‹ Les petites choses de notre histoire (volume 4)Chapitre 54 sur 56 · I.e Léopard me tient poings et pieds Liés · texte numérisé non relu

I.e Léopard me tient poings et pieds Liés

" Il n'attendit pas nos compliments.il nous déclara le plus sérieusement du monde qu'il avait toujours regretté de n'avoir pu cultiver son talent poétique. L'un de nous se hasarda à lui faire observer que l'homme d'Etat serait toujours une ample compensation pour la perte du poète." (1)

On nous a souvent demandé où avait été publiée la chanson de sir Georges Cartier dont

(1) Revue Canadienne, 30e année, p. 135.

sir Wilfrid Laurier avait retenu deux vers. Nous l'avons vainement cherchée dans les journaux canadiens que le grand homme d'Etat honorait de sa collaboration avant d'être ministre de la Couronne.

Après bien des recherches, nous avons enfin trouvé le chef d'œuvi^e (?) de Cartier dans un petit journal de Burlington, aux Etats- Unis.

On sait que Cartier encore étudiant prit part à l'insurrection de 1837-1838. Comme bien d'autres de ses malheureux compatriotes, il fut obligé de prendre le chemin de l'exil afin d'éviter la prison et peut-être l'échaufaud. C'est à Burlington, dans le Vermont, que se réfugia Cartier. Plusieurs milliers de Canadiens-Français étaient établis dans le Vermont. Ludger Duvernay, compagnon d'exil de Cartier, établit à Burlington, en 1838, le premier journal canadien-français des Etats-Unis, le Patriote.

C'est dans le Patriote que Cartier publia sa chanson. Elle n'était pas signée et portait pour titre : " Souvenirs de 1837 et 1838 écrits par un patriote canadien, réfugié à Burlington."

Nous reproduisons ici les strophes de Cartier. Il faut avouer que les vers n'en sont pas

fameux ; aussi nous les donnons plutôt comme curiosité historique :

Dans le brillant de la jeunesse, Où tout n'est qu'espoir, allégresse, Je vis captif en proie à la tristesse. Et tout tremblant je vois l'avenir Venir

De longtemps ma douce patrie Pleurait sous les fers, asservie ; Et, désireux de la voir affranchie. Du combat j'attendais l'instant Gaiement.

Mais advint l'heure d'espérance Où j'entrevois la délivrance ; Eh 1 mon pays, en surcroit de souffrance, Mais contraria très vaillants Enfants

Et moi, victime infortunée De cette fatale journée.

Le Léopard sous sa griffe irritée. Sans pitié me tient mains et pieds Liés

La reverrai-je, cette amie Naguère qui charmait ma vie ?

Souvent en moi son image chérie Fait soupirer dans sa douleur Mon cœur.

Adieu î ma natale contrée Qu'a jamais je vois enchaînée ; Fasse le Ciel qu'une autre destinée T'accorde un fortune retour Un jour

Si sir Georges-Etienne Cartier n'avait eu d'autres œuvres à laisser à sa " natale contrée " que sa chanson de Burlington, il est plus que probable que son nom aurait été vite oublié par les générations canadiennes.

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