‹ Les petites choses de notre histoire (volume 5)Chapitre 2 sur 12 · A. RABY · texte numérisé non relu

A. RABY

Comme on le voit par cette supplique, le pilote Raby avait moins de pudeur que l'officier Denys de Vitré. Conduire l'a flotte anglaise à Québec, selon sa propre expression, avait été un véritable bonheur pour lui.

Le général Murray ne manqua pas de recommander chaudement le pilote Raby au ministre comte d'Egremont, un des secrétaires d'Etat de Sa Majesté. Le 7 juin 1762, il lui érivait :

''Oive me leave to introduce to Your Lordship a mémorial of Monsieur Raby, the Principal Pilot of our Fleet in 1759, wlio had the misfortune after doing us so considérable a service ot see his house burn before his eyes. Ile has never received anything for his services, but his

pay as pilot, for the time he was in the fleet. Both sir Charles Saunders and Greneral Wolfe had made him great promises, but the absence of the former, and death of the latter, hâve hitherto prevented him receiving the benefit he expected from thèse promises, tho I am persuaded they both had the best intentions for him. Possibly he djid not act much from inclination, but he can nev-er retum to France, and it would be a discouragement to others, if hisservices were forget or ne^lected. "

L'appui du général Murray valut probablement une récompense généreuse au pilote Raby. L'Angleterre, généralement, paie bien ceux cfui lui rendent service. Raby décéda à Québec le 19 décembre 1782.

En tout cas, si le père ne fut pas récompensé, le fils, Augustin-Jérôme Raby, probablement en récompense d&& services rendus en 1759, fut nommé, le 31 mars 1797, surintendant des pilotes du port de Québec. C'était une des positions les plus lucratives du temps. La trahison du père était depuis longtemps oubliée, car, Augustin-Jérôme Raby siégea pendant huit ans à la Chambre d'Assemblée. Il décéda à Québec le 23 septembre 1822. Le nom de Raby est, croyons-nous, disparu de la région de Québec.

Dans son ouvrage Fifty yea/rs in the Church of Romt . publié en 1885, l'apostat Chiniquy écrivait:

'*My grand father was a fearless Spanish sailor (our original name was Etchiniquia)... My grand father, though born in Spain married a French lady, and became, by choice and adoption, a French citizen. He became a captain in the French navy, and for gallant service, was awarded lands in Canada, which by the fate of war fell into the hands of Great Britain. Upon retiring from the service of France he settled upon his estate in Canada, where my father and myself were born."

Chiniquy ou le Père Chiniquy, comme on se plaisait à l'appeler autrefois, savait tourner un mensonge.

Dans les quelques lignes que nous venons de citer de lui il y a même trois mensonges bien conditionnés.

Le premier Chiniquy qui s'établit au Canada n'était pas né en Espagne. Son acte de mariage enregistré à Québec le 24. juin 1760 le déclare originaire de Bayonne, paroisse Saint-Pierre. Cette ville est, il est vrai, près de la frontière d'Espagne mais elle est située aujourd'hui, comme au dixseptième siècle, en territoire français.

Martin Chiniquy — ou plus exactement Martin Deehinique — avait bien fait partie de la marine royale de France mais simplement comme matelot. On avouera que dans une marine de guerre il y a une légère différence entre un capitaine et un matelot.

Enfin, quand Chiniquy écrivait qu 'en se retirant du service, son ancêtre s'établit sur les seigneuries ou les terres que le roi de France lui avait concédées au Canada, il faisait un troisième mensonge. Le matelot Martin Dechinique ne reçut jamais de concession de terre dans la Nouvelle-France.

Au printemps de 1740, Mgr de Lauberivière s'embarquait sur le vaisseau du roi le Buhis pour venir prendre possession de son évêché de Québec. La maladie se déclara sur le Biibis et quand le vaisseau du Roi arriva au Pot-àl 'eau-de-vie — le Brandy-Pot d'aujourd'hui — plus de cent soixante personnes étaient malades à bord. Mgr de Lauberivière décéda le 20 août 1740, treize jours après son arrivée à Québec.

Martin Dechinique était matelot à bord du Eiibis. Atteint de la contagion, il fut transporté à rHôtel-Dieu de Québec d'où il sortit à peu iprès guéri, le 4 septembre 1740. Le registre des malades de l 'Hôtel-Dieu de Québec pour 1740 existe encore et on y lit très distinctement le nom de Martin Dechinique matelot, avec la date de son entrée et de sa sortie de l 'hôpital.

Pendant le séjour forcé de Martin Dechinique et de la plupart de autres matelots du Buhis à l'Hôtel-Dieu de Québec, l'intendant Hocquart avait pu donner un autre équipage au caDitaine du vaisseau du roi et celui-ci avait repris la mer.

Martin Dechinique décida alors de rester dans la colonie. Comme il avait un peu d'instruction, de matelot il devint capitaine de barque puis pilote.

Lorsque la flotte de l'amiral Saunders s'engagea dans le Saint-Laurent pour venir attaquer Québec, le capitaine Dechinique se trouvait à Louisbourg avec son petit navire. Fait prisonnier par les Anglais, il fut embarqué à bord du vaisseau amiral et c'est lui qui eut le triste honneur de le piloter jusqu'à Québec. Il se trouvait même encore à bord de ce vaisseau lorsqu 'on y apporta le corps de Wolf e après la sanglante bataille des Plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759. C'est M. William Henderson, un vieux citoyen de Québec, qui avait bien connu Dechinique, qui raconta ce petit fait à sir James-M. LeMoine en 1869 :

*'I knew old Martin Chinique, a little sturdy of old man, who held a small govemment pension in reward of his past services in piloting the fleet that conveyed Wolf e 's army to Québec. He was still on board Admirai Saunders' ship, when Wolf e 's body was carried on board, 12th September, 1759."

Dans ce même ouvrage Fifty years m the Church of Rome, Chiniquy vante les prouesses de son hrave (fearless) ancêtre, Martin Dechinique.

Le bonhomme, s'il faut en croire les pièces officielles du siège de Québec par les Américains en 1775, n'était pas aussi brave que voulait le faire croire son vantard petitfils. En effet, après s'être inscrit comme soldat dans la septième compagnie de milice de la ville de Québec, Martin Dechinique déserta tout comme un vulgaire poltron.

L»ea actes de poltronnerie ont ceci de commun avec les bienfaits qu'ils s'oublient à la longue. Trente-sept ans après le siège de 1775, Martin Dechinique s'adressait au gouver-

neur du Canada pour obtenir la récompense des services qu'il avait rendus au gouvernement en différentes occasions. La pétition de Martin Dechinique n'a pas été conservée et nous ignorons s'il faisait entrer dans la liste de ses services son stage dans la milice de Québec en 1775.

Le gouverneur transmit la demande de Martin Dechinique à la Maison de la Trinité de Québec et celle-ci, le 28 mars 1812, répondait ainsi au gouverneur:

"The Board having taken into considération the said Pétition hâve to report to your Excellency that many of the services thereon set forth are known to the members of this board, and they hâve no doubt that others rendered at a more early period than within their knowledge are truly represented. He has been for fifty years a licenced pilot and is the oldest on the list during many of those and before the existence of this board he acted as an examiner of persons applying to be licensed as pilots, for which he has had no spécifie rémunération known to this board but his services at this board in that capacity hâve been but seldom necessary or required and it is their duty to state that it is known to some of the members he received some years ago a grant of lands for himself and family upon an application to Government by a similar pétition to the présent and should he be unable to exercise his profession as a pilot, and if circumstances require assistance he wilî be entitled to an allowance from the Decayed Pilot Fund.

''The Board are unable to state to your Excellency, if any rewards or pensions were granted by Government to pilots for services other than pilotage nor are they informed whether the petitioner ever received any."

Grâce à rintervention du gouverneur, Martin Dechinique fut nommé peu après membre (warden) de la Maison de la Trinité et il conserva cette charge honorable et lucrative jusqu'à 1824.

Martin Dechinique décéda à L 'Ancienne-Lorette le 11 novembre 1825, à l'âge de 91 ans. Son acte de sépulture le

nomme Martin Chiniquy, et le qualifie d'ancien marin, capitaine et pilota du Roi, natif de Bayonne.

Voici un Récollet en fort mauvaise compagnie car, enfin, ce travail s'intitule Les Traîtres de 1759, et les traîtres, généralement, ne sont guère reçus dans la bonne ou du moins l'honnête société. Je le regrette mais le Récollet Houdin a lui-même choisi ses compagnons. Je ne rapporte donc que ses faits et gestes. Mgr Tanguay, dans son Bépertoire du clergé canadien consacre quelque lignes au RécoUet Houdin.

"Houdin Potentien, dit-il, venu en Canada, en juin 1740, fut nommé supérieur des Récollets aux T rois-Rivières, en 1746, et repartit en avril 1754. Il mourut à la Nouvelle- Rochelle en 1767."

Voilà qui ne nous renseigne guère sur le Récollet Houdin. S'il était parti de la Nouvelle-France en 1754, comment a-t-il pu trahir en 1759?

Je m'explique:

Tanguay se trompe à son sujet. Houdin dût partir de la Nouvelle-France bien avant 1754 puisqu 'après avoir apostasie, il fut reçu dans la communion anglicane à New- York, le jour de Pâques 1747. Après quelques années de probation, il fut reçu ministre et s'occupa des missions de Trenton et de Amhill, dans le New- Jersey. Quand la prise du Canada fut décidée, il fut attaché à l'armée assiégeante en qualité de chapelain du 48e Régiment. Il fut non seulement présent à la prise de Québec mais il aida matériellement l'armée de Wo'lfe, ainsi que le général Murray en fait spécialement mention. Le 23 octobre 1759, Houdin écrivait de Québec que la Société pour la propagation de l'Evangile ne devait pas lui tenir compte de son absence de sa mission de la Nouvelle-Angleterre puisqu'il avait agi ainsi sur les ordres de lord London et des autres com-

mandants successifs, qui avaient besoin de lui à cause de sa connaissance du pays.

On ne peut pas avouer plus ingénuement son travail. Houdin fut fort désappointé de la mort de Wolf e parce que le général lui avait promis de le récompenser de son travail et de ses services.

Le général Amherst garda Houdin à Québec jusqu^en 1761. On ne voit pas qu'il ait agi une seule fois comme ministre de l'église d'Angleterre à Québec. Avant le 13 septembre 1759, il dut servir de guide aux différents partis de l'armée de Wolfe. Après la pacification du pays, il est probable qu'on le garda ici comme interprète.

Houdin retourna ensuite à sa mission anglicane de N*^w- Rochelle où il décéda en 176C.

Il est impossible de croire que Wolfe ait pu découvrir seul la petite côte de la falaise de Québec qui, dans la nuit du 13 septembre 1759, lui permit d'atteindre les Plaines d'Abraham où il devait trouver, quelques heures plus sard, un trépas qui l'a immortalisé.

Stobo, l'officier partisan, qui a laissé de curieux mémoires sur sa vie accidentée, réclame le crédit d'avoir indiqué le sentier en question au général Wolfe. Stobo, il est vrai, fut prisonnier à Québec de 1757 à 1759. Cet officier, il n'y a pas a en douter, recueillit de la bouche de ses co-prisonniers de précieuses indications. Instruit, intelligent, parlant assez facilement le français, très versé dans l 'art (?) de l 'espionnage puisqu 'il exerçait, ce métier depuis son enfance, il dut observer beaucoup et prendre note de tout ce qui pourrait plus tard servir à l 'état-major de l'armée anglaise. Mais il ne faut pas oublier que Stobo, contrairement à ce qu'a écrit sir James-M. LeMoine, était gardé en prison. Il n 'Savait pas la liberté relative des fpTisonniers de guerre puisqu'il avait été condamné par un conseil de guerre à avoir la tête tranchée, précisément

pour avoir fourni des renseignements militaires au général Braddock pendant qu'il était gardé comme otage au fort Duquesne. Stobo n'a donc pas eu le loisir de visiter les environs de Québec pendant son séjour forcé dans la capitale. On nous objectera peut-être qu'il s'échappa à deux reprises de sa prison. Oui mais la première fois, il fut repris après quelques heures de liberté, et, lors de sa seconde évasion, en mai 1759, il était si pressé de mettre un distance resp'ectable entre sa personne et les soldats lancés à sa poursuite qu'il ne dut pas prendre le temps d'examiner la falaise de Québec. D'autant plus que pareil examen ne pouvait se faire qu'à la lumière du soliel et qu'il aurait alors couru le risque de réintégrer sa prison après quelques heures de liberté comme dans sa première tentative d'évasion.

Stobo, ambitieux, désireux d'obtenir une promotion, s'est tout simplement vanté en écrivant qu'il avait fourni la précieuse indication à Wolfe. Celui-ci, d'ailleurs, n'était plus là pour le démentir puisqu'il était mort en apprenant son succès.

Il faut donc chercher ailleurs.

James Thompson, décédé à Québec le 25 août 1830, à l'âge de 98 ans, et qui avait été soldat dans l'armée de Wolfe lors du siège de Québec en 1759, écrivait dans son journal, quelques années après la bataille des Plaines d 'Abraham :

''Monsieur Cugnet was the pen^on who, at the Island of Orléans, gave General \Yolfe the information where would be the best place to get np the bank above the town and Davis who had been taken prisoner by the f rench some years before, had given some other information."

Cugnet, croyons-nous, fut Je véritable traître au mois de septembre 1759.

Cugnet, comme tous les traîtres, se trahit lui-même^ puisqu'il retomba aux mains des Français.

