M. BOURDON DE DOMBOURG FUT-IL ANOBLI
On sait que Jean Bourdon avait été indignement traité par le gouverneur de Mésy qui lui avait enlevé sans raison aucune sa charge de procureur général du Conseil Souverain.
M. de Tracy, peu après son arrivée dans le pays, réintégra M. Bourdon dans sa charge.
Mais il ne voulut pas s'en tenir à cet acte de justice et de réhabilitation. Il avait demandé au roi des lettres de noblesse pour quelques habitants du pays. " Jean Bourdon, dit M. l'abbé Auguste Gosselin, était trop âgé, trop brisé par la maladie pour figurer avec avantage
(1) J.-Edraond Roy, Histoire de la seisrnenrie de Lauzon, vol. I. p. 117.
sur la liste, mais le nom de son fils aîné, Jean- François Bourdon, y était." (1)
Voici en quels termes le vice-roi, dans son mémoire à la cour, s'exprimait sur le compte du jeune homme :
" Le fils du sieur Bourdon est un garçon de bien et d'avenir, de belle taille, qui est le plus accommodé du pays. Il a une terre bien défrichée auprès de Québec, et fait travailler à une autre, cinq lieues plus haut en remontant le
grand fleuve Cette nouvelle dignité
que je demande pour lui l'obligera . d'épouser une demoiselle canadienne. Son père est le plus ancien habitant du pays, qui a beaucoup travaillé, et qui est homme de loi." (2)
Les lettres de noblesse demandées au roi pour Jean-François Bourdon furent-elles accordées ? Si le jeune Bourdon fut anobli, il ne fit pas insinuer ses lettres de noblesse par le Conseil Souverain car nous n'en trouvons aucune trace. Toutefois sur une pièce datée du 1er octobre 1668 et signée Bourdon Dombourg nous voyons un cachet en cire rouge dont M. l'abbé Gosselin fait la description suivante : " Ecusson à deux étoiles, dont l'une en chef et l'autre en pointe, avec deux coquilles, l'une à dextre, et l'autre à senes^re, portant deux bourdons en sautoir. Surmonté d'un casque avec
(1 ) Jean Bourdon.
(2) Archives du Canada, Correspondance générale.
lambrequins." Ceci ne permet-il pas de supposer qu'il avait été anobH ?
M. Bourdon de Dombourg était en France lors de la mort tragique de son frère cadet, Jacques Bourdon d'Autray, tué par les Iroquois. Il accepta la succession de son frère sous bénéfice d'inventaire.
Mentionnons ici, à l'honneur de Jean- François Bourdon de Dombourg, qu'en 1678, lors de la consultation ordonnée par le roi sur le commerce de l'eau-de-vie avec les Sauvages, il eut le courage de se prononcer contre la traite. Sur les vingt habitants du pays consultés à ce sujet cinq seulement firent passeï le bien des âmes avant les intérêts du commerce. C'étaient MM. Le Ber de Saint-Paul, Duplessis-Qatineau, de Lestre le Wallon, Jolliet et Bourdon de Dombourg.
Après son mariage avec Jeanne Jannier, M. Bourdon de Dombourg vécut plutôt en France. Il y mourut en 1689 ou de bonne heure en 1690. Sa veuve passa ici en 1691 pour régler les affaires de sa succession.
" Ainsi, dit M. l'abbé Gosselin, s'éteignit pour le Canada, la famille de Jean Bourdon, n'y laissant que le souvenir d'un nom honorable, de précieux services rendes à la patrie, et de grandes vertus."
M. l'abbé Gosselin se trompait ici. Des fils de M. Bourdon de Dombourg vécurent en
Acadie, puis passèrent dans la province de Québec où ils se perpétuèrent.
L'INGENIEUR HUGHES RANDIN
Randin était enseigne de la compagnie de Sorel au régiment de Carignan qui passa ici en 1665.
En 1669, le régiment de Carignan fut rappelé en France. Plusieurs officiers et un grand nombre de soldats s'établirent dans le pays. Randin fut du nombre.
