‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 11 sur 56 · L'INTERPRETE JEAN AMYOT · texte numérisé non relu

L'INTERPRETE JEAN AMYOT

Né en France, probablement à Chartres, Jean Amyot était passé dans la Nouvelle- France, à VsLge de quatre ans, en 1635, avec son père Philippe Amyot, sa mère Anne Convent, et son frère aîné Mathieu Amyot, celui-là même qui fut anobli par Louis XIV en 1668.

Orphelin un an à peine après son arrivée au pays, le jeune Amyot fut protégé par les Pères Jésuites.

Jean Amyot passa plusieurs années au pays des Plurons en qualité de frère donné ou d'engagé des missionnaires jésuites.

En 1645, Amyot était choisi comme interprète aux Trois-Rivières. Il devait y rester jusqu'à sa mort.

Les Sauvages qui estimaient beaucoup Amyot l'avaient surnommé Antaiok.

En 1647, les Iroquois paraissant en divers endroits sur les rives du Saint-Laurent, on forma une escouade de Français et de Sauvages chrétiens pour leur donner la chasse. Amyot qui était d'une force physique peu ordinaire et

qui ne demandait qu'à courir les aventures, fut un des premiers à entrer dans cette petite troupe d'élite. Il fut assez heureux pour s'emparer à la course d'un Iroquois qui avait donné le coup de mort au Père Jogues. Ce barbare fut conduit à Québec pour être livré au gouverneur. Celui-ci le donna à un capitaine sauvage. Les Pères Jésuites de la mission de Sillery, après l'avoir instruit des mystères de notre religion, le baptisèrent et lui donnèrent le nom de sa victime, le Père Jogues.

Le capitaine sauvage, à qui le gouverneur l'avait livré pour en tirer justice, ne tarda pas à lui faire subir les derniers tourments. Pendant les horribles souffrances qu'on lui fit endurer, au lieu de chanter sa chanson de mort comme les Iroquois avaient coutume de le faire, il criait : " Antaiok (Amyot) est cause que je vais au ciel, j'en suis bien aise, je lui en sais bon gré." Il cria aussi plusieurs fois : '* Jésus ! Jésus !"

Quelques mois après cet exploit, Amyot, de passage à Québec, provoqua tous les jeunes Sauvages à la course, soit avec des raquettes aux pieds soit sans raquettes. Plusieurs entrèrent en lice contre lui, mais il les battit tous.

On comprend qu'un pareil triomphe augmenta considérablement la réputation de l'interprète Amyot chez les Sauvages, qui admiraient tant la force physique et l'endurance.

Le 23 mai 1648, Jean Amyot et François Marguerie traversaient en canot d'écorce le Saint-Laurent, en face des Trois-Rivières. Une tempête s'étant élevée tout-à-coup, leur canot qui ne valait plus rien, s'entr'ouvrit et les deux interprètes se noyèrent à la vue des Français, impuissants et désolés de ne pouvoir les secourir. Leurs corps furent retrouvés le 10 juin suivant, celui d' Amyot proche de Sillery, et celui de Marguerie proche de Québec. Tous deux furent inhumés le même jour, le premier à Sillery, l'autre à Québec.

Ces deux braves furent bien regrettés, tant pour leur vertu que pour la connaissance qu'ils avaient des langues sauvages.

Le Père Lalemant, dans la Relation de 1647-1648, fait l'éloge des nombreuses qualités qui distinguaient Jean Amyot :

" Il était adroit à détourner les mauvais discours, et à reprendre avec grâce ceux qui juraient, ou qui se donnaient des imprécations, et par ce moyen empêchait bien du mal et n'offensait personne : car son innocence, avec l'opinion qu'on avait de son courage, le mettait à couvert. Il avait une dévotion très particulière et très constante à saint Joseph, qu'il avait prise en la maison de Sainte-Marie aux Hurons, où il avait été élevé. Comme il se jetait à toute heure dans les dangers, aux alarmes que nous donnaient les Hiroquois, il dit à un de nos Pères : " S'il arrive que je

meure, je désire que ces bois et les autres matériaux que je dispose pour me faire bâtir une maison, soient appliqués pour faire dresser une petite chapelle à l'honneur de saint Joseph." Il avait fait vœu de jamais ne rien refuser de tout ce qui lui serait demandé au nom de ce grand saint, il lui dédiait ses courses, ses voyages, ses combats, etc. Comme on parlait d'un camp volant contre les Hiroquois : " S'il m'était permis, disait-il, de nommer cette petite armée, je l'appellerais l'armée de saint Joseph. Ce chaste époux de la Vierge avait obtenu à ce jeune guerrier une pureté angélique. Ceux qui l'ont connu plus particulièrement assurent que jamais il n'est tombé en aucune coulpe mortelle ; il s'est trouvé dans mille dangers, il a été si fortement sollicité, qu'il lui a fallu laisser la robe ou le manteau. Aussi bien que l'ancien Joseph, Dieu l'a voulu mettre au rang des vierges. Il était sur le point de se marier quand il est mort, ses camarades s'étonnaient de sa retenue, car il faisait l'amour en ange, pour ainsi dire :

" Plusieurs ont cru que Dieu l'avait ravi en sa jeunesse, afin que le crédit et l'estime dans lequel il entrait par son courage et par son adresse n'altérassent son innocence et ne fissent brèche à sa vertu.

" Je lui ai ouï raconter qu'étant allé certain jour à la chasse, où il y avait des Hiroquois en embuscade, il se sentit saisi d'une grande

frayeur, ce qui ne lui arrivait jamais, car il était hardi au dernier point, prudent néanmoins fondant son courage sur l'appui qu'il avait en Dieu. Il s'efiforça plusieurs fois d'avancer, mais il ne faisait que tournoyer dans les bois, en sorte qu'il ne piît jamais passer outre, il s'adresse à son père saint Joseph, et en même temps il dit à un Huron qui l'accompagnait : " Retirons-nous d'ici, il n'y fait pas bon." Le lendemain quelques Algonquins allant en ce lieu même tombèrent dans l'embuscade des Hiroquois. Pour conclusion, ce brave soldat de saint Joseph a fait vingt-cinq ou trente lieues après sa mort, pour être enterré en la résidence de Saint- Joseph."

Nous venons de voir que Jean Amj^ot avait dit à un Père Jésuite : " S'il m'arrive que je meure, je désire que ces bois et les autres matériaux que je dispose pour me faire bâtir une maison, soient appliqués pour faire dresser une petite chapelle à l'honneur de saint Joseph."

Ce pieux désir ne put être exaucé. Amyot n'avait pas fait de testament. Ses frères, Mathieu Amyot et Charles Amyot, furent ses héritiers. Par acte du 18 octobre 1649 (Audouart) ils vendirent la concession de cinquante arpents que Jean Amyot possédait aux Trois-Rivières de même que tout le bois qu'il avait amassé pour se construire une maison, à Jacques Le Neuf de la Poterie, pour la somme de cent quatre-vingt trois livres. Peut-

être les Pères Jésuites oublièrent-ils de faire part à Mathieu et Charles Amyot du vœu suprême de leur frère ? Ceux-ci n'étaient pas riches, il est vrai, mais il nous semble qu'ils n'auraient pas manqué de se rendre au désir de leur frère s'il leur avait été clairement manifesté.

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