En effet, le gouverneur de Vaudreuil écrivait de Mont-

réal, le 11 mai 1760, au cheYalier de Lévis, alors aux environs de Québec:

'*I1 est indispensable que, sans tarder un instant, vous fassiez le procès du sieur Cu^et, militaire. Si par les preuves, il est convaincu d'avoir trahi, donné à l'ennemi des avis ou éveils contraires aux intérêts de la patrie, je vous prie. Monsieur, de lui faire casser la tête sur-lechamip'. Si, au contraire, il était prouvé que le sieur Cugnet s'était restreint et n'avait pas mésusé de l'ordre que le général Murray lui donna en le chargeant de la police des Français il ne pourrait être puni, parce que la création et rétablissement de cet emploi étaient nécessaires et fondés sur ie droit du vainqueur. Mais, en ce cas, vous voudrez bien le faire garder toujours à bord d'une des frégates, parce qu'après votre expédition. Monsieur l'intendant fera de plus amples informations, cette affaire étant de la plus grande conséquence."

Deux jours plus tard, le 13 mai 1760, l'intendant Bigot écrivait à son tour au chevalier de Lévis:

"M. le Marquis de Vaudreuil vous marque ce qu 'il pense de Cugnet. Si vous aviez des certitudes ou preuves des avis qu'il peut avoir donnés sur notre compte, ou des conseils qu'il peut avoir donnés contre le pays, il ne dépendra que de vous, après lui avoir fait donner un confesseur, de l'envoyer dans l'autre monde. Si, au contraire, vous ne voyez rien de certain, ce sera des informations que je me chargerai de faire, lorsque nous serons plus tranquilles. Il faudrait, en ce dernier cas, le garder toujours à bord d'une frégate, aux fers. Je compte que telle est l'intention de M. le marquis de Vaudreuil."

Le sieur Cugnet fut remis en liberté par les autorités françaises ou réussit à s'échapper de sa prison puisque nous le voyons à Québec dans les premières années du régime anglais.

M Philéas Gagnon nous apprend même qu'il reçut une pension du gouvernement pour prix de sa trahison :

''Dans un petit cahier de notes manuscrites qui semble

avoir servi à un personnage quelconque des commencements du régime anglais ayant apparemment la disposition d'un fonds secret, on voit figurer, en 1765, le nom d'un Nicolas Cugnet, messager du Conseil comme l'un de ceux qui retirent une pension du gouvernement *'for services".

"Aucun Cugnet du nom de Nicolas, ajoutait M. Gagnon, ne figure dans le Dictionnaire généalogique de Tangiiay, et, conséquemment, je le crois étranger à la famille canadienne de ce nom, qui se fit une réputation dans la robe."

Nous croyons, au contraire, que le traître Cugnet étail le frère du fameux jurisconsulte Etienne-François Cugnet, du chanoine Gilles-Louis Cugnet et du conseiller au Conseil Supérieur Thomas-Marie Cugnet. Il est vrai que le petit cahier de fonds secret cité par M. Gagnon donne le prénom Nicolas au messager du Conseil qui recevait une pension "for services". Mais il peut y avoir erreur de la part du personnage propriétaire du cahier.

Le traître Cugnet doit être Jean-Baptiste Cugnet, né à Québec le 26 mars 1726.

Et maintenant voici le document sur lequel nous nous appuyons pour affirmer que Cugnet était le frère des trois Cugnet favorablement connus dans notre histoire.

Le 4 mai 1760, le gouverneur de Vaudreuil écrivait, de Montréal, au chevalier de Lévis :

"J'ai l'honneur de vous recommander le sieur Cugnet, qui aura celui de vous remettre cette lettre. Il va près de Québec où il pourrait être nécessaire aux intérêts de son frère, de qui je vous ai parlé avant mon départ. Comme je m'intéresse beaucoup au 'premier et à sa famille, je vous serai très obligé de vouloir bien le favoriser et avoir égard aux représentations qu'il pourra être dans le cas de vous faire concernant son frère."

Dans tout le régime français au Canada, il n'y a eu qu'une famille Cugnet ici. C'est celle des légistes.

On sait qu'après la défaite du 13 septembre 1759, qui rendit les Anglais maîtres de Québec, le Conseil Supérieur

de la. colonie se retira à Montréal. On voit le conseiller Thomas-Marie Cugnet y siéger tout le printemps de 1760. Il n'y a donc pas à douter que le Cugnet qui partait de Montréal le 4 mai 1760, avec une lettre de recommandation du marquis de Vaudreuil pour venir, dans les environs de Québec, surveiller les intérêts de son frère, était bien le conseiller Thomas-Marie Cugnet.

Je viens de trouver dans une lettre inédite de Mme Bégon écrite à l'automne de 1751 la preuve que le sieur Cugnet s'il n'était pas encore un traître avait fort mauvaise réputation. Mme Bégon écrivait de France^à une de ses parentes du Canada: ''Voici deux lettres que l'on m'a adressées du Canada dont une de Mme Cugnet qui a perdu son mari, dont je suis très affligée. Son fils, Thomas, est passé pour demander la place de son père, mais M. Bigot ]'a donné à M. Daine en attendant la décision de la Cour et il y a apparence qu'elle lui restera. Cette pauvre Mme Cugnet me fait bien pitié. M. Bigot a chargé M. Foucault de travailler à arranger ses affaires. Elle me mande qu 'elle vend ce qu'elle a pour tâcher de payer ses créanciers. Son fils aîné est à LaRochelle en prison depuis deux mois. Après avoir battu le pavé de toute la France, il est venu se faire renfermer dans cette prison pour avoir insulté vivement M. Goguet à qui il fit mettre l'épée à la main sur le canton, dont Cugnet se tira fort mal. Il y a un officier de ton pays mêlé dans cette histoire qui est heureux d'être 'parti car il aurait tenu compagnie à Cugnet. On dit l'affaire fort sérieuse pour eux. Tout ce que je puis t'en dire, c'est que Mme Cugnet serait heureuse d'être débarrassée de ce mauvais sujet, car il a fait des tours partout où il a été. ' '

Le traître Jean-Baptiste alias Nicolas Cugnet s'éteignit dans l'obscurité, — on ne sait pas même la date ni l'endroit de sa mort — pendant que son frère aîné, le jurisconsulte Etienne-François Cugnet, devenait l'une des plus belles figures de notre histoire en défendant ses compatriotes

contre les projets si dangereux du procureur général Masères.

Parlant du capitaine Suisse, M. Aégidius Fauteux écrivait en 1920 : ' ' Parmi les traîtres de l 'époque il apparaît bien l'un des plus ignobles". Je suis absolument de l'opinion du président de la Société Historique de Montraél.

L'auteur anonyme d'un Journal du siège de Québec écrivait le 4 août 1759 :

''Je viens d'apprendre par des habitants de la Baie Saint-Paul que le nommé Suisse, officier de milice de cette paroisse avait parti en canot avec six habitants du lieu pour essayer à faire quelques prisonniers à l'île aux Coudres et qu'aussitôt qu'ils furent à terre, le dit Suisse avait déserté; les ennemis s'embarquèrent aussitôt pour venir couper chemin à nos gens qui, heureusement, se sauvèrent."

Quel était le but du sieur Suisse en laissant là ses concitoyens pour rejoindre les Anglais? Tout sim^^lement se vendre. M. Fauteux a cent fois raison de qualifier sa conduite d'ignoble. Les autres traîtres dont nous venons de parler tombèrent accidentellement entre les mains des Anglais. Ceux-ci n'obtinrent leur concours qu'après toutes sortes de promesses et 'peut-être des menaces. Le sieur Suisse, étranger de naissance, avait été gentiment traité par le gouverneur Vaudreuil qui Tavait nommé capitaine de milice. Il ne fut pas pris par les Anglais. C 'est lui-même qui se jeta dans leurs bras pour en obtenir quelques piastres.

Il fit plus encore.

On se rappelle les horribles représailles dirigées par le capitaine Montgomery sur la rive nord du Saint-Laurent. Des centaines de maisons furent incendiées. La paroisse de la Baie Saint-Paul subit le sort commun. Presque toutes les habitations furent détruites parce que leurs «propriétaires avaient pris les armes contre les Anglais. Quel était celui

qui dirigeait les soldats d'Albion dans cette oeuvre de destruction ? C ^est Knox, bien posté pour bien servir, qui nous le dit. Parlant des incendiaires de la Baie Saint-Paul, U écrit :

"They had a Swiss for their ^ide who had been a captain of militia, also a résident for several years in the townsbip of St. Paul and deserted from the enemy some time before'*.

Le nom véritable de ce capitaine Suisse était Jean-Marc Bouilliane. On le surnommait Sifdsse parce qu'il ét^it originaire du canton de Berne, en Suisse. Il vivait à la Baie Saint-Paul depuis au moins 1739. Le moins que Ton puisse dire de ce traître c'est qu'il avait le coeur bien mal placé pour désigner ainsi à la vindicte des Anglais ceux parmi lesquels il vivait depuis vingt ans. On peut parodier le vers du poèe : Amour, amour de l 'argent quand tu nous tiens '

da la À/oui^eiU rtanca

Champlain avait-il un secrétaire?

Champlain vécut à Québec de 1608 à sa mort (1635), si l'on excepte les neuf voyages qu'il fit en France et son absence forcée de 1629 à 1633. Cependant, nous n'avons dans nos archives aucune pièce qui remonte à Champlain. La seule signature du fondateur de Québec qui existe au Canada est conservée à la Bibliothèque Municipale de Montréal. Et encore le document qui porte cette signature est-il étranger au Canada. Ce n'est donc pas une archive canadienne proprement dite. Toutes les pièces rédigées par Champlain ou signées par lui furent détruites dans l'incendie de Notre-Dame de Recouvrance en 1640.

Ceci nous amène à nous demander si Champlain avait un secrétaire? Nous connaissons les sieurs de la Ville et Nicolas qui furent successivement greffiers ou commis de l'espèce de juridiction établie par Champlain à Québec en 1621. Mais ni l'un ni l'autre ne prirent le titre de secrétaires du gouverneur et aucune pièce du temps ne les mentionne comme tels.

Il nous faut donc conclure que le fondateur de Québec qui fut en même temps le plus illustre de nos gouverneurs n'avait pas de secrétaire.

Martial Piraube

Martial ^Piraube arriva ici comme secrétaire de M. de Montmagny. Il prit en même temps le titre de ''commis du greffe et tabellionnage de Québec". Il reçut un certian nombre d'actes comme notaire. Les Archives Judiciaires de Québec, en conservent une cinquantaine. Avec Piraube, dit M. J.-Edmond Roy, apparaît la note gaie dans l'habitation de Québec. Lorsque la nouvelle de la naissance d'un dauphin, qui fut Louis XIV, arriva au Canada, en 1639, cet événemnet fut célébré avec enthousiasme par des processions et un feu de joie. L'anniversaire de cette fête fut solemnisé Tannée suivante. A cette occasion M. de Montmagny fit jouer une tragi-comédie en l'honneur du prince nouveau-né. Le sieur Martial Piraube, qui conduisait cette action et qui en représentait le premier personnage, réussit avec excellence. Piraube, à l'occasion, ne craignait pas de faire le coup de feu contre les Iroquois. En 1642, dans un combat contre eux, près de Sorel, il reçut un coup d'arquebuse dans l'épaule. La Eelation de 1643 cite une dernière fois Martial Piraube comme parrain d'un jeune Huron puis son nom disparaît. Il retourna probablement en France.

Guillaume Tronquet

* Guillaume Tronquet, dit M. J.-Edmond Roy, était déjà dans la colonie en 1638. Nous pouvons présumer qu'il arriva ici avec M. de Montmagny. En tout cas, il est mentionné comme son secrétaire peu de temps après l'installation du gouverneur à Québec. Le 28 septembre 1641, Tronquet est qualifié de soldat au fort de Québec. Il agissait tout de même comme secrétaire du gouverneur. M. de Montmagny, soldat lui-même, préférait avoir un soldat comme secrétaire. C 'est M. Tronquet qui remplaça Martial

Piraube au greffe et tabellioimaire de Québec, en 1643. Il s'intéressa dans la traite des pelleteries. En 1645, il s'unit à MM. Gif fard et de Repentigny pour obtenir le commerce libre dans la colonie. Il appert que M. de Montmagny les favorisait. Au mois d'octobre 1646, Tronquet passa en France afin d'obtenir la formation de la Compagnie des Habitants. Deux jours avant son départ, M. de Montmagny avait fait une importante concession de terre à son secrétaire ''pour les bons et fidèles services qu'il lui avait rendus pendant six années et demie en ce pays, depuis qu'il y est tant en qualité de notaire et greffier au dit pays". Cette concession indique bien que Tronquet voulait s'établir au pays. Rendu là-bas, il apprit sans doute le rappel prochain de M. de Montmagny, et il décida de ne pas revenir.

Henry Bancherons

La journée même du départ de Guillaume Tronquet pour la France (25 juin 1647) une concession de M. de Montmagny est contresignée par Henry Bancherons. M. de Montmagny n'a pourtant pas dû avoir trois secrétaires, Piraube, Tronquet et Bancherons, en même temps. Bancherons était aussi commis au greffe et tabellionnage de Québec, ce qui lui permettait d'agir comme tabellion. C'est en octobre 1646 que Henry Bancherons prit la place de Tronquet au greffe et tabellionnage de Québec, et il conserva cette charge jusqu'au 27 juillet 1647. Les Archives Judiciaires de Québec conservent treize actes de Bancherons.

Flour La Boujonnier

M. d'Ailleboust, prenant le gouvernement de la Nouvel f^-France en 1648, choisit Flour La Boujonnier comme

son secrétaire. Peut-être celui-ci était-il soldat de la garnison de Québec? La Boujonnier fut ensuite le premier tabellion ou notaire des Trois-Rivières. Son premier acte comme tel est du 19 juin 1650. Il garda tout de même sa charge de secrétaire du gouverneur. Le 4 juin 1651, en effet, M, d 'Ailleboust, de passage aux Trois-Rivières, accorde aux Pères Jésuites le petit morceau de terre appelé fief Pachirini, et c'est M. Flour La Boujonnier qui signe la concession en question comme secrétaire du gouverneur. Après la nomination de M. de Lauzon au gouvernement de la Nouvelle-France, M. Flour La Boujonnier se consacra exclusivement à la profession de notaire aux Trois-Rivières. Il fut tué par les Iroquois le 18 août 1652. Le Journal des Jésuites dit à ce sujet: ''Le 18 (août 1652), furent attaqués par 8 canots iroquois, entre les Trois-Rivières et le Cap (de la Madeleine) 4 Français, Mathurin Guillet et La Boujonnier, tués sur la ip-lace, Plassez, chirurgien et Rochereau, amenés captifs''. Plassez et Rochereau durent subir le même sort que leurs deux compagnons car on en eut plus de nouvelles.

