LE MONSIEUR. — NOU
MADAME DORÉ. — Vous le counaissez déjà?
LE MONSIEUR. — NoU.
MADAME DORÉ. — Il faut y aller, en ce cas.
Et tout de suite.
LE MONSIEUR. — J'irai demain. J'ai bien le temps I
MADAME DORÉ. — Vous êtes impardonnable 1...
LE MONSIEUR. — C'est ainsi. J'ai été aux Indes, j'ai voyagé deux ans après notre...
MADAME DORÉ, Se levant, — Je vais m'en aller...
LE MONSIEUR. — Je me tais, là. (Elle se rassoit.) Mais je ne connais pas Blois... La première fois de ma vie, j'ai dû venir, hier, aux environs pour des affaires d'intérêt, j'ai pensé à vous. Je savais que vous habitiez cette ville depuis dix ans. Je me suis renseigné, on m'a dit où vous demeuriez... Un grand désir m'a pris tout à coup, un désir fou de vous revoir... Je me suis fait annoncer sous un faux nom. Me le pardonnez-vous?
MADAME DORÉ. — Il faut bien.
LE MONSIEUR. — Ahl si VOUS pouvicz savoir tout ce à quoi je songe en ce moment... quel monde de pensées... de souvenirs...
MADAME DORÉ. — Oui. Mais je ne veux pas le savoir.
LE MONSIEUR. — Vous avcz tort.
13i LES PETITES VISITES
MADAME DORÉ. — A quoi Cela nous avancerait-il?
LE MONSIEUR. — Ça nous ferait revivre un peu...
MADAME DORÉ. — Ne revivous pas; vivons le peu qui nous reste... c'est bien suffisant. Et vous?
LE MONSIEUR. — Moi, quoi ?
MADAME DORÉ. — Eh bien... qu'êtes-vous devenu ?
LE MONSIEUR. — J'ai vieilli.
MADAME DORÉ. — Toujours garçou ?
LE MONSIEUR. — ToujOUrS.
MADAME DORÉ. — Vous u'avoz pas cuvie d'en finir?
LE MONSIEUR. — Avcc la vie?
MADAME DORÉ. — Nou, avcc le célibat.
LE MONSIEUR. — Ma foi, non... Et... ça ne vous ferait donc rien de me voir marié ?
MADAME DORÉ, riant. — Ohl moins que rien !
LE MONSIEUR, mélancolique. — Allons! je sens bien que tout est mort.
MADAME DORÉ. — Et enterré. Alors, vous dites que vous avez été aux Indes?
LE MONSIEUR. — Vous le savcz bien. Je
VOUS ai écrit de là-bas des lettres auxquelles vous n'avez jamais répondu.
MADAME DORÉ. — Mettous que je ne les ai pas reçues. C'est si loin I Le service est mal fait. Elles ont dû s'égarer.
LE MONSIEUR. — Non.
MADAME DORÉ. — Et c'cst joli ?
LE MONSIEUR. — Quoi ?
MADAME DORÉ. — LcS IndcS ?
LE MONSIEUR. — Charmant.
MADAME DORÉ. — Le Gange?
LE MONSIEUR. — DéUcieux. J'y ai pleuré.
MADAME DORÉ. — Il fallait rire.
LE MONSIEUR. — Oh! j'ai ri après, en me moquant de moi.
MADAME DORÉ. — A la bonuo heure!
LE MONSIEUR. — Voulcz-vous me faire un plaisir?
MADAME DORÉ. — Ça dépend.
LE MONSIEUR. — Quittez ce ton qui ne vous va pas et qui sonne faux. Je veux bien vous obéir et me taire sur autrefois; mais vous, de votre côté, ne raillez pas à présent. Vous nous faites de la peine à tous les deux. Je suis seulement ici pour quelques heures; demain, je
serai parti. A coup sûr nous ne nous reverrons jamais, nous mourrons chacun chez nous, vous ici, entourée de vos filles, dans cette bonne petite ville; moi... je ne sais où... peu importe... Eh bienl pour la dernière fois que nous nous trouvons en présence, regardonsnous avec nos yeux d'il y a dix-sept ans, sans moquerie ni colère, et disons-nous adieu, gravement, tendrement... Voulez-vous? Il me semble que c'est très convenable et digne, ce que je vous propose. (Un silence.) Vous ne dites rien?
MADAME DORÉ. — Je VOUS écoutc. C'cst déjà beaucoup.
LE MONSIEUR. — Saus VOUS, je n'aurais jamais connu deux choses : le bonheur...
MADAME DORÉ. — Tristc bouheur !
LE MONSIEUR. — Attendez. Et la souffrance.
Je vous remercie pour les deux. Même la douleur, c'était bon..., et je la regrette. On était jeune.
MADAME DORÉ, troublée. — Dites-moi adieu.
LE MONSIEUR. — Vous me renvoyez ?
MADAME DORÉ. — Oui. Parcc que vous allez gâter cette dernière entrevue...
