LA FAUTE DU MEUNIER NADEAU
A la date du 30 mai 1760, le capitaine Knox, un des officiers de la garnison de Québec, écrivait dans son Journal :
" A native of the parish of St-Michel (de Bellechasse), was hanged yesterday, in sight of his own hamlet, for having exerted his utmost endeavours to spirit up his countrymen to revolt, and drawing several of his own Company, he being a captain of the militia, to join the late french army."
M. Aubert de Gaspé, dans ses Anciens Canadiens, nous donne le nom de ce malheureux, coupable de vouloir rester français malgré la bataille des Plaines d'x\braham. Il était meunier et se nommait Nadeau. Il était surtout accusé d'avoir fourni des vivres à l'armée française. Dénoncé au général Murray, qui venait d'essuyer la défaite de Sainte-Foy, il fut condamné à mort. Le pauvre meunier fut pendu à une vergue de son moulin à vent. Son cadavre y demeura trois jours, balancé au gré des vents et de la tempête. '' Murray, ajoute M. de Gaspé, reconnut bientôt son erreur et, pour réparer sa faute, il adopta les deux filles de sa victime. Il les amena avec lui en Angleterre. On a cru longtemps à Saint-Michel qu'il les avait fait périr pendant la traversée de 1 Atlan-
tique. Une telle idée est ridicule. Il est plus rationnel de croire que Murray les fit élever convenablement et qu'elles devinrent plus tard honorables mères de familles."
Nous n'avons pu nous assurer si Murray adopta ou protégea réellement les deux filles du meunier Nadeau.
En 1768, le gouverneur Carleton, plus tard lord Dorchester, visitait Saint-Charles de Bellechasse, où se trouvait alors le jeune fils de la victime du gouverneur Murray. " Le gouverneur Carleton, dit la vieille Ga::ette de Québec, donna au pauvre enfant des marques d'une bonté paternelle. Il ordonna qu'on le mit en pension au séminaire de Québec, en disant : " C'est un général (gouverneur) qui lui a fait perdre son père, c'est un général qui lui en fera trouver un autre."
L'enfant fut, eflfectivement, mis au séminaire de Québec. Il y entra le 30 octobre 1768. Un Brouillard conservé au Séminaire note que sa pension, soit 54 livres, fut payée le 14 novembre 1769. Le vieux registre ne dit pas, toutefois, que ce paiement fut fait par sir Guy Carleton.
Que devint l'orphelin Charles Nadeau à sa sortie du séminaire ? Nous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons affirmer c'est qu'il ne continua pas ses études.