Louis Rouer de Villeray

Louis Rouer de Villeray, né sur la paroisse de Notre- Dame-en-Orève, ville d'Amboisie, en 1629, était fils de Jacques Rouer de Villeray, valet de chambre de la Reine. Il vint ici en 1650 et s'engagea comme soldat dans la garnison de Québec. Il servit en même temps de secrétaire du gouverneur de Lauzon. Il fut ensuite juge prévôt de la seigneurie de Beaupré. De là, il passa à la Sénéchaussée de Québec comme lieutenant particulier. On lui donna en même temps la charge de commis du magasin des Cent Associés. Le 18 septembre 1663 M. de Villeray était choisi •par le gouverneur de Mézy et Mgr de Laval comme membre du Conseil Souverain. Il devait en faire parti (jusqu'à sa mort, soit l'espace de près de trente-sept ans.

Il fut plusieurs fois suspendu de ses fonctions mais toujours injustement. Il eut "des démêlés avec les gouverneurs de Mézy, d'Argenson, de Courcelles et Frontenac. Celui-ci fui tout le temps de son administration un violent et presque toujours injuste adversaire de M. de Villeray. Celui-ci était l 'ami et le ferme soutien de Mgr de Laval. De là, ses luttes avec les gouverneurs. Un mémoire envoyé au ministre après la mort de M. de Villeray dit qu'il avait exercé sa charge de conseiller avec beaucoup d'équité et d'honneur. Sa mémoire, ajoute-t-il, est respectée dans tout le pays.

Jean- Baptiste Peuvret de Mesnu

Jean-Baptiste Peuvret de Mesnu était le fils de maître Jacques Peuvret, conseiller du Roi, lieutenant criminel en rélection du Perche. Il vint dans la Nouvelle-France en 1657. avec un de ses frères, le sieur Peuvret de Margontier, qui se noya en se baignant au Cap à l'Ange, quatre jours après son arrivée au pays. M. Peuvret de Mesnu fut employé par le gouverneur de Lauzon en qualité de secrétaire. En juillet 1657, il reçut une commission de notaire et exerça cette profession jusqu'à 1659. Son greffe est conservé aux Archives Judiciaires de Québec. Son mariage, en 1659, avec Marie-Catherine Nau de Fossambault, veuve depuis deux mois de Louis de Lauzon de la Citre, lui apporta sinon la fortune du moins une certaine aisance. Le 18 septembre 1663, M. Peuvret de Mesnu était nommé le })remier greffier du Conseil Souverain. Il exerça cette charge pendant un grand nombre d'années avec une interruption de quelques mois en 1664. Il était également receveur du Domaine et procureur fiscal de la Compagnie des Indes Occidentales. Il s'occupa aussi de commerce et d'industrie. En 1677, un arrêt du Roi lui donnait pour dix ans le privilège exclusif de construire deux moulins

à scier la planche sur le fleuve Saint-Laurent. M. Peuvret de Mesnu décéda à Québec le 23 mai 1697.

Jean Durand

Jean Durand, il n'y a aucun doute sur ce point, fut secrétaire du gouverneur de Lauzon pendant la plus grande partie de son séjour dans la Nouvelle-France. Presque toutes les ordonnances de M. de Lauzon qui ont été conr servées sont contresignées par M. Durand. Il fut aussi notaire royal à Québec de 1653 à 1654. Le procureur général Verrier, en procédant, en 1732, au classement des minutes des notaires de Québec, trouva un certain nombre d'actes du notaire Durand mêlés à ceux des notaires Audouart et Becquet. Il fit un inventaire de ces actes, qui a été conservé, mais les actes eux-mêmes sont disparus depuis longtemps. Quant au notaire Durand, il dût retourner en France peu après 1684.

Nicolas Le Vieux de Hauteville

Nicolas Le Vieux de Hauteville arriva ici avec le gouverneur de Lauzon le 13 octobre 1651. M. de Lauzon l'avait choisi comme son secrétaire. Dès son arrivée dans le pays» M. de Lauzon, se mit en frais de placer l'administration de la justice sur un pied plus régulier. Il installa comme grand sénéchal son propre fils, Jean de Lauzon. Il avait juste vingt-deux ans! Le grand sénéchal était plutôt un officier de justice honoraire. C 'est M. Le Vieux de Hauteville qui, en fait, devint le principal officier de justice avec le titre de lieutenant-général. Le procureur fiscal était Louis-Théandre Chartier de Lotbinière. M. Le Vieux de Hauteville repartit pour la France en 1656. Il fit le voyage avec son protecteur, M. de Lauzon. Le 10 septembre 1654, M. Le Vieux de Hauteville, avait épousé Marie Renardin de la Blanchetière, qui lui donna une fille, Marie-

pr

Paule, née le 8 septembre 1655. Pendant son séjour ici, M. Le Vieux de Hauteville avait acquis une maison à la basseville de Québec et un arrière-fief, appelé la Cabane aux Taupiers, situé dans la seigneurie de Beauport. Il vendit le tout, par acte dressé à Paris le 18 avril 1658, à Florentin Lambert, marchand libraire, pour le prix de 2000 livres.

Le sieur de Limero

Le 8 février 1652, le gouverneur de Lauzon accordait à son fils Louis de Lauzon de la Citière, une seigneurie bornée d'un côté à la concession accordée aux Sauvages et de l'autre à la rivière du Cap-Rouge. Cette seigneurie prît le nom de Gaudarville. L'acte de concession de cette seigneurie publié dans les Pièces et documents relatifs à la tenture seigneuriale (p. 383) porte, au-dessous de la signature de M. de Lauzon: "Par Monseigneur, Limero". Le gouverneur de Lauzon a-t-il eu un secrétaire du nom de Limero? Aucun personnage de ce nom n'a existé au Canada sous le régime français. Du moins, pas un seul de nos anciens registres de l 'état civil ni des actes des notaires du temps e M. de Lauzon n'en a conservé la trace.

Jean Gillet

"Le 11 juillet 1658, écrit le Père Ragueneau, arriva à Québec M. le vicomte d'Argenson, envoyé par Sa Majesté et par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France pour gouverner le pays. Aussitôt que son navire eut mouillé l'ancre, M. d ' Ailleboust, qui tenait sa place en attendant sa venue, l'alla saluer dans son abord, pendant que les habitants de Québec étaient en armes sur le quai. M, d 'Ailleboust étant sorti, se met à la tête des habitants, et M. le gouverneur, après avoir envoyé son secrétaire pour faire ses compliments, mit pied à terre avec ses gens'^\ Ce secrétaire dont parle ici le Père Ragueneau, est Jean

Gillet. Nous trouvons une seule mention de Jean Gillet dans les registres de Québec. Le 25 novembre 1660, il est parrain Se Suzanne-Marie Coussehan, fille de Pierre Coussehan et de Marie Boissonnot. M. Gillet, vraisemblablement, retourna en France avec d'Argenson en septembre 1661.

Louis Peronne de Mazé

Louis Peronne de Mazé, fils de Jean Peronne Du Me&nil, vmt ici -en qualité de secrétaire de M. d'Avaugour. Il arriva à Québec avec le nouveau gouverneur le dernier jour d'août 1661. Nous lisons dans le Journal des Jésuites, année 1661 : *'Le dernier août, arriva le Sr. Dubois d'Avaugour, nouveau gouverneur, avec le fils de M. Du Mesnil, son secrétaire, dont le frère fut enterré le même jour, tué d'un coup de pied par N." L'année même de son arrivée dans la Nouvelle-France, le 7 novembre 1661, M. Peronne de Mazé se faisait concéder en fief et seigneurie, conjointement avec Jacques Cailhault de la Tesserie, quinze arpents de terre sur l'île d'Orléans. C'est le fief de la Grossardière. Il reçut ce fief de Charles de Lau^on. A Tété de 1662, M. Peronne de Mazé fit un voyage en France. Il revint dans l'été de 1663. Le 24 septembre 1664, M. de Mézy nommait M. Peronne de Mazé membre du Conseil ;Souverain. Un acte du notaire Duquet du 14 mai 1665 qualifie M. Peronne de Mazé ainsi: *' capitaine de la garnison de Québec, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi". Il siégea pour la dernière fois au Conseil Souverain le 6 juillet 1665. Il s'embarqua peu après pour la France et ne revint pas.

Le sieur d'Angoville

Le sieur d'Angoville accompagna dans la Nouvelle- France son compatriote et ami le gouverneur de Mézy.

Celui-ci le fit major de la garnison du fort Saint-Louis, c'est-à-dire des gardes du gouverneur. M. d'Angovilie servit en même temps de secrétaire à M. de Mézy puisque ses lettres et pièces officielles sont contresignées par lui. Par son testament reçu par le notaire Aubert, le 24 avril 1665, M. de Mézy léguait au sieur d'Angovilie **la somme de deux cents livres, son habit de drap d'Angleterre tout complet, son manteau de Camelot, une paire de souliers neufs, huit chemises avec des boutons aux manches, son épée avec la ceinture, un matelas et une couverte neuve servant à coucher les valets". Par son codicille fait trois jours plus tard, il ajoute à son legs en faveur de M. d'Angovilie ''son habit noir afin qu'il porte le deuil de sa personne, ainsi qu'il désire". Après la mort de M. de Mézy, M. d'Angovilie retourna en France. Dans la recherche de la noblesse pour la généralité de Caën, en 1667, on Ten^ contre François de Clamorgan, sieur d'Angovilie, et Antoine Mauvoisin, sieur d'Angovilie. Lequel des deux avait accompagné M. de Mézy à Québec !

Jean-Baptiste de Peiras

Jean-Baptiste de Peiras, originaire de Paris, accompagna ici le gouverneur de Courcelles en qualité de secrétaire et décida de rester dans le pays au départ du gouverneur, en 1672. Avant de partir pour son voyage du lac Ontario en 1673, le gouverneur de Frontenac qui n'aimait pas M. de Villeray le remplaça par M. de Peiras pour la levée du dix pour cent. M. de Peiras, écrivait M. de Frontenac au ministre, est un homme très capable, et en bonne réputation. Il ajoutait qu'il serait moins dépendant des Jésuites que M. de Villeray. La même année, M. de Peiras avait remplacé M. de Monchy au Conseil Souverain. Il fut con-. tinué en charge en 1674 et en 1675. Quelques jours plus tard, le 6 mai 1675, M. de Frontenac concédait à M. de Peiras une seigneurie de deux lieues de front sur deux

ligues de profondeur. C'est la seigneurie plus tard connue sous le nom de Métis. M. de Peiras, faute de moyens, n'exploita jamais ce beau domaine. MM. de Denon ville et Bochart Champigny disait de M. de Peiras, en 1687 : ' ' Il «st très pauvre et le plus capable des conseillers, sans faire tort aux autres, de rapporter une affaire". M. de P-eiras décéda à Québec le 6 septembre 1701.

Hubert du Ponché dit La Fontaine

Voici un secrétaire du gouverneur de Couroelles qui n'a pas fait beaucoup parler de lui. Nous en trouvons une seule mention pendant les sept années du gouvernement de M. de Courcelles. C'est un acte de naissance entré au registre de Notre-Dame de Québec, à la date du 3 octobre 1667, qui nous le fait connaître: ''L'an de grâce mil six cent soixante sept, le troisième jour d'octobre, par moi Germain Morin, prêtre, par permission de M. le curé, et en son absence, a été baptisée Marie-Madeleine Bernard, née de ce jour, fille de Jean Bernard et de Marie du Bure, sa femme. Le parrain a été Hubert du PoTiché dit sr La Fontaine, secrétaire de M. le gouverneur, et Greneviève Macart, femme du sieur Bazire, de cette paroisse. ' ' Cet acte est signé par l'abbé Grermain Morin. Mgr Tanguay affirme que M. du Ponché dit La Fontaine était encore à Québec ^n 1672.

Jean Le Chasseur

J-ean Le Chasseur arriva ici comme secrétaire du gouverneur de Frontenac en septembre 1672. Il servit M. de Ç*rontenac jusqu'à son départ, en 1682. Il resta ensuite au ,^ays et, le 20 avril 1683, se fit accorder la seigneurie de la Rivière-du-Loup (en haut). C'est lui qui remplaça M. de Boyvinet comme lieutenant-général des Trois-Rivières,

abord sur commission de rin tendant de MeuUes (23 juillet 1686), puis sur lettres du Roi (15 mars 1687). Il fut installé en son office par le Conseil Souverain le 20 octobre 1687. M. Le Chasseur exerça ses fonctions de lieutenant-général pendant plus d'un quart de siècle. Il décéda aux T rois-Rivières le 1er septembre 1713. Il ne s'était pas marié. Il semble que sa seigneurie de la Rivière- < lu-Loup ne lui avait pas été d'un grand profit. Il l'avait vendue, en 1691, au célèbre Nicolas Perrot. Mais celui-ei, n'ayant pu faire les paiements promis, sept ans plus tard, M. Le Chasseur avait été obligé de la reprendre. Il la revendit un peu plus tard à Michel Trottier de Beaubien.