LE MONSIEUR. — Je m'cu vais. (Il se lève.)
MADAME DORÉ. — C'est Cela.
LE MONSIEUR. — Alops, adieu. Ce mot-làne vous... fait rien? Adieu... Y pensez-vous?
MADAME DORÉ. — Oui...Ah! c'est uu mot. . .
un mot...
LE MONSIEUR. — Adieu, Claire.
MADAME DORÉ. — Adieu, mou ami.
LE MONSIEUR. — Avaut de partir... ditesmoi que vous m'aimez encore... que vous n'avez jamais cesser de m'aimer, malgré la séparation que vous m'avez imposée... que c'est moi qui ai toujours été le seul dans le fond de votre cœur. . . moi , André ?. . . Dites-le. . . et je pars joyeux? Sans tourner la tête... je vous le jure.
MADAME DORÉ. — Je VOUS cu prie...
LE MONSIEUR. — Un siguc, au moins. Un geste. Si c'est oui... tendez-moi la main?...
MADAME DORÉ, qui lui tend les deux inains.
— Partez I
LE MONSIEUR. — Ah ! (Il ks baise, et sort.
Et madame Doré demeure longtemps assise, à regarder couler la Loire.)
M. DE COURTALAIN, soixante-trois ans.
MADAME DE COURTALAIN, cinquante et un ans.
MADAME DE NAUTAT, trente-deux ans.
l'abbé silvère, soixante-huit ans.
Chez les Courtalain, à Paris ^ dans le quartier des Invalides. M. de Courtalain est au lit, appuyé sur plusieurs oreillers, madame de Nantat, sa fiUe, assise à son chevet, tient à la main une lettre dépliée.
M. de COURTALAIN, d^unc voix très faible. — Et... qu'est-ce qu'il te dit encore ton mari? Continue,
MADAME DE NAUTAT. — Je ne te fatigue pas?
M. DE couRTALAiN. — Noii. Sa lettre est intéressante.
MADAME DE NAUTAT, Usatit. — « Enfin, le 26, nous avons fait relâche à Singapour. »
M. DE couRTALAiN. — Singapour I .. . Voilà des pays où j'aurais bien aimé aller. Toute ma vie c'a été mon rêve... de voyager... Et puis, jamais le temps I... Ce métier de club... de boulevard... est-ce que je sais? Tandis que Paul... à la bonne heure I... C'est amusant d'être marin I
MADAME DE NAUTAT. — PaS pOUr moi I
M. DE couRTALAiN. — Ne te plaius pas.
Capitaine de frégate... à son âge I c'est superbe ! (Un silence.) Singapour 1... Ahl quand 'j'avais vingt ans!...
MADAME DE NAUTAT. — Ne parle plus.
M. DE couRTALAiN. — Je ne suis pas malade... J'ai ce rhume qui ne veut pas... me lâcher depuis six mois, mais... je ne suis pas malade.
MADAME DE NAUTAT. — Nou. Seulement, tu as besoin de repos. Dors un peu.
M, DE couRTALAiN. — Je n'ai pas sommeil.
MADAME DE NAUTAT. — Essaye. Ça viendra.
(Madame de Courtalain rentre.)
M. DE COURTALAIN. — Tiens. Voilà ta mère.
MADAME DE COURTALAIN, d'un air entendu à sa fille. — Figure-toi qu'il arrive quelque chose de vraiment curieux.
MADAME DE NAUTAT. — Quoi donC?
MADAME DE COURTALAIN. — L'abbé Silvère est venu tout à l'heure me voir, en passant, à propos de l'œuvre des blessés militaires.
MADAME DE NAUTAT. — Oui, Eh bien?
MADAME DE COURTALAIN. — Je lui ai proposé d'entrer dire bonjour à ton père ; il n'a jamais voulu.
M. DE COURTALAIN. — Pourquoi Ça?
MADAME DE COURTALAIN. — Parce qu'il ne veut pas, à aucun prix.
M. DE COURTALAIN. — Mais... la raisou ?
MADAME DE COURTALAIN. — Oh I àquoibou?
Elle est ridicule sa raison, à ce pauvre abbé.
MADAME DE NAUTAT. — PcUX-tu la dire?
MADAME DE COURTALAIN. — Ah 1 grands dieux, oui 1 (A son mari.) Si tu étais un autre homme, une nature à te frapper... j'y regarderais à deux fois, mais toi?... non...
M. DE couRTALAiN. — Je cherche... à comprendre...
MADAME DE COURTALAIN. — Eh bien, il
craignait que sa présence ne te fît de Teffet.
M. DE COURTALAIN. — A qucl propOS?
MADAME DE COURTALAIN. — Étant donné que tu es au lit et un peu soufiFrant, il s'imaginait que cette visite d'un prêtre, faite ainsi comme par hasard, en passant, allait t'alarmer, te troubler.
