‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 53 sur 100 · HALDIMAND ET LES PRETRES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

HALDIMAND ET LES PRETRES FRANÇAIS

Nous lisons dans les Mémoires de Nicolas- Gaspard Boisseau :

“ Dans l'été de 1783, sont arrivés à Québec deux prêtres français, vêtus en marchands, qui étaient venus avec M. Bouthillier, négnciant de Montréal. En débarquant du vaisseau ils furent se loger au Café de la basse-ville, et partirent dès le lendemain pour Montréal, ville pour laquelle ils étaient envoyés. Ils s'y firent connaître en arrivant, ce qu'ils n'auraient pas dü faire avant que le gouverneur (c'était pour lors M. Haldimand) eut été instruit de leur arrivée.

“Le général Haldimand n'eut pas plutét ap-

pris qu'il y avait des prêtres d'arrivés dans ce pays, et qu'ils étaient allés:à Montréal incognito. qu'il dépêcha secrètement un de ses aides de camp dans cette ville, avec ordre de les faire embarquer dans la goclette de Sa Majesté La Mercure pour Québec, ce qui fut fait avec une célérité inouie, A peine les messieurs du Séminaire eurent-ils le temps de leur glisser une bourse pour les con duire sans savoir où, C'est ainsi qu'ils partirent de Montréal.

“* Arrivés au port de Québec on ne voulut seulement pas leur permettre de descendre à terre pour faire quelques préparatifs nécessaires pour un si long voyage que celui qu'on leur voulait faire faire, mais qu'ils ignoraient. On les fit donc embarquer sans plus ample informé daris un navire pour l'Angleterre. Un seul s'est rendu, que l'on a renvoyé honteusement dans son pays.

L'autre a péri sur mer, de chagrin. ”

C'est le 22 mai 1783, que les abbés François Ciquard et Cassel débarquèrent à Québec. [Is montèrent dès le lendemain à Montréal où ils se retirérent au séminaire de Saint-Sulpice.

Le gouverneur Haldimand, aussitôt qu'il connut leur arrivée, envoya un détachement de soldats sous les ordres d’un officier pour opérer leur arrestation et les renvoyer en France.

La population de Montréal, qui manquait «le

prêtres, fit présenter une adresse portant plus de 500 signatures à [laldimand lui, demandant de permettre à MM. Ciquard et Cassel de rester au Canada.

Cette adresse disait :

“ Montréal, 21 juin 1783.

“ A Son Excellence Frédéric Haldimand, gouverneur en chef de la province de Québec, etc, etc, etc.

“ La très humble adresse des citoyens de la ville et faubourg de Montréal.

“* Qu'il plaise à Votre Excellence,

“* De nous permettre de lui représenter très respectueusement que deux jeunes prêtres français voulant exercer leur zèle dans les missions étrangeres, sont arrivés ce printemps dans notre ville dépourvue depuis longtemps de sujets ecclésiastiques suffisants pour en desservir la paroisse, les collèges, hôpitaux et communautés; qu'ils ont restés jusqu'à présent dans la maison du Séminaire établi en cette ville, abri d'autant moins suspect que le zèle, la fidélité. ia loyauté des prêtres qui le composent, sont cœinus de Votre Excellence et de vos prédécesseurs et plus singulièrement encore par leur conduite depuis la naissance des troubles en Amérique, ce qu'ils ont eu de commun avec tout le clergé du Canada, dont l’in-

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fluence sur l'esprit du peuple quant au spirituel, a épéré dans les circonstances des effets très salutaires à la Province; que nous sommes informés qu’il a plu à Votre Excellence ordonner que ces deux prêtres descendent incessamment à Québec et comme nous craignons qu'ils ne passent de là en Europe, nous nous joignons en ce jour pour vous supplier très humblement mais avec la confiance que sa bonté et sa justice nous inspirent de vouloir bien permettre que ces deux prêtres, après avoir obéi aux ordres de Votre Excellence, ohtiennent la permission de revenir en cette ville pour y rester sous notre cautionnement général qu’ils se comporteront avec conduite et loyauté envers le gouvernement, jusqu’à ce que la volonté de Sa Très Gracieuse Majesté soit connue, au pied du trône de laquelle, et sous les auspices de Votre Excellence, nous nous proposons de faire parvenir à cet effet nos très humbles représentations.

