‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 17 sur 56 · MARGUILLIERS D'AUTREFOIS · texte numérisé non relu

MARGUILLIERS D'AUTREFOIS

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MARGUILLlERvS D'AUJOURD'HUI

Aujourd'hui, dans nos paroisses rurales comme dans les paroisses des villes et cités, la charge de marguiilier est très recherchée. Chacun veut s'asseoir de travers dans l'église, comme le faisait remnrquer un spirituel curé qui avait eu à se plaindre de plusieurs de ses marguilliers. On sait que les élections de marguilliers donnent lieu, bien souvent, à des intrigues et à des cabales qui se terminent quelquefois devant les tribunaux. On ne peut élire, chaque année, plus d'un ou deux marguilliers, et, souvent, tous les habitants d'un village, d'un rang, d'un carrefour voudraient entrer dans le banc d'œuvre.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Sous l'ancien régime, dans la plupart des paroisses, on invoquait toutes les raisons imaginables pour refuser la charge de marguiilier.

Dans certaines paroisses, de singulières coutumes avaient même, petit à petit, pris racine. On élisait un marguiilier. S'il ne voulait pas accepter la charge, il payait une petite amende au profit de la Fabrique, puis on élisait immédiatement son successeur. Si celui-ci ne

tenait pas à entrer dans le banc d'œuvre, il payait à son tour l'amende convenue et on procédait alors à une troisième élection. On comprend qu'avec un pareil système les abus se glissèrent bien vite dans les élections de marguilliers.

C'est l'intendant Hocquart qui mit fin à cet abus par une ordonnance rendue le 23 juillet 1734. Cette ordonnance est à citer tout au long :

" Vu la Requeste à Nous présentée par le Sr François Richard, Prestre, faisant les fonctions curiales en la paroisse de St François- Xavier, Seigneurie de Batiscan, contenant qu'ayant esté chargé par M. le Coadjuteur de la d. paroisse en 1731, il auroit trouvé dans l'Election qui se fait tous les ans d'un nouveau Marguillier, le premier janvier, un usage qui subsiste depuis grand nombre d'années auquel yl a crii pouvoir se conformer à l'exemple de ses prédécesseurs. Cet usage consiste en ce que celuy qui est nommé marguillier à la pluralité des voix s'en fait décharger en donnant à la dite fabrique une pistole, ce qui est encore arrivé lors de la dernière Election qui s'est faite au premier Janvier de la présente année, où les nommez Joseph St Marc Maisonville, Nicolas l'Escuyer St Marc d. Guillet, Jean Châteauneuf , Baptiste Marchand et Jean Moreau se sont fait exempter de la d. charge de marguillier en promettant publiquement de

payer chacun dans le cours de cette année une pistole au sr François Duclos d. Carignan, Marguillier en charge, ce qui a la vérité fait un petit revenu à \i. d. fabrique qui en a un extrême besoin, tous les fonds ayant été employez aux réparations de l'Eglise Tan passé, mais en même temps est un abus bien préjudiciable aux inîérests de la de. fabrique puisque si cet abus continuoit elle se trouveroit manquer de Marguilliers, et, par conséquent, de personnes qui veillassent au recouvrement des deniers errants qui luy seroient dus par les Particuliers de la d. paroisse. Cependant le suppliant ayant convoqué une nouvelle assemblée le onze avril dernier pour procéder à l'Election et nomination d'un nouveau marguillier le nommé Antoine Trottier auroit esté eslu second marguillier à la pluralité des voix et aussitost son élection faite auroit fait refus d'accepter la d. charge sans se soumettre à donner les dix livres a:coutumez à la d. fabrique comme les autres dénommez cy-dessus ; et comme il est également important que ny lun ny l'autre des d. abus ne subsiste rien n'estant plus préjudiciable aux intérêts de la d. fabrique le suppliant nous auro't requis qu'il nous plust ordonner que le d. Trottier restera et demeurera marguillier, comime aussy que les d. Joseph St Marc d. Guillet, Jean Châteauneuf , Baptiste Marchand et Jean Moreau payeront incessamment au sr François Duclos d. Carignan, mar-

guillier en charge, les dix livres que chacun d'eux s'est soumis de payer en veue d'estre exempter de la d. charge, et pour la suite d'ordonner que la d. exemption n'aura plus lieu. " Nous après avoir communiqué la d.

requeste au sr Chartier de Lotbinière, archidiacre de l'Eglise de Québec, et vu son avis par écrit en date du vingt avril dernier, ordonnons, que le d. Antoine Troclier restera et demeurera second marguillier, ei sera tenu d'exercer la d. charge comme ayant esté juridiquement eslu en l'assemblée du 11 avril dernier et que les d. Joseph St Marc, Maisonville,Nicolas Lescuyer, St Marc d. Guillet, Je;in Châteauneuf, Baptiste Marchand, et Jean Moreau payeront incessamment au sr François Duclos dit Carignan, marguillier en charge, les dix livres que chacun d'eux s'est obligé de payer pour estre exemptez de la d. charge et ce pour cette fois seulement et sans tirer à conséquence, et estant nécessaire de remédier à l'abus qui s'est glissé dans la d. paroisse de permettre aux marguilliers élus de s'exempter de cette charge moyennant une rétribution d'une pistole à la fabrique Nous ordonnons que dans la suite aucun des habitants dud. lieu qui seront eslu marguilliers de la d. Eglise ne pouront ny refuser les d. charges ny prétendre s'en exempter quelque somme qu'yls puissent pour cet ef^et donner à la fabrique, et sera la présente ordonnance lue et publiée en la manière accoutumée."

L'ordonnance de M. Hocquart mit fin, du moins pour un temps, à ce singulier marchandage qui se pratiquait non seulement à Batiscan mais dans bien d'autres paroisses de la Nouvelle-France.

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