M. DE COURTALAIN. — Il CSt foU I MADAME DE COURTALAIN. — N'cst-CC paS ?
M. DE COURTALAIN. — D'abord, je ne suis pas malade. Est-ce que j'ai l'air d'un homme... malade ?
MADAME DE NAUTAT. — Mais UOU.
M. DE COURTALAIN. — J'ai eucoTc mangé ce matin un grand œuf à la coque 1 Je ne suis pas malade... Je suis seulement fatigué par ce rhume. Et puis, quand même je serais atteint, et même gravement... Ah çàl pourquoi est-ce qu'il me prend, ce bon abbé? Pour une poule mouillée ? Est-ce que j'attache de l'importance à ces choses-là? Un prêtre à mon chevet? Eh bien, après ? Je n'ai pas peur de la mort. Le jour
OÙ elle viendra... dans quelques années.,, le plus tard possible, j 'espère ! ... on verra comment je la recevrai. Et, il est encore ici, l'abbé?
MADAME DE COURTALAIN. — Oui... je CFOis
que oui.
M. DE COURTALAIN. — Qu'il vieuue.
MADAME DE COURTALAIN. — Non ? Vraiment, tu veux...?
M. DE COURTALAIN. — Absolument...
MADAME DE COURTALAIN. — Mais puisqu'il ne veut pas, lui, puisqu'il a peur de...
M. DE COURTALAIN. — Il m'eunuie avec ses peurs. Je veux le recevoir. Va le chercher.
(Madame de Cour talain sort. S' adressant à sa fille,) Non... mais crois-tu? Ma parole 1 Je serais... mourant... qu'on ne ferait pas tant d'histoires. (Labbé Silvère entre ^ Vair un peu gêné.) Eh bien, dites donc, Tabbé? Vous pensez donc que je suis in extremis ?
l'abbé, confus. — Ohl cher monsieur...
M. DE COURTALAIN. — Ohl damcl... écoutez, vous voudriez me le faire croire que vous ne pourriez pas vous y prendre d'une meilleure façon...
l'abbé, qui lèvelesbras. — Si on peut dire!...
M. PE couRTALAiN. — Je suis fâché avec vous.., très fâché... Asseyez-vous là, au pied de mon lit... C'est moi qui vais vous administrer... ah I et de la belle manière...
MADAME DE GOURTALAiN, faisant sigtic à sa fille, — Laissons-les, Marie... (Avec un sourire forcé.) Ils vont se quereller... Nous ne voulons pas voir ça...
MADAME DE NAUTAT, à son père. — A tout à l'heure.
M. DE couRTALAiN. — A tout à l'heurc. Je vais embêter l'abbé... Je vais lui parler de Voltaire... (Les deux femmes sortent. Aussitôt la porte fermée^ il tend la main à Vabbé.) Merci, mon cher ami, vous venez me confesser? J'ai compris. C'est le moment.
l'abbé. — Moi? Mais^.. je ne sais pas...
Non...
M. DE couRTALAiN. — Pas de mots... pas de tromperies ! Je suis perdu, je le sais. Avanthier, le docteur était au bout de la chambre, là... près du grand rideau... je faisais semblant de dormir, j'ai l'ouïe très fine. Il a dit à Marie : « C'est une question de jours... ou d'heures. »
l'abbé. — Mais, je vous assure...
M. DE couRTALAiN. — Chut 1 Perdons pas de temps.
l'abbé. — Alors, c'est vrai? Vous consentez?
H. DE couRTALAiN. — Mieux que ça. Je demande. Je n'ai jamais pratiqué, mais j'ai toujours cru un peu, et surtout beaucoup voulu croire, à mes moments perdus. J'ai été élevé proprement. Quand on est vieux et qu'on est au bout, ça se retrouve. Je ne veux pas mourir comme j'ai à peu près vécu : comme un cochon. Ça ne m'atnuse pas de m'en aller, ah 1 fichtre non! mais enfin, j'y vais carrément, comme sur le terrain. Je me dis que c'est ma dernière affaire d'honneur, et qu'il faut me tenir...
J'obéis à un vilain sentiment d'orgueil et de pose, mais je tiens à mourir comme si on me regardait. Seulement... Ah! seulement!... 11 y a une chose que je veux par-dessus tout, et qu'il faut me jurer, l'abbé?
l'abbé. — • Laquelle?
M. DE couRTALAiN. — C'cst de garder tout ça pour vous.
l'abbé. — Comment, cher ami I Mais c'est le secret de la confession I
M. DE couRTALAiN. — Vous n'y êtcs pas. Je
ne vous parle pas de mes péchés! Non... Je veux dire que ma femme et ma fille m'adorent.. .
l'abbé, — Ohl ça, vous avez raison! ces dames...
M. DE COURT ALAIN. — ...ElIcs m'aiment au delà de tout, plus que je ne le mérite... Je vois très bien clair dans leurs pensées depuis un mois. Il n'y a qu'une chose qui leur donne la force et la patience et qui les consolera quand je serai parti, c'est que je n'aurai jamais eu conscience de mon état, que je ne me serai jamais vu mourir... Comprenez-vous?
l'abbé. — Oui... oui...
