MO- LES METHODES DE TRAITEMENT DU DOCTEUR OLIVA
Vers la fin du dix-huitième siècle, un médecin du nom de Frédéric-Guillaume Oliva pratiquait son art avec très grand succès dans la bonne ville de Québec.
Mgr Tanguay dit que Frédéric-Guillaume Oliva était marchand et était né dans l'ancien électorat de Hesse-Cassel (Allemagne), en 1749. (1)
Nous croyons que M. Oliva n'avait jamais été marchand. Il dut venir au Canada en 1776, en qualité de chirurgien dans un des régiments mercenaires allemands qui étaient sous le commandement du baron de Riedesel. A la paix, plusieurs des officiers et soldats de ces régiments s'établirent au Canada.
Oliva pratiqua d'abord comme médecin à Saint-Thomas de Montmagny puis vint s'établir à Québec.
Le docteur Frédéric-Guillaume Oliva décéda à Québec le 31 juillet 1796, et fut inhumé le lendemain dans la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale. Son acte de sépulture le dit âgé d'environ 47 ans.
Une note manuscrite retrouvée dans les
(1) Dictionnaire généalosriQoe, vol. VI, p. 167.
papiers de sa famille dit qu'il avait épousé, le 30 janvier 1782, Catherine Couillard des Islets, veuve de Pierre Dambourgès. Cette note donne aussi les prénoms de ses enfants avec dates de naissance :
lo Emélie-Jacob (Emeline- Jacobine), née le 24 septembre 1784 (Mariée, à Louis Chaperon, huguenot, originaire de Berne, Suisse).
2o Frédéric-Godlip, né le 10 janvier 1786 (Marié, en 1818, à Angélique-Olympe Perrault, fille de Joseph-François Perrault et de Ursule- Catherine McCarthy. M. Oliva décéda l'année suivante et sa veuve se remaria au docteur François Fortier).
3o James (Jacques), né le 15 août 1787. (Marié à Montréal ,1e 20 janvier 1818, à Marguerite-Charlotte des Rivières. Il fut le père de l'abbé Frédéric-Auguste Oliva, décédé curé de Saint-François de la Rivière-du-Sud, le 4 janvier 1898).
4o Thomas, né le 21 décembre 1788.
5o Catherine, née le 21 avril 1790.
6o Luce, née le 10 janvier 1793.
7o Julie, née le 22 mai 1795.
8o Marie-Louise, née le 3 janvier 1797.
Dans ses Mémoires, M. Aubert de Gaspé fait de grands éloges de la science médicale du docteur Oliva.
" La picote, dit M. de Gaspé, faisait autrefois des ravages affreux dans le Canada ; on soignait à la plus grande chaleur et avec force
boisson, ceux qui étaient atteints de cette cruelle maladie. Le docteur Oliva est le premier qui ait introduit une méthode diamétralement opposée. La vaccine n'était pas alors découverte ; et il avait soin d'inoculer, autant que possible, la petite vérole, l'automne ou le printemps, prescrivant aux patients de sortir tous les jours. Je fus inoculé par lui à l'âge de cinq ans, pendant le mois d'octobre, et je faisais journellement plus d'une lieue en voiture. C'est le même médecin qui disait, quand la picote faisait de grands ravages dans les campagnes : quel bonheur pour les malheureux attaqués de cette maladie, s'ils tombaient malades dans les forêts, près d'un ruisseau, sous un abri de sapin : quatre-vingt-dix sur cent recouvreraient probablement la santé. Le docteur Oliva mourut vers l'année 1797 (31 juillet 1796), d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Lorsque ce malheur arriva, je jouais dans la rue avec le même enfant qu'il avait sauvé d'une manière si surprenante. Ce fut une perte irréparable pour la ville de Québec, où les bons médecins étaient bien rares, à cette époque, pour ne pas dire davantage." (1)
Dans ces mêmes Mémoires, M. de Gaspé raconte avec sa verve endiablée comment le docteur Oliva le sauva d'une attaque de typhus dans son extrême jeunesse. Le Frater qui soi-
(1) Mémoires, édition de 1885, p. 24.
gnait le jeune de Gaspé avait fait fermer toutes les fenêtres de la chambre du malade et allumer un feu bien nourri. On était en novembre. Le docteur Oliva, en arrivant, fit ouvrir toutes les fenêtres de la maison.
