‹ Les petites ManchaballeChapitre 8 sur 21 · L ENTERREMENT · texte numérisé non relu

L ENTERREMENT

VintentioD y était... Mais voilà que l'avertisseur crie en scène pour le trois. Il faut que j'aille recevoir les petites du Conservatoire. Bonsoir, monsieur Richard I — Au plaisir, madame Manchaballe.

— Madame Manchabal!

régler avec vous mes pt jour de l'An.

— Il s'agit bien de vos steur Richard ; vous n'y ] attendre, mais aujourd'hi une colère I

— Contre qui, mon Die

— Contre les directeurs ils ont bien fait de fonder étaient faits pour s'enter

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tout directeur, comme on l'a si bien dit, a dans le cœur un petit cochon qui sommeille.

— Mais contre qui réclamez-vous?

— Contre le directeur des Folies-Plastiques.

— Celui qui a engagé Caroline?

— Précisément. Après sa sortie du Gymnase, ma fille s'est trouvée un moment sans emploi; or, le baron Samuel a ses idées, il veut absolument une maîtresse au théâtre.

D'abord, ça le flatte dans son amour-propre, et puis, il prétend que l'oisiveté est mauvaise conseillère, et qu'une femme occupée trompe moins son amant. Pauvre chien!

Caroline a donc été voir Balarin, qui avait besoin d'une jolie femme pour sa grande machine : Christophe Colomb, et s'est proposée. En somme, Caroline n'est pas la première .venue. Elle a été deux ans au Conservatoire, et, si elle n'a rien obtenu, c'est qu'elle a été faire une fugue à Houlgate...

— Oui, oui, je me souviens, madame Manchaballe. J'ai raconté cette histoire-là en son temps.

— Voilà mon Balarin qui regarde, tripote, ausculte, examine les dents, fait montrer les jambes, et demande pour la forme une audition. Caroline lui dégoise l'histoire de Chaumont dans la Petite Marquise, vous savez lorsqu'elle va voir Boisgommeux, et rencontre le petit pâtissier, si bien qu'elle ne peut pas se décider à entrer. Ce n'est pas parce que c'est ma fille, mais je puis dire qu'elle tient ce monologue-là supérieurement. Et il y a d'autant plus de mérite que jamais Caroline n'a éprouvé des angoisses pareilles en acceptant un rendezvous. Elle a tout à créer et ne peut pas suivre son mouvement naturel qui serait d'aller voir son amant à la bonne franquette .

— Je crois, en effet, que ce serait plus dans ses moyens.

— Eh bien, malgré cela, elle a si bien nuancé le morceau, que Balarin, enchanté, lui dit :

» — Eh bien I ma chère enfant, c'est entendu, je vous engage. Trois cent cinquante francs par mois et un dédit de dix mille.

* — J'accepte le dédit de dix mille, répond Caroline, mais je veux cinq cents francs par mois. Ce n'est pas pour moi, mais c'est pour mon amant, ça le froisserait si j'avais moins de cinq cents. D'ailleurs, c'est ce que je touchais chez Koning.

» — Non, non; trois cent cinquante francs, c'est déjà énorme par le temps qui court. Impossible de vous accorder un centime de plus.

» — Alors, bonsoir.

» Et Caroline ramasse ses jupes avec le joli

geste que Croizette avait dans Jean de Tho-

meray pour sortir de chez Mounet-Sully, el

; me raconter. Elle était très

» — Est-ce qu'on méprend pour une grue, criait-elle. Est-ce qu'on croit que je suis faite pour représenter l'oseille dans une revue ou le troisième coléoptère à gauche dans une féerie? Je suis une artiste, moi, grâce à mes sœurs Judith et Rébecca; j'ai un nom célèbre. On me payera cinq cents francs, où l'on ne m'aura pas.

■ La voyant ainsi montée sur ses grands chevaux, je n'insistai pas, mais j'avais mon idée, et sans rien dire, je nie immédiatement chez le baron. Je lui explique la situa-

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tiques. Donnez-lui les cent cinquante francs qui manquent, demandez-lui le secret; de cette manière Caroline aura son engagement à cinq cents et tout le monde sera content.

» — Bravo ! Voilà une bonne idée, s'écrie mon Samuel ravi.

» — D'autant plus que c'est de l'argent bien placé, sur votre tête.

» Ah, comme il est difficile de connaître a destinée! Le baron s'en va voir Balarin et l'affaire est conclue séance tenante.

» — Surtout pas un mot à Caroline!

» — C'est entendu, riposte Balarin. Je comprends votre délicatesse et vous pouvez compter sur moi.

Caroline de repasser à son earecauser de l'affaire. Celle-ci, se met en route, et voilà cette lalarin qui ferme la porte du f, se met à regarder ma fille en boules de loto, et lui dit :

» — Voyons, ma petite chatte, pour les cent cinquante francs de différence, il y aurait peut-être moyen de s'entendre... Nous ajouterons à ce que vaut votre talent d'actrice le prix des égards que vous devez à votre directeur, et de cette manière noua signerons à cinq cents francs. Ça vous vat-il?

» Balarin n'est pas beau, et je vous jure, monsieur Richard, que Caroline avait bien envie de refuser; mais quoi... il y a des usages... il faut bien faire certains sacrifices quand on veut arriver dans la carrière; ça, c'est comme les sommes qu'il faut verser aux députés quand on veut percer un isthme.

Bref, elle a cédé, sans enthousiasme, mais elle a cédé. Et ce pauvre baron Samuel, qui avait précisément consenti à m H4hnnr« pour assurer sa tête I Quani retour, un peu chiffonnée et raconté l'aventure, s'attendai probation maternelle — appr

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aurait certainement eue en toute autre circonstance — j'ai fait un nez ! mais je me suis bien gardée de lui dévoiler la canaillerie dont elle était victime. Elle aurait été capable de tout résilier, et ça nous aurait coûté dix mille francs de dédit. Vous riez, monsieur Richard, vous riez toujours!...

— Damé, madame Manchaballe, je songe à ce pauvre baron Samuel. Les maris et les protecteurs me font toujours rire.

— C'est possible, mais avouez que Balarin a bien dans le cœur ce petit cochon dont nous parlions. Seulement, le sien ne sommeille pas. Il s'agite.

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