CAUGHNAWAGA
M. Benjamin Suite cite le passage suivant du Journal du comte Rudolph Apponyi, à la date du 21 mars 1826 :
" Il y a maintenant ici (à Paris) un chef iroquois qui est venu de son pays voir la France, mais il se trouve à sec pour retourner chez lui. Ne sachant comment faire, il a prié le roi de France de lui donner l'argent qui lui est nécessaire et deux tableaux pour l'église qu'il a fait construire chez lui."
M. Suite ajoute :
" Ceci manque par le détail. En tout cas, cet Iroquois était catholique et de langue française, évidemment alors il venait de Caughnawaga."(l)
La bienveillance de Mgr Forbes, évêque de Joliette, qui passa les quinze premières années de son ministère sacerdotal à la mission iroquoise de Caughnawaga, nous permet de jeter un peu de lumière sur le passage du Journal du comte Apponyi cité par M. Suite.
Le chef iroquois qui se trouvait à Paris en mars 1826 était bien un sauvage de Caughna-
(1) Bulletin des Recherches Historiques, vol XX, p. 52.
waga. Quel était cet Iroquois ? Que faisait-il à Paris ? Nous ne savons. Il y eut une délégation iroquoise à Londres en 1829, conduite par M. de Lorimier, mais les archives de la mission de Caughnawaga de même que les journaux de l'époque sont muets sur le voyage du chef iroquois à Paris en 1826.
Quoi qu'il en soit, Charles X reçut le chef iroquois avec bienveillance. L'enfant des bois avait demandé au puissant roi de France deux tableaux pour l'église de Caughnawaga. Le roi lui en donna trois.
Dans une supplique que M. l'abbé Marcoux, missionnaire de Caughnawaga de 1819 à 1855, adressait au prince président de France, plus tard Napoléon III, et qui est conservée aux archives de la mission, on lit :
"En 1826, Charles X envoya aux Iroquois pour leur église trois beaux tableaux de grande dimension."
Ces tableaux représentaient, le premier saint François-Xavier mourant, le deuxième la Très Sainte Vierge, et le troisième saint Louis, roi de France.
On voit encore ces tableaux dans l'église de Caughnawaga, le premier est placé au-dessus du maître-autel dédié à saint François- Xavier et les deux autres au-dessus des autels latéraux.
Ajoutons que la supplique de l'abbé Marcoux au président Napoléon dont il est question
plus haut eut un excellent résultat. Napoléon III envoya à la mission iroquoise de Caughnawaga un riche ornement de brocart doré et un calice en vermeil. On a fait inscrire sur le pied du calice : " Don de l'impératrice Eugénie." Ornement et calice sont précieusement conservés à Caughnawaga. On s'en sert aux grandes fêtes.
Charles X et Napoléon III ne furent pas, d'ailleurs, les seuls souverains de la France à s'intéresser aux Iroquois. Louis-Philippe voulut aussi leur être agréable.
En 1846, le Père Jean-Claude Léonard, oblat, fut chargé par ses supérieurs d'une mission de confiance en France. En quittant le Canada, il s'était muni de quelques objets curieux fabriqués par les sauvages, et d'une adresse des chefs de ces sauvages du Sault Saint-Louis pour le roi des Français.
A son passage à Paris, le Père Léonard obtint une audience de Louis-Philippe, à son 'château de Neuilly. Il présenta au roi l'adresse des sauvages et lui offrit les curiosités qu'il avait apportées. Louis-Philippe l'accueillit très cordialement, voulut lire l'adresse qu'on lui envoyait et qu'on avait eu soin de traduire en français ; mais quand il en vint aux noms des signataires, écrits en pur iroquois et dont plusieurs étaient d'une longueur démesurée, il ne put parvenir à les prononcer et fut obligé de les faire lire par le Père Léonard. Après
l'avoir entretenu quelque temps avec beaucoup de familiarité,il lui annonça qu'il allait lui faire préparer des ornements d'église et voulut qu'il vît la reine, madame Adélaïde et les princesses qui étaient au château, ainsi que la duchesse d'Orléans, qui était protestante. Le Père Léonard, qui connaissait peu la timidité, lui récita en langue iroquoise la prière dominicale et la salutation angélique, les faisant précéder d'un grand signe de croix. Il se retira très satisfait de sa visite.
La reine lui avait fait remettre une somme assez considérable et le roi lui avait promis des ornements qui devaient enrichir la sacristie du noviciat des Oblats, à Longueuil. Malheureusement, la révolution de février, qui emporta un trône, emporta aussi les riches présents qui étaient destinés au Canada. (1)