‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 33 sur 56 · M. DE LA FOREST A LA BAIE D'HUDSON · texte numérisé non relu

M. DE LA FOREST A LA BAIE D'HUDSON

Deux officiers du nom de La Forest sont venus dans la Nouvelle-France. Le premier, François de La Forest, fut un des principaux lieutenants de Cavelier de La Salle dans les Pays d'en Haut. Il commanda successivement les forts Saint-Louis, Cataracoui et Détroit. Il décéda à Québec le 15 octobre 1714. Le Père Jésuite de Charlevoix dit qu'il était fort honnête homme, bon officier et qu'il servit très bien le roi.

Pour le moment nous ne nous occuperons que de l'autre M. de La Forest, de celui qui fit le voyage de la baie d'Hudson.

En 1694, M. d'Iberville recevait du roi l'ordre d'aller s'emparer du fort Nelson, à la baie d'Hudson. Deux vaisseaux lui furent donnés pour cet objet, le Poli, commandé par luimême, et la Salamandre, commandée par son frère, M. de Sérigny.

Au nombre des officiers qui s'embarquèrent avec les deux frères LeMoyne nous voyons MM. LeMoyne de Châteauguay, Le Gardeur de Tilly, Du Tast, Le Gardeur de Caumont, La Forest, etc., etc.

Les Canadiens ne partaient jamais en expédition guerrière sans amener un prêtre

avec eux. C'est le Père Pierre-Gabriel Marest, Jésuite, qui les suivit en qualité d'aumônier.

L'expédition partit de Québec le 10 août 1694. Les vents contraires la retardèrent beaucoup et ce ne fut que le 24 septembre qu'elle arriva à la rivière Bourbon. *' La joie fut grande dans tout l'équipage, dit le Père Marest, qui était à bord du Poli. C'était un vendredi. Nous chantâmes l'hymne Vexilla Régis et surtout VO crux Ave, que nous répétâmes plusieurs fois pour honorer la croix adorable du Sauveur, dans un pays oti elle est inconnue aux barbares, et où elle a été tant de fois profanée par les hérétiques qui y ont abattu avec mépris toutes les croix que nos Français y avaient autrefois élevées."

Le 13 octobre, M. d'Iberville, après avoir fait tous ses préparatifs de siège, somma le commandant du fort Nelson de se rendre. L'Anglais demanda jusqu'au lendemain pour donner sa réponse. Ce qui lui fut accordé. Le lendemain, il amenait pavillon, et M. d'Iberville envoyait aussitôt un de ses lieutenants et soixante hommes prendre possession du fort. Lui-même y entra le 15 octobre, et changea son nom de fort Nelson en celui de fort Bourbon.

M. d'Iberville resta au fort Bourbon près d'une année.

Au mois de septembre 1695, M. d'Iberville partit pour la France avec ses deux vaisseaux.

Il laissa au fort Nelson ou Bourbon une garnison de 80 hommes avec M. de La Forest, un de ses officiers, comme commandant. Le Père Marest resta aussi avec la garnison.

M. de La Forest était depuis onze mois commandant du fort Bourbon lorsque, au mois d'août 1696, il fut attaqué par cinq vaisseaux anglais commandés par le capitaine Guillaume Allen. Il offrit d'abord quelque résistance, mais les forces étaient tellement disproportionnées qu'il fut bientôt forcé de capituler. Le 31 aoiit, les deux commandants convinrent et signèrent les articles de capitulation préparés par La Forest :

" Je consens de vous rendre mon fort sur les conditions suivantes :

" lo Que moi et tous mes gens, tant Français que Sauvages et un Anglais qui est mon domestique, auront tous la vie sauve et la liberté, sans qu'il nous soit fait aucun tort ou violence, soit en nos personnes ou en ce qui nous appartient.

" 2o Nous sortirons du fort avec nos armes, tambour battant, mèche allumée, balle en bouche, enseignes déployés et emporterons avec nous, les deux canons que nous avons emportés de France.

" 3o Nous serons transportés tous ensemble, en votre propre vaisseau, à Plaisance, qui est un fort français de Terre-Neuve. Nous ne voulons point rendre le fort jusqu'à ce qu'on

nous emijarque et nous aurons le pavillon français arboré dans le fort jusqu'à ce que nous en sortions.

" 4o Si nous rencontrons de nos vaisseaux, il y aura trêve entre vous et eux, et il leur sera permis de nous transporter avec tout ce qui nous appartient.

'' 5o Nous emporterons avec nous tous les castors et autres marchandises que nous avons traités cette année, qui seront embarqués avec nous sur vos vaisseaux.

" 60 Tous mes gens emporteront leurs bardes et tout ce qui leur appartient sans qu'ils soient visités ni pillés de quoique ce soit.

" 7o Pendant le voyage en cas de maladie, vous nous fournirez tous les remèdes et médicaments dont nous aurons besoin.

'' 80 Les deux Français qui doivent revenir avec les Indiens seront reçus dans le fort à leur retour, où ils seront traités comme les Anglais et transportés en Europe la même année, où il leur sera fourni toutes choses nécessaires pour les rendre à La Rochelle.

" Nous aurons le libre exercice de notre religion et il sera permis au Père Jésuite, notre missionnaire, de faire publiquement les fonctions de son ministère."

Allen, au mépris de ses engagements, conduisit LaForest et ses gens en Angleterre. Arrivé à Plymouth en octobre suivant, La

Forest porta aussitôt ses plaintes au commissaire de la marine de ce port.

Mais Allen qui voulait garder son riche butin trouva des gens assez influents pour faire retarder indéfiniment la prise en considération de la plainte de La Forest.

Celui-ci tomba malade et mourut à Londres le 27 août 1697.

La cour de France s'occupa cependant de ce déni de justice et le 8e article du traité de paix signé à Rysvvick le 20 septembre 1697 déclare que la capitulation accordée par les Anglais au commandant du fort Bourbon le 31 août 1696 sera exécutée suivant sa forme et teneur, et les effets dont il fait mention incessamment rendus.

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