“T'elle est la grâce, telle est la faveur, en attendant, que nous supplions Votre Excellence de nous accorder et nous ne cesserons de prier pour” sa conservation et sa plus grande prospérité.

“Nous prenons la liberté de supplier Votre l'xcellence de. vouloir bien être favorable, à .MM. Pierre Mezière et Jean-Baptiste Adhémar, élus

par la voix publique pour nous représenter auprès de Votre Excellence. ”

Trois jours plus tard le gouverneur Haldimand répondait à MM. Adhémar et Mezières qui étaient venus lui présenter cette adresse :

‘ Québec, 24 juin 1783.

“ Messieurs,

* J'ai lu la requête que vous m'avez présentée avec cette attention que je donnerai à toutes les représentations qui pourront m'être faites par les citoyens de Montréal, surtout lorsqu'il s'agit de ce qui peut intéresser la religion. M. de Mongolfier et les prêtres du Séminaire n'ignorent pas les démarches que j'ai faites pour procurer des sujets ecclésiastiques de l'Europe pour suppléer aux besoins de la province et peuvent vous avoir instruits des preuves que je leur ai données en toutes les occasions de la confiance entière que j'ai dans leur zèle et leur attachement pour le gouvernement et de la bonne volonté que j'ai poyr leur maison, mais les ordres que j'ai donnés pour faire passer en Europe les deux’ prêtres français qui se sont introduits clandestinement dans la Province sont les résultats de mon devoir envers l'Etat et duquel je ne pourai pas mexempter. Vous ferez part de ma réponse à

MM. les citoyens de Montréal et leur donnerez les assurances les plus fortes, des intentions favorables que je conserverai toujours pour eux et pour tous les sujets du Roi.

Je suis très parfaitement, Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,

FRED. HALDIMAXD. ”

MM. Mezières et Adhémar répondirent au général Haldimand :

‘“ Montréal, 30 juin 1783.

** Monsieur,

* Nous avons l'honneur d'informer Votre Excellence qu'aussitôt notre arrivée samedi à Montréal, en conséquence de ses ordres nous avons communiqué à nos concitoyens la réponse très gracieuse qu'il a pl à Votre Excellence de faire à leur très humble adresse. Les expressions qu'elle contient les ont sensiblement touchés et pénétrés de la plus vive reconnaissance.

“ Encouragés par vos bontés constantes envers eux et dont ce dernier procédé leur est un témoignage nouveau, ils se reposent absolument sur la bienveillance et la protection de Votre FExcellence. Par notre voix ils la réclament avec confiance et la supplie très humblement d'appuyer de son crédit et de sa recommandation la très

humble adresse qu’ils se proposent de faire parvenir par leurs députés à Sa Très Gracieuse Majesté aux fins d'obtenir les secours nécessaires pour le soutien de la religion de leurs pères. Nous avons l'honneur d'être avec un très profond respect, Monsieur, de Votre Excellence, les très-humbles et très-obéissants serviteurs,

PIERRE MEZIÈRE J&ax-DTE ADHÉMAR

Au général Haldisand. ”

Pendant que les citoyens de Montréal faisaient ces démarches auprès du gouverneur, les abbés Ciquard et Cassel avaient été amenés à la Malbaie pour y attendre un bâtiment en partance pour l'Europe. M. Ciquard, à qui le séjour du Canada plaisait évidemment, se sauva à travers les bois et retourna à Montréal. Il fut pris une seconde fois et embarqué au Bic le 20 août 1783 à bord d'un vaisseau qui partait pour l'Angleterre. Le 20 septembre suivant, il était de retour à Paris.

Neuf ans plus tard, M. Ciquard repassa au Canada. Les dispositions des autorités étaient bien changées à l'égard des prêtres français. Il fut plusieurs années missionnaire des Micmacs du Nouveau-Brunswick. M. Ciquard mourut

plein de mérites au séminaire Saint-Sulpice, à Montréal, le 28 septembre 1824.

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