Charles de Monseignat

Originaire de Paris, Charles de Monseignat travailla d'abord à la Chambre des Comptes. Il changea de besogne quatre ou cinq fois avant de s'embarquer pour l'Amérique en 1678. On le voit agir comme commis de Cavelier de la Salle au fort Frontenae en 1680. Il retourna en France €n 1683 où il occupa divers petits emplois dans les bureaux publics. Lorsque M. de Frontenac fut nommé pour la seconde fois gouverneur de la Nouvelle-France en 1689, il s'assura les services de M. de Monseignat comme premier secrétaire. Celui-ci devait servir le bouillant gouverneur jusqu'à sa mort en 1698. Il l'accompagna dans toutes ses expéditions guerrières. A l'automne de 1696, M. de Frontenac avait envoyé son secrétaire à la Cour pour apprendre au roi les succès qu'il venait de remporter sur les Onnontaguée et les Onneyouths. Frontenac avait grande confiance en M. de Monseignat puisqu'il le eboisit comme son exécuteur testamentaire. Lors de son voyage en France en 1696, M. de Pontchartrain avait engagé M. de Monesignat à servir son maître avec fidélité et lui avait promis de ne pas l'oublier lorsque le vieux gouverneur disparaîtrait. MM. de Callières et Bochart Champigny, peu disposés pour

M. de Monseignat, ne voulurent rien faire en sa faveur. L ^ancien secrétaire passa alors en France pour rappeler sa promesse à M. de Pontehartrain. Ce n'est que le 1er juin 1701 qu'il obtint l'emploi de contrôleur de la marine à Québec, avec des appointements de 1000 livres par année. En 1703, il fut fait conseiller au Conseil Supérieur tout en conservant sa charge de contrôleur. L'année suivante, il devenait greffier du Conseil Supérieur. Il ajouta à ces fonctions, un peu plus tard, celle de directeur des fermes du Roi à Québec. Monseignat décéda à Québec le 21 octobre 1718. C'est lui qui a écrit la meilleure relation du siège de Québec en 1690. L'intendant Bochart Champigny accusa, en 1694, M. de Monseignat de faire des profits sur les congés qu'il accordait.

Jacques Barroys

Nous avons eu sous le régime français un agent général de la Compagnie des Indes Occidentales du nom de Micbel- Edme Le Barrois. Il fut ici de 1665 à 1674, peut-être même un peu plus tard. En 1674, un Barroys était secrétaire du gouverneur de Frontenac. Plusieurs des nominations et actes de concession du célèbre gouverneur sont contresignés: Barroys. M. Le Barrois aurait-il agi pendant quelque temps comme secrétaire du gouverneur après la déchéance de la compagnie dont il était l'agent général? Nous ne le croyons pas. Le 19 mai 1680, au registre de Notre-Dame de Québec, on trouve le nom de Jacques Barroys qui agit en qualité de parrain. Nous croyons que c'est ce Jacques Barroys qui fut secrétaire du gouverneur de Frontenac. Peut-être était-il le frère ou le parent de l'autre Le Barrois.

Barthélémy- François de la Bourgonnière de Hauteville

M. de la Bourgonnière de Hauteville était originaire de la ville et évêché de Saint-Brieux, en Bretagne, où son père était notaire. On signale la présence de M. de la Bourgonnière de Hauteville à Montréal dès 1687. Il y agissait comme commis greffier de la juridiction royiale de Montréal et à l'occasion comme procureur. A partir de 1692, il fut employé» par le gouverneur de Frontenac comme second secrétaire. M. de Frontenac décéda le 28 novembre 1698, et fut remplaé par M. de Callières. Celui-ci accepta les services de M. de la Bourgonnière comme secrétaire. En 1701, M. Le Roy de la Potherie, contrôleur de la marine, se plaignait au ministre du secrétaire du gouverneur, qui, disait-il, avait le secret de mettre mal tout le monde dans l'esprit de son maître. MM. de Frontenac et de Callières avaient été les amis des Récollets. Leur secrétaire avait aussi beaucoup d'affection pour eux. Il fut, pendant plusieurs années, leur syndic et receveur d'aumônes. M. de Callières décéda à Québec le 27 mai 1703. Par son testament fait deux jours avant sa mort, il légua la moitié de sa garde-robe à son fidèle secrétaire. Il le nomma aussi son exécuteur testamentaire. Il est probable que M. de la Bourgonnière de Hauteville repassia en France peu après la mort de M. de Callières puisque nous n'en entendons plus parler après cette année 1703.

Jacques Regnault

Regnault a contresigné en qualité de secrétaire bon

nombre de pièces officielles du gouverneur de la Barre.

Son maitre n'a pas laissé un souvenir bien glorieux dans

potre histoire. La plupart de nos historiens parlent de son

incapacité et de son peu d'esprit. Du secrétaire Régna ult on ne peut dire ni bien ni mal. Sans un acte de baptême des registres de Québec du 22 mai 1682 on ne saurait pas même son prénom. Il se nommait Jacques. Regnault dût s'en retourner avec M. de la Barre car nous perdons absolument ses traces après 1685.

Robert Desnoyers

Robert Desnoyers fut le secrétaire du gouverneur de Denon ville pendant les quatre années qu'il passa dans la Nouvelle-France (1685-1689). Au départ du marquis de Denonville, M. Desnoyers entra à l'emploi de la Compagnie des Indes Occidentales. En 1705, il remplaçait le sieur Cheron comme garde-magasin à Québec. Le 19 octobre 1705, l'intendant Raudot écrivait au ministre: "Le sieur Cheron m 'ayant remis son emploi de garde-magasin de cette ville, j'y ai mis aussi sous votre bon plaisir en sa place le sieur Desnoyers qui travaillait en qualité de secrétaire dans les affaires de la Compagnie. Les bons témoignages qu'on m'a rendus de la bonne conduite et l'honneur que madame la comtesse de Pontchartrain m'a fait de me le recommander me persuade que je n'ai pu faire un meilleur choix. Il vous demande, Monseigneur, votre agrément, et vous supplie très humblement de vouloir bien envoyer une commission". Le sieur Desnoyers abandonna son emploi en 1716 pour retourner en France. Pendant son séjour à Québec, M. Desnoyers avait perdu sa femme. Marie Chapelle. Elle fut inhumée le 28 octobre 1710.

François Dumontier

François Dumontier arriva ici en qualité de sergent dans les troupes. Il était le fils de Michel Dumontier et de Françoise Breval. Dès sa nomination au gouvernement de

la Nouvelle-France, en 1703, M. de Vaudreuil choisit M. Dumontier comme son premier secrétaire. Il devint vite son homme de confiance. Dans l'automne de 1714, M. Dumontier ayant obtenu un congé, s'embarqua pour la France à bord du Saint-Jérôme, navire de trente canons. Une tempête surprit le Saint-Jérôme dans le bas Saint- Laurent et ce navire qui portait plusieurs passagers et une riche cargaison de pelleteries, alla se briser sur l'île de Sable, Outre M. Dumontier, périrent dans ce naufrage : M. Juchereau de Maure, M. Lechtus de Chalus, le marquis d'Aloigny de la Groix, commandant des troupes, etc., etc. Le 24 octobre 1708, MM. de Vaudreuil et Raudot avaient concédé à M. Dumontier un fief et seigneurie d'une lieue et demie de front sur trois lieues de profondeur, en arrière du fief de Grosbois (paroisse actuelle d'Yamachiche). C'est le seul bien que le sieur Dumontier laissa à sa veuve, Marie- Madeleine Rivard, et ses quatre enfants. Une des filles de Dumontier devint la femme du notaire Barolet. Il ne laissa pas de fils.

Jean de L'Estage

Jean de L'Estage, né en 1668, était originaire de Bayonne, paroisse Notre-Dame. Nous le voyons à Québec dès 1690. Il est tour à tour qualifié de bourgeois et de commis dans les bureaux du Roi. Il était peut-être marchand tout en remplissant son emploi de commis au service <lu Roi, Sous l 'ancien régime, ces cumuls se voyaient assez fréquemment. M. de L'Estage qui avait une fort belle écriture servit fréquemment de secrétaire au premier gouverneur de Vaudreuil. Il avait épousé, à Québec, le 21 août il691, Anne-Catherine Verret, et il en eut une nombreuse famille. M. de L'Estage décéda à Québec le 25 septembre 1728. Il ne faut pas confondre Jean de L'Estage avec

le fils, également prénommé Pierre, fut seigneur de Berthier-en-haut.

René-Claude Barolet

M. Jean-Jacques Lefebvre, des Archives Judiciaires de Montréal, a trouvé, dans un acte de l'état-eivil de Montréal à la date du 7 juillet 1714 : ' ' Claude Barolet, secrétaire du gouverneur (de Vaudreuil)'*.

Ce Barolet est le notaire René-Claude Barolet qui exerça sa profession à Québec pendant trente ans et décéda à Charlesbourg le 25 janvier 1761.

M. J.-Edmond Roy a résumé, dans son Histoire du notariat l 'acte d 'engagemnet de Barolet comme cler-notaire au vieux notaire Chambalon (novembre 1710), Barolet, alors âgé de vingt ans, s'engageait pour trois ans à servir fidèlement son patron et à faire toutes choses licites et honnêtes qu'il lui commanderait sans s'absenter ni aller ailleurs sans le consentement de son maître. De son côté, le notaire Chambalon promettait de fournir à son clerc le boire, manger, feu, gite et luminaire et, en plus, lui donner vingt livres par année.

C'est donc immédiatement son engagement fini que Barolet servit de secrétaire au gouverneur de Vaudreuil.

Jean-Christophe- Marie de Monceaux

M. de Monceaux était le fils de Christophe-Marie de Monceaux, écuyer, procureur du Roi au Châtelet de Paris, et de Marie-Catherine Dièvre. Le marquis de Beauharnois, nommé gouverneur de la Nouvelle-France en 1726, amena M. de Monceaux à Québec comme un de ses serétaires. Dans la chicane de l'intendant Dupuy avec le gouverneur de Beauharnois, au sujet des funérailles de Mgr de Saint- Vallier, M. de Beauharnois, qui s'y connaissait plus en art militaire qu 'en droit, eut reeours aux lumières de son secré-

taire. C'est M. de Monceaux qui rédigea toutes les pièces lignées par M. de Beauharnois dans ce fameux imbroglio. Il faut avouer qu'il n'était pas de force à lutter avec M. Dupuy. C'est probablement cette malheureuse chicane qui engagea M. de Monceaux, homme paisible, ennemi du tapage, à repasser n France à l'automne de 1730. Pendant son séjour dans la Nouvelle-France (4 septembre 1729), M. de Monceaux avait épousé Marie-Madeleine Juchereau Duchenay, fille du seigneur de Beauport. M. de Monceaux était l'ami intime de M. Verrier, procureur général de la Nouvelle-France de 1728 à 1758. Les lettres de M. Monceaux à son ami Verrier ont été conservées.

Charles- René Gaudron de Chevremont

Charles-René Gaudron de Chevremont, qui fut un des

^secrétaires du gouverneur de Beauharnois de 1726 à 1732,

IHétait le fils de Nicolas Gaudron, sieur de la Boissière, et de

■fffMarie Gobèle, de Linas-sous-Mont-Lehers, diocèse de Paris.

M. de Chevremont, qui s'était marié à Québec le 7 janvier

|^tl730, ne recevait pas un salaire assez élevé pour faire vivre

I^Pnne famille. M. de Beauharnois, tout en le gardant comme

' son secrétaire à Montréal, le fit entrer dans les bureaux de

■ l'administration de cette ville. Le 27 juillet 1732, l'inten- ^Kdant Hocquart donnait à M. de Chevremont une commis- ^fiion de notaire royal pour la ville et le gouvernement de Montréal. Il devait cependant garder son emploi dans les bureaux du Roi à Montréal. Le gouverneur et l'intendant essayèrent vainement, en 1734 et 1735, de lui faire accorder un brevet d'écrivain. En mai 1738, M. Hocquart chargea M. de Chevremont de faire l'inventaire des forts Frontenac et Niagara. A l'automne de 1739, M. de Chevremont obtint

IK tin congé et passa en France. Il ne revint qu'à l'automne ll^de 1740. M. de Beauharnois, qui s'intéressait toujours à son ancien secrétaire, demandait la protection du ministre pour lui en octobre 1744. Il devait alors travailler dans les

bureaux de l'intendant à Québec. On ne trouve son acte de sépulture ni à Québec ni à Montréal. Il retourna peutêtre en France. Révoqué de son emploi de commis au contrôle, en 1740, M. de Chevremont passa en France à l'automne de la même année. Le 5 novembre 1740, M. de Beauhamois écrit en sa faveur. Le 23 septembre 1741, M. de Beauharnois revenait à la charge et demandait la demisolde pour M. de Chevremont.

Pierre Simon

De Pierre Simon, qui fut secrétaire du gouverneur de Beauharnois, nous savons peu de choses. Il était originaire de la ville de Rennes, en Bretagne, et avait épousé, à Québec, le 12 février 1725, Angélique Vandal, qui lui donna sept enfants. Pierre Simon décéda à Québec le 29 janvier 1736. Son acte de sépulture, à Notre-Dame de Québec, dit : ''Le trentième janvier mil sept cent trente-six, par nous vicaire de Québec a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Pierre Simon, secrétaire de M. le marquis de Beauharnois, gouverneur gnal de la Nouvelle- France, sergent dans les troupes du détachement de la marine de ce pays, décédé âgé de quarante-deux, d'hier soir, après avoir reçu le sacrement de l'extrême onction". Nous savons par ailleurs que Simon outre ses charges de sergent dans les troupes et le secrétaire du gouverneur exerçait l'état de cabaretier.

Pierre Simon Channazars

Mgr Tanguay donne les deux orthographes: Channazors et Channazars. Pierre Simon signait Channazars. Lors de son mariage, à Québec, le 28 septembre 1728, Pierre Simon Channazars est désigné comme marchand tapissier, fils de Pierre Channazars, marchand tapissier à Paris. Il faut ~jm

croire qu'il ne fit pas fortune à Québec puisqu'il réussit à entrer dans radministration. Au recensement de 1744, fait par le curé de Québec, M. 'Channazars est dit ' ' secrétaire de M. le général". Le gouverneur général, ou, comme on disait plus communément dans le temps, M. le général» était alors M. de Beauhamois. M. Channazars était le deuxième secrétaire, peut-être même le troisième secrétaire de M. de Beauharnois. Dans son acte de sépulture à Québe-c, le 28 février 1758, on qualifie M. Channazars d'écrivain pour le Roi. Le nom Channazars ne s'est pas perpétué a-u Canada. Tous ses enfants, à part Geneviève-Joseph, marié* au négociant Charles Berthelot, moururent en bas âge.

