LETTRE DE TUTDR A TOTO
Paria, 14 janvier 1993.
Toto, mon ami, je suis en proie à une cruelle perplexité, et moi *" ~~* L '
par le doute qui tue. Doi la fin de tout, c'est l'effi toi que j'en suis arrivé à Adrienne a du talent suis!...
Tu connais mes goûts trois ans; j'ai donc passé l'on s'éprend de la pi venue.
Aujourd'hui, à mon esprit blasé et affiné par l'étude incessante du moi et du non-moi, il faut davantage. Je veux non seulement une maltresse qui satisfasse mes sens, mais je désire une compagne qui soit a ma hauteur comme intelligence, je sais que c'est difficile, mais Boisgommeux m'a affirmé que cela pouvait encore se trouver dans le monde des théâtres.
Je connaissais Adriennedepuis longtemps.
Je l'avais vue jadis avec le Petit Duc, et comme les autres, j'avais admiré ses cheveux blonds, son nez fin aux ailes palpitantes, ses grands yeux bleus étonnés et rieurs, son collier de perles, son gros cocher et ses deux alezans. Déjà ma sollicitude avait été éveillée lorsqu'elle avait présenté ses deux petits cochons d'Inde au Cirque, et je me souviens du vieux Franconi me disant avec amertume :
jne , monsieur , quelle une belle reprise avec
huit chevaux mis au bouton et huitécuyers de premier ordre, une reprise de manège impeccable suivant les principes du comte d'Aure, et ma salle reste vide. Alors j'ai l'idée d'exhiber une créature qui montre
deux cochons d'Inde, et je fais le maximum I
Ceci m'avait un peu ébranlé, ainsi que
ta plaisanterie d'un goût douteux, lorsque,
braquant ta lorgnette sur l'assemblée, tu
m'avais dit :
— « Je vois bien les cochons et la
dinde, mais je r" — : " — '"" ~"~ 1
d'Inde.
» Mais de plus
daient Adrienne et
vu son nom en ve>
en vedette, sur les
donné un coup. I
nonçaient leur rev
apparaissait en let
que mesdemoiselle
176 LES PETITES M ANCHABALLB
n'annoncerait pas ainsi une femme qui n'aurait pas de talent.
Alors, ma foi, cela m'a décidé. Du moment qu'Adrienne était décidément une grande artiste, une véritable .personnalité théâtrale, je n'avais plus à hésiter. Le Petit Duc était parti pour le Far- West, il y avait une place à prendre, je l'ai prise. J'ai mis aux pieds de la belle Adrienne mes trois cent mille livres de rentes, mon expérience de la vie, ma connaissance des femmes, et aussi les diamants de famille, la plaque, les broches, les rivières et les bracelets que le Régent a donnés à une de mes arrière-grand'tantes et qui me viennent par le côté Boisonfort.
Le marché a été conclu immédiatement, je le dis sans vaine forfanterie : Adrienne m'a accueilli à bras ouverts; les diamants surtout ont fait sa joie et, le soir même, elle me disait :
— Mon directeur est ravi. Il a vu les
PERPLEXITE
bijoux, et immédiatement il m'a confié le rôle du Mont-Blanc. J'aurai un très joli couplet à chanter :
Je suis le Mont-Blanc
Je yqui bien l'Olympe.
C'est même épatant
C que sur moi l'on grimpe...
Moi, je trouve les paroles un peu 1< mais Adrienne continua j'aurai une jupe en effile corsage cuirasse entièrem diamants. Pour garder me cera un garde municipal c ma loge, comme devant c queville. Tout Paris parlei nelle, cela fera un effet rr
Et en effet, mon cher Ti a parlé de ce factionnain gardant les pommes d'or Pendant huit jours j'ai m:
dans mon rêve étoile. De {
178 LES PETITES ■ AHC HABA LLE
flamboyaient sur les boulevards, aveuglant le public avec le nom d'Adrienne. De longues théories d'hommes-sandwichs passaient, étalant sur des pancartes monstres le nom d'Adrienne. Adrienne partout, Adrienne for ever. C'est ça, la gloire. La presse elle-même se montra indulgente pour .les couplets du Mont-Blanc qui m'inquiétaient un peu, et M. Hector Pessard,I'éminent critique, fut particulièrement aimable et trouva qu'Adrienne avait non seulement la grâce du cygne... mais qu'elle en avait le chant.
