REWARD
The brigade of Guards will pay the above reward to such person or persons as wiU apprehend or give such information as will lead to the appréhension of Theller and Dodge, late two State prisoners; who escaped from the Citadel of Québec, on the moming of Tuesday, the 16th instant.
* ' The above reward will be paid to the person who gives the information that leads to the actual appréhension of the prisoners; or 500 Dollars for either of them, by Mr. Payne, Pay-Master of the Brigade, on application at the stores of T. Cary & Co. Buade Street".
Pendant les jours qui suivirent l'évasion de Dodge et Theller, sir James McDonald fut dans une véritable frénésie. Le vieux militaire rsigeant d'avoir été joué par deux Yankees qui n'étaient pas même soldats réguliers quoiqu'ils se donnassent les grades de général et de colonel. Le 17 octobre au matin, toutes les maisons de la rue Saint-
Louis et des rues transversales furent fouillées de fond en comble. M. A.-N. Morin, avocat, plus tard l'honorable juge A.-N. Morin, faillit être arrêté parce qu'il avait répondu au sous-officier, qui faisait les recherches dans sa maison de la rue du Parloir, que son habitation n'avait pas de grenier. Le Tommy ne pouvait croire qu'une maison sans grenier existait sur terre. Tel était pourtant le cas pour la maison de l'honnête M. Morin. Le monastère des Ursulines ne resta pas à l'abri des recherches des sbires. Un passant avait cru voir deux hommes s'introduire dans les dépendances du monastère aux ipctites heures du 17 octobre. Vite, un aide de camp du colonel McDonald courut à l'évêché pour obtenir la permission de l'évêque de faire des fouilles dans le couvent des Ursulines ; on ne laissa pas un coin de l'immense construction inexploré.
Plus que cela, vers les dix heures de la matinée, un convoi funèbres passait sous la porte Saint-Louis, se dirigeant vers le cimetière Saint-Louis. Le sergent de garde, agissant sous les ordres d'un officier, fit arrêter le convoi et ouvrir la tombe. Il voulait constater si l'un des deux prisonniers ne s'était pas caché là pour sortir de la ville.
Le procédé offensa tellement le public québécois que le Québec Mercury, qui était pourtant l'organe de l'oligarchie, fut obligé de protester. Il blâma sévèrement l'officier qui avait ainsi manqué au respect qu'on doit aux morts. Il aurait été si facile, disait-il, pour l'officier commandant la garde, de faire suivre le convoi funèbre jusqu'au cimetière et de constater qu'on mettait la tombe dans la fosse. Il est évident qu'il se serait rendu com^pte, une fois la tombe recouverte de quatre ou cinq pieds de terre, qu'elle ne contenait pas un homme vivant.
Pendant quinze jours, toutes les rues conduisant en dehors de la ville de même que les quais bordant le fleuve furent gardés militairement. t)odge et Theller étaient partout et ils n'étaient nulle part. Tous les désoeuvrés de la capitale, alléchés par les récompenses offertes par le
gouverneur Durham et les Gardes, étaient dans la rue jour, et nuit, espérant reconnaître les prisonniers évadés pour, les dénoncer aux autorités militaires. Rien ne résulta de toutes ces recherches.
Les commentaires du Fantasque
Napoléon Aubin avait commencé, à Québec, en juillet 1837, la publication d'un journal satirique, le Fantasque, qui, chaque semaine, fustigeait les créatures du pouvoir. Le Fantasque était franchement patriote et ne ménageait .pas ceux qui lui déplaisaient.
On peut croire que l'évasion de Dodge et Theller fournit à Aubin le sujet de maints articles fortement épicés. Dans le Fantasque daté du 20 octobre 1838, qui ne parut que quelques jours plus tard, Aubin écrivait: ''Grand émoi dans l'intéressante ville de Québec, mardi matin, soldats couraient, magistrats trottaient, ménagères parlaient, officiers juraient, tories hurlaient, employés aboyaient, patriotes sifflaient la marseillaise, incompréhensibles haletaient, police était essouflée, gouverneur si..., Ursulines tremblaient, et moi, philosophe, je souriais! Tout ce brouhaliàvenait de ee que des prisonniers politiques renfermés dans l'inexpugnable citadelle de Québec, pour y attendre la grâce de notre gracieuse reine, se sont mis en garde, et, quoique sous la garde de la garde, s 'impatientant de ne pas voir arriver la grâce de la reine, se sont sauvés à la grâce de Dieu."
Puis, (pour faire enrager davantage sir James McDonald, commandant de la garnison, Aubin expliquait gravement que des personnes mal intentionnées prétendaient que les prisonniers détenus à la citadelle avaient l'habitude de régaler les sentinelles d'un petit coup de rhum, et que le soir de l 'évasion ils avaient versé quelques gouttes d 'opiiim dans la boisson, ce qui avait eu l'effet d'endormir les gardes.
'*Tout ceci est faux, ajoutait Aubin, car on sait que les
soldMs angolais, particulièrement les Gardes, ne s'enivrent jamais. Non, il n'y a pas eu de boisson là-dedans. Seulement, M. Wakefield (aviseur du gouverneur et magnétiseur amateur) a rendu visite aux captifs et les a initiés aux mystères du cogliostroisme c'est-à-dire au magnétisme. Les prisonniers ont mis les leçons de M. Wakefield en pratique et ont tout simplement magnétisé les sentinelles".
Aubin terminait son article par une autre malice, celle-là à l'adresse de la police:
*'0n sait que Dodge n'avait qu'un oeil, ayant perdu l'autre dans la révolte. Tout ce qu'il y a de borgnes dans la ville furent amenés au bureau de police, les menottes aux mains, précédés, suivis et entourés de soldats et d'hommes •de police, puis relâchés après quelques heures de prison."
Encore le 17 novembre 1838, Aubin revenait sur l'évasion de Dodge et Theller:
''Vraiment la police n'est pas si bête qu'elle en a l'air, et malgré tout ce que l'on disait du départ prétendu des deux fugitifs, il paraît bien certain aujourd'hui que la poli-ce disait juste quand elle assurait que les deux escala- •deurs de murailles étaient encore dans l'intérieur de celles de Québec. Il est presque certain, maintenant, du moins si l'on en croit les journaux anglais qui ne mentent jamais, que messieurs Dodge et Theller ou Theller et Dodge (je ne sais pas au juste leur raison de commerce), sont parvenus aux Etats-Unis; mais qu'au lieu d'être partis voilà un mois, comme le vulgaire se l'imaginait, ils n'ont quitté notre ville que ces jours derniers, emmenant avec eux deux autres personnes et quatre chevaux. La police, qui est une fine mouche, allez, eut vent de l'escapade presqu 'aussitôt qu'elle avait eu lieu et se mit immédiatement et aussi promptement que possible à la poursuite des quatre fuyards. Comme on pouvait s 'y attendre, elle ne tarda pas à revenir •à son x)oste ramenant avec elle les quatre... devinez... les quatre... voyons, vous ne devinez pas?... les quatre... je vous le donne en trois... une, deux, trois,... les quatre... do
you give it up?... les quatre chevaux qui avaient eu la déloyauté de porter les quatre rebelles hors des lignes. On espérait, par le moyen de ces animaux, découvrir le fil de cett^ conspiration; on retint donc au bureau de police les quatre nobles quadrupèdes auxquels on fit subir plusieurs interrogatoires consécutifs; ces animaux avaient été sans doute assermentés et appartenaient peut-être à quelqu'une des sociétés secrètes que notre ville possède en son sein, car il n'y eut pas moyen d'en rien tirer. On alla jusqu'à les menacer de mettre leur esprit à la torture en les obligeant d'expliquer un des jugements que rendent messieurs Symes, Chouinard, Cazeau et Cie à la Cour des commissaires, mais cela même fut inutile et l'on se vit réduit à les remettre entre les bras de leur maître, qui les embrassa tendrement et leur donna un double picotin d'avoine pour les remercier de leur discrétion. La vertu obtient presque toujours ici bas sa récompense, aussi est-ce d'après ce principe que chaque homme de police reçoit un écu par jour."
Où se cachèrent Dodge et Theller à Québec.^
En 1841, Theller publia l'histoire de son incarcération dans la citadelle de Québec de son séjour dans la ville, et, finalement, de sa fuite aux Etats-Unis, avec son compagnon William W. Dodge.. Son ouvrage en deux volumes a pour titre Canada in 1837-1838 showing, hy historical facts, ihe cause of the late attempted révolution and of its failuar&; the présent condition of the people, an their future prospects, together with the personal adventures of the author and others who were connected with the révolution.
Le récit de Theller nous paraît vrai et sincère du commencement à la fin, mais 1841 n 'était pas encore éloigné de 1839 et on comprend que l'auteur se soit cru obligé de garder le silence sur ceux qui lui avaient donné l'hospitalité à Québec. Sortis de la citadelle entre minuit et une heure du matin, le 16 octobre 1838, Dodge et Theller se trou-
vèrent quelques minutes plus tard dans le Jardin du Grouverneur. Ni l'un ni l'autre ne connaissaient la ville, mais ils s ^engagèrent bravement dans les petites rues qui bordaient le Jardin. La première personne qu'ils rencontrèrent fut Siméon Lelièvre, avocat. Ils ne pouvaient plus mal tomber. M. Lelièvre était du parti du Château, comme on disait alors, et loin de consentir à aider les prisonniers évadés, il menaça de les dénoncer.
L'attitude de. M. Lelièvre ne désarçonna pas Theller. Pendant ses quatre mois de réclusion, il s'était préparé à faire face à toutes les situations. M. Lelièvre n'avait pas encore fini sa phrase que Theller, faisant mine de sortir une arme de son habit, lui dit qu'il aurait le même sort que le nommé Chartrand tué quelques mois plus tôt pour avoir trahi les Patriotes. L'avocat québécois, voyant que le fugitif était décidé à risquer le tout pour le tout, revint tout de suite sur sa décision et donna sa parole d'honneur qu'il se tairait. Il indiqua même aux deux hommes le chemin à \prendre pour se rendre à Saint-Roch.
