‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 82 sur 100 · M. BALDWIN ET LE COMTE DE RIMOUSKI · texte numérisé non relu

M. BALDWIN ET LE COMTE DE RIMOUSKI

Nous nous vantons souvent de notre tolérance en apportant à l'appui le cas de Baldwin, homme politique protestant d'Ontario, élu dans le comté exclusivement canadien-français et catholique de Rimouski. Mais nous oublions toujours de men-tionner qu’un comté protestant et orangiste d'Ontario nous avait tracé la voie en choisissant pour son député un canadien-français catholique, sir L.-H. Lafontaine.

IT n’est pas hors de propos de remettre sous les yeux de la génération actuelle ces deux épisodes d’une époque bien tourmentée de notre histoire.

Aux élections générales de 1841, sir Louis- Hypolite Lafontaine briguait les suffrages des électeurs de Terrebonne. Lord Sydenham, gouverneur du Canada, froissé de le voir résister à sa volonté, avait résolu de le faire battre. 11 lui

suscita successivement trois adversaires. La journée de l'élection, voyant que notre compatriote aurait le dessus malgré tous ses efforts, lord Sydenham fit entourer le poll de bandes armées qui menaçaient de faire un mauvais parti aux partisans de Lafontaine. Celui-ci se retira alors de Ja lutte afin d'éviter la violence et le massacre organisé contre ses électeurs.

Le chef du parti libéral du Bas-Canada se trouvait donc sans siège dans la Chambre. M. Baldwin, chef des réformistes du Haut-Canada. élu dans deux comtés, opta pour Hastings. Il y eut, aussitôt, une assemblée dans le comté de York et l’on décida, à l’unanimité, d'offrir la candidature à M. Lafontaine.

M. Lafontaine accepta la proposition qui lui était faite, et se rendit dans York, où le père de M. Baldwin venait de se retirer de la lutte pour lui laisser le champ libre. Il fut élu malgré une opposition assez vive.

Le chef bas-canadien ne tarda zuère à trouver l'occasion de montrer à son ami Baldwin la reconnaissance qu’il conservait pour l’éminent service qu’il venait de lui rendre. |

L'année suivante même, M. Baldwin était obligé de se présenter devant le peuple à la suite de son acceptation d’un portefeuille. Les fanatiques lui firent une guerre acharnée à cause de ses

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sympathies pour le Bas-Canada. Battu dans le comté de Hastings, il alla se présenter dans le second arrondissement d'York. Il ne fut pas plus heureux. C'est alors qu'à la demande de M. L.-H. Lafontaine, M. Borne, député de Rimouski, résigna son mandat et que les électeurs de ce comté, à l'unanimité, prièrent M. Baldwin, qui n'avait jamais mis les pieds dans le comté de Rimouski, qui n'y connaissait pas même un seul électeur, de s'y présenter. M. Baldwin fuüt élu par acclamation aux cris répétés de Vive sir Charles Bagot! Vi ive M. Baldwin! Vive M. Lafontaine!

C'est un de ces traits touchants de reconnaissance politique qu'on rencontre bien rarement. À ce titre, ne mérite-t-il pas d’être connu ?

LES PRETRES ET LE DROIT DE VOTE ne.

Jusqu'à 1843, les prêtres, comme les ministres des différentes sectes protestantes d'ailleurs, l avaient eu le droit de voter à nos élections parle- 1e mentaires.

Pendant la session de 1843, l'Assemblée légis-

lative de la province du Canada adoptait une loi Pour mieux assurer son indépendance (An act for better securing the Independance of the 1.cgislative Assembly of this Province).

