‹ Les petites visitesChapitre 13 sur 15 · MAMAN · texte numérisé non relu

MAMAN

JEANNOT, sept ans.

LiLi, dix ans.

Maman coud. Les enfants, assis par terre, s'amusent avec une quantité de jouets épars. C/est le m^tin^ avant déjeuner.

JEANNOT, soudain réfléchi, — Alors, maman, c'est encore le petit Jésus qui a apporté tout ça? MAMAN. — C'est encore lui.

JEANNOT. — Cette nuit?

MAMAN. — Mais oui.

JEANNOT. — A quelle heure?

MAMAN. — Vers les minuit.

JEANNOT. — A l'heure qu'il est né ?...

Résonnez musettes I

MAMAN. — Sans doute.

JEANNOT. — Il est gentil. Surtout pour le chemin de fer mécanique.

MAMAN. — Ça t'a fait plaisir ?

JEANNOT. — Beaucoup. Je lui écrirai pour le remercier. Une petite lettre, sur mon papier à décalcomanies,

MAMAN. — C'est ça. Elle n'a pas besoin d'être longue.

JEANNOT. — A quelle boite, il faudra que je la jette, dis, petite mère ?

MAMAN. — C'est trop loin. Tu me la donneras.

Je la ferai porter par Jean.

JEANNOT. — Non. Papa dit qu'il oublie souvent les lettres. Je veux que ça soit toi.

MAMAN. — Je la jetterai.

JEANNOT. — Un timbre de combien tu mettras? Un de cinq francs ?

MAMAN. — Juste.

JEANNOT. — Oh 1 ça coûte cher d'écrire au ciel I C'est toi qui me paieras le timbre ?

MAMAN. — Oui. Joue.

jEANNOT. — Dans combien d'années qu'elle arrivera, ma lettre?

MAMAN. — Tout de suite.

JEANNOT. — Aussi vite qu'une prière?

MAMAN. — Aussi vite.

JEANNOT. — Je t'aime bien, petite maman.

MAMAN. — Moi aussi, mon trésor. Seulement veux-tu ? ne parle pas tant, parce que ta petite mère a bien mal à la tète !

JEANNOT. — Alors tu souffres?

MAMAN. — Beaucoup.

JEANNOT. — En ce cas je n'aime plus si fort le petit Jésus.

MAMAN. — Et pourquoi donc ça?

JEANNOT. — Parce qu'il ne souffre pas, lui.

C'est pas juste.

MAMAN. — Mais il a souffert, mon mignon.

JEANNOT. — Quand donc ça, s'il vous plaît?

MAMAN. — Quand il s'est fait homme, et qu'il est venu sur la terre, et qu'il est mort sur la croix.

JEANNOT. — Tant pis. Il n'avait qu'à pas bouger de chez lui.

Îi4 LES PETITES VISITES

MAMAN. — Tu dis de vilaines bêtises.

JEANNOT. — Comment se fait-il que sur mon chemin de fer, il y a une étiquette du magasin du Paradis des Enfants ? Ça n'est donc pas le petit Jésus ?

MAMAN. — Si, c'est lui. Mais où veux-tu qu'il se fournisse, si ça n'est pas au paradis?

JEANNOT. — C'est vrai. Mais ma trompette était dans une botte du Bon Marché. Le petit Jésus ne va pas au Bon Marché.

MAMAN. — Si. Parce que c'est moins cher là qu'ailleurs.

JEANNOT. — Et il en a tant à donner 1 Tu as raison. Je voudrais le voir.

MAMAN. — Il est invisible.

JEANNOT. — Comment est-il fait?

MAMAN. — Comme sur les images...

JEANNOT. — Blond?

MAMAN. — Oui, avec des yeux bleus.

JEANNOT. — Qu'en sais -tu, puisqu'il est invisible?

MAMAN. — Moi, rien. Mais il y a des gens qui l'ont vu.

JEANNOT. — Qui ça?

MAMAN. — Les saints.

PREMIERE DÉSILLUSION :2lS

JEANNOT. — Où demeurent-ils?

MAMAN. — On ne sait plus.

JEANNOT. — Ils sont déménagés?

MAMAN. — Non. Ils sont morts.

JEANNOT. — C'est embêtant.

MAMAN. — Allons, ne pense pas à tout ça et amuse-toi gentiment avec Lili. Elle est plus sage que toi, ta sœur ; elle ne dit rien.

JEANNOT. — C'est qu'elle n'a rien à parler (A sa sœur.) T'as reçu aussi des belles affaires dans tes souliers. Mais ça n'a pas l'air de te faire plaisir ? Tu ne joues pas avec ?

Page 1