Les fugitifs descendirent à la rue Saint-Paul, en passant par les portes du Palais et Hope. Il semble qu'en sortant de la porte du Palais, ils prirent la droite au lieu de se diriger vers la gauche et revinrent ainsi quelque peu sur leurs pas. A la basse- ville, ils rencontrèrent un jeune Canadien, Michel X, qui consentit à les conduire chez un Patriote de Saint-Roch que Theller ne nomme pas. Celui-ci leur fit un accueil chaleureux ; il leur fit servir un excellent repas, puis pilota Dodge chez M. Grâce. Pendant son ateence, Theller resta chez ce citoyen, causant avec sa femme et sa famille.
A son retour, un peu avant le lever du jour, le Patriote mena Theller chez un habitant de la Petite-Rivière qui lui permit de coucher dans sa grange. Le lendemain, tard dans la soirée, Theller accompagné de Grâce et du docteur Rousseau, se rendit à Beauport. Un chaloupier de l'île d'Orléans, engage par M. Drolet, devait prendre Theller sur la grève de Beauport et le conduire chez lui. Mais les
patrouilles des marins des navires de guerre ancrés dans le port empêchèrent lechaloupier de s'approcher de la côte.
ThelJer se trouvait donc sans abri pour la journée du 17 octobre. On demanda à M. Grodbout riche habitant de Beauport, de lui permettre de se cacher dans sa cabane à sucre assez éloignée des habitations. M. Godbout, qui était juge de paix, ne voulut pas s'exposer à avoir des ennuis et refusa l'hospitalité à Theller.
Theller trouva refuge pour quelques heures dans une famille de Beauport. La réception que lui fit cet habitant pauvre mais si charitable, et, en même temps, si cordial, toucha profondément le fugitif qui n'était pas sans se rendre compte que tous ceux qui venaient en contact avec lui s 'exiposaient à la prison et à d'autres châtiments.
En laissant la maison de l'habitant de Beauport, Theller se trouvait encore à la belle étoile et avec la perspective de tomber aux mains des patrouilles anglaises, qui devenaient de plus en plus actives.
M. Drolet lui suggéra un moyen qu'on pourrait ^presque qualifier d'héroïque. Il s'offrit de le conduire chez un haut fonctionnaire du gouvernement qui demeurait sur le chemin Sainte-Foy. Cet officier, irlandais catholique, pourtant, passait pour un ami très dévoué du gouvernement. Toutefois, M. Drolet qui avait eu occasion de le rencontrer et de l'apprécier, affirmait que ses sentiments d'honneur et de probité l'empêcheraient de trahir un compatriote dans le malheur. Après tout, en prenant part à la rébellion, il n'avait pas commis un. crime contre la société; il avait tenté de donner aux Canadiens les mêmes droits que les Irlandais réclamaient pour eux dans la mère-patrie.
M. Drolet avait bien jugé. Theller fut reçu à bras ouverts par l'Irlandais catholique et toute sa famille. Madame X et ses filles furent chai-mantes pour le iproscrit.
Mais le pauvre Theller était un peu comme le Juif errant de la légende: il devait appuyer sa tête chaque soir sur une pierre nouvelle. Au sortir de la très belle maison du chemin Sainte-Foy il n'eut pour tout refuge que la cave
infecte d'une écurie de la rue Saint-Paul. Ce réduit était si bas que son occupant était obligé de se tenir assis ou couché sur le sol humide où le liquide qui suintait continuellement du plancher de Técurie n'était ^ère odorant! Et Theller resta deux jours et deux nuits dans ce séjour peu ag'réable.
De là, Theller prit refuge dans une maison non habitée et qui ne contenait aucun meuble. Les derniers jours d'octobre sont particulièrement froids à Québec et Theller eut beaucoup à souffrir dans cette maison glacée. Mais il eut une surprise qui lui fit oublier toutes ses peines. On lui amena à cette maison son ami Dodge dont il était sans nouvelle depuis quelques jours et qu'il croyait retombé aux mains de sir James McDonald. Il semble qu'on su|p- P'Orte mieux à deux les inquiétudes et les misères. La réunion des deux compatriotes releva leur moral et les fortifia davantage dans leur espoir qu'ils seraient bientôt dans leur pays.
Enfin, après des démarches nombreuses et ingrates, M. Drolet trouva un Patriote qui consentit à recevoir Dodge et Theller dans sa maison sans aucune rémunération ^et cela aussi longtemps que ceux-ci resteraient à Québec.
Les deux proscrits furent les hôtes de ce généreux Canadien-français pendant treisie jours, ils furent traités dans cette maison comme s'ils avaient été des membres de la famille ; le père, la mère et leurs enfants cherchaient toutes les occasions imaginables de leur faire oublier les tristes jours qu'ils venaient de rencontrer.
Citons ce que dit rheller de cette respectable famille :
' ' A trois heures, nous étions de nouveau dans la rue et on nous conduisit à notre nouvel asile, oii nous fûmes reçus de la manière la plus aimable. Nous passâmes, là treize jours pendant lesquels on eut pour nous les attentions les plus délicates et les soins de toutes sortes tant pour notre nourriture que pour notre santé. Ce Canadien français était à l'aise et risquait la perte de ses propriétés et de
sa liberté si nous avions été découverts chez lui. La seule condition posée par ce brave homme était que seuls MM. Drolet, Grâce et Hunter seraient dans le secret et qu'ils ne viendraient voir ses hôtes que pendant la nuit. ' '
M. Drolet s'était dévoué corps et âme pour Dodge et Theller. Pendant le séjour des deux fugitifs dans la ville de Québec, il avait (plusieurs fois risqué sa liberté pour leur propre sécurité. C'est encore lui qui prépara leur voyage de retour aux Etats-Unis, enfin, il put leur apprendre que tout était prêt pour leur départ qui était fixé au... novembre.
N'avons-nous pas le droit ici de remarquer, à l'honneur des Québécois, qu'il ne se trouva pas un traître parmi eux
^pour dénoncer Dodge et Theller pendant leur séjour dans la ville, malgré les fortes récomipenses offertes pour leur capture. Nous pouvons affirmer qu'une 'centaine de Canadiens français, au moins, étaient au courant des allées et venues des fugitifs. Chaque fois qu'ils changeaient de cachette, quelques-uns des Patriotes se trouvaient dans les rues où ils devaient passer afin de les protéger si la chose 4evenait nécessaire...
co
De Québec à la frontière
En 1838, les Patriotes de Québec n'avaient pas froid aux yeux. Pendant que les sbires de sir James McDonald ^parcouraient les rues de la capitale à la recherche des fugitifs Dodge et Theller, les Patriotes prenaient tous les moyens nécessaires pour les renvoyer aux Etats-Unis. C'est M. Charles Drolet, jeune avocat, qui était à la tête de l'organisation. Il fit les arrangements avec Jean-Baptiste Carrier, brave cultivateur de Saint-Henri de Lauzon, qui connaissait bien toutes les routes qui conduisaient de Lévis à ta frontière américaine. Quatre bons chevaux furent achetés et gardés en lieu sûr en attendant l'arrivée de Dodge et Theller sur la rive sud.
M. Carrier avait demandé à M. Drolet de lui procurer
un troisième Kîompa^oii, un bon cavalier. Le notaire John Heath, de Québec, en accepta la tâche dangereuse.
Dodge et Theller accompagnés par M. Heath arrivèrent à Lévis vers les onze heures du soir, le samedi... Ils avaient traversé le fleuve dans une chaloupe, conduite par deux chaloupiers de confiance. Comment avaient-ils pu tpasser dans les rues de Québec sans être reconnus par les soldats apostés un peu partout? Le secret n'a jamais été dévoilé.
En tout cas, les trois voyageurs se rendirent immédiatement chez M. Carrier à Saint-Henri de Lauzon. Celui-ci leur procura de bons lits et ils purent se reposer de leurs fatigues des jours précédents.
Le lendemain qui était un dimanche, les trois voyageurs restèrent renfermés chez M. Carrier. A huit heures, le même soir, M. Carrier donna Tordre du départ. Par des chemins détournés, les quatre cavaliers gagnèrent Saint- François-de-Beauce, où ils arrivèrent au point du jour, le lundi, 5 novembre. M. Carrier conduisit ses amis dans une maison quelque peu éloignée du grand chemin où il? se reposèrent toute la journée.
A neuf heures du soir, la petite caravane se remit en route, Theller, fatigué et mauvais cavalier, fit le trajet en voiture jusqu'à l'entrée du chemin de Kennébec. Là, il fut obligé de renvoyer sa voiture et de remonter à cheval comme ses compagnons.
La partie la iplus dangereuse du voyage restait à faire. Avant de toucher la frontière, les hardis voyageurs avaient trois postes de sentinelles à affronter.
On passa heureusement le premier en côtoyant la rivière Chaudière. La sentinelle placée dans une fenêtre de la maison de garde dormait profondément.
A quatre milles plus loin, se trouvait le deuxième piquet. Carrier et ses compagnons évitèrent les soldats en passant par un chemin détourné à travers d'épais fourrés que les chevaux eurent peine à franchir.
Restait le dernier poste, certes, le plus difficile. Ici il fallait traverser la rivière Chaudière sur un pont et le
poste des soldats était dans une maison qui touchait à l'extrémité du pont juste assez large pour permettre à deux voitures de se rencontrer. Carrier descendit de cheval et jeta un coup d'oeil sur le corps de garde. Rien ne bougeait à l'intérieur de la maison. Evidemment, les braves soldats de Sa Majesté dormaient. On a beau être soldats anglais et même Coldstream Guards, quand le sommeil s'empare de nous on succombe à sa tyrannie.
