‹ Les petites ManchaballeChapitre 7 sur 21 · scène, quand tout à coup M. Baron arrive et me dit brusquement · texte numérisé non relu

scène, quand tout à coup M. Baron arrive et me dit brusquement

» — Vous ne savez pas? Hervé est mort!

» — Hervé! Mais je l'ai encore vu la semaine dernière aux Menus-Plaisirs I

» — Eh bien ! il est mort hier au soir d'une suffocation.

» Ça m'a donné un coup. J'ai tout de suite senti que mon dfner ne passerait pas, et je me suis mise à pleurer comme une bête.

» — Allons, m'a dit M. Baron, avec la voix que vous connaissez, dir courage, madame Manchaballe, vous allez vous démaquiller.

Ce n'est pas raisonnable. Irez-vous à l'enterrement?

» — Je crois bien que j'irai. Et Judith aussi ira, car elle l'aimait bien.

» Alors, aussitôt la représentation terminée, je cours à l'Opéra, et je trouve ma fille qui descendait après Salammbô. , Et à mon tour, je lui crie :

» — Judith, ce pauvre Hervé, eh bien, il est mort!

» — Oui, maman, je sais ; on ne parlait que de cela ce soir au foyer de la danse. Tu n'as pas idée comme les abonnés l'estimaient. Il y avait là le duc de Morny, le marquis de Massa, le comte de Pontades, un tas de membres du Club et tout le monde disait en chœur : « — Quel savant! quel érudit! Quel travailleur! Il est mort sur la brèche. » J'ai demandé à M. Charles Bocher : A quelle église l'enterre-t-on ? — Il m'a dit : Demain, à Saint-Pierre-du-Gros- Caillou.

» — C'est bien ça. Il demeurait rue Poussin.

» — Alors, c'est entendu, maman, nous irons ensemble. Il y a des gens qui n'ont vraiment pas de cœur. Figure-toi que le prince voulait me reconduire ! # Je lui ai répondu : — Vous êtes fou, mon ami. Quand je viens d'apprendre la mort de ce pauvre Hervé.. Est-ce que vous croyez vraiment

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que ce soir j'aurais le cœur à quoi que ce soit?... Non, venez me voir à trois heures.

Je serai certainement rentrée à trois heures. . . Le prince a été très touché, et il m'a dit :

— G ? est bien, c'est très bien. Hervé était un de mes meilleurs amis... Et voilà pourquoi, maman, je rentre seule ce soir.

» J'ai été attendrie. J'ai reconnu la délicatesse exquise de Judith, et je l'ai laissée à sa porte après avoir pris rendez-vous pour le samedi onze heures et demie. Le lendemain, je trouvai ma fille dans le deuil le plus strict : robe en vigogne noire garnie seulement d'un froncé de velours dans le bas; sur les épaules, un petit collet Valois brodé de jais, et sur la tète une capote en velours chiffonné, avec bord de plumes d'autruche; pour éclairer le tout, deux gros brillants aux oreilles. Ce qu'elle était jolie ainsi et distinguée ; une vraie duchesse !

Moi, j'avais une robe mauve ; mais Judith m'a prêté sa grande rotonde noire garnie de

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fourrure, qui cachait le tout, et nous sommes parties ainsi toutes les deux dans le coupé pour Saint-Pierre-du-Gros-Gaillou.

L'église, entièrement tendue de noir avec de grands B d'argent sur des écussons, c'était imposant, et un monde, un monde !

Des généraux, des sénateurs, des académiciens. Judith échangeait des petits bonjours de connaissance à droite et à gauche, et me disait à l'oreille : — Voici le duc d'Albufera, le général marquis d'Abzac, le vicomte d'Arguzon, M. Errazu, M. Yturbe, le prince de Sagan, le comte Alexis de Noailles; il y avait même M. de Laboulaye, l'ancien ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg!