M. DE C0URTALAIN. — Eh bicu I ça, il faut le leur laisser croire, toujours... ou du moins d'ici quelque temps... jusqu'au bout de l'an. Après, vous pourrez y aller. Vous me le jurez? C'est vous qui avez marié ma fillette, j'ai confiance en vous.
l'abbé. — Je vous le jure. C'est très bien, très courageux ce que vous faites làl...
M. DE couRTALAiN. — Pas si couragcux que ça, allez!... Je construis de belles phrases... mais, dans le fond, j'ai un trac du diable !
l'abbé. — Dieu vous en saura gré.
M. DE couRTALAiN. — J'y compte.
l'abbé, qui s'est i^approché tout contre lui. — Là... pénétrez-vous bien un instant, cher ami, de cette seule pensée : que vous avez mal vécu, mais que vous vous repentez de tout votre cœur...
M. DE couRTALAiN. — Je me repens.
l'abbé. — Que vous croyez en Dieu.
M. DE COURTALAIN. — J'y CFOis.
l'abbé. — Et que vous voulez paraître devant lui dans les meilleures conditions. Comme vous étiez quand vous étiez petit enfant I
M. DE COURTALAIN. — Oh! Oui !
l'abbé. — Cela suffit. Je ne vous tiendrai pas longtemps. Cinq minutes. Vous rappelezvous un peu vos prières ?
M. DE COURTALAIN. — PluS bcauCOUp.
l'abbé. — Une seulement?
M. DE COURTALAIN. — NOU.
l'abbé. — Eh bien ! peu importe, cher enfant. Faites toujours: Au nom du père...
(M. de Courtalain fait le signe de la croix. Vahbé se penche sur luij le prend dans ses bras et Us causent tout bas, tout bas. PuiSy au bout de quelques instantSj la main du prêtre se lève dans Val-
côve^ absout le vieillard qui tient ses yeux fermés y et Vabbé Silvère sort sur la pointe des pieds.)
M. DE couRTALAiN, au moment où Vabbé est près de la porte. — Rappelez-vous?
l'abbé. — C'est juré, bon ami. C'est juré.
M. DE couRTALAiN. — Merci, Reveuez ce soir,
l'abbé, — Je reviendrai.
Derrière la porte.
MADAME DE courtAlain, à Vabbé. — Eh bien?
l'abbé. — Ça s*est passé admirablement I...
Je l'ai confessé... en causant... sans qu'il s'en aperçoive ! . . .
MADAME DE NAUTAT. — Pftuvre père 1 II n'a aucune conscience de son état, n'est-ce pas ?
l'abbé. — Aucune.
MADAME DE NAUTAT. — Tant micux!
MADAME DE COURTALAIN. — C'cst la SCUlc
chose qui nous console. (Et les deux femmes pleurent.)
JACQUES DE LANDELIE, treute-huit atis.
MADELEINE JAUMONT, vingt-SlX aus.
Chez Landelie. Le parfait rez-^e-chaussée du célibataire souvent niarié. Des bibelots en veuxtu en voilà. Beaucoup de pittoresque et de goût dans la mise en scène. En hiver ^ à quatre heures de Vaprès-midi.
JACQUES es^ seul. Voici ce qu'il pense. — Il a beau être quatre heures passées, je suis sûr qu'elle ne va pas tarder. Une femme vient toujours à un premier rendez-vous. Ça ressemble
à une calinotade ce que je dis là.... Mais je m'entends. Pauvre petite nymphe!... Et si émue ! quand elle va s'amener d'ici cinq minutes, le cœur battant, cramponnée à Tidée de se défendre et de ne rien accorder... Si elle se doutait de ce qui la guette ! Elle n'est pas bète, mais je suis plus malin qu'elle. (Ici^ deux coups de timbre,) La voilà. (Il va ouvrir. Bruit de portes. Entrée silencieuse. Parfums. Froissements de soie. Madeleine est maintenant assise dans un grand fauteuil Louis XIII ^ et Jacques, debout^ cynique et déférent y la regarde. Il la regarde avec un petit ceil qui signifie : « Eh bien ? eh bien ? Nous y sommes donc venus tout de même chez ce monstre? » — Elle ne dit rien et ne sait par où commencer.)
JACQUES. — Puisque vous vous taisez, c'est moi qui attaque.
MADELEINE. — Nou. Laissez-moi parler la première.
JACQUES. — Alors, tout de suite... parce que je ne veux pas gâcher une minute. Les secondes sont précieuses. Allez. Dites.
MADELEINE, avcc Un soupir. — Me voici doncl...
JACQUES. — Je m'en aperçois.
MADELEINE. — Ici même... chez vous.
JACQUES. — Parlant à ma personne.
MADELEINE. — Moi I Madeleine!
JACQUES. — Eh ouil Chimène... qui l'eût dit!
MADELEINE. — Qu'allez-vous peuser de moi?
JACQUES. — Un grand bien.