Les quatre cavaliers s'engagèrent sûr le pont à une distance respectable les uns des autres et en faisant le moins de bruit possible. Si les chevaux s'étaient avisés de hennir, les quatre voyageurs tombaient aux mains des soldats de ce poste presque au moment de gagner enfin la terre américaine. Heureusement, cette étape fut franchie comme les autres, sans accident fâcheux.
Enfin, au point du jour les quatre cavaliers aperçurent, à peu de distance devant eux la borne qui indiquait la limite sud du Canada, et, quelque arpents plus loin, le drapeau étoile des Etats-Unis qui flottait au vent. Ils franchirent le court espace qui les séparait de la frontière en quelques minutes. Dodge et Theller étaient sauvés!
"Je renonce à décrire, disait Carrier un ipeu plus tard, les transports de joie, le délire frénétique qu'éprouvèrent les deux fugitifs en voyant l'aigle américain planant audessus de leur tête. ' '
Un hôtel se trouvait à trois milles de la frontière. C'est là que tous se reposèrent de la dure randonnée de la dernière nuit de leur voyage. Us avaient franchi près de cinquante milles de distance par une pluie battante et des chemins impraticables. (1)
(1) M. Déguise a écrit une relation du voyage de Carrier de Lévis à la frontière du Maine. Elle a été publiée dans l'ouvrage de L.-N. Carrier, fils du patriote, "Les Evénements de 1837-1838". Nous luf avons emprunté nos renseignements sur cette randonnée.
Ceux qui aidèrent Dodge et Theller
Il n'est pas facile de retracer les noms des Canadiens français et Irlandais de Québec qui vinrent en aide aux deux Américains pendant les quelques jours qu'ils errèrent dans la capitale, après leur évasion de la citadelle. Le livre de Theller, Account of the Rébellion in Canada, fut publié en 1841, et l'auteur, pour ne pas compromettre ses bienfaiteurs, ne donna pas leurs noms. Trois années seulement s'étaient écoulées depuis ce tragique événement, et les bureaucrates auraient pu faire payer très cher à ces braves ^ens les services rendus à Dodge et Theller.
Theller mentionne cependant Charles Drolet, John Grâce et Charles Hunter. Ceux-ci étaient à l 'abri des poursuites, Drolet et Grâce vivaient aux Etats-Unis et Hunter était mort.
Nous ne croyons pas être injuste envers les autres Patriotes de Québec en plaçant Charles Drolet en tête de la liste des amis de Dodge et Theller. Drolet fut l'âme du complot préparé pour sauver les fugitifs. Avocat depuis 1827, Drolet avait été élu en février 1836 député du Saguenay à la Chambre d'Assemblée. Dès l'arrivée de Dodge et Theller à la citadelle, il s'occupa de leur procurer les moyens de sortir de la forteresse, et une fois en liberté, les Américains n'eurent pas d'ami plus dévoué. Son rôle dans l'évasion des prisonniers fut bientôt connu et, pour se mettre à l'abri des poursuites judiciaires, il s'enfuit à Détroit, où il vécut jusqu'après l'amnistie.
Peu après son retour à Québec, M. Drolet accepta les charges de député greffier de la Cour d'Appel et de régistrateur de la Cour de Vice- Amirauté. Il mena dès lors une vie très effacée, ne s 'occupant que de ses fonctions judiciaires, et de sa famille. M. Drolet décéda à Québec le 22 septembre 1873. M. Theller dans son livre, rend un juste hommage au dévouement et à l'habileté de M. Drolet.
John Heath, qui accompagna Dodge et Theller de Québec à la frontière américaine, était un Irlandais authentique. Né
en Irlande, il était le fils de William ïïeath, capitaine au régiment de York Chasseur. Orphelin presque en naissant, Heath passa tout jeune au Canada et fut élevé par un brave Canadien français de Québec, François Bacon: ce qui fait qu'on le désignait aussi souvent sous le nom de Bacon que sous celui de Heath. Admis à la pratique du notariat le 17 octobre 1834, John Heath exerça sa profession deux années à Saint-Charles-de-Richelieu puis revint à Québec. Après sa randonnée à la frontière américaine avec Dodge et Theller, Heath fut obligé de se cacher pendant plusieurs jours. La police soupçonneuse semblait connaître quelque chose de son voyage. A la fin, Heath ipassa aux Etats-Unis d'où il ne revint qu'après l'amnistie. En 1841, le notaire Heath alla s'établir à Rimouski, et, en 1849, nommé régistrateur de la seconde division du comté dé Rimouski, il prit sa résidence à L'Isle- Verte. C'est là qu'il décéda le 16 novembre 1874, à l'âge de 66 ans. Une des joies de sa vieillesse fut de recevoir la visite de la fille aînée de Theller, qui avait voulu lui apporter l'expression de sa gratitude personnelle et la reconnaissance étemelle de tous les membres de sa famille.
Le docteur Edouard Rousseau est désigné dans VAocounf of the Rébellion de Theller sous le simple titre de doctor. Evidemment, l'auteur ne voulait pas le nommer afin de ne pas le mettre en froid avec les autorités anglaises. Le docteur Rousseau, né à Saint-Pierre-les-Becquets le 28 avril 1807, et admis à la pratique de la médecine le 21 juillet 1830, s'établit à Saint-Roch de Québec où il exerça sa profession presque jusqu'à sa mort. Il est certain que Theller trouva un refuge chez le docteur Rousseau au moins pour quelques heures après son évasion de la citadelle. C'était risquer beaucoup car les soldats et les policiers surveillaient étroitement la résidence du patriote. M. Rousseau avait joué un rôle si effectif dans l'évasion de Dodge et Theller et dans les jours qui suivirent que le gouverneur le fit arrêter le 11 novembre 1838. Il fut
gardé en prison jusqu'au 12 avril 1839, sur accusation de haute trahison mais il ne subit pas de procès. Le docteur Rousseau fit presque continuellement partie du conseil de ville de Québec de 1843 à 1863, soit pendant près de vin^ ans. Il décéda à Québec le 19 juin 1883, à l'âge de 76 ans.
John Grâce, Irlandais de naissance, avait épousé une Canadienne française, Elisa Lachance, et il avait pris pour son compte avec grand enthousiasme toutes les revendications des Patriotes. Grâce était pâtissier de son état et avait son établissement sur la côte du Palais, non loin de la porte du Palais. Le rôle actif qu'il avait joué dans l 'évasion de Dodge et Theller fut bientôt connu de la police québécoise et Grâce, pour lui enlever le plaisir de l'incarcérer, suivit ses amis Drolet et Hunter à Détroit, où il vécut, lui aussi, jusqu'à l'amnistie. Il reprit son ancien commerce mais cette fois sur la rue Saint-Jean, au No. 75. Il était encore là en 1848. Nous trouvons son annonce dans le Quehec Directory (1847-1848) de Alfred Hawkins. Il alla s'établir à Batiscan où il décéda le 2 novembre 1891, à l'âge respectable de 86 ans. Theller mentionne à plusieurs reprises dans son récit l'esprit inventif de Grâce et les services de toutes sortes qu'il lui rendit ainsi qu'à son compagnon, William Dodge.
Charles Hunter comme Charles Drolet et John Grâce, fut d'un grand secours à Dodge et Theller dans leur fuite ■de la citadelle et ensuite dans leurs pérégrinations dans la ville. Hunter avait été arrêté le 22 mars 1839 et détenu à la prison de Québec jusqu'au 29 avril suivant. Dans son livre, Theller nous informe qu 'il décéda à Détroit peu après son arrivée dans cette ville. C'est du moins ce que nous avons le droit de soupçonner par les lignes suivantes : ' ' With Messrs Drolet and Grâce, it is différent : they hâve left their country and are now citizens of Détroit, obliged to abandon theîr home and their property, for what they were knowTi to hâve donc for us ; and Mr. Hunter is beyond the reach of their persécutions : His lofty soûl is in heaven/*
Mais la vérité est que M. Hunter, qui était avocat, décéda à Rimouski le 31 juillet 1839, trois mois après sa sortie de prison. Il s'était rendu à Rimouski pour le terme de la cour. Il n'était âgé que de 31 ans.
M. Drolet ne s'était pas trompé en choisissant Jean- Baptiste Carrier pour conduire Dodge et Theller à la frontière américaine. M. Carrier connaissait toutes les grandes routes et les chemins de concessions de la Beauce. Bon cavalier, d'une force physique peu ordinaire, il était en outre d'une bravoure à toute épreuve. Malheureusement, Theller, tout à la joie d'être enfin libre, avait été trop loquace en arrivant sur le territoire américain, et il rendit le voyage de retour de Carrier et Heath très difficile. En outre, M. Carrier fut obligé de se cacher pendant plusieurs jours pour échapper au mandat d'arrestation lancé contre lui. Dans les derniers jours de décembre 1838, M. Jean- Thomas Taschereau, avoeat de M. Carrier, réussit à le faire admettre à caution. Comme pour les autres accusés politiques, l'amnistie vint .mettre fin aux tribulations du brave Patriote. M. Jean-Baptiste Carrier décéda à Saint- Henri de Lauzon le 26 juin 1865.
L'opinion des officiers anglais sur les Patriotes
Nous terminons cette petite étude en citant une page de V Account of the Rébellion in Gcmada de Theller. Elle aidera à renforcer une opinion émise sur les Patriotes par des historiens qu'on a taxés de chauvins, mais à tort, croyons-nous.
En 1837-1838, la petite armée qui combattit les Patriotes était composée d'officiers et soldats réguliers venus d'Angleterre et d'officiers et volontaires canadiens de langue anglaise recrutés au pays. Les officiers anglais, disons-le à leur honneur, se conduisirent loyalement avec les Patriotes. Il n'en fut pas de même des bataillons de volontaires recrutés au Canada. Ce sont ces soldats improvisés qui se rendirent, le plus souvent coupables des vols, des pillages,
•(les incendies. Ces volontaires ne se gênèrent pas, en plusieurs circonstances, de traiter les Patriotes de lâches.
