LES DESCENDANTS DE MONTCALM
Parmi les personnages distingués que la nation canadienne reçut comme ses hôtes d'honneur aux fêtes du troisième centenaire de Québec, en 1908, on comptait le jeune comte Bertrand de Montcalm.
Ce comte de Montcalm était-il le descendant direct du héros des Plaines d'Abraham ?
Non.
De son mariage avec Angéline-Louise Talon du Boulay, fille posthume du marquis du Boulay, colonel du régiment d'Orléans, Montcalm avait eu deux fils et quatre filles dont l'une mourut très jeune.
L'aînée des filles devint en 1759 l'épouse du président d'Espinousse de Coriolis. Une autre se maria à un Doria, de l'illustre famille
des Doria, de Gênes, et la troisième unit sa destinée au vicomte de Damas.
Le fils cadet du marquis de Montcalm, qui avait prénoms Gilbert-François-Déodat, fut chevalier de Malte. Il obtint une commission dans l'ancien régiment de son père.
Le fils aîné du marquis de Montcalm, Louis-Jean-Pierre-Marie, comte de Montcalm, marquis de Saint-Véran, maréchal de camp, fut député de la noblesse de Carcassonne aux Etats-Généraux. Pendant la Terreur, le comte de Montcalm se tint caché à Paris. Au retour des Bourbons, il fut nommé par Louis XVIII lieutenant général et mourut à Montpellier avant les Cent-Jours. Le comte de Montcalm avait épousé Jeanne-Marie de Lévis, nièce du vainqueur de Sainte-Foy. Ils eurent deux fils.
Louis-Hippolyte, l'aîné, marquis de Montcalm, fut maréchal de camp et chevalier de Saint-Louis. Il épousa Armandine du Plessis- Richelieu, sœur du duc de Pvichelieu, ministre des affaires étrangères sous la Restauration. Il mourut sans postérité.
Louis-Dieudonné, le cadet, prit le titre de marquis de Montcalm à la mort de son frère aîné. Il fut aide de camp du duc d'Angoulême et épousa, en 1819, Antoinette-Marie-Cécile de Sainte-Maure-Montausier. Il eut une fille, qui devint la comtesse d'Avéjan, et un fils Victor.
Le marquis Victor de Montcalm fut Tami intime de feu M. l'abbé H.-R. Casgrain.
Racontant sa première visite au marquis de Montcalm, M. Tabbé Casgrain écrivait en 1889 :
'' Son salon, sa salle à manger, sa chambre à coucher, meublés avec un goût aussi simple qu'exquis, sont ornés d'une profusion de portraits de famille, tous plus précieux les uns que les autres. Le plus en vue est la belle toile qui représente le général Montcalm en costume militaire, avec sa cuirasse aux reflets métalliques ; c'est le meilleur que l'on connaisse, et c'est celui qui a servi de modèle à la copie envoyée par le marquis à Québec. Voici le duc de Lévis, grand-oncle du marquis ; M. de Montausier, l'austère duc et pair de France qui, diton, a servi de type au misanthrope de Molière, Mme de Damas, Mme de Montcalm, sœur du duc de Richelieu, etc., etc. A côté, voici la gravure si connue qui représente la mort de Montcalm ; puis, sur le panneau voisin, l'obélisque commémoratif du Jardin du Fort à Québec."
Le marquis Victor de Montcalm avait épousé Gabrielle de Montcalm, sa cousine, qui décéda sans lui laisser d'enfants. Il adopta alors pour son successeur son neveu, le comte de Saint-Maurice, qui prit aussitôt le titre de comte de Montcalm.
C'est le jeune comte de Montcalm que nous avons vu à Québec en 1908.
Puisque nous sommes à parler des Mont-
calm, disons un mot d'un frère du héros des Plaines d'Abraham qui mourut à l'âge de sept ans mais dont le nom s'est conservé jusqu'à nos jours.
Dans une lettre qu'écrivait Montcalm, le 21 avril 1758, à J.-P. de Bougainville, membre de l'Académie française et frère du navigateur, nous trouvons une allusion à ce frère disparu :
" Si, dans vingt ans d'ici, des hasards heureux et l'ancienneté des services me faisaient arriver à la suprême dignité militaire à laquelle nous devons tous aspirer, alors il suffira peutêtre d'avoir aimé les sciences et les lettres, estimé, considéré les gens de lettres pour pouvoir mériter d'être assis avec eux. Ah ! si je n'avais pas eu le malheur (dont je ne me console jamais) d'avoir perdu mon frère, quel sujet pour la république des lettres !"
Jean-Louis-Pierre-Elisabeth de Montcalm était le frère aîné du général. Dès le berceau on lui apprit à connaître les lettres par le système du bureau typographique que Dumas venait d'inventer. A trente mois, il connaissait toutes les figures des lettres, grandes comme petites, et à trois ans, il lisait sans aucune difficulté le latin et le français, imprimé ou manuscrit.
A six ans, le jeune prodige lisait le grec et l'hébreu. De plus, il possédait les éléments de l'histoire romaine et de celle de France, la géographie et le blason et avait une teinture de
la numismatique. Malgré cela, il parlait si bien le gascon qu'il semblait qu'on ne lui eût jamais parlé que cette langue.
Il apprit à écrire en quatre semaines.
Ses parents l'ayant envoyé à Paris, il s'arrêta à Montpellier, à Nimes, à Grenoble et à Lyon. Dans ces villes, il visita les bibliothèques et les savants.
Son voyage à Paris, cependant, lui fut fatal car il y mourut le 8 octobre 1726, à l'âge de sept ans moins un mois.
Moréri, auquel nous empruntons ces détails, cite le rondeau suivant sur le jeune phénomène :
Pour tout savoir, au dire des savans. Humains efforts point ne sont suffisans : On sait assez que c'est chose inflnie ; Que vie est courte, et qu'enfin c'est folie De se morfondre en travaux impuissans. Maints en voyons paraître sur les rangs. Bien que bornés à des arts différens. Ravis d'avoir pratique et théorie Pour tout savoir.
Jeune Candiac à l'âge de cinq ans Dans les beaux arts tes progrès sont si grands. Qu'à ce train là, si Dieu te prête vie. En toi verrons assez heureux génie. Assez d'étude, et de riches talents Pour tout savoir.