LES EXCENTRICITES DE LORD DURHAM
Lorsque lord Durham fut nommé gouverneur général du Canada, en 1838, il commençait à ressentir les germes de la maladie qui devait l'emporter deux années plus tard. Il devint pendant son séjour à Québec excitable à l'extrême. Il fut pour sa famille et sa suite un véritable tyran.
On cite un grand nombre d'occasions où le grand seigneur se laissa emporter par son humeur et ses souffrances physiques.
A un bal donné dans le port de Québec, à bord du navire de guerre le Hastings, lord Durham, voulant se retirer, interrompit une danse à laquelle prenait part son aide de camp, le capitaine Conroy, pour lui donner l'ordre d'aller chercher son chapeau.
Dans une réunion, au château Saint- Louis, M. Buller, son secrétaire, ayant renversé par mégarde quelques gouttes de café sur une livraison de la Westminster Review, lord Durham entra dans une grande colère. Il ne se contenta pas de réprimander le pauvre secrétaire devant toute la compagnie, il l'amena dans une antichambre voisine et continua ses invectives.
Un officier de sa suite ayant égaré la clef
d'un de ses appartements, sa femme pour lui exempter une réprimande, fit venir un serrurier, pendant son absence, afin d'en fabriquer une nouvelle. Malheureusement, le gouverneur entra pendant que l'ouvrier était à l'œuvre. vSans attendre ses explications, il fonça sur lui comme un tigre, lui administra quelques gifles et le mit dehors avec un coup de pied au bon endroit.
Lord Durham assistait un jour à l'office à la cathédrale anglicane. Le révérend M.
Mackie, ayant, au cours de son prêche, fait quelques remarques fort inoffensives sur le théâtre et les courses, le gouverneur fit demander le ministre et lui fit une admonition en règle. Il alla même plus loin. II exigea de l'évêque anglican la destitution du ministre.
A Kingston, il fit toute une scène, parce que, à son entrée dans cette ville au milieu de la nuit, le peuple et la garnison n'étaient pas dans la rue pour le recevoir.
Voyageant sur le lac Ontario, il fit défense absolue de fumer sur le bateau public sur lequel il avait pris passage. Voyant une légère fumée s'élever à l'arrière du vaisseau, il envoya le capitaine avertir le téméraire fumeur de jeter son cigare dans le lac. Le fumeur n'était autre que l'amiral sir Charles Paget.