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LE DERNIER COUP DE CANON

Dernièrement, un journal de langue française du Manitoba terminait un article d'ailleurs très juste sur les projets d'annexion du Canada

(1) Bulletin des Recherches Historiques, vol. IV, p. 126.

aux Etats-Unis de certains meneurs politiques de rOuest, en disant :

" Et alors s'accomplira la prédiction de lord Elgin en 1848 : '' Qui osera dire que la dernière main qui brandira le drapeau britannique sur le sol américain ne sera pas peut-être celle d'un Canadien-Français ?"

Nous serions fort curieux de savoir où et quand lord Elgin a prononcé la parole à effet qu'on lui attribue ici. Le noble lord avait beaucoup de sympathie et d'admiration pour notre race. Pendant son séjour au Canada il ne manqua pas de nous en donner des preuves chaque fois que l'occasion lui en fut fournie, mais, en vérité, nous ne croyons pas qu'il ait prononcé les paroles en question du moins dans la forme rapportée plus haut.

N'aurait-on pas confondu ici lord Elgin avec sir Etienne-Paschal Taché ? Celui-ci, en effet, précisément un an avant l'arrivée de lord Elgin au Canada, avait lancé sa fameuse phrase : Le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise en Amérique le sera par un bras canadien. N'est-ce pas que les mots de notre éminent compatriote ressemblent étonnamment à ceux qu'on attribue à lord Elgin ?

Rappelons en quelle circonstance sir Etienne-Paschal Taché prononça cette phrase qui est presque passée en proverbe dans la province de Québec.

La deuxième session du deuxième parlement de l'Union fut ouverte à Montréal, par lord Cathcart, le 29 mars 1846. A cette session, le gouvernement proposa une loi de milice qui passa sans opposition. Les deux côtés de la Chambre étaient unanimes à vouloir mettre la milice sur un pied efficace.

Lors de la discussion sur les détails de cette loi de milice, sir Etienne-Paschal Taché, qui avait une grande expérience militaire puisqu'il avait été un des combattants de 1812, fit un discours patriotique et plein d'aperçus nouveaux pour la plupart des députés. Après avoir rappelé les exploits de ses compatriotes en 1812, il assura la Chambre qu'ils étaient prêts à tenir une conduite aussi héroïque lorsque l'occasion s'en présenterait.

" Ce que nos pères ont fait, disait-il, ce que nous avons fait nous-mêmes pour la défense de cette colonie, nos enfants seraient encore prêts à le faire, si l'on voulait rendre justice au pays. Notre loyauté à nous n'est pas une loyauté de spéculation, de louis, schellings et deniers, nous ne l'avons pas constamment sur les lèvres, nous n'en faisons pas un trafic. Nous sommes dans nos habitudes, par nos lois, par notre religion, comme l'a très bien remarqué mon honorable ami pour la cité de Québec, monarchistes et conservateurs. Tout ce que nous demandons, c'est que justitce nous soit faite : et si un ennemi se présente, vous verrez

nos légers et joyeux bataillons voler à sa rencontre comme à un jour de fête et présenter hardiment leurs poitrines au fer de l'assaillant. Mais, diront nos détracteurs, vous êtes des mécontents ; un membre, qui n'est pas à sa place, nous disait, il y a quelques jours, vous êtes intraitables ; vous êtes des rebelles, nous diront les ultra; nous possédons seuls la loyauté par excellence ! Mille et mille pardons, messieurs, traitez-nous comme les enfants d'une même mère, et non comme des bâtards ; un peu plus de justice égale, non dans les mots, mais dans les actes ; je réponds que si jamais ce pays cesse un jour d'être britannique, le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise en Amérique le sera par

un bras canadien "

Les paroles de sir Etienne-Paschal Taché ne sont-elles pas toujours d'actualité ? Que de fois, depuis 1846, nous aurions pu répéter à nos amis des autres provinces : Traitez-nous comme les enfants d'une même mère, et non comme des bâtards ; un peu plus de justice égale, non dans les mots, mais dans les actes !

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