La clause TITI de cette loi disait :

“Et qu'il soit statué que, depuis et après la passation du présent Acte, toutes les personnes ou officiers publics ci-après mentionnés ou désignés, savoir, tous les juges d'aucune Cour du Banc du Roi ou de la Reine, le vice-chancelier du [aut-Canada, le Juge de la Cour de Vice-Amirauté du Bas-Canada, le Juge de la Cour d'Escheats, tous les Juges de districts, ou juges de circuits et tous les ecclésiastiques de l'Eglise d'Angleterre ou d'Ecosse, et tous les prêtres cet ministres, soit de l'Eglise Romaine. ou de tout autre culte, où de profession de crovance religieuse... seront inhabiles à voter à aucune élection + membre ou des membres pour servir dans la dite assemblée Législative, soit dans le présent Parlement ou dans aucun Parlement à venir, et, si après la passation du présent acte, aucune telle personne ou officier publie mentionné et désigné dans la présente classe, vote à aucune telle élection, elle encourra par là la forfaiture d'une somme de cinq cents livres argent courant de cette Province; et cette somme sera recouvrable par toute personne qui en fera la de-

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mande en justice par une action de dette, bill, plainte ou information, devant aucune Cour de juridiction civile compétente de cette Province, et son vote sera nul à toutes fins et intentions quelconques.”

Cette loi, réservée au bon plaisir de Sa Maijesté, fut sanctionnée par la Reine, en Conseil, le 17 avril 1844.

En faisant parvenir la sanction royale au gouverneur général du Canada, le ministre des colonies faisait les observations suivantes au sujet de cette loi :

“Je ne saurais partager l'opinion que la défense faite aux ministres de la religion, quel que soit leur culte ou croyance, d'occuper des sièges dans l’Assemblée où de voter à l'élection des membres, aura l'effet de les éloigner des luttes politiques ou de parti. Et quand bien même je Pourrais prévoir ce résultat, je ne le regarderais pas comme un avantage suffisant pour compenser les grands inconvénients qu'il y aura. l'isoler ainsi de leurs compatriotes tous les membres du corps religieux enseignant, sur des questions auxquelles tous les hommes instruits doivent prendre un vif intérêt, et à l'égard desquelles la grande majorité de ces personnes ont des devoirs à remplir dont ils ne peuvent être déchargés par aucun tel règlement. ”

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Certains ministres’ de l'Evangile avaient voté à l'élection générale de septembre et octobre 1844, croyant avoir le droit de le faire.

Le 5 décembre 1844, le modérateur et le consistoire de l’église écossaise de Montréal demandaient à l’Assemblée législative du Bas-Canada d'adopter une loi pour exempter des pénalités de la loi les ministres de l'Evangile qui avaient votc à la dernière élection générale:

Le 9 décembre, le Révérend John Merlin, de Hemmingford, qui avait voté à la dernière élection par ignorance de la loi, faisait la même demande.

Le 12 décembre, même “emande du Révérend M. Jackson et autres.

La loi demandée fut adoptée le 24 janvier 1845. Elle a pour titre “ Acte pour indemniser (sic) les ministres du clergé et autres, qui ont voté à la dernière élection, par ignorance de la loi.” C'est le 8 Victoria, chapitre 0.

A la même session, M. Laurin, député de Lotbinière, soumit un projet de loi pour permettre aux membres du clergé de voter à l'élection des membres de l’Assemblée législative.

Ce projet de loi donna lieu à de longs débats, mais il fut finalement adopté. C’est le 8 Victoria, chapitre 10.

pté à LE BONNET CARRE D'AUTRÉFOIS 1844, nsis- À man- Ceux qui ont vu le portrait populaire de Mgr je nada Edmund Burke, évêque de Sion et premier vi- 4 É de caire apostolique de la Nouvelle-Ecosse, ont dû 4 Vote se demander si ce prélat n’avait pas sur la tête un k bonnet turc quelconque, Mgr Burke est, en effet, il 7” représenté avec une coiffure en forme de pyra- 4 élec- mide carrée de dix ou douze pouces de hauteur. fl de- Mgr Burke avant d’être missionnaire dans la 4 Nouvelle-Ecosse avait été curé de Saint-Pierre si rend de l'ile d'Orléans pendant quatre ou cinq ans et 1. c'est probablement ici qu’il avait adopté cette d vier coiffure originale. La pyramide carrée de l’évè- 1 iser que Burke que la gravure a popularisée est tout il ont simplement le bonnet carré porté par tous les 5h e la prêtres canadiens jusqu’au milieu du siècle der- 4) nier. + Lot- Sous le régime français et pendant le premier # ttre siècle du régime anglais, les prêtres canadiens l des portaient au liew de l’élégante barrette de nos j jours le bonnet carré qui était d'origine française. ats, Quelques-uns mêmes le croient d'origine jansé- ; )ria, niste. |

Le bonnet carré était une pyramide carrée ou, si l'on aime mieux, un cône tronqué de cinq à six

pouces de hauteur, fait de carton, revêtu d'un drap noir très épais et surmonté d’une grosse boule de laine de même couleur. A cause de sa hauteur, pour le tenir en ‘position, on était oblige de l'enfoncer jusqu'aux oreilles.

