‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 14 sur 56 · UNE SUPPLIQUE DE M. DE BERMEN DE LA MARTINIERE · texte numérisé non relu

UNE SUPPLIQUE DE M. DE BERMEN DE LA MARTINIERE

Sous l'ancienne monarchie française, le populaire attribuait au roi un pouvoir mystérieux pour la guéri son des écrouelles. Si le malade avait la chance d'être touché par le roi on était à peu près certain d'obtenir sa gnérison.

Claude de Bermen de îa Martinière décédé à Québec le 14 avril 1719, à l'âge de 83 ans, avait occupé dans la Nouvelle-France les charges de judicature les plus élevées.

M. de Bermen de la Martinière était né le 30 mai 1636 dans le boure de la Ferté-Vidame, en France, où son père, ancien avocat au Parlement de Paris, exerçait la charge de bailli.

Le château ancestraî des puissants ducs de Saint-Simon était situé dans le bourg de la Ferté-Vidame. C'est là que le duc de Saint- Simon, qui avait été ministre de Louis XIV, se retira pour écrire les Mémoires qui l'ont fait passer à la postérité. Un des oncles du duc de Saint-Simon avait tenu M. de Bermen de la Martinière sur les fonts baptismaux. Le fonctionnaire canadien en profita pour entretenir avec le duc des relations assez suivies. Le grand écrivain lui accorda même sa protection.

Quelques années avant sa mort, M. de

Bermen de la Mart'nièie écrivait au duc de Saint-Simon pour lui recommander ses enfants. Il disait de son fils aîné :

Mon fils aîné âgé de 16 ans

qui se donne l'honneur d'écrire à Votre Grandeur et de vous demander d'avance l'honneur de votre protection est attaqué depuis trois ans des écrouelîes, ce qui l'a beaucoup retardé dans ses études, ne l'ayant osé presser, crainte d'irriter son mal, dont vous vous apercevrez assez, Monseigtieur, parce qu'ayant la main fort tremblante je me suis servi de la sienne dans les copies de toutes les pièces que j'ai l'honneur de vous e^ivoye»-. On me conseille de l'envoyer en France pour être touché du roi, mais par malheur pour lui et pour moi je n'en ai pas le moyen à moins que le roi n'eut la bonté de lui donner son passage en allant et revenant. M. de Vaudreuil le sait bien. Vous nous feriez une charité insigne, Monseigneur, si par votre crédit vous lui pouviez procurer une place aux incurables et le faire toucher et comme il est jeune il pourrait peut-être guérir. En ce cas-là, je supplierais très humblement Votre Grandeur, étant seigneur, comme vous l'êtes, d'une infinité de paroisses, d'avoir la bonté de le faire pourvoir de quelque cuie ou autre bénéfice pour lui assurer sa vie après ma mort, car je ne le crois pas capable d'autre chose. Il n'est pas

mal fait d'ailleurs et assez beau garçon "

La postérité, a-t-on écrit, est une impi-

toyable décacheteuse de lettres. Oui, et c'est elle qui nous fait connaître la réponse du duc de Saint-Simon à la naïve et confiante demande de M. de Bermen de la Martinière.

La lettre du vieux conseiller au Conseil Supérieur de la Nouvelle-France est conservée aux Archives de la Marine en France et on y lit en apostille de la main même de l'impitoyable railleur qu'était le duc de Saint-Simon :

" Lui envoyer la recette des ccrouelles. Trop hasardeîix de venir de si loin pour cela qui ne serait peut-être pas utile."

La réponse du duc de Saint-Simon était probablement vraie mais, à coup sûr, fort irrévérencieuse pour le grand roi qui lui avait accordé tant de faveurs.

Nous ignorons si le secrétaire du duc de Saint-Simon envoya à M. de Bermen de la Martinière la recette pour les écrouelles, mais il est un fait certain c'est que le jeune homme guérit de son ennuyeuse affection. Une couple d'années plus tard, il embrassait la carrière des armes et s'y distingua puisque son acte de sépulture au registre de Québec, à la date du 24 décembre 176L le qualifie de chevalier de Saint-Louis.

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