L'HYMNE NATIONAL DES ACADIENS
Le 15 août 1884, les Acadiens avaient leur deuxième convention nationale à Miscouche, île du Prince-Edouard. C'est à cette convention que les Acadiens se choisirent un drapeau, le tricolore, avec une étoile dans le bleu. L'étoile, c'est celle de Marie, patronne des Acadiens.
Dans son livre Le père Lefehvre et VAcadie, le sénateur Poirier écrit :
" Un air national fut aussi adopté à la convention de Miscouche, l'air grégorien de VAve Maris Stella. Quant aux paroles, elles étaient toutes trouvées ; c'est l'élégie suave et mélan-
coliquement plaintive de Gérin-Lajoie, dont la mesure s'adapte au rythme religieux :
Un Acadien errant, Banni de ses foyers.
Parcourait en pleurant Des pays étrangers.
Un jour triste et pensif.
Assis aux bords des flots.
Au courant fugitif Il adressait ces mots :
Si tu vois mon pays.
Mon pays malheureux, Va dire à mes amis Que je me souviens d'eux.
Pour jamais séparé Des amis de mon cœur.
Hélas ! oui je mourrai.
Je mourrai de douleur.
" Ce chant est une complainte acadienne, d'inspiration toute acadienne, composée par M. Gérin-Lajoie, quelque temps après sa tragédie en trois actes de Charles Latour. Le mot " Canadien ", dans le premier vers, fut, par le peuple, substitué au mot " Acadien ", de l'original."
M. le sénateur Poirier qui était un des principaux figurants à cette convention de Miscouche, ne nous dit pas, par une délicatesse et une humilité que nous comprenons et apprécions, qui suggéra l'air adopté ce jour-là comme hymne national des Acadiens. Nous ne sommes pas tenu à la même discrétion. D'après le Moniteur acadien du 21 août 1884, c'est le
sénateur Poirier qui eut cette religieuse et patriotique idée. Citons plutôt :
" Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l'abbé Richard annonce qu'il est en mesure de leur faire voir un échantillon du drapeau national adopté par la convention. Des hourras frénétiques accueillent cette proposition. M. Richard et le Père Cormier déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe drapeau tricolore, orné de l'étoile aux couleurs pontificales. L'enthousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l'étendard national que l'on voit pour la première fois. De toutes parts on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d'une voix grave et solennelle, VAve Maris Stella, que tout le monde repète après lui. C'était un spectacle admirable, saisissant. Le God Save the Queen succède à VAve Maris Stella, puis M. Richard, prenant la parole, exprime l'espoir que nos musiciens nous donneront bientôt un air national.
" M. Pascal Poirier, interrompant M.
l'abbé Richard, demande la parole pour quelques instants. Plus que tous les autres il est ému. D'une voix frémissante il nous annonce que pour lui l'air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d'une manière merveilleuse qui montre le doigt de Dieu, l'intervention de Marie, notre patronne. Cet air que
nous cherchions, que nous implorions, il vient de retentir à nos oreilles, il vient d'éveiller dans nos cœurs les plus douces et les plus suaves sensations. C'est l'air entonné par M, l'abbé Richard, répété par toute l'assistance, c'est l'air de VAve Maris Stella, qui se chante dans toutes nos églises et que l'on entend si souvent dans nos chaumières ; la salutation de l'Eglise à Marie, patronne des Acadiens.
" A ce moment des transports d'allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les cœurs battent bien haut dans les poitrines. M. Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les cœurs.
" M. l'abbé Richard, M. Landry, M. l'abbé Hébert, M. Olivier LeBlanc se lèvent tour à tour pour exprimer les sentiments qui se pressent dans leur âme. Ce fut un concours de patriotisme,d'enthousiasme,de foi, une éclosion soudaine de sentiments aussi remarquables par l'élévation que par la justesse.
" Le président soumit la proposition à l'assemblée qui l'adopta au bruit des acclamations enthousiastes de la délégation. On chanta de nouveau l'air désormais national de VAvc Maris Stella ; jamais hymne ne fut chanté avec plus d'entrain."