‹ Les petites ManchaballeChapitre 9 sur 21 · MADEMOISELLE CAROLINE M AN CHABALL E · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE CAROLINE M AN CHABALL E

Artiste aux Variétés,

boulevard Montmartre, Paris.

Saint-Cyr, le 28 octobre 1893.

Ma bonne Garo, Le dernier soir où je t'ai Variétés — étais-tu assez ge la représentation, en clown haute perruque blanche et ton de satin rose brodé d'argent !

viens que tu m'as fait prometti de mes nouvelles aussitôt que ; au vieux bahut.

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Hélas ! qai m'aurait dit que je t'écrirais sur la paille humide des eachots. Oai T Caro, ton pauvre Toa>-Tom est au Mac pour quatre jours.

Àh! ça n'a pas été long. Voïs-tn, c'est l'inconvénient des vacances. Ensuite on compare, et Ton se trouve encore plus malheureux. Il est évident que ta petite chambre de la rue de Moscou, si gaie, avec ses tentures de cretonne rose et ses écrans japonais piqués sur la muraille — ne ressemble guère au dortoir de Balaklava, et comme je préférais les doux baisers que tu me donnais pour sonner la diane vers neuf heures à l'horrible roulement de tambour qui résonne â cinq heures et demie sur le grand carré.

Tant bien que mal, cependant, je m'étais mis sur pied, me disant, non sans une certaine fierté, que déjà je souffrais pour la patrie — pro patrid — comme dit Déroulède, et lorsque l'officier de jour est passé, drapé

dans sa grande capote cirer mes bottes.

Ah! Caro, si tu m tite veste et ud pai c'est la tenue dite d'o cirage et de taches d sous la semelle des b vré la veille dans les Mars, et qui pour cet ne pas briller.

Pourquoi nous fait Je ne sais pas, c'es date de 1807.

Après, j'ai fait rc que sans prendre la p matelas, j'ai simplem ture de mon pauvre grâce à deux plancl billard à angle droit, le même procédé, de à quatre arêtes, un ti lement cylindrique. ;

voir, j'ai déjeuné d'un bol de café dans lequel j'ai fait trempette avec affectation, j'ai rangé ma case, j'ai astiqué mes boutons au tripoli et je suis descendu dans la cour Wagram % à la parade de huit heures.

Là, nous nous sommes formés à rangs ouverts pour l'inspection du commandant de compagnie, le capitaine Pechard, surnommé Mon œil ; il prétend tout voir, tout prévoir et tout savoir, parce qu'il était au bahut impérial en 1869 ; mais nous avons trouvé des trucs nouveaux, depuis la promotion de Suez. Pour un trou, nous faisons un pli ; pour une tache, une ombre portée par un pli. Sous les armes, avec le shako, il y a une manière bien simple de détourner l'attention. On incline ridiculement le pompon en avant. Le lieutenant, tout heureux d'avoir quelque chose à rectifier, redresse le pompon... et passe.

La main dans le rang, les talons réunis*

je n'étais pas sans une certaine inquiétude, car j'avais les cheveux un peu longs sous le képi. Tu sais, Garo, que la mode n'est plus aux racines droites, et que l'on est revenu à la raie avec les petits bandeaux. Il est donc indispensable de sauver quelques mèches pour la sortie du dimanche. Tandis que le capitaine s'avançait, les bras derrière le dos, d'un pas cadencé, escorté du major, je voyais le petit parc de madame de Maintenon déjà tout barbouillé de taches d'ocre, puis le grand tuyau de l'usine à gaz se profilant sur un ciel d'automne gris sale ; tout cela était triste, tout machinalement je regardai train qui filait avec un p vers Paris, vers cette rue reposais encore, à cette 1 grand dodo fanfreluche, nirs!...

Mon œil est passé sans so et ma chevelure a été en

celte fois. J'ai revêtu la fausse manche de toile bleue qui, avec son large numéro matricule sur la poitrine (3660) ? vous donne un faux air de forçat, et je me suis rendu à l'amphithéâtre où le colonel du génie Redan nous faisait un cours de forti, si tu préfères, de fortification.

C'est là que le drame a commencé.

