‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 34 sur 56 · LES CANADIENS D'IL Y A TROIS SIECLES · texte numérisé non relu

LES CANADIENS D'IL Y A TROIS SIECLES

Aux Archives de la marine à Paris on conserve un mémoire anonyme sur le Canada écrit, d'après toute apparence, vers 1736. Rien ne nous fait connaître l'auteur de ce mémoire. Cependant comme M. Hocquart était alors intendant de la Nouvelle-France, qu'il était

observateur averti et exprimait bien ce qu'il pensait, on lui en attribue la paternité.

Voici le portrait que cet anonyme trace des Canadiens de 1736. Ceux qui ne sont pas trop chauvins et admettent que nos pères, avec beaucoup de qualités avaient aussi des petits défauts, avoueront que ce portrait était pas mal fidèle. Ils iront peut-être même plus loin et concéderont que le portrait des Canadiens-Français de 1736 peut s'appliquer aux Canadiens- Français de 1922.

'Xes Canadiens sont naturellement grands, bien faits, d'un tempérament vigoureux.

Comme les arts n'y sont point gênés par des maîtrises et que dans les commencements de l'établissement de la colonie, les ouvriers étaient rares, la nécessité les a rendus industrieux de génération en génération : les habitants des campagnes manient adroitement la hache ; ils font eux-mêmes la plupart des outils et ustensiles de labourage ; bâtissent leurs maisons, leurs granges ; plusieurs sont tisserands, font de grosses toiles et des étoffes qu'ils appellent droguet, dont ils se servent pour se vêtir eux et leur famille.

" Ils aiment les distinctions et les caresses, se piquent de bravoure, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres punitions. Ils sont intéressés, vindicatifs, sont sujets à l'ivrognerie, font un grand usage de l'eau-devie, passent pour n'être point véridiques. Ce

portrait convient au grand nombre, particulièrement aux gens de la campagne ; ceux des villes sont moins vicieux ( ?) Tous sont attachés à la religion ; on voit peu de scélérats ; ils sont volages, ont trop bonne opinion d'eux-mêmes, ce qui les empêche de réussir comme ils pourraient le faire dans les arts, l'agriculture et le commerce. Joignons à cela l'oisiveté à laquelle la longueur et la rigueur de l'hiver donne occasion. Ils aiment la chasse, la navigation, les voyages, et n'ont point l'air grossier et rustique de nos paysans de France. Ils sont communément assez souples lorsqu'on les pique d'honneur, et qu'on les gouverne avec justice,

mais ils sont naturellement indociles "

Que pensez-vous de ce portrait ?

Page 1