Jacques de Lafontaine de Belcourt

Le marquis de Beauhamois, nommé gouverneur de l'a Nouvelle-France en 1726, amena avec lui comme secrétaire un jeune homme de vingt-trois ans, Jacques de Lafontaine de Belcour. fils de Jacques de Lafontaine de Versailles, et de Bernardine Jouin. M. de Lafontaine, qui s'était marié, en 1728, avec Charlotte Bissot, fille de François Bissot, décida de rester ici à la fin de son engagement. Il se mit d'abord en société avec son beau-père, qui exploitait la riche concession de Mingan. Le commerce, cependant, ne lui fut pas profitable. Il manquait d'expérience et surtout àe prudence. M. de Lafontaine réussit à se faire nommer membre du Conseil Supérieur. Ses lettres de nomination sont datées du 1er avril 1735. Il fut installé le 20 août 1736. Plus tard, M. de Lafontaine se remît à l'exploitation des pêches de la côt« nord, mais ses nouvelles entreprises ne furent pas plus heureuses que ses premiers essais. De 1740 à 1741, M. de Lafontaine fut lieutenant-général inti^ rimaire de la justice à Montréal. Le changement de régime ruina complètement M. de Lafontaine. Le général Murray le dédommagea en le nommant, le 2 novembre 1760, procureur du Conseil militaire de Québec. Il garda cette charge

pendant quatre ans, et décéda à Québec le 18 juin 1765. Instruit, plein de talents, M. de Lafontaine mourut très pauvre parce qu'il était trop entreprenant.

Philippe-Pierre Pilliamet

Né en 1720, il était fils de Jean Pilliamet et de Thérèse Thoret, de Saint-Rioul, ville de Senlis. Son père, dit-on, était d'origine suisse. Pilliamet vint ici comme soldat dans les troupes du détachement de la marine. En 1747, il faisait partie de la garnison de Québec. L'année suivante, il agissait comme sous-secrétaire de M. de la Galissonnière qui finit par l'employer comme son premier secrétaire. Après le départ de M. de la Galissonnière, du Canada, M. Pilliamet entra dans les bureaux de l 'administration à Montréal. I/e 15 avril 1755, Jean- Victor Varin, faisant fonction d'ordonnateur en l'absence de l'intendant Bigot, donnait une commission de notaire au sieur Pilliamet pour exercer dans l'étendue de la juridiction de Montréal, en remplacement du sieur Adhémar, décédé. M. Philliamet conserva tout de même sa charge d 'employé dans les bureaux à Montréal. L'année suivante, le 16 août 1756, l'intendant Bigot don- •nait une autre commission à M. Pilliamet pour exercer comme notaire dans toute l'étendue de la juridiction de Montréal. Après la Conquête, M. Pilliamet repassa en France. Le 30 juillet 1762, le président du Conseil de marine informait M. Périchon, qui s'intéressait au sort de M. Pilliamet, que le Roi lui avait accordé une gratification de 300 livres. M. Pilliamet avait épousé, à Montréal, le 3 juillet 1752, Marie-Madeleine Poupart dit Lafleur.

Philippe-Antoine Dautrive

Fils d'un secrétaire du Roi, M. Dautrive. était né à Saint-]\lJartin, diocèse de Langres. Il arriva à Québec le 17

septembre 1747, avee M. de la Galissonnière qui venait remplacer M. de la Jonquière, nommé g^Quvemeur de la Nouvelle-France mais qui avait été pris par les Anglais en se rendant au Canada. Il servit M. de la Galissonnière jusqu'en août 1749. Quelques jours avant le départ de M. de la Galissonnière, il avait épousé, à Québec (25 août 1749), Madeleine-Thérèse de Joncaire, fille de Thomas de Joncaire, lieutenant dans les troupes, et de Marie-Madeleine Le Guay. Son mariage engagea M. Dautrive à se fixer dans la colonie. D'abord commis dans les bureaux du Roi, il remplaça, un peu plus tard, M. de Berey comme commis du trésorier de la marine à Montréal. En 1758, M. Dautrive s'embarqua pour la France, sians même avoir obtenu un congé du ministre. Celui-ci soupçonna quelque chose de louche dans sa comptabilité, et, dans sa lettre du 10 janvier 1759, à l'intendant Bigot, il ordonnait d'examiner ses comptes avec le plus grand soin. En 1763, M. Dautrive fut un des accusés devant le Châtelet de Paris. Il ne se présenta pas à la Cour puisque le jugement dans son cas fut qu'il serait plus amplement informé avant de prononcer la contumace, contre lui. En 1771, le chancelier de France songea à nommer M. Dautrive conseiller au Conseil Supérieur de Blois. Il fut fortement recommandé à cette charge par le président du Conseil de Marine. Il ne fut pas nommé, toutefois, puisque à la fin de la même année, il demandait l'augmentation de sa pension. M. Dautrive décéda avant 1783.

André Grasset de Saint-Sauveur

Originaire de Montpellier, paroisse Saint-Pierre, André Grasset de Saint-Sauveur arriva ici comme secrétaire du gouverneur de la Jonquière en août 1749. Après la mort de M. de la Jonquière, arrivée à Québec le 17 marc 1752, nous ignorons ce que devint son secrétaire. Peut-être servitil M. Duquesiae, successeur de M. de la Jonquière, en la

même qualité? En tout cas, il entra au service de M. de VaudreuU, comme secrétaire, dès son arrivée de la Louisiane. Montcalm dit quelque part que M. de Vaudreuil ne faisait ni ne dictait aucune lettre. M. de Saint-Sauveur était donc un secrétaire précieux pour lui. M. de la Jonquière avait proposé M. de Saint-Sauveur, qui était avocat, comme conseiller au Conseil Supérieur. Il fut a^éé le 1er mai 1750, mais ne prit jamais son siège.

M. de Vaudreuil demanda pour lui la place d'inspecteur des magasins. Cette proposition resta sans réponse. En avril 1765. M. de Saint-Sauveur se constituait prisonnier à la Bastille. Il avait été mis en accusation comme Bigot et ses compères. Il fut mis hors de cour. Le Mémoire du Canada' porte de sérieuses accusations contre M. de Saint- Sauveur. Montcalm, dans plusieurs de ses lettres, accuse également le secrétaire de M. de Vaudreuil de concussions et do vols. M. de Saint-Sauveur décéda à Paris, en 1794, Il fut le père du bienheureux Grasset et de l'écrivain Jacques Grasset de Saint-Sauveur, tous deux nés à Montréal.

Le sieur Meret

Un ordre daté du 24 avril 1754 du gouverneur Duquesne à l'enseigne de Saint- Vincent pour aller prendre le commandement du poste de Camasestigzia (sic), est contresigné par le sieur Meret (B. XXXV, p. 201). Nous ne connaissons absolument rien du secrétaire Meret à part cette pièce du 24 avril 1754.

Jdeé. Sec/iéicuJiel â^l 9Mie4ixll4j4iié.

Jean-Baptiste Patoulet

Jean-Baptiste Patoulet vint ici en qualité ae secrétaire de l'intendant Talon, en 1665. M. Talon, qui avait beaucoup de confiance en son secrétaire, l'envoya en France en 1667. Il revint au Canada en 1669. A l'automne de 1670, il retourna en France, encore chargé de mission par M. Talon. Le ministre Colbert l'envoya alors en Acadie avec le titre de commissaire de la marine, au printemps de 1671. Il ne revint à Québec que dans l'été de la même année. M. Patoulet retourna en France avec M. Talon en 1672. M. Talon écrivait au ministre le 9 mars 1673: "M. Patoulet, ci-devant mon secrétaire, me témoigne grande dispositon à passer en Canada avec sa famille pour s'y habituer et pour y travailler sur vos ordres à 1 ^augmentation de la colonie; si vous lui confiez la direction des affaires du Roi, j'ai de lui un mémoire par lequel il me marque ce à quoi il s'engagerait que je juge fort utile et fort convenable à votre dessein, qui soulagera même les dépenses du Roi, ee que je recherche en toutes choses. Je suis persuadé que s'il se sert avantageusement, ainsi qu'il y a lieu de l'espérer, de toutes ses lumières et de la connaissance qu'il a acquise des différents génies et tempéraments des habitants du Canada et de la disposition du pays, il vous soulagera beaucoup et servira utilement". Cette proposition de M. Talon en faveur de son ancien secrétaire demeura sans réponse. En 1677, M. Patoulet était contrôleur de la marine à Rochefort. L'année suivante, il devint commissaire de la marine à Brest. En 1679, AI. Patoulet fut envoyé intendant aux Antilles.

Philippe Vamier

Philippe Vamier fut le principal secrétaire de Fintendant Talon pendant tout le temps de sa seconde administration. Le gouverneur et Tintendant de la Nouvelle- France étaient très souvent demandés comme parrains. Le gouverneur de Frontenac, à lui seul fut parrain trentetrois fois pendant ses quinze années de séjour à Québec. Talon, pendant sa seconde administration, se déchargea très souvent de cette besogne ennuyeuse sur son secrétaire Vamier. Les registres de Québec nous apprennent que Philippe Vamier fut parrain les 24 décembre 1670, 23 février 1671, 25 mars 1671, 31 mars 1671, 5 juin 1671, 7 septembre 1671, 6 mars 1672, 15 novembre 1672 et 31 juillet 1673. Ce dernier baptême nous prouve que Vamier ne retourna pas en France avec M. Talon. Celui-ci, en effet, partit pour la France en 1672. Varnier dût retourner en France à l'automne de 1673. Il n'est mentionné dans aucun document après le 31 juillet 1673.

Jacques Boucherai

Boucherat fut un des secrétaires de l'intendant de Bouteroue. On dirait qu'il avait fait le pari de ne laisser aucune trace de son passage dans la Nouvelle-France. Heureusement, il fut témoin à un mariage à Québec, le 5 octobre 1667, ce qui nous a permis de connaître son prénom. L'acte de mariage de Thomas Rousseau à Madeleine Olivier, au registre de Québec le 5 octobre 1667, le nomme Jacques Boucherat.

Pierre Chevalier

L'intendant Duchesneau, nommé le 5 juin 1675, arriva à Québec en septembre de la même année. Il ne semble pas que Pierre Chevalier ait agi tout de suite comme secrétaire

de M. Duchesneau. Toutes les ordonnances de M. Duchesneau des années 1671 et 1676 qui ont été conservées sont contresignées par M. Richer. La première ordonnance contresignée par M. Chevalier est en date du 2 octobre 1677. M. Duchesneau fut rappelé en septembre 1682. Son ancien secrétaire, M. Chevalier, resta dans le pays. Il devint contrôleur pour les Messieurs de la Compagnie. Il était encore à Québec en 1688. En effet, le 24 septembre 1688, sa femme était inhumée dans la Cathédrale de Québec et l 'acte de sépulture le qualifie de contrôleur pour Messieurs de la Compagnie. Un acte de baptême à Québec, le 7 juillet 1678 le nomme Pierre Le Chevalier mais il signe toujours Chevalier.

Denis Riverin

Né à Tours, paroisse de Saint-Saturnin, vers 1650, Denis Riverin était le fils de Pierre Riverin, marchand bourgeois, et de Marguerite Mahyet. M. Riverin vint ici, en 1675, avec l'intendant Duchesneau qui l'avait choisi comme son secrétaire à la demande de Colbert. Trois ans plus tard, en 1678, M. Riverin fut envoyé en France pour rendre compte au ministre Colbert de l'état du pays. Un an plus tard, il revenait au pays comme agent des fermiers de la traite du bail d'Oudiette. Il commença alors la traite et la pêche des morues sur une grande échelle. Le 24 mars 1698, M. Riverin était nommé conseiller au Conseil Souverain, en remplacement de M. Damours de Freneuse, décédé. Il fut installé les émoluments. En effet, quelques semaines plus tard, le 1702, M. Riverin était délégué en France pour surveiller les intérêts des habitants au sujet du commerce du castor. Il ne devait pas revenir au pays. Le 17 janvier 1710, il était cependant nommé lieutenant-général de la Prévôté de Québec. Il n'accepta cette charge que pour en retirer le6 émoluments. En effet, qulques semaines plus tard, le 5 mai 1710, M. Dupuy de Lislois était choisi pour remplir

la charge de lieutenant-général en l'absence de M. Riverin. M. Riverin, pendant sa délégation en France, soumit un grand nombre de mémoires au ministre. Il mourut en France au cours de Tannée 1717. Le Père Charlevoix, dans son Histoire de la Nouvelle-France ^ fait de grands éloges de M. Riverin.

Le sieur Richer

Le sieur Richer arriva ici en même temps que l'intendant Duchesneau, qui l'avait choisi comme son secrétaire, en septembre 1675. M. Richer contresigne les ordonnances de M. Duchesneau en 1675, en 1676 et partie de celles de 1677. Que devint-il ensuite? Il ne semble pas être resté dans le pays. Du moins, nous ne relevons ses traces ni dans les actes de nos notaires ni dans les registres de l'état-civil.

