‹ Les petits appartemensChapitre 222 sur 356 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BLANCHE, YOLANDE, ensuite OLIVIER , et puis RAYMONT.

YOLANDE

Eh ! quoi , Madame , est-ce que vous hésiteriez à l'accepter pour mari?

BLANCIIE.

Ah ! dame Yolande , il est si laid!

YOLANDE

Quand on a de la vertu , un mari est toujours assez beau.

olivier, paraissant.

Ah 1 Blanche !

BLANCHE

Eh bien ! eh bien ! que venez-vous faire ? air : Cest moi ! ( de Léôcadie. )

OLIVIER

C'est moi ! ( bis. ) le tyran est parti , J'ose à peine un instant me présenter ici. . . .

Je tremble , mais du moins je vous vois Pour mon cœur

C'est encor du bonheur!

BLANCHE

C'est lui ! ( ter. ) Quoi? vous osez ainsi, Malgré notre tyran, vous présenter ici ? Je tremble ; mais du moins je le vois... pour mon cœur C'est encor du bonheur !

Yolande , se plaçant entr'eux.

Sortez! ( ter. ) Quoi ? vous osez ainsi , Devant moi , sans rougir, vous présenter ici ? Imprudent! gardez-vous d'outrager la pudeur D'uni' dame d'honneur !

( '9 ) olivier, passant de Vautre côté, à Blanche. Si vous saviez comme j'ai tremble' ponr vous et pour moi.

BLANCHE

Ah ! je connais tout votre amour.

YOLANDE, se plaçant entr'eux.

Madame. . .

BLANCHE

Dame Yolande.

Apprenez qu'on m'a nommée votre chaperon, et que votre honneur m'est aussi cher que le mien; aussi je ne souffrirai pas. . .

OLIVIER

Dame Yolande , Raymont le veut !

YOLANDE

Raymont !

OLIVIER, à part.

Le nom produit son effet. ( A Blanche.) Vous ne pouvez consentir à épouser votre tuteur.

BLANCHE

Oh non! jamais; et quelque désir que j'aie de prendre un époux, j'aime mieux m'en passer.

YOLANDE

Et voilà ce que je ne puis souffrir! et je cours prévenir mon seigneur et maître.

BLANCHE

Grand dieu !

olivier , la retenant.

Yolande! Raymont ne le veut pas !

YOLANDE

Est-ce qu'il saurait? n'importe , je dois. . .

OLIVIER

Vous n'irez pas ; et s'il le faut, pour vous arrêter , Raymont viendra lui - même. ( Très - haut. ) Raymont, Raymont ! ( Il frappe du pied. )

RAYMONT j levant la trappe.

Même air.

C'est moi! { ter. ) n'allez pas me trahir ? Vous m'avez appelé , je viens pour vous servir ! . . .

( ao

J'entendais tout de Jà. . . Je vais à la douceur Ramener sa pudeur.

BLANCHE

O ciel ! que vois-je ici?. . . l'effroi vient me saisir!. . . D'où vient-il? de quels lieux le faites-vous sortir ? Pourra-t-il d'Yolande , appaisant la fureur, Protéger mon bonheur!

OLIVIER

C'est lui ! { ter. ) Raymont , vieus secourir Deux malheureux amans qu'elle voudrait trahir. Tu pourras mieux qu'un autre, appaisant sa fureur , Protéger mon bonheur.

YOLANDE

O ciel ! Raymont ! c'est lui ! je n'en puis revenir ! Silence ! devant eux ne vas pas me trahir ! Sois discret, et surtout ménage la pudeur Dune dame d'honneur !

OLIVIER

Ah! Raymont; elle veut nous perdre.

raymont , sortant du trou.

Soyez tranquille; la dame Yolande est trop bonne personne, elle a le caractère si doux... comme ses confitures.

YOLANDE

Silence!... Ah! ma fleur de vertu, que va-t-on dire de moi?

RAYMONT

Eh bien J . . . on dira que je suis un bon enfant. . . voilà tout. ( Il la retient sur le côté de la scène. )

BLANCHE

M'expliquerez-vous par quel hasard?. . .

OLIVIER

Plus tard vous le saurez, mais ne parlons que de notre amour. Vous retournez au château de Cressy ?

BLANCHE

Oui; là je serai la maitresse. Une fois entourée de mes hommes d'armes et de mes vassaux , je fermerai mou château , comme mou cceur , au sir de Brulard.

OLIVIER

Et à moi?

BLANCHE

A vous !

OLIVIER

Me sera-t-il permis de vous revoir, si je puis m'échapper d'ici?

BLANCHE

Prenez garde, le sir de Brulard a des soupçons.

YOLANDE

Oh ! c'en est trop , laissez-moi ; mon devoir . . .

Dame Yolande !

OLIVIER

Je vous en supplie!

RAYMONT, la retenant.

Allez , allez toujours ; je me dévoue.

( Il se jette à ses pieds. )

OLIVIER , à Blanche.

Oh! le Ciel nous prote'gera. Je pénétrerai au château de Cressy , jusques sous vos fenêtres ; et , pour signal , je chanterai cette romance que vous m'avez donnée, mais que je ne puis lire. Vous la chantiez hier.

BLANCHE

Partez , Olivier ; ma tourelle vous sera ouverte.

YOLANDE

Qu'entends-je ?

air : Le luth galant.

Un rendez- vous !

RAYMONT

Vous m'y verrez aussi.

BLANCHE et OLIVIER.

N'en dites rien!

YOLANDE

Moi ! me conduire ainsi !

De sa discrétion , notre amour est le gage , ( A Yolande. ) Pourquoi les chagriner, Je serai du voyage. . .

Le péché qu'on a fait , le plaisir qu'on partage, Il làut le pardonner.

OLIVIER

Eh ! mais écoutez • • • j'entends . . . N'est-ce pas le félon?

YOLANDE

Je suis perdue!

RAYMOND

Et moi donc; s'il me trouve là, mon affaire est faite.

BLANCHE

Olivier, éloignez-vous; sortez.

OLIVIER

Au château de Cressy !

air de la Servante justifiée.

Je pars ! à ce soir !

De vous revoir J'ai l'espérance !

BLANCHE

Mais bêlas ! mon cœur ,

De mon tuteur , Craint la vengeance.

OLIVIER

Près de moi , Calmez votre effroi ! Mon cœur d'avance Ile pond du secret ;

Le bonheur est

Toujours discret.

ENSEMBLE

De vous revoir J'ai l'espérance ; \ Mais hélas ! mon cœur , | Bravant de grand cœur, De mon ) . , Votre |tuteur' Craint la )

Et sa jvenBeance.

( Olivier sort par la droite , et Blanche par la gauche. )

RAYMONT

Hors du trou , ce soir Il va me voir !

Quelle imprudence!

r Je suis mort de peur !

Mon pauvre cœur [Craint sa vengeance.

I YOLANDE

'il vient. . . plus d'espoir !

11 va nous voir !

Quelle imprudence!

Adieu mon honneur;

Mon pauvre cœur ^Craint sa vengeance.

YOLANDE

Ah! Raymont! Raymont.

raymont , à la trappe.

11 vient par ici. . . impossible ! comment faire? Ah! ( // se jette derrière le portrait du sir de Brulard.)

YOLANDE

C'est lui , je me meurs !

( Elle est près du portrait, toute tremblante. )

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