MADELEINE. — NoU.
JACQUES. — Si.
MADELEINE. — Vous allez Certainement me...
JACQUES. — Mépriser? Pas le moins du monde. Je vous prise trop pour ça.
MADELEINE. — Enfin me prendre...
JACQUES. — Pas aujourd'hui.
MADELEINE. — Vous ne me laissez pas finir...
Me prendre pour une nature bien... légère...
bien...
JACQUES. — Ne cherchez pas de vilains mots pour vous les appliquer. Tout ça c'est du verbiage inutile, chère madame. Je vous connais mieux que vous ne vous connaissez.
MADELEINE. — Bah ! que suis-je alors, pour vous?
JACQUES. — Pour moi? La plus chère et la plus adorable...
MADELEINE. — Nou. Je voulais dire : selon vous.
JACQUES. — Expliquez-vous mieux, en ce cas. Selon moi, vous êtes... Je sens que je vais vous offenser?
MADELEINE. — Je VOUS pardouuc d'avance.
JACQUES. — Eh bien, vous êtes une très honnête, archi-honnête femme... susceptible peut-être... — je dis peut-être — par-ci par là d'un pauvre petit désir espiègle et mutin...
mais littéralement incapable d'aller au delà. Jamais, vous n'avez trompé, même en rêve, Alfred Jaumont, votre époux, jamais vous ne le tromperez. De temps à autre, vous semblez, dans votre tenue et vos propos, donner de vous-même une impression assez défavorable... eh bienl c'est encore par excès de vertu. Vous ne sortez ainsi, en apparence, de vos devoirs que parce que vous êtes sûre et certaine d'y demeurer. Je vous ai demandé plus de vingt fois, en vous faisant la cour, de venir un jour, en passant, voir mes bibelots du quinzième, et je savais que vous viendriez.
MADELEINE. — Comment!
JACQUES. — Malgré vos dénégations et vos refus... je le savais. Parce que vous êtes honnête. Si vous ne l'étiez pas, vous seriez restée chez vous, pour me faire croire que vous Tétiez. En entrant ici, bravement, sans défense... vous ne modifiez pas l'excellente opinion que j'ai toujours eu de vous ; aussi, ne tremblez pas, souriez et mettez-vous l'âme à l'aise : vous ne courez, ici, aucun danger, même véniel, et il est superflu de vous poster sur la défensive avec un guerrier sans armes, qui ne songe pas à l'assaut. Et, maintenant, approchez-vous, regardez et touchez, je vais vous montrer ma collection de bossettes. Savez-vous ce que c'est que des bossettes? La bossette est une pièce de mors de bride... A partir du quatorzième siècle...
MADELEINE. — Est-cc quc VOUS VOUS moqucz de moi?
JACQUES. — En aurais-je l'air?
MADELEINE. — Et la chausou. Mon Dieu, ouil
JACQUES. — Ohl madame I vous me remerciez bien mal de ma déférence I
MADELEINE. — Vous avez UDG façon d'exprimer le respect que je trouve injurieuse, et je ne saispas pourquoi j'imagine que vos hommages sont le fait d'une très offensante ironie.
JACQUES. — Préférez-vous que je vous manque? Est-ce le muletier ou l'homme du monde qu'il vous faut?
MADELEINE. — Un juste milieu.
JACQUES. — Que voulez-vous? Moi, je suis pour les outrances. Tout l'un pu tout l'autre.
MADELEINE. — Si je suis vcnuc... en somme, c'est que ça me faisait plaisir. M'avez-vous dit que vous m'aimiez ?
JACQUES. — J'ai pu le dire.
MADELEINE. — Le pCUSicZ-VOUS ?
JACQUES. — J'ai pu le penser.
MADELEINE. — N'cst-il pas naturel et presque excusable que je l'aie cru... ou que j'aie été tentée de le croire ?
JACQUES. — Honnête et loyale comme vous êtes? cela est inadmissible I Vous ne pouvez pas ajouter foi un seul instant à mes soupirs.
MADELEINE. — Et pourquoi ?
JACQUES. — Parce que vous me connaissez...
D'abord de réputation...
MADELEINE. — C'est vrai. Elle est plutôt mauvaise.
JACQUES. — Vous voyez bien!
MADELEINE. — Mais il y a des fausses réputations.
JACQUES. — Non. Et puis, comment une femme aussi perspicace et aussi fine que vous n'a-t-elle pas vu tous les mensonges de mes regards, et senti les faussetés de mes paroles ? Je vous ai parlé d'amour, et toujours d'amour...
MADELEINE. — Eh bien?
JACQUES. — Ce n'était pas vrai. Je ne suais que de désir. Je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimée.
MADELEINE, rêveusB. — C'cst cucorc un genre d'amour, le désir.
JACQUES. — Bien basl
MADELEINE. — Le grand amour ne finit pas plus haut.
JACQUES. — Allons I vous commencez à m'étonner !
MADELEINE. — J'aime mieux ça.