Nicolas Langlumé

En janvier 1685, François Poisset de la Couche, marchand à Québec, demandait à l'intendant de Meulles d 'accorder à son gendre, Jean de Faye, un congé de traite pour lui aider à payer ses dettes. M. de Meulles consentit à donner trois congés au sieur de Faye mais à la condition qu'il paierait sept cents livres à chacun de ses deux secrétaires. Alexandre Peuvret de Gaudarville et Nicolas Langlumé. Il voulait ainsi les récompenser ''parce que n'ayant aucuns gages de la cour ils servaient le pays avec affection et promptitude n'ayant jamais pris d'argent pour toutes les expéditions qu'ils faisaient tous les jours". Dans sa lettre du 4 novembre 1683, l'intendant de Meulles disait au ministre: ''J'envoie un de mes secrétaires en France pour vous en représenter la nécessité (la construction d'un palais d'intendance), et au cas que le Roi y consente, pour retenir des ouvriers et faire apporter ici tout ce qui peut

considérablement épargner". Ce secrétaire envoyé en France par M. de Meulles était Nicolas Langlumé. Il revint au pays au printemps de 1685, juste pour recevoir sa part des sept cents livres exigées du sieur de Faye. Il en put jouir longtemps de cette somme puisqu 'il décéda en décembre 1685. M. de Faye ne profita pas plus des trois congés obtenus. Il se noya dans le Saint-Laurent moins d'un an plus tard, le 19 août 1686.

Alexandre Peuvret de Gaudarville

Né à Québec le 6 octobre 1664, il était le fils de Jean- Baptiste Peuvret de Mesnu, qui fut le premier greffier du Conseil Souverain. Alexandre Peuvret emprunta son nom de Gaudarville à la seigneurie de Gaudarville qui avait été donnée à sa mère par son premier mari, Louis de Lauzon. A son arrivée à Québec, en 1682, l'intendant de Meulles employa le jeune Peuvret comme second secrétaire. Après le départ de M. de Meulles (1686), i] travailla avec son père au greffe du Conseil Souverain. En 1692, MM. de Frontenac et Bochart Champigny demandaient au ministre d'accorder à Alexandre Peuvret la survivance de la charge de greffier du Conseil Souverain. Le ministre se rendit à cette demande et les lettres de survivance furent signées par le Roi le 1er mars 1693. M. Peuvret père décéda le 23 mai 1697 et son fils lui succéda aussitôt dans sa charge en vertu des lettres obtenues quatre ans plus tôt. Alexandre Peuvret de Gaudarville décéda à Québec le 30 décembre

Pierre André de Leigne

Né vers 1663, M. André de Leigne accompagna l'intendant Bochart Champigny au Canada en qualité de secrétaire n686). Vers 1702, il repassa en France avec sa

femme, Claudine Fredin, et &ek quatre enfants. Il acheta là-bas une charge de commissaire de la marine. Mais lassé de voir les misères de la France et le trouble où l'on y vit, il regretta la tranquillité du Canada, *'ce qui l'obligea de penser à y revenir pour y faire son salut paisiblement". Il obtint du Roi la charge de lieutenant-général de la Prévôté de Québec. Ses lettres de nomination sont en date du 13 avril 1717, mais il ne fut installé en sa charge que l'année suivante. En 1720, MM. de Vaudreuil et Bégon écrivaient au Conseil de régence: ''Nous faisons nos très humbles remerciements de la gratification de neuf cents livres qui a été accordée au sieur Saint- André (André de Leigne), lieutenant-général de la Prévôté de Québec, qui «'acquitte fort bien des fonctions de son emploi." M. de Leigne fut l'un de nos meilleurs magistrats sous le régime français. Il se démit de sa charge en 1744 et décéda aux Trois-Rivières le 7 mars 1748.

/ Jean Fredin

Jean Fredin arriva ici en même temps que l'intendant Bochart Champ igny à l'été de 1686. Celui-ci l'avait choisi comme un de ses secrétaires. M. Fredin se lia d 'amitié avec François Charon de la Barre, fondateur de la communauté des Frères Hospitaliers de Saint-Joseph de la Croix, plus connue sous le nom de communauté des Frères Charons. L'objet de cette oeuvre fut d'abord d'ouvrir un hôpital ou hospice à Montréal pour recevoir les vieillards et les enfants indigents. Plus tard, les Frères Charons se livrèrent à l'enseignement dans les campagnes. M. Fredin fut un des principaux bienfaiteurs de la fondation de M. Charon de la Barre. En fit-il partie comme Frère? Ce n'est pas probable, car nous voyons M. Fredin agir comme secrétaire de M. Bochart Champigny jusqu'au départ de l'intendant pour la France dans l'automne de 1702. Tout nous porte à croire même que M. Fredin retourna en France

avec M. Bochard Champigny. M. Fredin, à en juger par se* rapports avec les Frères Hospitaliers de Montréal, devait être un homme d'église. Ce qui n'empêche pas que le 29 avril 1693 le ministre écrivait à M. Bochart Champigny qu'il avait appris que son secrétaire, M. Fredin, faisait commerce de marchandises de même nature que celles qu'on achetait pour le service du Roi. Il lui ordonnait de faire cesser cet abus au plus vite.

Alexandre- Léonard Tréhard

C'est dans un acte de baptême de Montréal, à la date du 14 juin 1704, que nous trouvons les prénoms de M. Tréhard, secrétaire de l'intendant de Beauhamois. Il se nommait Alexandre-Léonard Tréhard. Nous ne savons rien de plus sur lui.

François Clairambault D'Aigremont

Nommé, le 1er juin 1701, commissaire ordinaire de la marine en la Nouvelle-France, M. d'Aigrement vint immédiatement prendre possession de sa charge. En 1702, la charge de commissaire de la marine était transformée. Le salaire état portée à 2,000 livres mais le titulaire devait la payer 30,000 livres. M. d'Aigremont n'ayant pas le moyen d'acheter sa charge dût y renoncer. Le ministre, pour le consoler, lui offrit, le 20 juin 1703, la charge de secrétaire de l'intendant de Beauharnois, tout en lui faisant espérer pour plus tard une subdélégation. M. d'Aigremont agit donc comme secrétaire de M. de Beauhamois puis de son suc« cesseur, M. Raudot père. En 1712, M. Bégon devenait à son tour intendant de la Nouvelle-France. Le 19 octobre 1712, il le nommait pour faire fonction de contrôleur de la marine. Puis, en 1717, avec l'aide du gouverneur de Vaudreuil, il réussissait à faire réinstaller M. D'Aigremont

dans son ancienne charge de commissaire ordinaire de la marine. En 1728, au départ de l'intendant Dupuy, M. D'Aigrement fut appelé à Québec pour diriger l'intendance jusqu'à la nomination du successeur de M. Dupuy. Il décéda à Québec, deux mois plus tard, le 1er décembre 1728. Son désintéressement avait été si grand pendant sa vie, qu'n ne laissa pas même de quoi se faire enterrer

Jacques-Urbain Rocbert de la Morandière

Jacques-Urbain Rocbert de la Morandière, originaire de Saint-Etienne d'Estrechy, évêché de Sens, en Champagne, dût passer dans la Nouvelle-France, en 1690, en même temps que son frère Etienne qui devint, deux ans plus tard, garde-magasin à Montréal. Il fut d'abord employé comme écrivain du Roi à Montréal, puis il devint second secrétaire de l'intendant Raudot. Le 10 novembre 1707 M. Raudot écrivait au ministre que son fils lui servait de secrétaire et qu 'il employait aussi le jeune Rocbert de la Morandière pour lui aider: ''Nous avons pris, seulement auprès de nous pour ce qu 'il ne peut faire, le sieur de la Morandière, frère de M. Rocbert, garde-magasin de Montréal, qui est un fort honnête homme très capable d'autres emplois, mais qui n'a pas encore toute la capacité qui lui serait nécessaire pour celui-ci ne l 'ayant fait que depuis le départ de Barrassy, et ainsi il n'est pas encore en état de nous soulager l'un et l'autre dans bien des choses, lesquelles naturellement pourraient rouler sur son compte ; nous lui donnons notre table et nous lui faisons payer six cents livres par le trésorier". M. Rocbert de la Morandière décéda à Montréal le 18 mars 1710. Il ne s'était pas marié.

Le sieur Barassy

Le sieur Barassy fut le secrétaire de M. Raudot fils. Abusant de sa position, Barassy, probablement en besoin

d'argent, falsifia un passeport du Roi, ce qui était une offense très grave. Mis au fait de <î^tte faute, le ministre écrivait à rintendant Raudot, le 23 Juin 1706: *'Je vous envoie aussi un décret de cette juridiction (Table de marbre) pour faire arrêter le sr Barassis, accusé de falsification et altération de passeport du Roi. Il est nécessaire que vous fassiez exécuter ce décret. Je vous envoie aussi une commission pour le faire interroger et un mémoire des faits sur lesquels il doit l'être, mais comme il a été auprès de vous, peut-être jugerez-vous à propos de remplir la commission du nom d'un autre juge: vous prendrez la peine d'envoyer son interrogatoire par le vaisseau qui passe en France". Nous voyons par la lettre de M. Raudot fils au ministre du 3 novembre 1706 que, suivant ses ordres, Barassy fut arrêté et envoyé à M. Bégon, à Rochefort. M. Bégon devait le diriger sur Paris. Aucune des pièces de l 'enquête faite sur le compte du secrétaire Barassy n 'a été conservée.

François Foucher

François Foucher, né en 1699, au marquisat de Maillebois, diocèse de Chartres, était le fils de Jacques Foucher, conseiller du Roi et receveur du grenier à sel de Brizolle, et de Charlotte-Elisabeth Goubert. Dès 1723, il était secrétaire de l'intendant Bégon. L'année suivante, en 1724, son contrat de mariage le désigne comme écrivain du Roi au bureau de Mgr l'intendant. Celui-ci devait avoir une certaine considération pour le jeune Foucher puisqu'il habitait avec lui au palais de l'Intendance. Le 29 avril 1727, M. Foucher recevait des lettres de provisions pour remplir l 'office de procureur du Roi de la judiriction de Montréal. Il fut reçu en son office par le Conseil Supérieur le 15 septembre 1727, mais il n'alla résider à Montréal que dans les premiers mois de 1728. MM. de Beauharnois et Hocquart disaient de M. Foucher, dans leur rapport au minis-

tre du 7 octobre 1732 : ''Agé de trente ans, médiocre sujet, remplit assez bien son office; deviendra un bon sujet s'il continue à s'appliquer". En secondes noces, M. Foucher épousa une des filles de M. Augustin Le Gardeur de Courtemanche, qui fut commandant pour le Roi à la côte du Labrador. Ce mariage lui donna des intérêts dans les postes de pêche du Labrador et un de ses fils prit le nom de Foucher de Labrador, Le 8 janvier 1759, le président du Conseil de marine écrivait à MM. de Vaudreuil et Bigot que le sieur de l 'Isle pourrait faire les fonctions de procureur du Roi à Montréal à la place du sieur Foucher, alors en France, et qui ne devait pas retourner au Canada.

Jacques Barbel

Jacques Barbel était né au ïïâvre-de-Grâce en 1670 et passa dans la Nouvelle-France vers la fin du dix-septième siècle. En 1700, il avait été nommé notaire royale pour l'île de Montréal à la place de Bénigne Basset, mais, en 1703, il remplaça le notaire Lepailleur à Québec. Il lui succéda aussi comme juge sénéchal de la seigneurie de Lauzon. En 1712, il remplaçait également Etienne Jacob comme juge bailli de la seigneurie de Beaupré. A ses fonctions de notaire et de juge seigneurial, M. Barbel ajouta pendant quelques années celle de secrétaire de l'intendant Bégon. Le 31 oaût 1725, jour de la mort du greffier René Hubert, rintendant Bégon avait donné une commission à M. Barbel pour faire les fonctions de greffier de la Prévôté de Québec "sous le bon plaisir du Roi". M. Barbel exerça les fonctions de greffier de la Prévôté jusqu'à l'installation de M. Boisseau nommé à cette charge le 23 avril 1726. M. Barbel décéda à Québec le 29 juillet 1740. Il avait acheté, en 1716, l'arrière-fief d ' Argentenay , sur l'île d'Orléans. Cette acquisition, trop forte pour ses moyens, lui occasionna bien des ennuis. L'arrière-fief d'Ar-

gentenay fut vendu par autorité de justice peu après sa mort

Charles Seurrat

Charles Seurrat venu de FraiMîe comme secrétaire de 1 ^intendant Bégon logeait avec lui au Palais de l'Intendance. Dans la nuit du 5 jaavier 1713, le feu se déclarait à l'Intendance. Les flammes se propagèrent tellement vite que M. Bégon et sa femme eurent peine à se sauver. Deux des femmes de chambre de madame Bégon périrent dans le brasier. Le valet de chambre de l'intendant, en voulant sauver une partie de la garde-robe de son maître périt lui aussi dans les flammes. Le secrétaire Seurrat se sauva nu pieds et se gela si horriblement qu'il mourut deux jours plus tard. Dans sa lettre au ministre du 17 février 1713, M. D'Aigremont écrivait: ''Il faisait un si horrible froid que M. et Mme Bégon auraient infailliblement gelé avant que d'y arriver (à la maison du sieur Lajoie), si, par bonheur, iJs n'avaient eu le vent arrière. Trois de leurs domestiques ont été étouffés et consumés daas les flammes; le sieur Seurrat, secrétaire de M. Bégon, ayant voulu passer par le jardin par une porte de dégagement qui y donne, eut la moitié du corps gelé avant qu'il fut arrivé à la première maison, dont il est mort.

Jacques Jamin

A Notre-Dame de Québec, à la date du 7 juillet 1714, on lit l'acte de sépulture suivant: **Le 7e juillet 1714 a été inhumé dans l'Eglse paroissiale et Cathédrale de cette ville Le Sr Jacques Jamin écrivain de Roi et secrétaire de Mr l'intendant mort le jour précédent après avoir reçu les sacremens de l'Eglise prce des Srs Jorian et Marchand Ecclésiastiques par moi soussigné prtre curé et grand péni-

tencier de Québec — Thiboult". Nous n'avons pas autre chose sur ce secrétaire de l'intendant Bégon.

