SCÈNE VI
DUFOURàGE, GENEVIÈVE.
GENEVIÈVE, a part.
Il est seul... v'ia le moment de lui parler.
Bonjour, la belle enfant...
GENEVIÈVE
Vot' servante , M. le Fournisseur.
DUFOURAGE.
Venez vous în'aiinoncer que vous avez de l'avoine ou du foin au service de notre brave cavalerie ?
GENEVIÈVE, hésitant.
Ob î non... Je ne vicsis point pour vous annoncer çà... mais je voudrais savoir, si c'est vrai qu'on punirait un queuqu'-z-un qui pourrait par hasard en avoir...
DUFOURAGE.
Je vous comprends... écoutez , je m'intéresse à roua , et je ne voudrais pas vous voir dans une mauvaise affaire... GENEVIÈVE.
Comment , mais je ne vous ons rien dit...
DUFOURAGE Vous pensez bien qu'un administrateur de ma force... saisit les choses du premier coup d'oeil... mais je suis étonné que votre mari n'ait pas déjà envoyé ses fo tirages au quartier général...
GENEVIÈVE
Ah ! mon dieu , mon dieu... Vous savez qne j'en avons?..
DUFOURAGE.
Vous avez eu le plus grand tort de le garder...
GENEVIÈVE
Mais dame, il ne faut donc pas que nos bêtes fassent leur quatre repas... parce qu'ils ne sont que des chevaux de campagne...
DUFOURAGE.
Oh ! ma chère, où en est la nécessité? A liez- vous comparer les chevaux qui portent du beurre et des légumes aux nobles coursiers qui portent les housards du vingt-deuxième. GENEVIÈVE.
Tout de même ils nous font plus de profit.
DUFOURAGE.
II n'en est pas moins vrai que vous avez eu tort... car, avouez q uc vous avez dérobé peut-être une centaine de bottes de foin...
GENEVIÈVE
Non , non , une soixantaine , tout an plus !... et c'est pour une misère comme ça , qne vous nous feriez de la peinje ?
DUFOURAGE.
Ma foi , je ne vous cache pas que vous êtes fort exposés!
GENEVIÈVE
Ali! vous me faites peur ! Ce maudit loin, j'alions l<
brûler !..
DUFOURAGE.
Gardez-vous en bien ! ruserait pire encore... vous tomberiez naturellement dans les incendiaires.
GENEVIÈVE
Mais, comment donc faire '.. foi d'Geneviève, je voulais vous l'envoyer... mais vous savez que nos ebarettes ont été mises en réquisition.
DUFOURAGE.
Et quel bonneur pour vous... Elles ont servi de ebar à la victoire.
GENEVIÈVE
,1'nous serions ben passé de c't bonneur là, niais je vous en prions , M. le fournisseur... p't-ètre qu'on viendra tout piller chez nous...
DUFOURAGE.
On se contenterade vous faire payer une bonne amende et de confisquer ..
GENEVIÈVE
Ce n'est pas moi qui ai peur du pillage, mais c'est not' homme qui ne peut pas en entendre parler. DUFOURAGE Eh bien ! écoutez, je m'intéresse à vous... et pour vous rendre un vrai service, je vais vous envoyer un fourgon qui vous dé barrassera de tout le foin que vous avez...
GENEVIÈVE
Comment, nous débarrasser? vous ne ne le paierez ddhc
point?
DUFOURAGE,
Si , si.. . nous allons faire notre marché, soixante bottes de foin, qu'fist-ce que ça peu valoir?., quatre ou cinq ducats. GENEVIÈVE.
Oh ! mieux que ça !... C'est le plus beau foin qu'on peut vtftfs
donner...
DUFOUB V (".)..
Mettons en cinq . Dans un moment comme celui-ci, les moyens de transpoi t sont extrêmement cbers. Vous ne liou- \ -criez pas s.n fourgon quand vous le paieriez au poids de l'or... M.iis je suis accommodant, je vous enverrai un fourgon... Vous me donnerez vingt ducats pour la location , et je vous achète \ otre loin. .
i.r.M vii.ve.
Ab ! ça, comment que vous arrangez tout pa. . c'est un drôle
( i3. ) de marché... le foin d'un côté , le fourgon de l'autre..: et pis c'est moi qui vous redois de l'argent...
Oui, mais vous vous débarrassez de ce malheureux foin, de ce funeste foin, et vous y gagnez encore. Si vous ue comprenez pas ça, vous n'entendez rien à l'arithmétique... GENEVIÈVE.
Ah ! ça se peut bien... mais pourtant il me semble ( à pari. ) Par exemple, j'irai consulter là dessus mon oncle le bourgmestre.
DUFOURAGE.
Mon enfant... entrez là dedans , dites à mon secrétaire qu'il vous donne un îaissez-passer... et remerciez moi de ma bonté.
GENEVIÈVE
Allons... je vous remercie toujours... mais c'est drôle, quoique ça !
DUFOURAGE.
Dépèchez-vous... J'ai autre chose à faire que de rendre service à des paysans... ( II la pousse dans la maison. ) Aussi bien, j'aperçois une figure qui semble vouloir me parler. GENEVIÈVE.
Il a beau dire, j'sais pas, c'est un marché comme je n'en ons jamais fait.