JACQUES. — Je vous demande pardon, tout à l'heure, de vous avoir jugée d'une façon aussi... absolue.
MADELEINE. — 11 n'y E quG demi-mal, et tout peut se réparer.
JACQUES. — Comment?
MADELEINE. — Cherchez 1
JACQUES, — Non... Pas si bête!... Je sens que vous me tendez un piège. (Il se lève.) La bossette la plus rare est la bosselte vénitienne, émaillée...
MADELEINE. — Laissous là les bossettes.
Allons droit aux vrais bibelots!
JACQUES. — Je ne demande pas mieux...
surtout si c'est du moderne.
MADELEINE. — Vous êtes pour le désir?
Moi aussi.
JACQUES. — Oh!
MADELEINE. — Ne m'iuterrompez pas. Cinq minutes de patience, et je suis à vous.
JACQUES. — C'est trop long à attendre.
MADELEINE. — Peusez-vous que vous soyez le premier qui ayez daigné me remarquer et me le dire? Que d'hommes, déjà, m'ont adorée et fatiguée de leur passion, au point de me rebuter avant les assommantes délices qu'ils me proposaient ! Vous seul me plaisez par la nette franchise de vos aveux. Vos ambitions sont froides.. .
JACQUES. — Mais non I
MADELEINE. — ... Catégoriques et limitées.
Elles sont cousines des miennes...
JACQUES, — Marions-les.
MADELEINE. — Se rencontrer, se plaire, se comprendre, se deviner sans s'estimer, se convoiter secrètement, se trouver seuls un jour, se posséder une heure.
JACQUES. — Puis se quitter...
MADELEINE. — Même pas se quitter... Les cœurs ne se sont rien donné 1 Disons s'en aller, chacun de son côté, et cela sans regrets, sans remords, sans déchirements, sans drame, ni pleurs. N'emporter chacun qu'une agréable et douce reconnaissance, toute physique et lasse, avec cette joie particulière de s'avouer qu'on a été deux raffinés, bien d'accord à prendre en passant une belle séance de sensations... Et puis, c'est tout, on ne recommencera jamais, jamais.
JACQUES. — Ou du moins pas ensemble.
MADELEINE. — Bicu cuteudu. N'cst-ce pas là le bonheur et la vraie malice? Est-ce que ça ne vaut pas mieux que l'amour bêlé? N'est-ce pas que vous ne m'aimez pas? Répondez?
JACQUES, cmèa//^. — Non. Mais c'est pire.
MADELEINE. — Dites : Je ne vous aime pas.
JACQUES, toiU à fait fou. — Je ne vous aime pas.
MADELEINE, éclatant de nre. — Enfin ! Eh bien 1 alors, cher monsieur, je n*ai plus rien à faire ici et je m'en vais. Vous êtes roulé. (Elle fait un petit salut de la tête^ sec et moqueur. Et elle sort.)
JACQUES, seul et abruti. — En voilà une sacrée petite visite !
« LA DAME DU MARDI
« LA DAME DU MARDI
JULIETTE GALBERT, Soixante ans.
LOUIS GALBERT, vingt-huit ans.
UNE DAME, cinquante-six ans.
Dans une vieille et sale maison du quartier des HalleSj un petit logement au sixième^ sous les toits; un lit boiteux, une table, deux chaises, trois casseroles pendues au mur, avec un bénitier de faïence. Pas de feu. En décembre. Juliette Galbert et Louis sont seuls. C'est le matin.
LOUIS. — Alors, c'est non?
JULIETTE GALBERT. — Je ne peux pas.
LOUIS. — Tu ne veux pas, oui.
JULIETTE GALBERT. — Je te dis que je ne peux pas.
LOUIS. — Allons donci
JULIETTE GALBERT. — Regarde autour de toi. Je n'ai plus rien, j'ai tout vendu.
LOUIS. — Alors, tu as de l'argent? Tu vois bien que tu en as, et que tu mens?
JULIETTE GALBERT. — J'en avais un peu, c'est vrai, mais je ne l'ai plus.
LOUIS. — Quoi que t'en as fait?
JULIETTE GALBERT. — Je l'ai douné.
LOUIS. — A qui, bon Dieu?
JULIETTE GALBERT. — A la femiDô Loise.
LOUIS. — A cette saleté?
JULIETTE GALBERT. — C'CSt UUO hounête
femme, tu ne sais pas ce que tu dis.
LOUIS. — Si, je le sais, j'ai de l'instruction, et de la capacité I
JULIETTE GALBERT. — Et puis c'cst la
nourrice de ton enfant, tu l'oublies,
LOUIS. — Je m'en f...
JULIETTE GALBERT. — Ou lui devait vingt francs...
LOUIS. — Et tu y a donnés?
a LA DAME DU HARDI » 167
JULIETTE GALBERT. — Hier même.
LOUIS. — Nom de D... 1 Pour du lait I
JULIETTE GALBERT. — AUous, laisse-moi, va-t'en...