Theller, alors qu'il était prisonnier à London, eut l'occasion de causer avec plusieurs officiers réguliers. Comme il avait vécu dans la province de Québec, il était curieux d'avoir l'opinion de ces officiers sur les Patriotes canadiens-français.
Nous traduisons littéralement afin de ne pas déflorer son texte:
''Pendant notre emprisonnement, nous reçûmes la visite de quelques-uns des officiers du 32ème Régiment qui, en route pour Malden, s'arrêtèrent une journée ou deux à London. Ce régiment avait pris part à l'affaire de Saint- Eustache. L'un d'eux, un vétéran de belle apparence, questionné par moi sur les accusations de lâcheté portées par les loyalistes contre les Patriotes me dit :
'' — ^Lâches! lâches! Monsieur, j'ai fait la campagne de la Péninsule et j'ai ipris part à plusieurs engagements sanguinaires, mais aucun n'approchait le combat de Sarnt- Eustache. Les Canadiens des lâches, répéta-t-il avec indignation, ils se sont battus non pas comme des hommes mais comme des tigres.
''Je m'informai alors continue Theller, du docteur Ohénier qui avait été mon compagnon d'études. L'officier anglais me répondit:
"Il est mort en brave. Il méritait un meilleur sort que celui que lui ont fait subir les volontaires qui, pendant l'engagement se cachèrent (skulled) et qui, une fois le danger passé, se conduisirent en barbares et mutilèrent les cadavres de ceux qui s'étaient battus pour ce qu'ils croyaient la liberté de leur pays."
jUa Bcùtixlte dU QUoHtJpe^^
Il y a déjà plus d'un siècle qu'elle est disparue, la bande de Chambers, mais on en parle encore car les vieillards d'aujourd'hui racontent à son sujet ce que leurs grand 'mères leur en ont appris.
Pendant toute l'année 1834 et une bonne partie de celle de 1835, la ville de Québec et les paroisses environnantes avaient été sous un vrai régime de terreur. Le» grands choléras de 1832 et de 1834 avaient jeté la frayeur dans toutes les âmes. Les vols, les attaques à main armée, etc., qui se succédèrent, de semaine en semaine, en 1834 et en 1835, presque autant que le choléra qui venait de visiter Québec à deux reprises si rapprochées. Les citoyens terrifiés, le soir venu, se barricadaient dans leurs maisons de peur d'être attaqués pendant la nuit. Un dernier attentat souleva l'indignation générale. Dans la nuit du 9 au 10 février 1835, des malfaiteurs s'introduisaient dans la chapelle de la Congrégation, coin des rues Sainte-Anne et d'Auteuil, et y enlevaient des vases sacrés, des statuettes en argent, la lampe du sanctuaire, des candélabres, etc., etc. La police avait été impuissante à éclaircir les vols. Serait-elle capable de découvrir les auteurs de ce vol sacrilège?
On offre des récompenses
La population si croyante de la ville de Québec avait été douloureusement émue par .le vol sacrilège de la Congrégation. Les juges de paix de la ville comprirent qu'il n'y avait qu'un moyen d'arrêter les plaintes qui s'élevaient sur le peu de protection qu 'ils accordaient à la population contre les bandits. Le lendemain même du vol, des placards
affichés sur les places publiques offraient une récompense de cinq livres à toute personne qui donnerait des renseignements qui permettraient d'arrêter les coupables.
lie gouvernement voulut, lui aussi, aider la police à prendre les bandits. Par une proclamation du 17 février 1835, il offrit une somme de cent louis à toute personne qui aiderait à l 'arrestation des voleurs de la chapelle de la Congrégation.
Chambers sur le point d'être pris
La récompense de cent louis offerte par le gouvernement faillit avoir un effet immédiat. Une fille de mauvaise vie, Catherine Roch se trouvait à Tauberge de madame Anderson, où avait été organisé le vol de la chapelle de la Congrégation. Elle avait vu ensemble Chambers, Waterworth, Mathieu et Gagnon précisément deux ou trois heures avant le vol. La récompense de cent louis la tenta. Elle se rendit auprès du connétable Carrier et lui fit part de ses soupçons. Ce dernier commença les recherches. Il se rendit même à Broughton, où résidaient les parents de Waterworth. En revenant de Broughton, où H n'avait rien trouvé, il rencontra Chambers et Waterworh. Ceux-ci causèrent avec lui, et pendant que Chambers amusait le connétable, Waterworth feignant d'être ivre, fouillait dans sa carriole afin de constater s'il n'avait pas trouvé quelques pièces compromettantes contre eux.
Waterworth avoua plus tard, au cours du procès de Gagnon, que les deux bandits avaient eu l'intention de tuer Carrier. Carrier, dit-il, peut remercier le Ciel de n'avoir rien eu dans sa carriole quand nous le rencontrâmes, car nous lui aurions évité de faire le reste du chemia ; notre projet était formé et nos précautions bien prises pour l'assassiner.
Mais la police, à cette époque, était si impuissante qu'il fallut un événement absolument en dehors de ses recherches pour mettre la main sur les coupables.
Comment Cham.bers fut découvert
Chambers, il n'y a aucun doute là-dessus, était l'instigateur et le principal participant au vol sacrilège commis à la chapelle de la Congrégation dans la nuit du 9 au 10 février 1835. Comment les auteurs d'un crime perpétré à Québec furent-ils découverts à Broughton, dans le comté de Beauce, à plus de seize lieues de la capitale?
C 'est une pauvre servante que ses maîtres considéraient un peu comme idiote qui fut l'instrument de la Providence dans cette affaire. Cécilia Connor était servante chez un cultivateur du canton de Broughton, le nommé Norris, beau-frère de Georges Waterworth. Au mois d'avril 1835, Chambers et Waterworth s'étaient rendus à Broughton, chez Norris. Afin de dépister la justice, ils avaient apporté les objets volés à la chapelle de la Congrégation. Au milieu de la nuit ils se dirigèrent sur une cabane à sucre qui appartenait à Norris laquelle était située à plus d'un mille de sa maison. Leur intention était de transformer les vases, les chandeliers, etc., volés. La servante, intriguée par les allées et venues des deux étrangers, les laissa partir de la maison puis les suivit à la cabane à sucre où son maître Norris et son engagé Egleson Knox les avaient accompagnés. Par une petite ouverture de la cabane, la servante vit un des bandits, une statuette de la Vierge à la main, qui se préparait à la jeter dans le creuset. Fervente catholique, elle se rendit compte que quelque chose d'insolite se passait. Aussitôt Chambers et Waterworth partis pour Québec elle fit part au juge de paix de Broughton de ce qu'elle avait vu. Celui-ci se mit tout de suite en communication avec la police, à Québec. Quelques jours plus tard, Charles Chambers, George Waterworth, Pierre Gagnon et Nicolas Mathieu étaient arrêtés.
La surprise fut d'autant plus grande à Québec que Charles Chambers, commerçant de bois, passait pour un honnête homme. Il avait de bonnes relations et la police n'avait jamais eu de plaintes contre lui. Les perquisitions
faites à la résidence de Chambers ne laissèrent ancun doute sur la vie qu'il menait. ^
L'arrestation de Chambers
C 'était le juillet 1835. Vers les trois heures de l'aprèsmidi, Chambers entrait chez lui. Il avait passé une partie de la journée au Palais à faire battre les coqs.
Madame Chambers était à lui raconter que la veille des magistrats étaient venus perquisitionner dans sa maison et en avaient emporté un télescope et des cuillers, lorsqu'on frappa à la porte.
Une couple de magistrats et cinq ou six hommes entrèrent et entourèrent immédiatement Chambers.
— ^Au nom du Roi dit l'un des magistrats, je vous arrête, et lui mettant la main sur l 'épaule, il fit signe aux hommes de police de lui passer les menottes.
— Pourquoi suis- je arrêté, dit Chambers sans perdre son sang-froid ?
— ^Chambers, dit le magistrat, vous êtes accusé de meurtre, de vol sacrilège à la chapelle de la Congrégation et de bien d'autres méfaits.
En ce moment, madame Chambers qui avait entendu la conversation, entra dans la pièce, et Chambers lui dit avec le plus grand calme :
— Sois courageuse. Tu es la femme d'un homme qui n'a pas faibli devant les complots des hommes. Ne crains rien. On m'accuse, mais je saurai me défendre.
Puis, il sortit de sa maison qu 'il ne devait plus revoir.
Quelques minutes plus tard Chambers était enfermé dans un des cachots de la prison (aujourd'hui le Morrin Collège).
La jeunesse de Chambers
Lors de son arrestation en 1835, Charles Chambers était âgé d'environ trente ans.
Il avait commencé sa triste vie d'exploiteur et de voleur
dès sa sortie de l'école. Très intelligent, il était bien vu de la population de Québec, et il aurait pu gagner sa vie honorablement s'il avait voulu suivre la voie droite. Mais il emplcya à faire le mal les dons qu 'il avait reçus de Dieu.
Très habile dans les jeux de hasard et d'adresse, Chambers, sans être un ivrogne, fréquentait les auberges, les lupanars, les endroits alors si nombreux à Québec où on faisait battre les coqs. C'est dans ces divers lieux qu'il exerçait surtout sa science de l'escamotage et de la magie blanche. Il vécut ainsi jusqu'au jour où il s'improvisa marchand de bois.
