en entier les appointements de cent livres attachés à cet emploi). Il était dit dans la lettre de nomination de M. Saint- Georges Dupré que '' l'âge et les infirmités de M. de Bellestre ne lui permettaient pas de remplir les fonctions de grand voyer avec l'activité et l'exactitude qu'exige cet emploi. "
3° René-Amable Boucher de Boucherville — Le 15 décembre 1785, Henry Hope, lieutenant-gouverneur de la province de Québec, donnait à René-Amable Boucher de Boucherville la charge de grand voyer du district de Montréal.
4° Louis-René Chaussegros de Léry — E*n 1806, M. Boucher de Boucherville, qui se sentait vieillir, ofifrit de résigner sa charge en faveur de son gendre, M. Louis-René Chaussegros de Léry. Celui-ci fut nommé par commission de rhonorable Thomas Dunn, président et administrateur du gouvernement du Bas-Canada, en date du 7 avril 1806.
5** Pierre-Louis Panet — Le 21 décembre 1832, M. Pierre-Louis Panet, grand voyer du district des Trois-Rivières depuis 1826, était promu grand voyer du district de Montréal en remplacement de Thonorable Louis-René Chaussegros de Léry, décédé. M. Panet fut le dernier grand voyer du district de Montréal.
Grands voyers du district des T rois-Rivière s
1° Antoine Lefehvre de Bellefeiiille — M. Lefebvre de Bellefeuille fut le premier grand voyer du district des Trois-Rivières. Il fut nommé par le gouverneur Haldimand en 1782. M. Lefebvre de Bellefeuille fut révoqué en 1793 et s'en alla résider dans sa seigneurie de Saint-Eustache où il mourut le 8 juin 181 6.
2° John Antrobus — Le successeur de M. Lefebvre de Bellefeuille comme grand voyer du district des Trois-Rivières fut John Antrobus. Il fut nommé par commission de sir Alured Clarke, le 11 juin 1793.
3° Bdmund-William-Romer Antrobus — Il remplaça son père, John Antrobus, par commission de l'honorable James Monk, président et administrateur du Bac-Canada, du 28 janvier 1820.
4° — Aiigust us-David Bostwick — Le 17 avril 1822, le comte de Dalhousie donnait une commission à Augustus-David Bostwick pour exercer la charge de grand voyer dans le district des Trois-Rivières pendant l'absence de Edmund-William-Romer Antrobus.
5° Pierre-Louis Panet — Le 22 novembre 1826, Pierre-Louis Panet, remplaçait Edmund-William-Romer Antrobus comme grand voyer du district des Trois-Rivières.
6° Hughes Hcney — Le y décembre 1832, Hughes Heney succédait à Pierre-Louis Panet comme grand voyer du district des Trois-Rivières. Il fut le dernier grand voyer de ce district.