LOUIS. — Oh! que je te... Si je me retenais pasi
JULIETTE GALBERT. — Oul... tu me ferais mon affaire?
LOUIS. — Mais c'est bien possible I... Toute ma mère que tu es ! Ça ne m'épate pas, moi, que tu sois ma mère! Tu me connais?
JULIETTE GALBERT. — HélaS I OUI.
LOUIS. — Eh bien! en ce cas, navigue, et ne fais pas l'espiègle.
JULIETTE GALBERT. — C'cst bon. Va promener.
LOUIS. — Minute, Il me faut vingt francs, ou je m'enracine ici.
JULIETTE GALBERT, kaussant ks épaules, — Quel malheur !
LOUIS. — Vingt francs.
JULIETTE GALBERT. — Va-t'en, je te dis.
Tu es indigne.
LOUIS, — Vingt haricots, ou je te cogne.
JULIETTE GALBERT» — CogUe.
LOUIS. — Ahl la s Et tu te dis ma
mère?... T'es pas ma mère... T'es moins que rien, une mère des rues...
JULIETTE G ALBERT. — J'élève ton enfant.
LOUIS. — T'as pas de mérite. Tu l'aimes.
JULIETTE GALBERT. — Ahl SaUS lui...
. LOUIS. — Quoi, sans lui? Que que ça veut dire cette phrase avec les yeux au ciel ?
JULIETTE GALBERT. — RieU.
LOUIS. — Surveille ta langue. Et puis, ne m'embête pas avec le môme. Parce que...
JULIETTE GALBERT, effrayée. — Parce que?
LOUIS. — Rien. Je m'entends aussi. Enfin, écoute ton garçon qui est là devant toi. Il me faut vingt francs aujourd'hui, ce matin.
JULIETTE GALBERT. — Mais...
LOUIS. — Il les faut à Louis Galbert.
Arrange-toi.
JULIETTE GALBERT. — Tu me fcras mourir.
LOUIS. — Pas de danger! V'ià vingt ans que tu me promets ça I fil ce moment on frappe à la porte.) On frappe à ta case.
JULIETTE GALBERT, aUant en hâte, à la porte. — Oui... je sais...
a LA DAME DU MARDI » 169
LOUIS, la retenant. — Halte. C*est bibi qui va... Tas l'air tout chose... Qui donc que t'attends? hé?
JULIETTE GALBERT, troublée. — Pcrsonne. (On refrappe.)
LOUIS. — Si, (Haut.) Voilà, voilai (Il ouvre. Une dame est devant lui, une dame de cinquante ans environ, en noir, Vair triste et doux, des bandeaux gris, avec un livre de messe à la main.) Ah ! pardon, excuse!...
LA DAME. — Bonjour, madame Juliette...
JULIETTE GALBERT. — Boujour, madame.
(Montrant Louis.) Mon fils.
LA DAME, à Louis. — Ah 1 c'est vous...
(Elle le regarde longuement.) J'espère que vous êtes bon pour votre maman ?
LOUIS, riant. — Ohl... on la bouscule des fois, mais le cœur y est.
LA DAME. — Il faut être bon pour elle, vous entendez? très bon.
LOUIS. — Est-ce qu'elle vous a dit quej'étais malicieux?
LA DAME. — Non.
LOUIS. — A la bonne heure. Ça m'aurait étonné.
LA DAME. — Eh bien, madame Juliette, êtes-vous un peu moins triste, aujourd'hui?
JULIETTE GALBERT. — Ça dépend , madame ?
LA DAME. — La dernière fois, vous étiez bien abattue. Avez- vous repris courage?
JULIETTE GALBERT. — Guère.
LA DAME. — Qu'est-ce qui ne va pas encore, voyons ?
JULIETTE GALBERT. — Tout.
LOUIS. — Ne Técoutez pas trop, madame.
Elle aime de se plaindre,
LA DAME. — Oh! si elle se plaint, je suis sûre qu'elle a de bonnes raisons, car elle est bien vaillante.
JULIETTE GALBERT. — Oui.
LA DAME. — Comment va le petit?
JULIETTE GALBERT. — Pas mal, madame, mais pas bien non plus. Il ne profite pas. Il est tout menu, sans force...
LOUIS. — Il grandira, quoil II a do qui tenir 1
LA DAME. — Mais oui. Ne vous laissez pas aller au découragement, ma bonne madame Juliette... Vous savez qu'on ne vous abandonnera pas. . .
c LA DAME DU MARDI » 171
JULIETTE GALBERT, émue. — Ohl Hiadamel madame I
LA DAME. — Depuis trois mois que je vous rends visite tous les mardis... je me suis attachée à vous, parce que vous êtes intéressante, honnête et bonne... Avez-vous besoin d'argent? Oui, n'est-ce pas? Toujours un peu.
JULIETTE GALBERT, nette. — Non, madame, Merci.
LA DAME. — Non? N'ayez pas peur. Ditesmoi franchement.
LOUIS, à sa mère. — Dis franchement, puisque madame a la gentillesse...
