UN PRETRE MEDECIN
Le prêtre est d'ordinaire le médecin des àmes. En voici un qui fut médecin des corps en méme temps que médecin des âmes.
Pierre-Joseph Compain était né à Montréal le 11 avril 1740, du mariage de Pierre Compain dit Lespérance, perruquier, et de Françoise Vacher.
Il avait fait une bonne partie de ses études au séminaire de Québec, mais il dût les abandonner pendant le siège de cette ville en 1759. De retour à Montréal, il étudia pendant quelque temps la
chirurgie sous M. Feltz, chirurgien-major des troupes. Puis il se mit dans le commerce.
Le 1er novembre 1767, M. Montgolfier, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, écrivait à Mgr Briand évèque de Québec :
“ Le nommé Compain, fils du barbier de cette maison, avait ci-devant fait une partie de sa rhétorique à Québec ; il a quitté les études pendant le siège. 11 a eu quelque commencement de chirurgie sous M. Feltz, mais je crois qu'il ne l'a jamais exercé en son nom. 11 s'applique depuis quelque temps au commerce, et a été marié, mais il est veuf depuis 7 à 8 mois; il parait de bonnes mœurs, et se présente pour aller recommencer la rhétorique à Québec avec nos jeu'ies gens. ”
Cette fois, Compain put terminer sa rhétorique et faire sa philosophie. 11 prit ensuite la soutane et fit ordonné prêtre le 3 juillet 1774.
Vicaire pendant quelques mois à Saint-Pierre de l'ile d'Orléans, M. Compain fut nommé, en 1775. curé des Eboulements et de l'ile aux Coudres.
C'est pendant son séjour à l'ile aux Coudres que la légende fait traverser de façon presque miraculeuse le fleuve Saint-Laurent couvert de glaces au curé Compain, pour aller ensevelir le Père Jésuite de La Brosse à Tadoussac. Elle veut qu'au coup de minuit, le 11 avril 1782, la
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cloche de la chapelle de Tadoussac se soit mise à sonner tristement pour avertir M. Compain que le saint Jésuite venait de mourir et le prier de venir lui donner la sépulture religieuse.
Malheureusement - our la légende, l'acte de sépulture du Père de La Brosse signé par M. Conpain nous dit qu'il mourut * muni des sacrements de pénitence et d’extrème-onction ”. Ce qui prouve que M. Compain se rendit à Tadoussac avant même la mort du Père de La Brosse.
Comme le fait remarquer Mgr Gagnon, l'acte de sépulture modifie quelque peu la légende, mai: il est tout à l'avantage du Père de La Brosse. Il est. en effet, beaucoup plus conforme aux lois de l'Eglise de faire venir le prêtre avant de mourir que de le demander uniquement pour se faire ensevelir et inhumer.
En 1788, M. Compain devenait curé de Saint- Etienne de Beaumont, puis, en 1798, curé de Saint-Antoine de Chambly, où il décéda le 21 avril 1806. |
M. Compain s'était occupé de médecine toute sa vic. Il avait, dit-on, un remède infaillible pour guérir les cancers. Le 16 octobre 1795, il proposait à M. Plessis, alors curé de Québec, de faire connaître son secret pour traiter les maladies si le clergé voulait bien lui payer une pension. “ Je possède, disait-il, un secret utile à l'hu-
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manité. Une foule d’indigents accourt à moi et ma cure est pauvre. Qu'on me promette d’avoir une aîde de la Législature ou qu’on me paye une pension et je livrerai mon secret.” Dans une autr. lettre, il disait encore: “ Je ne veux point m'enrichir, maïs si je livre mon secret les docteurs s'en empareront et ils feront payer les pauvres. L'argent que je ferai, je le donnerai aux pauvres. ”
Quatre ans plus tard, en 1799, M. Compain priait M. Plessis, devenu coadjuteur de Québec, de remettre la lettre suivante à la supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec :
“ Ma très Révérende Mère,
“ Permettez-moi de vous présenter mes humbles respects, et, en même temps, de vous offrir le secret de guérir les cancers et, par là, vous aider à augmenter votre revenu et vous aider. avec plus d'aisance, à secourir les pauvres misérables qui se trouvent attaqués de cette maladie mortelle.
“Comme le nombre en augmente tous les jours, de toutes parts, pour donc, le bien général de cette province, et pour prouver mon humanité envers le genre humain, j'ar résolu de remettre mon secret à trois communautés chargées du soin des malades: c’est-à-dire à votre communauté, à celle de Montréal et aux Trois-Rivières.
“ Si vous êtes dans la disposition de l’accepter, voici mes conditions :
“1° Les pauvres seront guéris gratis.
“2° Vous ferez payer ceux qui sont en état «le le faire, et en cela vous pouvez toujours retirer quelque chose.
“ 3° Je ne demande de votre part, pour toute reconnaissance, rien autre chose sinon que, tous les mois, il se fera, dans votre communauté, une prière pour la sanctification de mon âme et la santé de mon corps.
“4° Je me réserve de soigner quand il me plaira.
“5° Le dit secret sera conservé dans votre communauté, sans être mis public de mon vivant.
‘6° Si cela vous convient, je vous prie de me faire l'honneur d'une réponse, et aussitôt je vous remettrai le secret, avec les instructions absolument nécessaires. Cela fait, vous obligerez celui qui a l'honneur de se faire avec tout le respect possible,
Ma Très Révérende Mère,
Votre très humble et obéissant serviteur,
P. J. Coupaix, Ptre, curé,
St-Antoine de Chambly.”
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M. Compain guérissait aussi des chancres.
Dans la Gazette de Québec du mois de mars 1790, il invitait ceux qui étaient atteints de chancres de s'adresser à. lui pour leur guérison.