GERIN-LAJOIE ET LE CANADIEN ERRANT
À quelle occasion Antoine Gérin-Lajoie a-t-il composé sa chanson :
Un Canadien errant, Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers.
M. Benjamin Sulte nous donne la réponse dans le Monde Illustré du 22 octobre 1802 :
“ Je vais vous raconter comment cette chanson célèbre est venue au monde. Il y avait au collège de Nicolet un élève du nom de Pinard qui chantait des airs de marche durant les promenades autorisées. On se plaisait beaucoup à marquer le pas sur les cadences du jeune Pinard, et comme Gérin-Lajoie venait de voir passer sur le fleuve le navire qui emportait les exilés canadiens déportés en Australie, il conçut le projet de faire chanter à ses camarades une complainte sur ce sujet. Elle fut composée en moins d'une heure et le lendemain tout le collège retentissait de ces accents. Ce fut comme une trainée de poudre dans le Bas-Canada. L'air y était connu. Les grands chansonniers, comme Béranger, ont toujours adopté des airs familiers à tout le monde. La population vibra au son des paroles qu’elle entendait parce que c'était l'expression de la pensée populaire. Vous dirais-je que ces couplets se sont répandus aux extrémités de l'Amérique, partout où il y a des Canadiens, et, comme le dit le
lans
son lège danides r le ane uve déaire ce Érer ces dre Les ouide.
elle en-
Père de Smet : “où les Canadiens-Français n’ontils pas pénétré ?
Notons une légère erreur ici. Comme Gérin Lajoie était au collège de Nicolet lorsqu'il composa son (Canadien errant, ce n’est pas “le navire qui emportait les exilés canadiens déportés en Australie ” qu’il vit passer. Les prisonniers d'état condamnés à être déportés aux Bermudes descendirent de Montréal à Québec à bord du vapeur Canada et arrivèrent devant la capitale le 3 juillet 1838. Ils furent aussitôt embarqués à bord du vaisseau de Sa Majesté la F’estale, qui devait les conduire en exil.
LA RACE INFERIEURE £r SIR EDMUND- WALKER HEAD
Sir Edmund-Walker Head fut gouverneur-général du Canada de 1854 à 186r. C’est ce gouverneur qui eut la générosité de laisser entendre que les Canadiens-Français étaient d’une race inférieure.
Evidemment, ce n’est pas devant un auditoire canadien-français que sir Edmund-Walker Head fit ce compliment à notre race.
Le 8 octobre 1855, le gouverneur Héad laissait Québec après avoir reçu une adresse très flatteuse du maire et du conseil de ville, pour aller résider à Toronto, qui devait être le siège du gouvernement pour les quatre années à suivre.
Quatre jours plus tard, le 12 octobre, les citoyens de Hamilton donnaient un banquet à sir Edmund-Walker Head. Au cours de ce diner, le gou ‘erneur-général répondant à sa santé, prononça les paroles suivantes :
“As we look to the east to see the sun rise to persue its daily journey, so, in Canada, we look westward, to observe the greatest progress in wealth and population (Cheers). There are many circumstances, as you are aware, to which the superiority of our western country may be attributed. /t is owing to the supe riority of the race from which most of vou have sprungy (Cheers) ; owing to the fertility of the soil, and the moderation and salubrity of the climate : owing to the advantages of position and of internal communication. ”
” De même que nous regardons vers l'est pour voir le soleil se lever et poursuivre sa course journalière, de même, en Canada, nous regardons du côté de l'ouest pour observer les plus grands progrès en richesse et en population (Applaudissements). 11 est, comme vous le savez, di-
lais-
tres pour e du
pro-
rise we ress are hich be the uny and te in-
verses circonstances auxquelles on peut attribuer cette prééminence de notre contrée de l'ouest. Elle est due à la supériorité de la race dont la blupart de vous descendez (Applaudissements) ; due à la fertilité du sol, à la douceur et à la salubrité du climat ; due aux avantages de votre position et de vos communications intérieures. ”
Le discours du gouverneur Head publié dans les journaux du Haut-Canada souleva une véritable tempête dans le Bas-Canada.
Nos journaux canadiens mirent proprement à sa place ce gouverneur qui, représentant de la reine d'Angleterre, insultait d'une façon si outrageante ses sujets canadiens-français qui avaient donné déjà tant de preuves de leur fidélité.
Le Canadien, entie autres, n'y alla pas de main morte. Le 24 octobre 1855, il donnait une leçon d'histoire au gouverneur Head.
“La race canadienne-française est ce peuple du Bas-Canada que les liens de sa descendance rattachent à cet autre peuple de France qui a donné à l'Angleterre, par droit de conquête, une portion notable des habitants qui la peuplent, et les hauts barons et chevaliers dont l'influence et les conseils envoient au Canada des gouverneurs qui peut-être devraient s’en ressouvenir.
# La race canadienne-française est ce peuple du Bas-Canada qui deux fois a conquis sur les
champs de bataille, au profit de l'Angleterre, l'estime ét la reconnaissance du peuple anglais.
“La race canadienne-française est ce peuple du Bas-Canada qui s'énorgueillit d’appartenir encore, par les aspirations et par le caractère aussi bien que par l'origine, à cette nation héroïque sans la valeur de laquelle pas un seul soldat de l'armée anglaise n'existerait aujourd'hui sur le sol de l'Europe.