Il faut te dire que ce colonel Redan est la crème des hommes, myope, savant, timide à l'excès, et plus fait pour résoudre des problèmes dans le silence du cabinet que pour mater notre turbulente jeunesse par une énergique discipline. Nous avons bien vu cela tout de suite, et, bien entendu, nous en avons immédiatement abusé. Le cours du jeudi est devenu la représentation comique de la semaine, c'est notre Palais- .

Royal. C'est là que nous nous livrons <à toutes les farces, à toutes les fumisteries que peut nous suggérer notre imagination fantaisiste. Le colonel entepd nos rires,

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fronce le sourcil, ajuste ses lunettes d'or, ne voit rien, se trouble, administre deux ou trois punitions au petit bonheur, et dès lors bafouille d'une manière lamentable, ce qui augmente encore notre joie. Cet âge est sans pitié.

Donc, jeudi dernier, il devait nous faire un cours sur les fascines et les gabions farcis. Tu ne connais pas tout cela, Caro, et je t'en félicite ; d'ailleurs, à quoi te serviraient des ouvrages de défense, à toi qui redoutes si peu les attaques ?

Je te dirai seulement que la fascine est une espèce de gros fagot foi très longues reliées ensembl Redan, pour mieux expliqui la pratique, avait apporté u placée sur la table.

Or, tandis qu'il se tournai noir, pour y dessiner à la d'un fortin, Giverny, l'incoi cavalier de deuxième class

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subrepticement de la fascine et Ta glissée sous les jambes de Boutarel en disant :

— Passe cela à ton voisin.

Et la fascine s'est mise ainsi à circuler dans l'amphithéâtre, commençant par les rangs inférieurs et montant peu à peu jusqu'aux gradins les plus élevés.

Il fallait voir l'étonnement de chaque Cyrard, recevant à son tour la garde momentanée de cet énorme fagot. On se tordait, et dans ces conditions personne ne prenait plus de notes, personne n'avait copié le fortin, occupé qu'on était à suivre le voyage ascensionnel de notre fascine. Quo non ascendant! disait Fouquet.

Le colonel Redan entendait nos rires étouffés, mais pour ne pas sévir, il faisait celui qui ne s'aperçoit de rien et s'absorbait dans le tracé de sa contrescarpe. Son dessin terminé, il se retourne et ne trouve plus son fagot.

— Il y avait là une fascine, commence-

t-il à grogner, je suis sûr d'être venu avec une fascine...

Alors il ajuste ses lunettes et regarde la salle. Précisément, je venais de recevoir le paquet de bois dans les jambes et je ne bougeais pas, serrant les genoux, médusé ou plutôt fasciné. Et le colonel s'écrie indigné :

— 13601 13601 Pourquoi avez-vous ma

fascine? Vous aurez quatre jours de salle

de police.

Et il m'a collé un motif arabe : « S'est

indûment approprié et a monopolisé pour son

usage personnel une fascine dep/tiuf* au. rmirs d#

fortification. »

Alors ce soir, à huit heui

draps au dortoir de Balakla

sergent d'ours, je suis grimj

police, sous les combles. En

d'introduire mon traversin.

le sergent qui les connaît t<

laisser en consigne, puis il

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moi une grosse porte de prison avec un bruit atroce. C'est peut-être absurde, mais j'éprouve un étrange malaise à me sentir ainsi sous les verrous, bouclé comme un criminel. Je suis triste comme tout, et j'ai une vague envie de pleurer. Volontiers, je dirais comme dans la Périchole :

Ma femme, ma femme Qu'est-ce qu'elle peut faire pendant ce temps-là?

Où es-tu, Caro? Ma clownesse chérie?

Vas-tu bientôt entrer sur la scène des Variétés et évoluer avec des gestes arrondis autour de monsieur Cooper costumé en pierrot?

Penses-tu un peu à ton pauvre Tom-Tom, et me tromperas-tu ce soir avec quelque sale pékin ?. . .

Le petit bout de bougie que l'on m'avait donné va s'éteindre. A la flamme vacillante je suis obligé de fermer ma lettre; ah! si tu étais ici entre ces quatre murs blanchis à la chaux, ce serait le paradis ! Je vais me

coucher, tout habillé, sur le matelas qu'on vient de me passer, et dormir — rêver peutêtre — que je suis lieutenant d'état-major attaché à la maison militaire dû président... Bonsoir, Carol

kfk

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