Pour vendre du bois, il faut en avoir, c'est-à-dire en acheter. Chambers avait trouvé un moyen de se le procurer gratuitement. C 'est dans ce but, qu 'en 1834, il forma une espèce de société avec Waterworth. Laissons ce dernier raconter comment ils opéraient:
"Raconter tous les genres de tricheries, de fraude, de amoglerie, de marchés, de jobs de harg^ams que nous pratiquâmes serait bien trop long; iJ suffira de dire qu'il ne se passait presque point de nuits qr.? nrns ne fîmes quelque )>onne prise de bois ; nous allions couper les câbles des petits cajeux de plançons destinés au chargement des navires, .et attendre au-dessous du courant notre proie qui venait nous trouver; nous nous entendions avec iss guides des grandes cages du Haut-Canada qui nous faisai.^nt bo^i marché des effets de leur bourgeois; nous avions à nos gages des journaliers pour enlever la marque des bois et des écumeurs pour courir les grèves après les orages. Ce dangereux trafic nous fit souvent de mauvaises affaires, et faillit nous troubler avec la police."
Un portrait de Chambers
Le portrait de Chambers a été tracé par Waterworth, probablement l'homme qui l'a le mieux connu. Il doit être fidèle.
**I1 était, dit-il d'une beauté et d'une force peu com-
munes. Une belle tête, des traits réguliers, un cou bien fait, de larges épaules, une démarche aisée prévenaient en sa faveur. Il avait des manières engageantes, l'esprit souple, la physionomie presque douce et prévenante, quand il n'avait intérêt qu'à vous séduire et à vous tromper; mais quand de fortes passions l'agitaient, quand il rêvait un comiplot, quand il voulait, non pas éviter mais renverser les obstacles, alors le masque d'hypocrisie qui couvrait habituellement sa figure tombait, et vous montrait un plantasme effrayant; son œil étincelait et se cavait, son front se couvrait de longs replis, les fibres de son visage se crispaient, battaient avec violence et menaçaient de se rompre ; ses lèvres minces devenaient livides et tremblantes, et sa bouche à demi ouverte et tiraillée convulsivement et tour à tour d'un côté et de l'autre laissait entrevoir un affreux grincement de dents."
La jeune femme de Chambers
Chambers avait épousé, à Québec, le 2 juillet 1834, une Canadienne-française catholique, Julie Gagné, âgée de dix-sept ans.
Au témoignage de Waterworth, madame Chambers était une jeune personne gentille, douce, aimable, honnête, aimant son mari à la folie ; Chambers impérieux et violent, cédait de bonne grâce aux moindres caprices de sa femme. Il se laissait presque conduire par elle. Waterworth prétend toutefois que l'amour de Chambers pour sa femme n'était qu'une feinte, une ruse pour la mieux décevoir. Elle était maîtresse chez elle, mais Chambers ne permettait aucune observation à sa femme sur sa vie en partie double. Ainsi, il ne voulait pas être questionné sur l'emploi des nuits qu'il passait en dehors du logis conjugal. Waterworth se permit un jour de dire à Chambers que sa femme le conduisait comme elle l'entendait. Chambers répliqua tout de suite avec une flamme dans les yeux: "Si elle m'embarrasse, je saurai bien m'en défaire." La jeune femme
de Chambers se doutait-elle que son mari était un voleur de grand chemin? Il est probable que non. L'arrestation de Chambers fut pour elle un coup mortel. Lorsque les policiers amenèrent son mari, elle tomba évanouie dans les bras d'une voisine que le tapage avait attirée chez elle. Quelques jours plus tard, elle eut le courage de se rendre à la prison, voir son mari. ''La Providence, dit M. Angers, qui avait lié le sort de cette jeune femme douce et vertueuse, au sort d'un misérable bandit, lui accorda bientôt la consolation de succomber à ses souffrances et de se dépouiller d'une existence empoisonnée." Elle mourut, en effet, le 1er mai 1836, quelques mois après l'incarcération de Chambers. L'épouvantable existence de son mari mise, devant ses yeux l'avait tuée!
Un frère de Chambers
Il n'y a pas de mal, croyons-nous, à dire que le bandit Chambers avait un frère très respectable, à Québec. Ni l'un ni l'autre n'ont laissé des descendants, de sorte que personne ne souffrira de l'indiscrétion. Robert Chambers, né le 17 mars 1809 fut admis au barreau le 14 juin 1834, précisément un an avant l'arrestation de son misérable frère. Ceci dut quelque peu nuire aux débuts du jeune avocat, mais, comme il était très respectable, ce malheur fut vite oublié, et il eut bientôt une importante clientèle. M. Chambers fut pendant plusieurs années membre du conseil de ville de Québec. Il fut même maire de Québec de 1878 à 1880, et c'est lui qui eut l'honneur d'inaugurer la terrasse Dufferin, en iprésence du marquis de Lomé et de la princesse Louise, fille de la reine Victoria. M. Chambers décéda, respecté de tous, le 1er janvier 1886.
Les membres de la bande
L'imagination populaire grossit démesurément les objets. Une fois Chambers et ses amis arrêtés, on se plaignit que la police laissait en liberté la plupart des membres de la
bande Chambers. D'après les moins exagérés, CLambers avait sous ses ordres au moins vingt-cinq ou trente bandits. En réalité, Chambers n'eut jamais plus de einq ou six complices dans ses attaques à main armée et ses vols. Il était trop habile et trop prudent ipour travailler avec des individus qui l'auraient trahi à la moindre alerte. Les «euls bandits qui participèrent à ses crimes furent George Waterworth, Pierre Gagnon, Nicolas Mathieu, François- Joseph Lemire et James Stewart. Il se débarrassa de ce 'dernier quand il devint dangereux.
George Waterworth
Le principal complice ou associé de Chambers était George Waterworth. Natif d'Irlande, Waterworth avait émigré au Canada avec toute sa famille entre 1820 et 1823. Le père de Waterworth demeura d'abord sur une terre de la Petite-Rivière, à deux milles de Québec, puis il alla s'établir dans le canton nouvellement ouvert de Broughton.
Waterworth était le membre le plus instruit de la bande de Chambers. Il avait fréquenté les écoles en Irlande jusqu'à son départ pour le Canada.
Comment Chambers et Waterworth se connurent-ils? C'est Waterworth lui-même qui nous l'apprend dans sa <3onfession. Dans l'été de 1832, il était venu à Québec pour Livrer du bois à un marchand. Il rencontra Chambers dans le iport. Celui-ei l'amena à l'auberge, le fit boire et dès lors fut formée entre eux une association qui dura de 1832 à 1837, jusqu'au moment oii Waterworth dénonça son ami.
Après avoir rendu témoignage contre Chambers et Mathieu en mars 1837, Waterworth retourna à son cachot dans la prison de Québec. La Couronne décida d'abandonner sa poursuite contre lui et le 6 avril suivant, le gouverneur ordonnait de le remettre en liberté. Waterworth laissa le pays quelques jours plus tard. On ignore ce qu'il devint.
Pierre Gagnon
Pierre Gagnon était d'une famille très respectable de la campagne. Entraîné de bonne heure à Québec par ses: penchants pour les femmes et la boisson, il y fit la rencontre de jeunes gens qui passaient leurs jours à boire dans les auberges et leurs nuits à dépouiller les passants attardés. Lorsque Gagnon rencontra Chambers pour la première fois, il était déjà un habitué des tribunaux et des prisons. Jeun© par les années, il était vieux dans le crime. Gagnon participa à la plupart des vols et peut-être des assassinats de Chambers. En septembre 1837, il subit son procès pour participation au vol sacrilège de la Congrégation. Gagnon^ finit par être déporté.
Nicolas Mathieu
Mathieu était entré dans la voie du crime avant Chambers. On ne peut donc pas dire que c'est ce dernier qui le perdit. Mathieu, né dans une paroisse de la côte de Beaupré, commença jeune sa vie criminelle en volant des moutons. Il s'associa avec Chambers dès 1834. Chambers le décrivait ainsi à un de ses compagnons de crime : ^ ' Déterminé comme un diable, ne craignant ni ciel ni terre, plein de ruse et de sang-froid, discret, vigilant, aguerri, et capable surtout de faire sauter une serrure mieux que qui que ce soit. Et puis, ce qui n'est pas à mépriser, c'est un vieux misérable coquin, qui ne connaît pas son mérite et qui ne sait pas se faire payer. Quelques piastres pour boire une bouteille et passer une nuit de désordre, voilà ce qu'il demande. Il ne connaît rien de mieux."
Mathieu s'indentifia tellement avec Chambers qu'il finit par partager son sort. Il subit son procès en même temps que son chef en 1837. Il avait pris part au vol de la chapelle de la Congrégation, mais il fut condamné pour le vol commis chez madame Montgomery.
Le 31 mars 1837, il était condamné à être pendu le 10
avril 1837, en même temps que Chambers. Sa sentence fut commuée le matin même où il devait subir le dernier supplice, et il s'embarqua pour la Nouvelle-Galles du Sud le 27 mai 1837.
François-Joseph Lemîre
Lemire est le membre de la bande qu'on connaît le moins. Ceci ne veut pas dire qu'il était le moins coupable. Lemire fit partie de plusieurs des expéditions de la bande. Il ne participa pas au vol de la chapelle de la Congrégation, du moins on ne voit pas son nom dans l'acte d'accusation dressé contre Chambers. Il fit tout de même partie de l'expédition dirigée contre la maison de madame Montgomery. S'il ne fut pas condamné pour ce crime, c'est que quelques mois plus tard, arrêté pour un autre vol, il fut déporté.