C'était très galamment trouvé, n'est-ce pas?
" f iut te dire que ce rôle du Mont-Blanc dehors du couplet, une importance e. C'est l'actrice qui sert de commère oui le dernier acte, ce qui lui permet rler du traité franco-suisse, et comme Eve de personnifier le lac du même
C'est moi qui ai trouvé ce calembour, un jour que j'étais en verve, et les auteurs, sur ma demande, ont bien voulu l'ajouter au texte. Il en résulte que le deuxième acte est un véritable éblouissement, que tout Paris se bat pour venir voir les diamants du Régent, et que les avant-scènes sont louées pour quinze jours. Tout cela à cause du.
talent d'Adrienne.
Or, avant-hier, comme il y avait du verglas, et qu'Adrienne
alezans, était venue en
sapin. Telle une déesse
cendre sur la terre et
la première mortelle
dans sa loge embaume
moi en peluche saumo
et embaumée par les b<
que lui envoie, chaqu
dorateurs. Et tout è
un cri :
— CieL, j'ai laissé rr
fiacre. Mon petit sac qui contient tous les diamants du Régent!
— Ma chère amie, lui dis-je, avec un ennui bien légitime, vous savez qu'il y en a pour neuf cent mille francs.
Là- dessus, Adrienne est prise d'une attaque de nerfs; on va chercher le directeur et on lui explique le cas. Et, au lieu de consoler ma bien-aimée, voilà l'impressario sans entrailles qui lui dit brusquement :
— Alors vous n'avez pas vos diamants ce soir?
— Mais non, monsieur le directeur, je les ai oubliés dans ma voiture. Qui sait si je les retrouverai jamais!
— Ah? C'est fâcheux. Si vous n'avez pas les diamants, vous ne pouvez plus représenter le Mont-Blanc.
— Comment, vous me retirez le rôle de commère ?
— Parfaitement. Vos diamants étaient votre seule raison d'être. Ce soir, vous re-
présentez l'artichaut qui exige un costume très simple :
Chaud, chaud, C'est l'arti chaud, C'est par feuille Qu'on me cueille.
— Jamais je ne jouerai celai s'est écriée Adrienne, furieuse.
— Alors, payez-moi votre dédit de vingt mille.
Vingt mille francs de d> mille francs de bijoux égan seillé de s'exécuter. Adrieni en artichaut, et je dois ave indignement sifflée. Il est son trouble, elle avait bafi quoi :
C'est l'accueil,
Qu'on m'effeuille.
ce qui n'avait aucun sens 1
— Vous voyez, m'a dit
haussant les épaules. Aucu
iHZ LES PETITES MANCH ABALLE
elle n'avait pas ses diamants... Tâchez surtout qu'elle les retrouve!
... Et elle les a retrouvés. Le cocher avait été honnête, il avait rapporté le petit Mais c'est égal, depuis ce plus confiance, et je me pose iterrogation formidables.
o, crois-tu, vraiment, qu'Atalent?
A L'ENTERHEMENT
La scène se passe dans une loge d'artiste, aux Variétés.
— Madame Manchaballe, je suis vent pour vous féliciter c
quelle vous conduise dans Premier- Paris.
n'avez fait que cela t<
— Mais, monsieur sens pas du tout dépa
— Vous avez été coi
— Pas du tout. J'ai première jeunesse. J'f
I»! LES PETITES MASCHABALLE
t, an temps de ce pauvre Hervé, la Fine fleur de C Andalousie. (Test moi qui chantais sur on air de valse :
Etsareoeèle Sont lTijdrocèle Du vrai booheur, Quand l'oxygène Et l'hydrogène Soot chez Eugène Tous deax eo fleur.
Hervé avait mis Eugène à cause du fils de Déjazet. Gomme tout ça est loin, mon Dieu! Aussi avec mon atnée Judith, nous avons été à son enterrement : quand je dis que nous y avons été, ce n'est pas tout à fait exact, car il nous est arrivé une aventure bien extraordinaire.
— Quelle aventure, madame Manchaballe?
— Eh bien! vendredi, j'étais en train de mettre mon bonnet à fleurs pour entrer en
Ait < .
A l'enterrement 185