^ JULIETTE GALBERT. — Mcrci. Je n'ai besoiu de rien... du moins pour aujourd'hui...
LA DAME. — N'ayez pas honte... Je vous en prie...
LOUIS, à sa mère. — Puisque madame t'en prie...
JULIETTE GALBERT, dvremsTit. — Nou. Je ne veux pas, là.
LA DAME, étonnée. — Comme vous me dites çal Est-ce que je vous ai offensée?
LOUIS, à la dame. — Pardon, madame!
elle est aigrie... Vous savez I (A sa mère.) V'ià
que tu fais la répondeuse avec madame, à présent!
JULIETTE GALBERT, éclatant. — Eh beu, oui, làl... Je n'en peux plus, et ça m'étoufife. Tant pisi (A la dame.) J'ai pas le sou, madame; j'ai tout vendu ce qui me restait, la semaine dernière, pour payer la nourrice de mon petitfils ; je manque du pain et du reste, et je voudrais être morte, s'il n'y avait pas l'enfant. Seulement, je ne veux rien de vous, pas vingt sous, pas dix centimes, parce que c'est de l'argent perdu. Mon garçon me le prendrait une fois que vous seriez partie.
LOUIS, riant forcé. — Moi?... Ah ben, ma-' man, vrail...
JULIETTE GALBERT. — Oui, lui, CC mOUStrO-
là, qui me vole toutce quej'ai, qui a fait mourir de chagrin ma bru à l'hospice...
LOUIS. — Pas de chagrin. D'une tumeur qu'elle avait aux boyaux.
JULIETTE GALBERT. — A CaUSC d'un COUp
de pied dans le ventre que tu y avais donné, gredin !
LOUIS. — Des blagues. On jouait.
JULIETTE GALBERT. — Il m'cst tombé sur
a LA DAME DU HARDI » 173
les bras avec son fils, y a de ça quinze mois. Il ne fait rien, il ne veut pas travailler, c'est un feignant. Moi, sa vieille mère qui n'ai plus que la peau sur l'échiné, faut que je le nourrisse et l'entretienne, pour qu'il boive des sirops et qu'il coure les bals publics avec des vermines...
LOUIS, à la dame. — Excusez, madame, elle est aigrie.
JULIETTE GALBERT. — ... Etpasplustard qu'il y a cinq minutes, il me faisait la vie pour avoir vingt francs I Comme si je pouvais avoir vingt francs I Mais, d'abord, je les aurais qu'ils ne seraient pas pour lui!... Ah non I Voilà pourquoi je vous remercie et je ne veux rien.
LOUIS, à sa mère. — T'as fini?
LA DAME, à Louis. — Ne parlez pas. Je ne veux pas savoir ce qu'il y a de vrai là dedans. J'ai beaucoup de peine de ce qui se passe...
LOUIS, à sa mère. — Tu vois... tu fais delà peine à madame! Bon sang!
LA DAME. — Chut!... Que tout soit fini. Je veux vous quitter en bon accord. La vie est si courte et si malheureuse, allez, mes pauvres gens, qu'il ne faut pas encore l'aggraver par
des disputes... et des mots !... Une mère et son fils... Voyons 1 (A Louis.) Demandez pardon à votre maman, tout de suite... je le veux...
LOUIS. — Je suis tout prêt, moi. C'est elle qui m'a pris d'inimitié...
LA DAME. — Mais non. (Lmis s'approche.
A Juliette Gaiôer^J Embrassez-le. Il sera meilleur pour vous. (A Louis.) N'est-ce pas? Vous me le promettez ?
LOUIS. — Mais je suis un cœur, moi, madame, quand on ne m'obstine pas. (A sa mère, lui tendant sa joue.) Baise ton gars. (Ellelebaise, les yeux fermés.) Là, t'es belle.
LA DAME, à Louis. — Tcuez. Voilà vos vingt francs. (Elle les lui remet.)
LOUIS. — Ohl madamelÇa!... non... Çal...
c'est d'un chouette !
LA DAME, tendant deux pièces d'or à Juliette. — Et vous, en voilà quarante... pour le petit... qu'il ne manque de rien...
JULIETTE GALBERT, pleurant. — Ohl madame! C'est trop... Madame. (Elle lui prend les mains et les embrasse.) .
LA DAME. — Laissez donc... Ça me fait plus de plaisir qu'à vous...
«r LA DAME DU HARDI » 175
JULIETTE G ALBERT. — Comment VOUS remercier?...
LA DAME. — Priez pour moi. Je prierai pour vous. (Elle va vers la porte j et se retournant avant de sortir.) Allons, mes amis... aimez- vous. Je reviendrai mardi. Aimez-vous! (La dame sort^ descend Vescalier. On entend décroître à chaque marche le bruit lourd et lent de ses pas.)
LOUIS. — Alors, voilà trois mois que cette vieille taupe vient ici te lâcher de la braise tous les mardis, et puis que tu ne me le disais pas? Canaille !