James Stewart
James Stewart était une vieille connaissance de la police. Bien avant son association avec Chambers, il avait fait de la prison pour divers vols. Sans logis reconnu, il passait les étés dans les fourrés des plaines d'Abraham, et les hivers, dans les granges, les hangars et les cabarets borgnes ^quand il avait un peu d'argent. Stewart prit part à bon nombre des vols perpétrés par Chambers. Comme il n'était pas très intelligent, Chambers lui donnait une très minime part de ses vols. Peu de temps après le vol commis chez madame Montgomery, en 1835, Stewart, dans un moment d'ivresse, commit une indiscrétion qui aurait pu être très dangereuse pour la bande Chambers. Le chef de l'association décida de se débarrasser de ce compagnon dangereux. Chambers, sous un prétexte quelconque, amena Stewart dans une expédition. Tous deux s'embarquèrent dans une chaloupe. Chambers revint, mais on n'eût plus aucune nouvelle de Stewart. M. Angers, dans les Bévélaiians du crime de Camhray, a tout un chapitre sur la mort
de Stewart. Il a peut-être un peu chargé le tableau. -Comme les deux bandits étaient seuls, qui a pu fournir à M. Angers les détails qu'il donne sur l'assassinat de James Stewart? Chambers était très réticent même avec ses compagnons de crime il n'est donc pas probable qu'il aurait dit à son ami Waterworth comment était mort Stewart. En tout cas, il est établi que Stewart ne fut pas revu à Québec après son expédition en chaloupe avec Chambers. Ce dernier ne fut pas, toutefois, mis en accusation pour le meurtre de Stewart.
Le vol chez Atkinson
^I. Atkinson était un riche marchand qui avait sa place d'affaires à la basse ville de Québec. Chambers et Waterworth connaissaient bien les bureaux de M. Atkinson. Celui-ci était marchand de bois et les deux associés venaient souvent le rencontrer. Ils savaient où était le coffre-fort de M. Atkinson. Le 3 novembre 1834, Chambers, Waterworth, James Stewart et un autre. H..., ouvrirent une fenêtre du bureau de M. Atkinson, s'introduisirent à l'intérieur et en sortirent avec un coffre-fort pesant plus de huit quintaux. Ils le transportèrent en chaloupe près du marché Saint-Paul. Là, Chambers le défonça à l'aide d'une hache, prit tout l'argent et les papiers qu'il contenait et les transporta chez lui. Pour cette expédition, Waterworth eut sept louis. Les deux autres bandits reçurent quelques piastres. Chambers garda le reste, soit près de 150 louis.
Le vol chez le vieillard Paradis
Le vieillard Paradis habitait le Cap-Rouge. Il passait pour riche. Dans l'automne de 1834, la bande Chambers avait décidé de le dévaliser. Les bandits se rendirent au Cap-Rouge mais, un voisin de Paradis les informa qu'il était rendu à Charlesbourg. La partie fut donc remise à un peu plus tard.
Elle eut lieu le 3 février 1835. Paradis vivait avec sa nièce, une jeune fille de vingt à vingt-cinq ans. Mais ce soir-là, il avait donné hospitalité à un mendiant. Chambers. Waterworth, G-agnon et Mathieu faisaient partie de l'expédition. Les bandits enfoncèrent la porte de la maison de Paradis. Pendant qu'ils ligotaient Paradis et le mendiant et les jetaient à la cave, la jeune fille, qui couchait dans une autre pièce, avait eu le temps d'ouvrir une fenêtre et de s'enfuir. Les bandits furent donc obligés de déguerpir un peu plus vite. Tout de même, ils avaient eu le temps de s 'emparer de la boîte oii Paradis conservait toute sa fortune, unei somme de 170 louis. De retour chez lui, Chambers fit le partage des dépouilles Gagnon et Mathieu reçurent pour leur part $16., Waterworth $48. et le reste fut le partage de Chambers. Ego nommor Léo.
Le vol de la chapelle de la Congrégation
Le vol de la chapelle de la Congrégation, coin des rues Sainte- Anne et d'Auteuil, à Québec, eut lieu dans la nuit du 9 au 10 février 1835, précisément six jours après l'attaque sauvage commise sur le vieillard Paradis. Cambray et sa bande n'étaient pas inactifs!
Les bandits qui participèrent à ce vol sacrilège furent Chambers, Waterworth, Mathieu et Gagnon. Le complot avait été tramé à l'auberge de madame Anderson, où pensionnaient alors Mathieu et Gagnon.
A l'aide d'un levier, Mathieu et Gagnon défoncèrent la demi-fenêtre qui se trouvait au-dessus de la porte de la chapelle. L'un d'eux s'introduisit dans la chapelle par cette ouverture puis ouvrit la porte.
Waterworth fut laissé à l'extérieur, un gourdin à la main, avec mission d'assommer tout passant qui viendrait les déranger. Les trois autres bandits entrèrent dans la chapelle, où, à la lumière fournie par une chandelle, ils s'emparèrent alors de deux coupes (ciboires) d'une valeur de vingt livres, d'une statuette de la Vierge d'une valeur
de cent livres, d'une lampe de sanctuaire d'une valeur de vingt-<îinq livres, d'un crucifix d'une valeur de dix livres, de quatre chandeliers d 'une valeur de vingt livres, de deux autres chaudeliers d'une valeur de cinq livres, etc., etc. Les voleurs restèrent un peu plus de trois quarts d'heure dans la chapelle. Ils allèrent ensuite cacher le produit de leur vol sous le plancher de l'étable du logement de Chambers, rue de l'Eglise, à Saint-Roch. Chambers ne payait guère ceux qui risquaient leur peau pour l'aider dans ses vols! Gagnon fut le seul des accusés à subir son procès pour le vol sacrilège de la Congrégation. Il fut condamné à être pendu. Or au témoignage de Waterworth, il reçut exactement la somme de deux piastres pour ce vol.
S'il faut en croire la Gazetie de Québec du 11 février 1835, les bandits ne volèrent pas l'ostensoir de la chapelle de la Congrégation parce qu'ils ne réussirent pas à ouvrir la petite porte de la Sainte-Réserve.
Le meurtre du capitaine Sivrac
Le phare au débouché du rapide ou courant du Richelieu, en face de Lotbinière, existe depuis plus d'un siècle. Il porte le nom populaire de phare de l'Ilet, parce qu'il est placé sur les rochers qui, à marée haute, forment une petite île ou îlet.
En 1835, le gardien du phare de l'Ilet était un vieillard de quatre-vingt-deux ans, Louis Sivrac, ancien navigateur, originaire de Deschambault.
Le capitaïue Sivrac habitait seul une maisonnette sur la grève de Lotbinière, à quelques centaines de pas du phare dont il avait le soin. Cette habitation était isolée, éloignée de plusieurs arpents des maisons du village de Lotbinière. L'endroit était donc propice ipour une attaque nocturne.
Dans la nuit du 16 mai 1835, le capitaine Sivrac, seul chez lui comme d 'habitude, fut attaqué par trois ou quatre individus, venus de Québec en chaloupe. Sivrac, qui avait
navigué sur le Saint-Laurent pendant plusieurs années, était bien connu à Québec et on disait que le bonhomme avait une petite fortune qu'il gardait soigneusement dans sa pauvre maisonnette. A cette époque reculée, les banques étaient rares et, d'ailleurs, les gens de la campagne préféraient garder leurs économies chez eux. Ils n'avaient pas confiance dans les banques qui, disaient-ils, étaient des institutions anglaises fondées ou établies pour voler les Canadiens-français des campagnes.
Le vieillard ne pouvait donner ce qu'il n'avait pas et pour lui faire avouer où il cachait son trésor, on le battit affreusement. Finalement, ne pouvant rien gagner avec lui, les bandits le jetèrent dans sa cave à moitié remplie d'eau et clouèrent la porte qui y conduisait afin de l'empêcher de donner l'éveil après leur départ. Ils se contentèrent d'apporter les quelques meubles de la maison et le linge de corps qu'ils purent placer dans des poches.
Ce n'est que le lendemain matin, assez tard, que le capitaine Sivrac fut trouvé à moitié mort dans sa cave. Les mauvais traitements qu'il avait reçus, et son séjour de plusieurs heures dans une cave glacée menèrent le vieillarc au tombeau. Il mourut huit jours après l'attaque sauvage dont il avait été la victime. Son acte de sépulture, daté du 26 mai 1835, porte ''qu'il mourut par suite de coups reçus de la main des voleurs".
Mais, le vieillard, sur son lit de mort, avait parlé. Il avait reconnu ses agresseurs, et en avait nommé quelques-uns.
Relisons la partie de la confession de Waterworth qui a rapport au crime de Lotbinière:
''Il en est un autre (crime) qu'on a mis sur notre compte, je le sais, et pour lequel Cambray (Chambers) a subi un procès, mais dont il a été acquitté devant la Cour Criminelle. C 'est le meurtre du capitaine Sivrac. Quoique le capitaine Sivrac, sur son lit de mort, ait nommé les assassins et quoique Cambray (Chambers), depuis sa condamnation récente, avoue que lui, moi et les autres, nous étions tous présents à ce meurtre, dans la vue, probable-
ment, de se venger de moi et de m 'impliquer dans quelque mauvaise affaire, je déclare solennellement que je ne suis jamais allé à Lotbinière, et que je me serais jamais imaginé qu'il y eut de l'argent à trouver dans la misérable hutte qu'occupait le gardien du phare de Richelieu. J'ai souvent entendu raconter dans la prison les détails de cette affaire, et je sais qu'ils sont des plus révoltants. Attaquer un vieillard, seul et sans armes sur une île déserte, le rouer de coups, le forcer par les traitements les plus inhumains à donner tout ce qu'il possède, et, pour mettre le combla à la barbarie, après l'avoir cruellement battu et meurtrie, le jeter dans une cave pleine d'eau et Ty enfermer sous clef, c'est tout ce qu'on peut imaginer de plus affreux et de plus diabolique; c'est faire le mal pour faire le mal, c 'est se complaire dans les actes de férocité. ' '
Le vol chez madame Montgomery
En 1835, madame veuve Montgomery, née Mary Ross, habitait une maison isolée du Cap-Rouge, paroisse de Saint e-Foy, avec sa servante, Elizabeth Mcliennan, et un enfant de dix ans.
Madame Montgomery était à l'aise et on disait que sa maison était remplie d'objets de valeur. Chambers, continuellement à l'affût de bonnes affaires, connaissîdt l'état de fortune de madame Montgomery et il décida de faire un coup chez elle.