En 1671, M. Randin fut chargé d'une mission en Acadie. L'intendant Talon écrivait à Colbert le 11. novembre 1671 :
" Le vaisseau que j'avais envoyé et duquel j'étnis en peine mouilla le 2 de ce mois à la rade de Québec. J'ai reçu les mémoires sur les instructions que j'avais données au sieur Randin, officier, qui le commandait. Ces mémoires me font connaître que le fort de Pentagouët se soutient et qu'il est en assez bcn état.' (1)
Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon concédait à M. Randin une lieue de front sur le fleuve Saint-Laurent, sur une lieue de pro-
(1) Archives du Canada, Correspondance générale, voU.
fondeur à prendre depuis la concession du sieur de Comporté (fief Dorvilliers) jusqu'aux terres non concédées avec l'île nommée de son nom Randin. (1)
Cette concession était faite en considération des bons, utiles et louables services que l'enseigne Randin avait rendus à Sa Majesté en différents endroits tant en l'ancienne France que dans la Nouvelle, depuis qu'il y était passé par ordre de Sa Majesté et en vue de ceux qu'il témoignait vouloir encore rendre ciaprès. (2)
Randin ne garda pas sa seigneurie longtemps. Le 3 novembre 1673, il la vendait à Alexandre Berthier, capitaine au régiment de Carignan, déjà propriétaire d'une seigneurie de deux lieues de pront sur deux lieues de profondeur (Bellechasse ou Berthier-en-bas).
L'ancienne seigneurie du sieur Randin est devenue la prospère petite ville de Berthierville.
Dès son arrivée dans la Nouvelle-France, le gouverneur de Frontenac employa Randin comme ingénieur.
Dans l'été de 1673, Randin traça les plans du fort Frontenac et en dirigea la construction.
Quelques années plus tard, Randin dressait une carte de l'Amérique septentrionale. Il
(1) Cette île située en face de Berthier-en-haut est encore connue sous le nom d'île Randin.
(2) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale p. 283.
signe cette carte "RandinJ'ingénieur et l'obligé du Cte de Frontenac." (1)
En 1679, MM. de Frontenac et Duchesneau, gouverneur et intendant de la Nouvelle- France, concédaient à l'ingénieur Randin une terre et seigneurie sise en Acadie, de six lieues de front sur six lieues de profondeur, à commencer à une lieue tirant à l'est nord-est du lieu appelé Minitiguich jusque et compris la petite rivière de Heve avec les îles et îlots qui se trouvaient dans les limites de la dite concession.
Randin, qui avait la confiance de M. de Frontenac, faisait la traite malgré les défenses du roi.
Le 13 novembre 1680, l'intendant se plaignait au ministre de Seignelay que le gouverneur de Frontenac, sous le prétexte de confier à M. Randin, une ambassade chez les Outaouais, l'envoyait faire la traite, et qu'il avait avec lui une société dont il retirait des profits :
" Il (Frontenac) a envoyé derechef la Taupine ce fameux coureur de bois que je fis arrêter l'année dernière et duquel je vous envoyai l'interrogatoire. C'est celui dont il se sert pour porter ses ordres et pour traiter dans les nations outaouaises et aussi pour en rap-
(1) CeUe carte qui se trouvait aux archives du dépôt de la marine, à Paris, y fut enlevée par un amateur peu scrupuleux qui la vendit à la bibliothèque John Carter Brown, de Providence, Rhode-Island. C'est là qu'on peut la consulter aujourd'hui.
porter les pelleteries qui y ont été laissées par le nommé Randin qui était ce prétendu ambassadeur avec lequel et ses autres associés, M. le gouverneur avait fait une convention pour la traite dont je vous envoie une copie collationnée sur l'original." (1)
D'après une lettre de Cavelier de La Salle du 22 août 1682, Randin serait mort au cours d'un voyage aux pays d'en Haut où il allait inviter les Sioux à se rendre à Montréal.
Dans l'été de 1684, Antoine Randin de Builly, capitaine au régiment de Picardie, frère et héritier de Hugues Randin, passa dans la Nouvelle-France probablement pour y régler les affaires de sa succession.
Le 5 juin 1684, M. Randin de Builly donnait à l'Hôtel-Dieu de Québec la seigneurie que MM, de Frontenac et Duchesneau avaient concédée à son frère en 1679. Il déclarait que cette donation était faite " pour la pieuse et dévote affection qu'il portait au monastère des dites dames religieuses." Il demandait, en retour, aux religieuses de l'Hôtel-Dieu d'employer en œuvres pieuses et charitables le montant de la moitié de la valeur de la seigneurie en question. (2)
(1) Archives du Canada, Coprespondauce générale, vol. 5, c. II.
(2) Donation devant Genaplc, notaire à Québec, le 5 juin 1684.