TRAITRE A SON ROI ET A SON PAYS
Au printemps de 1687, CaVelier de La Salle, s'en allant à la recherche de l'embouchure du Mississipi, fut assassiné par trois de ses
eompagnons de voyage. Le Père Anastase et les autres membres de l'expédition, perdus dans un pays inconnu, presque sans ressources, résolurent de se rendre aux Illinois. Le 20 juillet 1687, les voyageurs, arrivés à la rivière des Arkansas, trouvèrent une grande croix avec au bas les armes du roi de France. Tout près, était une petite maison bâtie à l'européenne. Alors Joutel, un des membres de l'expédition, tira un coup de fusil. Au bruit de cette décharge, il vit sortir deux Canadiens-Français, les nommés Couture et Delaunay.
Quel est ce Couture qui, en 1687, se trouvait dans une région où les Sauvages, seuls, avaient jusque là osé s'aventurer ?
M. J.-Edmond Roy, dans son ouvrage Le premier colon de Lévis, Guillaume Couture, semble croire que cet aventureux canadien était le fils de son héros. " Ce Couture, écrit-il, doit vraisemblablement être Louis, le troisième des enfants de Guillaume Couture, dont on trouve le baptême aux registres sans aucune autre mention." M. Roy n'affirme rien cependant. Il ajoute : '' Nous laissons aux antiquaires qui s'occupent de l'histoire des Canadiens de l'Ouest, le soin de rechercher ce qu'est devenu cet enfant prodigue."
Ce Couture qui, en 1687, vagabondait dans l'extrême nord-ouest n'était pas un des fils du vaillant Guillaume Couture, le premier colon de Lévis. Mais, comme lui, il était originaire
de Rouen. Comme lui également, de son métier, il était charpentier. Peut-être étaient-ils parents, mais nous ne pouvons établir la chose faute de données certaines.
Des renseignements que nous devons à M. Verner-W. Crâne, professeur à l'université de Pensylvanie, nous permettent d'identifier ce Couture et de faire connaître sa carrière assez mouvementée mais pas toujours édifiante.
Jean Couture fut le premier blanc qui pénétra dans le territoire actuel de la Caroline du Sud. Il eut l'honneur, à ce qu'on peut voir, d'être le premier blanc à remonter la rivière Tennessee jusqu'à sa source dans les montagnes de Cherokee.
Cavelier de La Salle mentionne Couture pour la première fois en 1684. Mais, à coup sûr, il était dans l'ouest déjà depuis quelques années.
En 1.686, Couture suivait Tonti dans son voyage infructueux sur le Mississipi pour rejoindre Cavelier de La Salle.
A son retour, il fut choisi avec cinq autres coureurs de bois pour établir un poste de traite à l'embouchure de l'Arkansas. Le but de Tonti en établissant ce poste était de conserver une voie de communication entre les Illinois et la colonie de La Salle et de cultiver l'amitié des tribus sauvages de l'Arkansas.
C'est précisément à ce poste de traite que les compagnons de l'infortuné La Salle rencon-
trèrent Couture en juillet 1687.
A son arrivée au fort Saint-Louis, en avril 1688, Couture apprit à Tonti la mort de son ami La Salle. Tonti renvoya immédiatement Couture dans la direction du sud-ouest afin d'aller au secours des survivants de l'expédition. Mais Couture, ayant fait naufrage à quelques milles du fort, revint sur ses pas sans avoir accompli sa mission.
Nous perdons ensuite Jean Couture de vue pendant quelques années pour le retrouver traître à son roi et à son pays.
L'amour du gain, la passion des aventures, la vie libre, les fortes pénalités imposées par le roi de France contre les coureurs des bois firent passer Couture au service des colonies anglaises.
En 1699, Jean Couture, qui était un grand voyageur et, conséquemment, un grand menteur, réussit à former une société avec trois riches Anglais pour la recherche de l'or dans les monts Apalaches. Couture avait raconté à ces naïfs Anglais ses voyages au milieu des tribus indiennes des monts Apalaches où aucun Européen n'avait encore pénétré. Là, non loin d'un petit tributaire d'une rivière navigable, il avait trouvé une quantité considérable d'or. Une tribu indienne qui avait son principal village près d'un grand lac lui avait aussi donné quantité de perles précieuses. Les histoires de Couture furent prises au sérieux et deux des
membres du syndicat se rendirent même en Angleterre pour engager le Board of Trade à leur donner appui et protection dans leur entreprise de recherches minières. Le résultat de tout ceci fut pour les gogos une perte sèche de quelques centaines de louis qui allèrent dans les poches du peu scrupuleux Couture.
L'année suivante, en 1700, Jean Couture conduisit un assez nombreux parti de traiteurs anglais au Mississipi par les rivières Tennessee et Ohio. Il s'agissait pour eux de réaliser le rêve de l'ancien chef de Couture, Tonti, c'està-dire divertir le commerce de l'Ouest au profit de la Caroline du Sud.
Après ce voyage, nous perdons toute trace de Jean Couture.
Revint-il au Canada ? La chose n'est pas probable. Après avoir trahi son pays, il ne pouvait s'attendre à avoir une réception bien enthousiaste. La justice du temps était très dure pour ceux qui passaient au service des ennemis du roi de France. Couture dut mourir dans les bois, au milieu des Sauvages dont il avait adopté le genre de vie. Espérons au moins qu'il eut le temps de se reconnaître et de revenir à la foi de son enfance.