C 'est dans la nuit du 22 mai 1835 que Chambers, Waterworth, Mathieu, Lemire et Stewart s'introduisirent dans la maison de madame Montgomery. Ils entrèrent par une fenêtre de la cuisine. Les deux femmes et l'enfant étaient couchés dans l'étage supérieur, mais le bruit les réveilla et ils se blottirent dans la chambre de madame Montgomery.
Chambers, suivi de sa bande, monta tout de suite à la chambre de madame Montgomery. La servante avait eu le temps de mettre la main sur un tisonnier de fer et elle en asséna un coup formidable sur la tête de Chambers lorsqu'il
enfonça la porte. Chambers, d'abord étourdi, se remit vite et il ordonna à ses compagnons de ligoter les femmes et Tenfant avec leurs draps de lit. Lfcs occupants de la maison furent mis sous la surveillance des trois baudits. Pendant ce temps, les deux autres fouillaient toute la maison et lorsqu'ils la quittèrent une couple d'heures plus tard, il n'y restait plus une pièce d'argenterie, ni un morceau de valeur. Ils avaient emporté jusqu'aux bagues et aux joncs de madame Montgomery déposés dans une cassette.
Il ne paraît pas que les bandits aient maltraité madame Montgomery ni sa servante, malgré le coup vigoureux que celle-ci avait porté au chef de la bande.
Le vol de Fîle d'Orléans
Chambers et sa bande se rendirent deux fois à Saint- Laurent de rile d'Orléans pour dévaliser un vieillard qui vivait seul et avait la réputation d'être riche. Ce rentier résidait dans le village, non loin de l'église. La première tentative, en 1834, fut manquée. Les bandits avaient défoncé une fenêtre de la résidence du rentier et se préparaient à y pénétrer, lorsque Waterworth, qui avait cru entendre du bruit dans les environs, se sauva à toutes jambes. Les autres, ignorant ce qui se passait, firent de même. Water^^orth fut cruellement battu par ses copains pour avoir fait manquer cette expédition qui promettait tant.
Mais le coup fut repris l'année suivante, quelques mois après le vol sacrilège de la chapelle de la Congrégation.
Cette seconde expédition était composée de Chambers, Mathieu, Waterworth et Knox. Ce dernier, cependant, ne connaissait rien du complot. Les bandits l'avaient amené à l'île d'Orléans pour avoir soin de leur chaloupe. Les voleurs pénétrèrent dans la maison du célibataire, le prirent au lit et voulurent lui faire donner son argent. Le vieillard n'en avait pas. Les voleurs lui firent subir toutes sortes de tortures pour lui faire avouer où il cachait son argent. A la fin, comme le jour approchait, Chambers et ses complices
s'emparèrent des meilleurs habits du vieillard, de ses provisions, et le laissèrent à moitié mort de peur.
L'assassinat des deux habitants du Château-Richer
Ces deux habitants furent eissassinés près du passage à gué, au-dessous du sault Montmorency. Ces pauvres diables étaient allés vendre leurs produits au marché de Québec. Ils s'en retournaient chez eux, tard le soir, par une pluie battante. La bande les guettait près de la chute. Au mot terrible: la bourse ou la vie, les deux habitants s'exécutèrent et donnèrent tout ce qu'ils avaient aux bandits. Mais l'un d'eux reconnut Mathieu, qui était originaire du Château-Richer, et lui reprocha de dévaliser ses anciens coparoissiens.
— Ah! Tu me reconnais, dit Mathieu, c'est ton coup de mort, autrement tu me dénoncerais.
Et, à l 'instant, les cinq bandits tirent les deux habitants hors de leurs voitures, leur tiennent la tête sous l'eau jusqu'à ce qu'ils soient étouffés. Ils jetèrent ensuite leurs victimes et leurs voitures dans le courant afin de faire croire qu'ils avaient manqué leur route et s'étaient jetés dans le courant sans s'en apercevoir.
Disons ici qu'aucune preuve écrite n'existe sur le meurtre des deux habitants du Château-Richer. La tradition n'a pas même conservé les noms des deux habitants assassinés.
Le meurtre des deux Griff iths
On ne prête qu 'aux riches, dit le proverbe. Chambers et sa bande étaient si riches en crimes de toutes sortes qu'on leur attribua la plupart des meurtres inexpliqués commis dans la région de Québec de 1834 à 1837.
Dans sa brochure les Révélations du crime de Camhray, V.-K. Angers, après avoir raconté le vol des vases sacrés à l'église de l 'Ange-Gardien, en 1835, écrit, parlant de Chambers et de ses compagnons: "De là, les brigands se rendirent à l'île aux Oies, et y assassinèrent les deux infor-
tunés Griffiths dont la mort a été un mystère jusqu'à ce jour. ' '
Nous croyons que M. Angers fait erreur ici. Chambers ni aucun membre de sa bande ne furent mêlés au meurtre des Griffiths.
Les frères Griffiths étaient des marins qui se livraient à la recherche des ancres perdues. Au mois de juillet 1831, ils s'étaient rendus à l'île aux Oies pour y repêcher des ancres supposées avoir été perdues autour de Tile. Les Griffiths avaient amené avec eux deux manoeuvres. Ils se bâtirent une cabane en planches sur la grève de l'anse à Beauf ils afin de se loger pendant leurs recherches.
Les Griffiths, qui n'avaient pas une grosse confiance dans leurs employés, avaient confié une valise contenant toutes leurs valeurs à un nommé Jolicoeur, habitant de l 'île.
Les deux manoeuvres formèrent le complot de tuer leurs patrons afin de s'emparer de leur valise. Le meurtre eut lieu un matin du mois de juillet 1831. L'un des Griffiths fut tué d'un coup de fusil; l'autre d'un coup de hache.
Les meurtriers tentèrent ensuite de se faire remettre la valise à la garde de Jolicoeur. Mais, celui-ci ne voulut pas s'en départir. Les assassins, se croyant découverts, s'emparèrent alo'rs de la chaloupe des Griffiths et disparurent.
Les corps des malheureuses victimes ne furent trouvés que trois ou quatre jours plus tard. Encore une fois, nous ne croyons pas qu'on puisse imputer à Chambers et à sa bande le meurtre des Griffiths.
Le vol sacrilège de L'Ange-Gardien
Un soir, vers dix heures, Chambers, tout trempé de pluie, se présentait chez l 'abbé Marauda, curé de L 'Ange-Gardien, qu'il connaissait bien. Il prétexta qu'un accident à sa chaloupe l'avait forcé d'arrêter à L'Ange-Gardien.
Le curé Maranda le reçut fort bien. Il le fit souper et lui offrit l 'hospitalité pour la nuit.
Pendant que le curé lisait son bréviaire, Chambers passa
à la cuisine, tit causer la vieille ménagère puis gagna la chambre que le curé lui avait assignée pour la nuit.
Le lendemain matin, grande alarme au presbytère de L'Ange-Gardien. En se rendant à l'église pour dire sa messe, le curé Marauda avait constaté que les vases sacrés avaient été volés. ^ :
Chambers, éveillé par les doléan<^es de la ménagère, se rend auprès du curé, lui présente ses sympathies sur le vo] sacrilège dont il vient d'être la victime, et lui dit à roreille:
— J'ai vu dans votre cuisine un homme qui m'a l'air tout transporté.
Le curé répond que son sacristain est un honnête homme, mais Chambers insiste et affirme que l'homme cache certainement quelque chose. ''Son agitation, ajoute-t-il, n'est pas naturelle".
Le curé Marauda finit par avoir des doutes sur son sacristain, et le fit arrêter. Le pauvre sacristain passa quelques jours en prison, subit son procès et fut, heureusement acquitté.
Ce ne fut que par la révélation de Waterworth qu'on sût enfin que le vrai coupable était Chambers lui-même.
Le premier procès de Chambers
La Cour du Banc du Roi, juridiction criminelle, avait alors deux termes par année, l'un en mars et l'autre en septembre.
C'est au terme criminel de septembre 1835, présidé par le juge en chef Sewell et le juge Philippe Panet, que Chambers subit son premier procès.
La Couronne, qui ne voyait pas encore très clair dans la ténébreuse existence de Chambers, n'avait porté qu'une accusation contre lui, celle d'avoir volé un télescope, propriété de Georges Holmes Parke. Le télescope avait été trouvé au fond d'une valise dans le logement même dii bandit. Il semblait à la Couronne que la preuve du vol
serait facile à établir et que le prisonnier serait sûrement trouvé coupable. Elle n'avait pas compté avec le défenseur •de Chambers.
Le procès s'ouvrit le 25 septembre 1835.
M. Parke, entendu comme témoin devant les grands jurés, jura qu'au mois de janvier 1935 son bureau avait été cambriolé, qu'on lui avait enlevé différents objets, et, entre autres, un télescope. Chambers avait choisi comme défenseur probablement le meilleur avocat de Québec, James Stuart, le futur juge en chef de la Province. Celui-ci pressa M. Parke de questions, l 'embrouilla, le fit se contredire et l'accula tellement au pied du mur, qu'à la fin il kvoua qu'il iie pouvait jurer que le télescope trouvé dans la maison de Chambers était bien celui qu'on lui avait volé. Il n'en fallait pas plus au brillant avocat. Il demanda immédiatement au tribunal de ne pas soumettre l'accusation aux petits jurés, parce qu'il n'y avait pas de preuve contre le prisonnier.
La Cour refusa la demande de M. Stuart, mais, évidemment, l'affaire se présentait mal pour la Couronne puisque M. Parke, son principal témoin, ne pouvait reconnaître sa propriété.
Devant les petits jurés, M. Stuart insista surtout sur ce point, et fit entendre quatre témoins pour prouver le bon caractère (good character) de Chambers. Les jurés ne délibérèrent pas longtemps et rendirent un verdict de non coupable en faveur de Chambers.