Quel hommage rendu à l'auteur du Petit Faust. Ah ! me disais-je, si ce pauvre Hervé peut voir cette assemblée de choix, il doit être joliment vengé. Quelle chambrée !

e I Cependant, je n'apercevais pas Il m'avait pourtant bien dit qu'il

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■ Moi, j'étais toute émue, je regardais le

grand catafalque, les trépieds funèbres qui

flambaient aux quatre coins, avec des

flammes vertes, et je pensais :

— Dire qu'il est couché là dedans, lui qui était si gai, et qui dansait si drôlement quand le gendarme Géromé venait pour l'arrêter : « Allons à la tour du donjon. Don! Don! Don! » Alors,j'ai chassé ces souvenirs profanes, et je m'efforçai de prier: «Recevezle, Seigneur, disais-je, dans votre miséricorde. Il a été organiste à Saint-Eustache ; il a chanté vos louanges dans les grandes cathédrales. Recevez-le. .. Recevez-le. . . » Hais malgré moi, les refrains de jadis me revenaient à l'esprit, et tandis faisait entendre le : Dies irœ, geais à la vanité des choses et j lai Gobin disant :

Ainsi que tout commence, il faut que 1 Je m'en vais retrouver monsieur de Lt Ne tous dérangez pas. Restez sur le Je vais prendre la rampe et connais

» A la sortie, Judith qui avait les yeux rouges, la chère fille, me dit :

» — Maman, moi je vais jusqu'au cimetière.

» — Mais nous avons renvoyé le coupé !

» — Ça ne fait rien, nous prendrons une voiture.

» Alors, tandis que nous attendions sur les marches, cherchant de l'œil un fiacre libre, le maître des cérémonies arrive, et, se plaçant à la troisième position, chapeau bas, il nous ouvre la portière d'un des carrosses de deuil, en nous disant :

» — Montez, mesdames, montez.

» Nous montons. Il y avait là déjà, en habit à palmes, deux vieux membres de l'Institut qui nous laissent obligeamment les places du fond et nous voilà partis tous les quatre derrière le char disparaissant sous les couronnes.

» On allait au Père-Lachaise par les boulevards. Il faisait très triste et la pluie tombait à verse. Chacun faisait ses réflexions

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en silence, mais je croyais bien remarquer que le vieil académicien de gauche cherchait le genou de Judith. Quant à moi je songeais que je n'avais toujours pas vu M. Baron et qu'il ne manquerait plus pour la Revue que celui-là aussi fût malade. Précisément nous étions arrivés devant les Variétés; alors, pour échapper à la pression du genou et changer le cours des idées, Judith rompt le silence et dit tout à coup :

» — Ce pauvre Hervé, il aimait tant le théâtre 1 Était-ce joli la Chanson du colonel ! Était-ce joli !

» Alors l'académicien souri* »* * , ™ , = ^ ;f * Et ses poésies de l'époque, des 2 » Nous regardons étonnée notre vieux continuait :

» — Et son voyage en Cl

ne connaissait mieux la Chin

» — Pardon, monsieur, i

vous confondez : le Voyage

pas d'Hervé.

> — Non, ma bonne dame, mais je parle de son Histoire de VAgrktuUiire chinoise. Ah 1 nous avions été bien heureux de le nommer président de la Société d'ethnographie, et de lui ouvrir les portes de l'Institut, en remplacement de M. Boutaric. Vendredi dernier, il assistait encore à notre séance publique des cinq académies.

» Là-dessus, voilà Judith qui s'inquiète et dit :

» — Pardon, monsieur, nous sommes bien... à l'enterrement d'Hervé?

» — Parfaitement, mademoiselle, Hervey par un y, le savant marquis, notre cher

na fille pousse un cri, et, se r la portière, et sans souci de it de nos deux immortels :

ez I cocher, arrêtez I Nous nous Qpées d'enterrement I monsieur Richard, avouez que ï n'arrivent qu'à nous. Enfin,

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