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LES FRERES DES ECOLES CHRE- TIENNES AU CANADA

C'est en 1837 que les Frères des Ecoles Chrétiennes se sont établis au Canada. Le 10 cctobre 1837, le paquebot Louis-Philippe partait du Havre emportant vers l'Amérique quatre Frères des Ecoles Chrétiennes: les Frères Aidant, Adelbertus, Rombaut et Euverte. Ils avaient pour compagnons de route trois prêtres de Saint-Sulpice : MM. Billaudèle, Chalbos et Raymond. Débarqués à New-York le 3 novembre, ils se mettaient, dès le lendemain, en route pour Montréal, où ils arrivèrent trois jours plus tard, après avoir remonté le fleuve Hudson jusqu'à Troy. Dès le dimanche suivant, le curé de Montiéal annonçait au prône que les parents qui voudraient confier au: Frères l'éducation de leurs enfants, pourraient les présenter au frère directeur, le 21 décembre. Ce jour-là, deux cents enfants furent admis.

Le 22 janvier 1838, les Frères des Ecoles Chrétiennes ouvraient leurs classes à Montréal, au grand contentement de toute la population.

I y avait plus d'un siècle qu'on désirait les Frères des Ecoles Chrétiennes au Canada.

Nous lisons, en effet, dans l'ouvrage de feu M. l'abbé J.-C. Caisse, L'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes :

“En 1718, c'est-à-dire du vivant nême du saint fondateur, M. Charon, homme d'un grand zèle et un des fondateurs de l'hôpital de Montréal, vint à Paris solliciter des disciples du véncrable de la Salle. Toutefois, cette tentative n'aboutit point ; elle fut reprise quinze ans plus tard, sous le généralat du Frère Timothée, Deux Frères, les Frères Denis et Pacifique, furent envoyés, pour z'oir par eux-mêmes l'état des choses. La position ne leur paraissant pas assez conforme au but de l'Institut, ils dûrent rentrer en France, quittant Montréal azec peine, sans doute parce qu'ils entrevoyaient les fruits abondants que pouvaient produire les écoles chrétiennes dans cette belle et religieuse contrée. ”

Dans son beau livre L'Instruction publique au Canada sous le régime français, Mgr Amédée Gosselin complète les renseignements donnés par M. l'abbé Caisse. Il nous apprend d'abord que le but principal du voyage du Frère Charon en France en 1718-1719 était l'établissement d'une école normale à Larochelle, école qui aurait été . comme un noviciat d'où l'on aurait tiré des maitres d'écoles pour le Canada. Cette école normale, dans les vues de M. Charon, devait être sous la

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Puis, Mgr Gosselin ajoute:

“Ilest cer’ :in ta cette date, on songea à faire venir au Car ada les fils ‘e Jean-Baptiste de la Salle. Dans ue lettre du 8 février 1718, le Frère Barthélemy, supérieur de l'Institut, disait au Frère Gabriel Drolin alors à Rome: “ Les affaires de notre Institut vont bien... et il y a beaucoup d'apparence que nous aurons bientôt un établissement dans le Canada et nous espérons que ce sera avec un pouvoir du prince (le Régent) qui a eu déjà la bonté d'accorder trois mille livres de rentes annuelles pour la subsistance des maitres d'école et de nouveaux (maitres) qu'on prétend envoyer et que nous demandons pouvoir former, tant en France qu'au Ca-

nada; ce qui pourra beaucoup contribuer à notre établissement solide en F:ance, supposé que la chose réussisse ” (Cité par M. l'abbé Guibert, Histoire de saint Jean-Baptiste de la Salle, p. 586).

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La chose ne réussit pas. L'historien de saint Jean-Baptiste de la Salle, M. l'abbé Guilbert, va nous dire pourquoi. Dans cette lettre, écrit-il, “le projet d’un établissement au Canada paraît fermement arrêté; M. de la Salle, consulté, y avait donné son consentement. Deux jours aprè:

qu'on eut désigné des Frères pour cette lointaine mission, notre saint, dans un mouvement d'inspiration. prophétique, dit à l’un des assistants: ‘Ah! mon Dieu, qu'allez-vous faire? vous allez entreprendre une chose qui vous jettera dans une infnité d'embarras, et qui aura des suites fâcheuses.” Le Frère Barthélemy étant survenu comme il prononçait ces paroles, fit observer que tout était conclu, que les frais d'embarquement étaient déjà faits. Mais le serviteur de Dieu se contenta de répéter : “ Qu'allez-vous faire?” Cette réflexion, dite avec tant d'insistance, fit sur les Frères une si vive impression qu'ils renoncère:t au projet et rompirent leur traité. Ils apprirent ensuite de M. Charon, l’un des fondateurs de l'hôpital du Canada, qu'on se proposait de disperser les Frères chez les curés de la campagne. Cette dissémination, contraire à une règle fondamentale de l’Institut, eût infailliblement perdu les Frères. Dieu avait donné à son serviteur en cette occasion, le pressentiment du péril auquel ses disciples allaient être exposés.” (Guibert, Op. cit., p. 587).

Quant à la seconde tentative qui fut faite d'amener des Frères des Ecoles Chrétiennes au Canada, dont parle M. l'abbé Caisse, voici ce qui en est.

En 1731, Mgr Dosquet, évêque de Québec, dé-

fendait aux Frères Charons ou Hospitaliers de Montréal de recevoir de nouveaux sujets. I1 jugeait les Frères incapables de soutenir leur maison.

Les Frères Charons, ne pouvant se résigner à voir périr leurs œuvres, décidèrent d'envoyer en France le Frère Hodiesne pour obtenir leur union avec quelque corps religieux.

Les Frères des Ecoles Chrétiennes consentirent presque à cette fusion. Le supérieur-général de l'Institut, le Frère Timothée, avant de prendre une décision, envoya à Montréal les Frères Denis et Pacifique. Ceux-ci passèrent une partie de l'été de 1737 à Montréal. Mais les Frères Charons avaient des dettes considérables. Pour aplanir cette difficulté, on sollicita l’aide de la cour. Celleci ne voulut rien faire. Les Frères des Ecoles Chrétiennes furent donc obligés, pour la seconde fois, de refuser de venir s'établir à Montréal.

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