Le bandit avait gagné la première manche!
Le deuxième procès de Chambers
Aux assises criminelles de mars 1836, Charles Chambers et Nicolas Mathieu subirent leur procès pour le meurtre du capitaine Louis Sivrac. On entendit plusieurs témoins, entre autres Avila Beaudet, Amable Beaudet, William Thurber, Louis Grenier, Edouard Foucher, Joseph-Nérée Legendre, Pierre Legendre, Louis Bourget, Augustin Soucy,
Pierre Lemay, la veuve Louis Latouche, Joseph Penault, Bernard Panet, Pierre Le^endre, W. B. Lindsay et autres^.' Malheureusement aucun d'entre eux n'avait été témoin du crime. M. James Stuart, l'avocat de l'accusé, eut donc' la partie belle. Il transquestionna les témoins les uns après' les autres et les fit se contredire. Les jurés, William Brown, Alexander Louthood, ïïugh O'Lore, Henry Eaton, Joseph' Gingras, Joseph West, William Wilson, Joseph Malouin,' Thomas Green, John Selby, John Parker et Gabriel Sain-' don déjà bien disposés pour l'accusé, ne trouvèrent pas, dans les témoignages qu'ils entendaient, une preuve suffisante pour faire monter un homme sur l'échafaud. Aussi, le 28 mars 1836, ils déclarèrent Chambers et Mathieu non coupables. Ceux-ci, cependant, ne furent pas mis en libertécar la Couronne avait d'autres accusations à porter contre eux.
Le troisième procès de Chambers ,
Chambers subit son troisième procès aux assises de marj>
Le bandit, qui avait été arrêté avant de tirer partie du produit de tous ses vols, et qui voulait en profiter au détri- . ment de ses complices, avait eu des pourparlers avec le geôlier de la prison. Il offrait de donner les noms de tous ceux qui avaient commis les vols mais à condition qu'on le mettrait en liberté tout de suite. La Couronne ne pouvait accepter ce marché. Le geôlier informa Waterworth de. l'offre de Chambers. C'est alors que Waterworth, poui: sauver sa peau et se venger de celui qui l'avait entraîné, dans le crime, se décida à parler. On ne lui promit rien,: mais il comprit que, s'il devenait le témoin de la Couronne,, il serait mis en liberté.
Le procès se déroula le 28 mars 1837, devant le juge Bowen. Charles Chambers et Nicolas Mathieu subirent leur procès conjointement. Ils étaient accusés de s'être introduits dans la maison de madame Montgomery, dans la nuit-
du 22 mai 1835, et d'y avoir volé des argenteries, des bijoux, etxî.
Plusieurs témoins furent entendus mais c'est le témoigïiage écrasant rendu par leur complice Waterworth qui fit condamner les bandits Chambers et M^-thieu.
• Malgré le discours très habile de M. O'Kill Stuart en faveur des accusés, les jurés les trouvèrent coupables, et, le 31 mars 1837, le juge Bowen les condamna à être pendus le 10 avril suivant.
Chambers se fit-il catholique?
' On a écrit à différentes reprises que Chambers, condamné à mort et n'ayant plus d'espoir d'échapper à la potence, fit demander un prêtre et se converti à la foi catholique. E e&t exact que Chambers dès le jour de sa condamnation, s'entretint longuement avec un prêtre qu'il avait bien connu et fréquenté alors qu'il faisait figure d'honnête homme. IVIais rien n'était vrai chez cet être. S'il demanda tour à tour des prêtres et des ministres protestants à son cachot son intention n 'était pas de se convertir à l 'une ou Taure forme de religion qu'on lui offrait. Aux prêtres qui le visitaient, Chambers disait qu'il embrasserait la foi catholique parce qu 'elle lui semblait la meilleure, mais qu 'il lui fallait du temps pour se préparer. Aux ministres protestants, le rusé bandit apportait à peu près les mêmes arguments, mais en faveur de leur religion. Son jeu était facile à comprendre. Les amis de Chambers avaient mis en circulation une requête pour faire commuer sa sentence de mort. Il devait être pendu le 10 avril 1837, et, le jour même où il. devait subir le dernier supplice, le gouverneur lord Gosford changeait la sentence de mort en une sentence de •déportation à la Nouvelle-Galles du Sud. On vit tout de suite que Chambers avait joué la comédie car, aussitôt qu'il apprit qu'il échappait à l'échafaud, il ne parla plus de sa conversion. Il essaya même de se rendre malade en avalant •du tabac, dans le but de retarder son départ pour la colonie î^énale.
Pourquoi Chambers ne fut pas condamné pour sacrilège
Les procès civils ou criminels comptent tant d'aléas qu'ils sont en général, des boîtes à surprises. On ne sait jamais d 'avance quel sera le jugement. Le cas de Chambers illustre cet axiome de façon concrète. Voici un bandit qui subit un procès pour meurtre, un autre pour vol sacrilège et, cependant, la justice ne réussit à le faire condamner que pour simple vol (burglary). La chose demande explication.
I/mdictment ou acte d'accusation contre Chambers, Waterworth, G-agnon et Mathieu portait en toutes lettres ^'Indictment for Burglery and Sacrilège". Les accusés furent donc amenés devant la Cour du Banc du Roi, à Québec, au terme criminel de mars 1837. La loi leur accordait le privilège de subir leur procès séparément, et on peut croire qu'ils le réclamèrent.
Devant les jurés, un accusé isolé a toujours plus de chances d'être acquitté.
Le premier accusé à subir son procès fut Pierre Gagnon. Il avait choisi comme avocat M. James Stuart, un de» meilleurs criminalistes de Québec.
Le cas de Gagnon était clair comme le jour puisque un de ceux qui avait pris part au vol saorilège de la chapelle de la Congrégation, George Waterworth, était le principal témoin de la Couronne.
La Couronne fit entendre ses témoins que M. Stuart ne transquestionna même pas. Seulement, le retors avocat avait à la main une petite motion de rien qui devait sauver la vie de son client. Le vol sacrilège était puni de mort. M. 8tuart demandait par sa motion de retrancher le mot sacrilège de l'acte d'accusation. Et voici sur quoi il s'appuya. La loi anglaise, disait-il, ne reconnaît pas comme vols sacrilèges les vols commis dans les chapelles non paroissiales. Or, la chapelle des Congréganistes n'était pas une église paroissiale mais simplement une chapelle de dévotion.
Le jug€ Bowen prit la motion de M. Stuart en délibéré. Il voulait avoir le temps de l'étudier car elle lui paraissait très sérieuse.
Le même jour (29 mars 1837), les jurés déclaraient Gagnon coupable de l'accusation portée contre lui mais ils ajoutaient dans leur verdict: "If it shall appear to the- Court of Our Lord tbe King now hère that the place in which the felony, burglary and sacrilège charged in the indictment was committed be not a ehapel according to theform of the statute, in such case made and provided, then the Jurors upon their oath say that the prisoner Pierre Gagnon is guilty of stealing to the value of twenty pounds in manner and form as he stands indicted, and not guilty of the rest of the indictment".
L'objection soulevée par M. Stuart dans le procès de Gagnon avait été prévue par le Couronne puisque, dès le- 23 septembre 1836, le procureur général avait abandonné l'accusation de vol sacrilège contre Chambers et Mathieu.
Il est bien permis de se demander pourquoi la Couronne, puisqu'elle admettait que, dans le cas de Chambers et de Mathieu il n'y avait pas eu de vol sacrilège au sens de la loi, persista à faire subir un procès pour vol sacrilège à Gagnon.
Le départ pour l'exil
Le matin du 27 mai 1837, il y avait grand branle-bas à la prison de Québec. Ce jour-là trente-neuf de ses pensionnaires devaient s'embarquer à bord du brick Ceres. Ils se rendaient en Angleterre et, de là, devaient s'embarquer pour la Nouvelle-Galles du Sud. place de leur exil.
Le Quedec Mercury du 27 mai 1837 parle ainsi du départ des bandits:
' ' The convicts were this morning embarked for England in the Ceres. They were escorted from the Jail to the place of embarcation by an officer and a party of the 66th Régiment which accompanied them, in one of the horse ferry-boats, and put them safely on board ship.
Chambers appeared much dejected; they were mostly dressed in Canadian grey homespun cloth, in compliment, ^e suppose, to the Resolution of ihe P... Patriote".
Les compagnons de Chambers et de Nicolas Mathieu dans ce long voyage furent: James Schuter père, James Schuter fils, John McAuliff , Ambroise Provost, Pierre Provost, Jean Thibault, William Cuthbert, William Allen, John Nicholson, James O'Neil, William Hunter, George R^^an, James Moiseau, James Brown, William Disney, Patrick Fleming, Patrick Sullivan, John Johnston, Richard Burnard, John Wakeman, Joseph Côté, tous du district de Québec; Jean-Baptiste Fournel, Joseph Tomache, Gilbert Bernard, William Andy, Pierre Giroux dit Cloutier, Jean- Baptiste Moreau, François Sanschagrin, Zéphyr Laneuville, Joseph Picard, Joseph Dolleur, James Gordon, François Laro<îque, Alexander Thibetts, John Smith, du district de Montréal et Yvon dit Fraser et un nommé Johnson, du ■district des T rois-Rivières.
Les révélations du crime de Cambrai
En 1837, François-Réal Angers, avocat au barreau de Québec, père du futur lieutenant-gouverneur Angers, publiait une brochure qui eut une grand vogue dans le temps, les Révélations du crime de Camhray et ses complices. Cambray ici c 'est Chambers. Pourquoi M. Angers remplaça-t-il le nom de Chambers par celui de Cambray? Nous' l'avons dit plus haut, Chambers avait un frère, Robert Chambers, avocat, homme très respectable, qui avait l'estime de toute la population de Québec. C'est pour ne pas humilier un confrère éprouvé que M. Angers donna au bandit Chambei-s le nom de Cambray.