Nicolas- Gaspard Boucault

Nicolas-Gaspard Boucault vint ici en qualité de secrétaire de l'intendant Bégon. C'est lui qui servit de secrétaire au procureur-général Collet dans sa tournée à travers la colonie, en 1721, pour la fixation et la limitation des districts de paroisses. En 1726, M. Bégon retournait en Prance. M. Boucault le suivit quelques semaines plus tard pour demander la charge de procureur du Roi à la Prévôté de Québec, vacante par la démission de M. Hamard de la Borde. Il reçut sa nomination le 20 avril 1728. Il fut également nommé procureur du Roi à l'Amirauté de Québec (18 mai 1728). II revint à Québec à la fin de septembre et fit enregistrer ses deux commissions le 4 octobre 1728. L'année suivante, le 30 novembre, l'intendant Hocquart choisissait M. Boucault comme son délégué dans tout le gouvernement de Québec. Le 27 mars 1736, M. Boucault remplaçait M. Couillard' de Lespinay comme lieutenant particulier de la Prévôté. Il lui succéda aussi comme lieutenant-général (1er avril 1736). A l'automne de 1747, M. Boucault retournait en France. Il ne résigna cependant sa charge de lieutenant-général de la Prévôté qu'en 1750 et celle de Lieutenant particulier qu'en 1757. Il mourut en France peu après 1763. Nous avons de M. Boucault un intéressant Etat présent du Cmiada qui a été publié en

Le sieur de Mousseau

Voici un secrétaire qui ne fit pas un long séjour au Canada. Quelques semaines à peine. Le 24 juillet 1724, M. Edgé-Nicolas Robert, nommé le 22 février précédent intendant du Canada, s'embarquait à La Rochelle, sur le Chdmeau, pour venir prendre son poste. Il amenait sa femme,

Marie- Anne Picard de Mauny, son fils unique, Edmé- Antoine, âgé de onze ans, son secrétaire, le sieur de Mousseau, et plusieurs domestiques. Indisposé depuis quelques jours, M. Robert, à peine embarqué, devint sérieusement malade et le soir même du départ du Chameau il expirait. Il fut jeté à la mer le lendemain. Le vaisseau était encore en vue des côtes de France mais il continua tout de même son voyage. Le Chameau arriva à Québec dans les premiers jours d'octobre. La veuve Robert eut les sympathies de toute la population de Québec dans sa terrible épreuve. Elle se rembarqua sur le Chameau avec son jeune fils et le sieur de Mousseau. Ce vaisseau partit de Québec dans la première semaine de novembre.

Il Thomas-Jacques Taschereau

Il Thomas- Jacques Taschereau, sieur de Sapaillé, était né

■^ Tours le 26 août 1680. Il arriva ici à la fin d'août 1726

l^pvec l'intendant Dupuy dont il était le secrétaire. On

^^onnaît l 'histoire de M. Dupuy. Il fut rappelé deux ans plus

tard. Son secrétaire resta ici. Nous ignorons ce qu'il fit de

1728 à 1732. On lui offrit en 1732 la charge de trésorier

des troupes qui était vacante. M. Taschereau accepta cette

Ifcharge avec un peu d'hésitation car sur ses 2000 livres

B^H'appointement il était obligé de payer un commis à Québec

■Bt un autre à Montréal. Trois ans plus tard, en 1735, M.

F^'aschereau était nommé membre du Conseil Supérieur.

En 1737, M. Taschereau entra dans une société qui avait

-ntrepris d'exploiter les forges Saint-Maurice. Il décéda

^i Québec le 25 septembre 1749. M. Taschereau avait eu

ia concession, en 1736, de la seigneurie Taschereau ou

Sainte-Marie de la Beauce qui est encore en la possession

'l'un Taschereau. Il fut le premier ancêtre canadien de

cette remarquable famille Taschereau qui a fourni un

cardinal à l'église canadienne, un premier ministre à la

province de Québec, un juge en chef et un juge puiné à

la Cour Suprême du Canada, un juge en chef à la province

de Québec, et six juges à la Cour Supérieure de la même province.

Michel Bénard

Originaire de Paris, M. Bénard passa dans la Nouvelle- France vers 173Ô et eut d'abord un emploi dans les bureaux de l'intendance. En 1738, l'intendant ïïocquart, remarquant son intelligence et son ardeur au travail, le choisit comme son premier secrétaire. Après le départ de M. Hocquart, M. Bénard devint contrôleur du Domaine du Roi. Il garda cette charge pendant plusieurs années. Le 24 décembre 1753, le gouverneur Duquesne et l'intendant Bigot nommaient M. Bénard conseiller assesseur au Conseil Supérieur, et le 24 avril 1757, il remplaçait son beau-père, M. Nicolas Lanoullier, comme conseiller effectif. Il fut installé le 3 juillet 1758. M. Bénard ne fit donc pas partie du Conseil Supérieur pendant un long terme puisque la dernière séance de ce corps important eut lieu le 28 avril 1760. M. Bénard retourna en France après la Conquête, avec sa femme et son fils. Nous perdons ses traces à partir de la fin de 1760.

Louis- Frédéric Bricault de Valmur

Louis-Frédéric Bricault de Valmur servit de secrétaire à l'intendant Hocquart de 1731 à 1738. Peut-être était- il venu au pays avec l 'intendant qui semblait avoir beaucoup d'affection pour lui. Dès le 15 octobre 1731, M. Hocquart demandait au ministre de donner un emploi permanent à son secrétaire dans les bureaux du Roi. M. Bricault de Valmur fut employé au bureau de rintendance tout en conservant son emploi de secrétaire. En 1737, M. Louet, écrivain du Roi, employé au bureau de l'intendance à Québec, ayant été frappé de paralysie, fut forcé de demander sa retraite. Le 10 octobre 1737, M. Hocquart demandait

au ministre la mise à la demi-solde du sieur Louet et lui suggérait de le remplacer comme écrivain du Roi par M. Bricault de Valmur, son secrétaire depuis 1731. Le 14 avril 1738, le ministre informait M. Hocquart qu'il accordait une pension de 400 livres à M Louet et qu'il donnait sa place à M. Bricault de Valmur avec le brevet d'écrivain du Roi. Malheureusment, celui-ci était mort à Québec le 28 juin 1738, avant d'apprendre l'heureuse nouvelle. M. Bricault de Valmur avait été, en 1733, de la société formée pour exploiter les forges de Saint-Maurice.

Joseph Brassard Deschenaux

Né à Québec le 2 août 1722, d'une famille très pauvre, il entra fort jeune au bureau du secrétaire de l'intendant Hocquart, qui l'employa comme un de ses secrétaires à partir de 1743. Lorsque M. Bigot arriva à Québec en 1748, il prit M. Deschenaux sous sa protection et le choisit comme son premier secrétaire. M. Deschenaux profita ' ' admirablement" des bonnes dispositions de l'intendant pour lui et il s'enrichit en peu de temps. L'auteur des Mémoires sur les affaires du Canada dit de Deschenaux: ''Cet homme état vain, ambitieux, insupportable par ses hauteurs, et surtout avait une envie si démesurée d'amasser de grands biens, que son proverbe ordinaire était de dire ''qu'il en j)rendrait jusque sur les autels". En 1763, on fit le procès, en France, aux auteurs des monopoles, abus, prévarications, etc., qui avaient été commis au Canada; M. Deschenaux avait cru prudent pour sa personne de rester au Canada. Le 20 décembre 1763, il était condamné par contumace à être banni pour cinq ans de Paris, à 30 livres d'amende et à 300,000 livres de restitution. Cette condamnation ne le dérangea pas fort puisque le gouvernement français n'avait pas le droit de l'envoyer chercher ici, ni de saisir ses biens. M. Deschenaux décéda à Québec le 18 septembre 1793.

j£,e Sec/ijUcu/ie. de M. ée^ ^nxsxuf

Octave Zapaglia de Ressan

Il était originaire de Mantoue, en Italie et vint dans la Nouvelle-France, en qualité de secrétaire de M. de Tracy. Il vécut à Québec de 1665 à 1668. Dans sa lettre au ministre du 12 novembre 1666, M. Talon, ami intime de M. de Ressan demandait de retourner en France et suggérait le secrétaire de M. de Tracy comme son successeur. ' ' Si vous me faites la grâce de m 'envoyer mon congé, disait-il, et que vous vouliez entretenir une personne de la part du Roi qui soit seulement chargée de la police et des finances... souffrez que je vous propose M. de Ressan pour ces deux chefs pour lesquels je lui trouve tout le talent nécessaire outre que je lui crois un bon fond de probité". Colbert goûta la proposition de M. Talon et le pria de lui faire envoyer un mémoire sur le Canada écrit par M. de Ressan. Il voulait le juger sur ce mémoire avant de le nommer. Celui-ci montra tant d 'animosité dans son mémoire contre Mgr Laval et les Pères Jésuites que le Roi refusa de le nommer à l'intendance du Canada. Il retourna donc en France avec son petit bonheur. M. de Ressan avait épousé à Québec, le 17 septembre 1668, Anne Duplessis fille de Guillaume Duplessis et de Etiennette Després.

2>e44^ Bec/iÀtcU^ieà <i^ MoHicxùUn

Pierre Marcel

Les renseignements sont assez maigres sur Pierre Marcel, secrétaire de Montcalm, Nous savons qu'il arriva iKii en même temps que son maître, en mai 1756. Il dût retourner en France à l'automne de 1759. Dans une lettre qu'il écrivait à sa mère, la marquise de Saint- Vér an le 9 mars 1756, quelques jours avant de s'embarquer pour la Nouvelle- France, Montcalm lui faisait, connaître sa future mcà&omr. *'Ma maison, disait-il, sera composée de trois aides de camp : M. de Bougainville, M. de la Roche-Beaucourt, lieutenant au régiment de cavalerie de Montcalm, le sieur Marcel, aide de camp de peine et du secrétariat, c'est un sergent qui devient officier; un cuisinier, un aide, un demi-valet de chambre; Grisou, Joseph; Dejean premier laquais, deux autres hommes de livrée; un secrétaire, chirurgien point; j 'en amène de premier ordre, avec des garçons chirurgiens que le roi envoie". En effet Pierre Marcel devint lieutenant reformé à la suite du régiment de la Reine. Il suivit Montcalm jusqu'à sa mort. Il écrivait au chevalier de Lévis, le 14 septembre 1759: ''C'est avec un coeur pénétré de la plus vive douleur que j'ai l'honneur de vous donner avis de la perte que nous venons de faire de M. le marquis de Montcalm, ce matin, à cinq heures. Je ne l'ai pas quitté un moment jusqu'à sa mort, et je crois que c'était ce que je pouvais faire de mieux, surtout après avoir eu la permission de lui..." Nous ignorons ce que devint Martel après son retour en France.

François Estève

Pierre Marcel était le troisième aide de camp en même temps que le chef du secrétariat de Montcalm. Il avait un secrétaire en titre qui, lui, n'était pas militaire. Il se nommais François Estève, et était de Notre-Dame des Tables, de Montpellier. Estève fit la traversée dans le même navire qui amena Montcalm. Il se maria, à Montréal, le 18 avril 1757, à Elisabeth Bissonnet fille d'un voyageur. Deux jours avant le mariage de son secrétaire, Montcalm écrivait à sa mère: ''Estève, mon secrétaire, se marie. Beau caractère. Bon autographe écrivant vite Je lui procure un emploi et le moyen de faire fortune s'il veut. Il fait un meilleur mariage qui ne lui appartient; malgré cela, je crains qu'il ne le fasse pas comme un autre: fat, frivole, joueur, glorieux, petît-maître, dépensier". Quel emploi Montcalm procura-t-il à son secrétaire? Nous l'ignorons. Le 11 juillet 1757, il écrivait au ministre Moras en faveur de son protégé. Il lui demandait de lui accorder une commission d'écrivain de la marine, et l'informait que Estève était le neveu de M. Estève qui avait été avocat du Clergé. Il semble que François Estève cessa dès 1757 d 'agir comme secrétaire de Montcalm. Pierre Marcel agissait à la fois comme troisième aide de camp et secrétaire. Quant à Estève, il resta ici après la Conquête. M Aégidius Fauteux signale sa pré- ,sence à Montréal le 11 avril 1763.

l^éoeMoH, <U Jbodffe et *JUeUen.

La Citadelle de Québec

Le touriste ordinaire est un homme éponge, il avale tout ce que les ^ides veulent bien lui offrir. D 'ailleurs, il visite rapidement et distraitement, et aussitôt le site qu 'on vient de lui montrer disparu à ses yeux, il l'oublie avec toutes les histoires que le guide loquace vient de lui débiter.

C 'est ainsi qu 'à ceux qui visitent la citadelle de Québec pour la première fois on dit, pour exciter davantage leur curiosité que, tel vieux bastion et telle branlante bâtisse datent du régime français. Cependant il faut savoir que. dans tout l'immense plateau que recouvrent les fortifica tions de la citadelle de Québec, il ne reste rien, absolument rien du régime français. La citadelle actuelle fut construite entre 1823 et 1832 par le colonel Durnford et le colonel Mann. Les plans de ces formidables fortifications avaient été dressés par les ingénieurs Holland et Twiss. Lorsque, en 1832, les travaux furent terminés l'Angleterre avait dépensé plus de $35,000,000. Il est juste d'ajouter qu'on comprenait dans cette somme énorme pour l'époque le prix des portes Saint-Louis, Saint-Jean, du Palais et Prescott, qu'on avait renouvelées, et la réparation des murs qui ceinturaient la ville. En tout cas, la citadelle de Québec était considérée par tous les experts comme imprenable, et l'on disait couramment qu'il était aussi difficile de sortir de cette forteresse que d'y entrer. Québec était devenue le Gibraltar de l'Amérique du Nord; ce surnom prétentieux a été conservé à la citadelle de Québec.

Ironie du sort ! Aujourd 'hui, on évite de se servir des canons qui se trouvent sur les bastions qui regardent le

fleuve ; on craint que les détonations trop suivies n 'ébranlent les murs épais de cinq ou six pieds, et ne les précipitent dans le fleuve Saint-Laurent qui ooule à leurs pieds.

Cependant, moins de cinq ans après la fin de ces travaux qui avaient duré une dizaine d'années, deux jeunes Américains, enfermés à la citadelle pour crime de haute trahison et gardés par des centaines de soldats, réussissaient à en sortir presque aussi facilement qu'on peut s'évader d'une maison dont toutes les portes et les fenêtres sont ouvertes.

