‹ Les petits appartemensChapitre 270 sur 356 · I 1)0 LARD · texte numérisé non relu

I 1)0 LARD

\ i devez plutôt le féliciter d'être tombé sur un professer tel que moi : un virtuose , qui depuis un demi-siècle, fait l'admiration de l'Europe.

RAYMOND

Il y a donc bien longtemps que vous vous occupez de votre art ?

EDOUARD

Ma. . . j'ai quarante ans, et en voilà trente-six que j'exerce.

i; LYMOND. Qu'est-ce que vous me dites-là ?

EDOUARD

La vérité... mon père, chanteur sublime, il était à l'apogée de sa gloire, et tous les musiciens , tous les coneurs, ils disaient qu'il était impossible d'aller plus loin... Eh bien ! moi , monsieur, à l'âge de quatre ans , pas plus haut que cela... j'écrasais mon père, j'étais un colosse de talent. Ma cen'était rien encore : ze composais, ci /.(• peux vous chanter une scène musicale, délicieuse, que z'ai com] osée à l'âge de quatre ans.

RAYMOND

Certainement , j'aurai grand plaisir à vous entendre ; mais je vous avoue que je préférerais quelque chose de plus nouveau, de plus récent.

EDOUARD

Ali! ze m'en vais vous dire, c'est que ze n'ai rien fait depuis... Ecoutez... ze souppoze que 1 orchestre il est là... n'avez-vous pas quelque chose per figurer le maître de mouzique... un. ;buste... une tête à perruque, n'importe. . . ( II prend un buste , qu'il place sur le trou du souffleur}. C'est un maître de chapelle qu'il fait exécuter une scène de sa composition... c'est tout ce qu'il y a de plus dramatique et de plus neuf-, voici le sujet de la scène : un vieux tyran, il adore une jeune personne, belle comme les amours ; et veut en faire sa femme... la jeune personne , elle ne peut pas souffrir le vieux tyran, vu que de son côté , elle aime un beau chevalier, qu'il est parti pour la Palestine.

RAYMOND

Pour la Palestine !

EDOUARD

Vi savez que les beaux chevaliers, ils sont toujours partis pour la Palestine , c'est de rigueur... Le vieux tyran, il fait faire une petite proposition à la jeune personne; c'est de l'épouser , ou de la faire périr sur un bûcher. — La jeune personne, qui compte sur son beau chevalier , pour venir la délivrer, juste au bon moment, se résigne à la mort... elle marche au supplice à pas comptés... son moussoir à la main, comme au grand Opéra... elle pleure, la pauvre petite demiselle, perché ça lui fait pas plaisir. Alors, au moment où l'allumette fatale vient de mettre le feu au bûcher , elle chante un petit duo avec le vieux tyran.

Page 1