‹ Les petits appartemensChapitre 269 sur 356 · SCÈNE > I · texte numérisé non relu

SCÈNE > I

RAYMOND, EDOUARD, sous le costume de Bcmolini.

RAYMOND , qui a été lui ouvrir.

Mille pardons de vous avoir fail attendre!. - comment, r\ i vous, M. Bemolini, je vous avais dit de ne revenir que sur le midi.

EDOUARD

Saitza dubbio... Ma quand zé vus chez un débilour, zé

avé toujours l'habitoude d'aiiver une heure d'avance,' perche le temps de sonner et d'attendre à la porte , on se trouve zouste à l'heure... je connais ça... d ailleurs, j'ai prévenu la signora qu'on me verrait souvent ici.

Air De Voltaire chez I\ inon.

Oui, je vais chez mes débiteurs ^ ingt fois par jour , c'est mon système.

Mais je vous plains, si ces messieurs Comme moi, logent au sixième.

EDOUARD

Le sixième , il me fait pas peur, Ce trajet ne m'est pas pénible , Et voyez-vous, comme chanteur, Je monte aussi haut que possible.

RAYMOND

Je m'en aperçois... eh Lien ! voyons , puisque la visite que j'attendais n'arrive pas, dépêchons...

EDOUARD

Vi avez raison, dépézons... vi devez au marzand de musique, dont j'ai acheté la créance, deux cents francs... vi devez au tailleur, dont j'ai acheté la créance, deux cents francs ... vi devez . . .

RAYMOND

Eh ! morbleu finissons -, il s'amuse là à me faire des parties d orchestre... \oyonsle morceau d'ensemble.

EDOUARD

Vi voulez dire \e final... j'espère que vous ne le trouverez point trop surchargé daccompagnemens... six cents cinquante francs... cela sonne àlorcille, et c'est, j'ose le dire , harmonieux et facile.

RAYMOND

Facile... facile... cela ne l'est pas à payer; mais enfin vous voilà réglé, et à la première occasion...

EDOUARD

Plus, d'un autre côté...

Comment d'un autre côté.

EDOUARD

Du silence et parlons en mesure... nous avons d'autre part ce concerto que \i avez compose dans un moment d inspiration.

RAYMOND

Un morceau sublime, qui depuis trois ans reste dans la boutique de l'éditeur.

EDOUARD

Patienza... le génie en boutique, il est comme le bon vin en bouteille... avec le temps , c'est du nectar.

Air : Il était temps.

Avec le temps, (bis).

Les difficultés s'applanissent , Pour les beaux-arts et les talens , Qu'importe la marche des ans.

Bien loin que les grâces vieillissent.

Que de beautés qui rajeunissent Avec le temps.

RAYMOND

Que voulez-vous dire ?

KDOUARD.

Que votre concerto il fait fureur: il est parti , il est lancé, on le demande de tous côtés : pour l'Italie et pour l'Allemagne... et dernièrement la diligence de Strasbourg, celle qui a versé l'autre semaine, en portait à elle seule deux ballots... plus cent exemplaires que M. Spontini a fait demander pour le roi de Prusse... plus cent exemplaires

Permettez donc... je nen ai déposé en tout que vingtcinq chez l'éditeur.

EDOUARD, à part.

Ali ï diable... (liant). C'est juste... ma n'y en eut-il qu'un seul, n'avons-nous pas la biographie qui multiplie les chefs-d'œuvre.

V YYMOND.

Ah! j'ai été litogr.iphié !

î.ioi: \iti).

Pies, cette petite cavatine que aï avez faite en vous

jouant.

RAYMOND

Celle-là, je sais qu'elle ne se vend pas...

EDOUARD

La vôtre !... oui : mais nous avons adroitement répandu dans le monde musical , que c'était une cavatine inédite de M. Rossini.

RAYMOND

Eh bien ?

EDOUARD

Eh bien !... le lendemain , il a fallu mettre deux gendarmes à la porte de la boutique , et un troisième à cheval , au coin de la rue. A l'heure que ze dis , on s'arrache la délicieuse cavatine; tous les pupitres de piano, ils en sont tapissés.., on en a vendu douze douzaines d'exemplaires à des auteurs de vaudevilles , qui l'ont mise en pont-neufquinze aux orgues de Barbarie , qui l'ont mise en harmonie ; trente à Al. Collinet et compagnie , qui l'ont mise en contredanse pour Tivoli et le Raiielagh , avec accompagnement de flageolet.

RAYMOND

Toujours par la litographie.

EDOUARD

Toujours par la litographie.

RAYMOND

Dieux !... quel honneur! être joué , chanté, dansé, biographie !...

EDOUARD

Et payé... car le total , pour le concerto et la cavatine, se monte à i,25o francs; et si nous en déduisons les 65o francs du petit Jinal ( montrant son mémoire ) , il nous restera juste : vingt-cinq louis , que je vous apporte en or, dans cette bourse.

raymond , prenant la bourse.

Comment! il serait possible... quel art que la musique! Je vais vous donner un reçu.

EDOUARD

Fi donc !.. entre artiste... la seule favor que ze vi demande, c'est de nous faire beaucoup de Rossini.

RAYMOND

Je vous en donne ma parole d'honneur.

V Artiste. 3

Et même, ce ne serait que du Mozart, que nous le prendrions tout de même , voyez-vous.

RAYMOND

A la bonne heure... j'espère que nous nous revenons.

EDOUARD

D'autant plus facilement , que ze donne des leçons tous les zours ici dans la maison, à un jeune homme qui demeure au premier.

RAYMOND

Gomment! monsieur Edouard cultive les arts? un jeune homme si riche !

EDOUARD

Riche! il ne l'est pas tant que vous croyez... ze vi le dis en confidence... sa fortuuc elle est bien délabrée, et il emploie les débris à acquérir des talons , afin d exercer un jour lui-même.

RAYMOND

Pauvre jeune homme ! alors je le plains.

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