L'événement fit sensation dans le temps et non sans raison. La discipline a toujours été très stricte dans l'armée anglaise, surtout dans les régiments préposés à la garde des forteresses, et après cent ans, quand vous parlez de l'évasion de Dodge et Theller à un officier anglais, il vous répond par un hochement de tête qui laisse entendre qu'il n'y croit pas. Pourtant les faits sont là, et il faut bien se résigner à avouer qu'ils sont vrais.

La rébellion dans le Haut-Canada

Y a-t-il eu rébellion dans la province du Haut-Canada en 1837-1838? La question est peut-être naïve? Ceux qui ont appris leur histoire dans certains de nos manuels, s'imaginent qu'en 1837-1838 seuls les Patriotes du Bas- Oanada ou de la province de Québec prirent les armes pour revendiquer leurs droits.

Pourtant, la province du Haut-Canada avait ses griefs tout eomme la nôtre. Il y eut là aussi révolte, rencontre entre les Patriotes et les troupes, combats, arrestations, procès, condamnations à mort, exécutions, etc., etc.

Dans la province de Québec, douze Patriotes montèrent sur réchafaud. Sait-on que, dans le Haut-Canada, dix-neuf Patriotes payèrent de leur vie leur participation à la révolta? En effet, six furent exécutés à London, onze à Kingston et deux à Toronto.

Dans la province haut-canadienn^, le chef de la rébellion

fut le docteur William Lyon Mackenzie, le grand-père du premier ministre actuel du Canada. Tout comme Louis- Joseph Papineau, dans la province de Québec, William Lyon Mackenzie, à l'origine, voulait borner ses revendications à des moyens constitutionnels. Mais, il en est de même dans toutes les agitations politiques d'un peu d'envergure : les chefs perdent petit à petit la maîtrise de leurs partisans, et, bientôt, au lieu de commander, ils sont obligés de sui\Te les dictées de ceux qui, apparemment, sont leurs plus fidèles amis. Intérieurement, Papineau était contre la rébellion armée. Il en fut de même pour Mackenzie dans le Haut-Canada. Papineau et Mackenzie mirent leur peau à l 'abri en se sauvant aux Etats-Unis, mais bon nombre de leurs partisans, moins heureux montèrent sur réchafaud.

Les Américains William W. Dodge et Edward Alexander Theller avaient été condamnés à être pendus en même temps que les Patriotes Samuel Lount et Peter Matthews, pour avoir pris part à l'iûsurrection haut-canadienne en 1837. Lount et Matthefws furent exécutés a Toronto le 12 avril 1838. Quant à Dodge et Theller, ils obtinrent un sursis grâce à une requête présentée à la jeune reine Victoria, par les Irlandais du Canada restés fidèles à l'allégeance britannique. Si nous ne faisons erreur, on invoquait dans cette requête le fait que Dodge et Theller, citoyens des Etats-Unis, n'auraient pas dû être condamnés pour crime de haute trahison envers la reine Victoria, qui n'était pas leur souveraine.

En tout cas, après l'exécution de leurs malheureux amis, Lount et Matthews, qu'ils virent de leurs cellules de la prison de Toronto, les deux Américains furent conduits à la prison de Kingston puis, de là, à Montréal. Pour plus de sûreté les autorités militaires décidèrent de les incarcérer dans la citadelle de Québec.

I Dodge et Theller firent le voyage de Montréal à Québec avec dix autres prisonniers politiques, sur le vapeur British

America. Ils arrivèrent dans la capitale à dix heures du soir, le dimanche, 10 juin 1838.

La réception de Dodge et Theller, à Québec

En temps de crise politique, il faut parfois peu de chose pour soulever le sentiment populaire. Les articles incendiaires du Quehec Mercury avaient excité la population ultra-loyaliste de la capitale. Lorsque les prisonniers politiques du Haut-Canada descendirent du British America, ils furent reçus par les vociférations de plusieurs centaines d'hommes dont quelques-uns étaient avinés. Malgré l'escorte de soldats qui entourait les prisonniers, ceux-ci furent insultés, bafoués par ces excités qui les accompagnèrent jusqu'à la citadelle. L'un des prisonniers, le colonel Dodge, était assez sérieusement malade, et il dut faire le trajet en calèche : U ne fut pas moius maltraité que les autres. A la porte Prescott, dans la côte de la Montagne, la garde dut même charger cette foule hurlante pour l'empêcher de battre les prisonniers.

Parmi ceux qui, ce soir-là, insultèrent les condamnés enchaînés les uns aux autrs et incapables conséquemment de se défendre se trouvaient un certain nombre de jeunes gens qui devaient, un peu plus tard, devenir des citoyens très en vue de Québec.

Theller, dans cette occasion, reçut maints projectiles, et même quelques-uns de ces forcenés lui crachèrent leurs chiques de tabac à la figure. Il rongea son frein. Les mains liées et enchaîné à un de ses compagnons que pouvait-il faire? Plus tard, dans son livre Account of the Rébellion in Canada, il se vengea de ses insulteurs en faisant connaître leurs chefs. Theller avait la mémoire longue et il les nomme tous. Ces noms lui avaient été fournis par ses amis de Québec, témoins impuissants de ces scènes disgracieuses.

Parmi ceux qu'il met ainsi au pilori, on trouve les noms de William Patton, qui devint un riche marchand de bois,

le docteur William Marsden, plus tard une célébrité médicale; Alfred Hawkins, l'auteur du célèbre ouvrage Hawkins Picture of Qiiehec, le docteur Joseph. Morrin, qui devint maire de Québec, James Hastings Kerr, fils du juge James Kerr, John Wilson, épicier de la haute ville, ... Leail ; Edward Burroughs, décédé protonotaire de Québec; John Jones, marchand, etc.

Theller note avec satisfaction qu'il ne vit aucun Canadien français et très peu d'Irlandais dans cette troupe de brutes.

Pour reprendre leur liberté

Theller décrit ainsi la prison dans laquelle les prisonniers américains furent enfermés sur la citadelle :

' ' La pièce avait environ cinquante pieds de longueur sur douze de largeur, avec un plafond de brique en forme d'arche où on voyait des traces de moisissure. Cette pièce était éclairée par deux fenêtres et avait une porte en bois bardée de fer. Les fenêtres étaient également munies de barres de fer solides. Une clôture de douze pieds de hauteur faite de planches solides se trouvait devant cette bâtisse, pour empêcher toute communication entre les soldats et les prisonniers. Une porte était percée dans cette clôture, et une sentinelle se tenait continuellement à l'intérieur pour surveiller tous les mouvements des prisonniers. Une autre sentinelle faisait la garde en dehors de la clôture, près de la j)orte d'entrée. L'arrière de cette sombre bâtisse donnait sur le fossé intérieur de la citadelle. Les murs de cette salle avaient huit pieds d 'épaisseur. Le toit de cette bâtisse était recouvert de quatorze pieds de terre où on avait placé une autre sentinelle."

Comme on le voit, les prisonniers étaient bien gardés. Ajoutons que cette prison était tellement humide qu'on était obligé de faire une attisée dans les cheminées tous les soirs, pour réchauffer les lits des prisonniers.

Dodge et Theller s'étaient rendus compte, dès le premier

soir de leur réclusion, de toutes les précautions prises par les autorités militaires. Ce qui ne les empêcha pas de se dire tout de suite qu'ils sortiraient de la sombre forteresse.

Ils avaient des amis dans la ville et ils espéraient recevoir leur aide.

Les prisonniers ne s'étaient pas trompés. Tous les jours, on leur permettait de prendre l'air sur les bastions de la citadelle. Dès leur seconde ou troisième sortie, ua étranger était là qui malgré la surveillance des sentinelles iput leur dire quelques mots. Theller lui fît comprendre que ses communications désormais seraient déposées dans la bouche d'un canon qu'il lui montra. C'est ainsi que les prisonniers purent se procurer les outils dont ils avaient besoin pour scier les barreaux de leurs fenêtres.

La mise en marche du complot dura de juin à octobre. Les prisonniers américains avaient réussi à amadouer le major de ville, Fraser, un vétéran très sympathique, qui leur permit de recevoir les journaux de Québec de s'acheter toutes les provisions de bouche dont ils avaient besoin et même des liqueurs spiritueuses.

Avec le temps, Dodge et Theller étaient parvenus à connaître les faiblesses des sentinelles chargées de les surveiller. Quelques-uns de ces soldats acceptaient même avec emip ressèment la bière, le porter et le brandy qu'ils leur offraient.

L'évasion de la Citadelle

Enfin, ajprès plusieurs semaines de consultations avec leurs amis de la ville, de préparatifs maintes fois interrompus par la curiosité malveillante des sentinelles, Dodge et Theller fixèrent leur évasion à la nuit du 15 au 16 octobre 1838. D'ailleurs, les deux amis n'avaient plus à hésiter s'ils voulaient recouvrer leur liberté. Ils avaient, en effet, été informés qu'on les embarquerait pour l'Angleterre dès le premier vent favorable, sûrement avant le 20 octobre. Et ils savaient quel sort les attendait là-bas ; la potence ou

rexil dans une colonie pénale, peut-être pour toute la vie.

A huit heures du soir, le 15 octobre, la sentinelle placée à la porte de la prison fut relevée. Heureusement, Theller connaissait la nouvelle sentinelle, il s'en était même fait un ami en lui offrant de temps en temps un excellent verre de porter anglais: c'est lui qui se chargea de l'amuser, (pendant que ses compagnons finissaient de scier la barre de fer qui, une fois disparue, devait leur permettre de sortir par une des deux fenêtres de leur salle de détention. Ce soir-là, la pluie tombait en abondance, la température était humide et le vent très froid, -trois excellentes raisons pour offrir du porter à un pauvre soldat obligé de rester dehors. Theller ne manqua pas l'occasion, et la sentinelle accepta chaque verre de porter avec une reconnaissance ijui augmentait chaque fois d'intensité.

Afin d'empêcher la sentinelle d'entendre le bruit fait par la petite scie qui s'attaquait si ardument à la barre de fer, les prisonniers américains se mirent à chanter et à danser avec un vif entrain.

Deux heures plus tard, la sentinelle était de nouveau relevée et la barre de fer résistait toujours.

Theller fut donc obligé de recommencer son travail auprès du nouvel arrivé. Ce dernier, comme celui qui l'avait précédé, avait plusieurs fois profité des politesses des prisonniers américains.

Theller lui offrit coup sur coup plusieurs verres de porter légèrement arrosés de laudanum, que notre homme avalait avec une satisfaction évidente. Bref, au bout d'une heure, si la nouvelle sentinelle ne dormait pas à son poste, elle était suffisamment engourdie pour ne pas s'occuper de ce qui se passait à l'intérieur de la prison.

Quelques minutes avant la nouvelle relève, la barre de fer avait enfin cédé et cinq des prisonniers américains,

I William W. Dodge, Culver, Hull, Parker et Edward Alexander Theller, étaient sortis par l'étroite fenêtre. r Pour se rendre au bastion d'où devait se faire la descente

des fugitifs les murs de la forteresse, il fallait traverser presque tout le terrain de parade, passer devant les quartiers des offeiers, les magasins, etc., etc. Huit ou dix sentinelles étaient postées à ces différents endroits. Le vent, la pluie et l 'obscurité favorisèrent les fugitifs, et, moins de dix minutes plus tard, quatre d'entre eux étaient rendus au bastion où ils s'étaient donné rendez- vous. Parker, affaibli par la maladie, n'avait pas eu le courage de suivre ses compagnons jusqu 'au bout ; il se blottit derrière une corde de bois où il fut repris le lendemain matin.

Le plus difficile restait à accomplir. Descendre du bastion sur les glacis n'était pas une tâche aisée. A l'aide d'un canif, la corde, qui servait à hisser le pavillon royal au mât du bastion, fut coupée et l'une de ses extrémités fut attach.ee au canon le plus rapproché. Puis, chacun son tour, les Américains descendirent sur les glacis en se servant de la corde. Mais la corde ne se rendait pas jusqu'en bais, et il restait un saut assez élevé à effectuer. Deux des fuyards s'en tirèrent sans égratignure, Theller et Cul ver se blessèrent assez sérieusement aux pieds et aux jambes dans leur chute.

A peine les quatre fugitifs étaient-ils rendus sur les « glacis qu'ils virent apparaître plusieurs torches sur lejs ^ bastions de la citadelle. L'officier de garde avait constaté la disparition des prisonniers et avait donné l'alarme. On les recherchait un peu partout à l'intérieur des murs de la citadelle. Peu d'officiers et de soldats eurent la chance de fermer l'oeil dans la forteresse de Québec, en cette nuit du 15 au 16 octobre 1838 !

Les recherches commencent

Le commandant de la citadelle de Québec, en 1838, était sir James McDonald. Ce vieux soldat avait pris part à toutes les guerres de l'Angleterre contre Napoléon. Il avait joué, disait-on, un rôle important à la bataille de Waterloo.

Averti de la fuite des prisonniers quelques minutes après

leur départ, il alerta toute la garnison, et, dès la même nuit, des centaines de soldats se répandaient dans la ville pour pep rendre les effrontés prisonniers, qui étaient en train de donner une si mauvaise réputation à la citadelle de Québec!

De bonne heure, dans la matinée du 17 octobre, les fuyards Culver et Hull furent repris dans le Jardin du Fort. Mais il fut impossible de localiser les deux principaux coupables, Dodge et Theller, ils étaient disparus aussi rapidement que la lumière électrique quand le pouvoir manque.

Le 20 octobre, le gouverneur Durham signait une iproclamation qui déclarait qu'une somme de 500 livres serait payée à celui qui livrerait Dodge et Theller ou donnerait des informations qui conduiraient sûrement à leur capture.

Le même jour (20 octobre), la brigade des Gardes faisait paraître l'annonce suivante dans le Québec Mercury:

Page 1