" Le docteur Oliva me sauva la vie, dit M. de Gaspé. Le bruit se répandit bien vite dans la paroisse (Saint-Jean Port-Joli), que le médecin de Québec m'avait assassiné ; qu'au lieu de me réchauffer, comme avait fait son confrère, il me soignait à la glace. Et ce ne fut qu'après ma convalescence qu'ils avouèrent que j'étais encore vivant ; tout en faisant, néanmoins, cette sage réflexion en branlant la tête : le docteur a pourtant fait tout ce qu'il a pu pour le tuer ; il fallait que le petit maringouin eiit l'âme chevillée dans le corps et sept vies l'une au bout de l'autre."
Le docteur Oliva avait prescrit en cette occasion mais d'une façon moins énergique le traitement qu'il avait fait subir à son propre fils.
C'est encore M. de Gaspé qui parle :
" Mon père, dit-il, pendant une des fréquentes visites qu'il faisait au Dr Oliva, lorsqu'il demeurait au bourg de Saint-Thomas, avant d'aller résider à Québec, trouva toute la famille dans une grande afifliction, Frédéric, l'aîné des fils du docteur, était à la dernière extrémité.
" Mon enfant n'existera plus demain, dit le célèbre médecin à son ami.
" — Vous n'avez donc, lui dit mon père, aucune ressource dans votre art, pour sauver la vie à un enfant si fort, si bien constitué ?
" — Oui, reprit le médecin, il m'en reste une, bien petite à la vérité, mais ma femme ne consentira jamais que je mette son enfant à une épreuve si cruelle. Si l'enfant meurt sous l'effet du traitement, on dira que je l'ai tué, et tout le monde m'accusera d'avoir été le bourreau de mon fils.
" — Avez-vous annoncé à la mère l'état désespéré de votre fils, répliqua mon père.
" — Elle sait, dit M. Oliva, que l'enfant sera mort demain au matin.
" — Madame Oliva, reprit mon père, est une femme d'un esprit et d'un jugement supérieurs. Elle connaît votre habileté, elle consentira à tout. Avec l'assentiment de la mère, vous devez mépriser les cancans des commères du village.
" Ils entrèrent ensuite dans la chambre du malade, dans laquelle était la mère, et quelques-unes de ses amies, ainsi que des voisins du bourg de Saint-Thomas. Le docteur examina l'enfant, et secoua la tête avec tristesse.
" C'en est donc fait, dit la pauvre mère. Tu es donc à bout de ressources, toi auquel j'ai vu faire des cures si merveilleusse ?
" — Il m'en reste une, ma chère femme,
dit le docteur, mais tu ne consentiras jamais à ce traitement.
" — Lequel, parle vite ?
" — Faire entrer une cuve d'eau à la glace et plonger l'enfant dedans (c'était pendant l'hiver).
" Ce fut un cri d'horreur parmi les étrangères. Madame Ovila se leva calme et leur dit : Suivez-moi dans une autre chambre. La vie de ce cher enfant est aussi précieuse à mon mari qu'à moi-même.
" Mon père resta près du malade avec son ami. L'enfant fut plongé dans une cuve d'eau sortant de la rivière, et déposé après ce bain glacial dans un lit, entouré de flanelles bien chaudes ; et à l'expiration d'une demi-heure environ, il s'en suivit une transpiration abondante qui lui sauva la vie." (1)
Le docteur Oliva ne fut pas le seul médecin allemand qui s'établit dans la province de Québec, à la fin du dix-huitième siècle. Plusieurs des chirurgiens des régiments allemands commandés par le baron de Riedesel restèrent ici après la Révolution Américaine et ont fondé des familles qui n'ont plus d'allemand que le nom.
(1) Mémoires, édition de 1885, p. 20.