“La race canadienne-française est ce peuple du Bas-Canada qui, déjà quelque chose de ce qu'il doit être un jour, grâce à une autre fortune politique, s'efforcera d'imiter par l'emploi actif de ses aptitudes le peuple glorieux qu'il saura prendre encore pour modèle au jour des grandes épreuves nationales, et qui, silencieux toujours devant des mépris qu'il n'a nullement mérités, répond ordinairement par tolérance aux dédains affectés de ses ennemis.
“ Voilà le sommaire de ce qu'est la race française du Bas-Canada. Elle n'accepte d’ailleurs aucune démarcation arbitraire au moyen de laquelle on voudrait lui imposer des “ supérieurs ” : elle ne reconnait ici que des égaux. Ce sera au temps à décider si ce n'est pas à ceux qui prétendent lui marquer une place aux gradins les plus bas, plutôt qu'à elle, qu’il faudrait reprocher avec justice la faute d'avoir trop présumé de soi-même ! ”
Le gouverneur Head, s'apercevant mais un peu tard, qu'il avait fait une bévue, essaya de la réparer.
Le 2 novembre, répondant à une adresse du maire de Toron:o, il disait :
“ J'espérais que chacune des paroles que j'ai prononcées et chacun de mes actes depuis que j'ai mis le pied en Canada, devaient me protéger contre l'accusation de vouloir en aucun cas regarder avec défaveur nos frères du Bas-Canada en alléguant la supériorité d’une race sur l’autre. Dieu me garde d'en agir ainsi.
“ Je désavoue de la manière la plus énergique une telle pensée; je me suis sans doute exprimé trop laconiquement, bien que je ne puisse répéter les termes dont je me suis servi, attendu que je ne me les rappelle plus.
“ Je sais que j'avais présentes à l’esprit et que je reconnaissais comme un grand élément de progrès dans le Haut-Canada l'habileté ainsi que l'aptitude particulières dont vous avez fait preuve dans la direction pratique de vos propres affaires locales.
“ Je comprenais que cette habileté avait été, de la part de plusieurs d’entre vous, exercée plus promptement dès le jeune âge, ayant été familièrs avec les institutions municipales telles qu'établies dans la Grande-Bretagne parmi vos
ancètres. Mais je ne dirai rien de plus que ce peu de mots: La Providence a dispensé aux différentes nations des qualités diverses, et votre tache, en vue du caractère national à venir du Canada, est d'unir le courage chevaleresque et la gracieuse courtoisie du Français à l'attachement inflexible pour la liberté et au respect des lois par lesquelles l'Anglais s'est caractérisé de tout temps. ”
Comme on le voit, l'explication était plutôt boiteuse,
LA COURVALINE
Joseph-Claude Poulin-Cressé de Courval, né aux Trois-Rivières le 12 août 1762, fut ordonné prêtre le 12 août 1787. Agrégé de Saint-Sulpice, il desservit pendant sept ans Notre-Dame de Montréal. Le 28 mai 1794, M. de Courval était nommé curé de la Pointe-aux-Trembles, comté de Portneuf, à la place de Mgr Bailly de Messcin qui venait de mourir. Il resta curé de cette paroisse jusqu'à sa mort arrivée le 22 avril 1840. Il y avait donc cinquante-deux ans qu'il était curé de la Pointe-aux-Trembles.
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Pendant son séjour de sept années à Montréal, M. de Courval avait été directeur des Dames Hospitalières. C'est probablement dans cette communauté vouée aux soins des malades que le bon curé avait pris le goût des choses médicales.
A la Pointe-aux-Trembles M. de Courval fabriquait une tisane laxative et purgative qu'il distribuait gratuitement aux malades. La réputation de cette tisane se répandit bientôt dans les paroisses voisines puis dans tout le Bas-Canada. Les malades reconnaissants donnèrent à ce remède le nom de Courzaline. Dans certaines de
nos anciennes paroisses on fait encore usage de la Courr'aline.
Le Traité élémentaire de matière médicale des
Sœurs de la Providence nous donne la formule suivante pour préparer la Courzraline: “ Racine de patience, une demi once; salsepareille, deux onces; chiendent et dent-de-lion, une demi once de chaque ; eau, deux livres réduites à une. livre et demie ; sel d'Epsom, une once. Un verre à vin deux ou trois fois par jour. ”
Sir James Craig, malgré le mépris qu'il avait pour tout ce qui était canadien-français et catholique, fut heureux de se servir de la tisane préparée par un humble curé canadien. Il écrivait, le 15 janvier 1811, à son secrétaire H.-W. Ryland, alors en Angleterre:
“En vérité, j'ai négligé de vous dire, quoique mon frère a dü vous en informer, que j'ai eu une sérieuse attaque (de maladie) cet hiver. J'ai été, pendant quelque temps, très malade. Je suis maintenant rétabli, et, chose étrange, je me traite à l'aide du remède de Courva! (la C ourvaline) qui me fait du bien, je crois. A tout événement, il ne me fait aucun mal. ”
Ryland, dont l'antipathie pour les Canadiens était encore plus prononcée que celle de Craig, düt faire la grimace en lisant l’épitre du gouveineur. Pour lui, il n'y avait rien de bon chez les Canadiens-Français.