“ Je ne sais pas, écrivait feu M. l'abbé Charles Trudelle,il y a déjà vingt ans, si on pourrait s'empêcher de rire aujourd’hui en voyant tout à coup entrer au chœur de la basilique de Québec, un prêtre, ou un clerc quelconque, affublé d'un camail, tel qu’on l'a porté jusque vers 1850; et je ne sais pas si on ne rirait pas moins en voyant quelque prêtre ou quelque clerc, après s'être assis au chœur, placer solennellement sur sa tête le bonnet carré de tradition française, dont l'usage remontait à l’origine de la colonie. Et, cependant, tout le temps de mes études au séminaire de Qucbec, terminées en 1841, le camail et le bonnet carré furent en usage; et on n’en riait pas. ”

Tant il est vrai que chaque âge a ses coutumes.

On conserve, parait-il, au collège Sainte-Anne de la Pocatière le bonnet carré du fondateur de la maison, M. l'abbé Painchaud.

On a bien fait de mettre à l’abri de la destruction cette relique du temps passé. Ils ne sont pas nombreux aujourd'hui ceux qui peuvent se flatter d'avoir vu ies bonnets carrés.

Terminons par une scène prise sur le vif et où

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le bonnet carré joue un des premiers rôles. C’est M. l'abbé René-E. Casgrain qui raconte l’anecdote dans son Histoire de la paroisse de l’'Ange- Gardien :

“C'était pendant l'hiver de 1848; on nous avait conduit à l'église, pour y entendre la grand’ messe du dimanche. 11 faisait un froid de loup, et l'église n'était pas chauffée, ou du moins, les deux poëles, qu'avec une connaissance approfondie des lois du calorique, on avait juchés sur deux boites, à six pieds de hauteur, ne jetaient absolument aucune chaleur: ils étaient bourrés de bois vert et venaient d’être allumés.

“En un mot, nous grelottions. Comme nous étions arrivés un peu trop à bonne heure, on nous conduisit à la sacristie, pour nous y réchauffer un peu. Le vieux curé était en frais de revêtir les ornements sacerdotaux, et les chantres, de leur côté, procédaient à leur toilette de chœur, ce qui n'était pas une petite affaire. D'abord, vu le froid sibérien, on leur avait permis de gartler leurs gros capots de buffle, lesquels étaient munis d'un énorme collet de fourrure. Les chantres étaient au nombre de six ou huit; nous les vimes d'abord passer pardessus leurs lourds habits de fourrure un jupon d’une étoffe mince, autrefois noire, mais jaunie par un long usage. Gonfié par le haut comme un ballon, le dit jupon ne leur des-

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cendait qu'à mi-jambe et laissait apercevoir une hideuse botte saur'age, de cuir rouge fraichement tanné, qui leur montait jusqu'aux genoux. Cette première partie de leur toilette cléricale terminée. il leur fallut endosser le surplis. Hélas, quel surplis!! ... surtout comment l'ajuster autour du fameux collet de fourrure? ... Bref, s'aidant les uns les autres, ils finirent par y réussir. Mais grand Dieu, quel spectacle ! Quand tout à coup ils nous apparurent tous coiffés de l'affreux bonnet carré! ... Vraiment, ils faisaient peur à voir.

“ Quant aux petits clercs, ils s'étaient, eux aussi, mis à l’avenant.

“Aussi jamais nous n'oublierons la scène qui se déroula ensuite, devant nous, lorsque quelque, minutes après, nous vimes toute cette troupe émerger du fond de la sacristie et s’avancer deux à deux, aller, en se balançant, tordre une génuflexion au pied de l'autel avant de gagner leur place derrière les deux énormes lutrins!... "

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