LES MEMES, THOMAS
Thomas , parlant, à la coulisse.
Allons, allons , préparez la grande chambre , nettoyez les bancs, mettez la nappe blanche, le notaire pour quatre
heures, le crin crin pour cinq , le souper, les chandelles
ADÈLE, à part.
Le notaire ! que je suis malheureuse !
DEVISE , bas.
!N"e te désole donc pas.
Thomas, entrant.
Jarni ! quel tintoin qu'une noce de mariage/ eh ben ! vous autres vous n' vous remuez pas pus qu'un bachot engravé !
ADÈLE
Mon père
THOMAS
Faut que j' fasse tout , moi! ce futur qui n'arrive pas! et les païens qui s' fout attendre!.... Eh ben , Adèle, tu n' dis rien ? te v'îà comme une audomade ! d' la gaîté , m >rbleu , d' la gaîté ! — Que diable, le jour d' son mariage, faut pas faire une figure d'enterrement.
Air: Reçois dans ton galetas*
Faat nous montrer aujourd'hui
Une mine épanouie}
Dla gaitc , jamais d'ennui,
Le beau jonr où l'on se marie!..
Mais la douleur, le chagrin j
Garde ça pour le lendemain.
J' crois, dieu m' pardonne , qu' t'as les yeux rouges^
Adèle, embarrassée.
Moi!....
THOMAS
T'as pleuré, j'te dis.
C'est que
THOMAS
C'est que.... Est-ce que t'es muette à présent ? ça s'rait du fruit nouveau1.
ADÈLE
C'est que j'ai fait un rêve.
Thomas, vivement.
Un rêve ! ah ! mon dieu , conte-nous ça.
ADÈLE
Vous vous moquerez de moi.
THOMAS
Eh! non, non, v'ià Denise qui nous dira tout d'suite le. dessous des cartes.
ADÈLE
Tenez , mon père , il me semblait que j'élions sur la grande place a danser avec mon cousin Hyacinthe ; v'ià que mon, cousin faisait les doux yeux a la petite Fanchctle
THOMAS
Voyez- vous ça!
ADELE.
Via que Fanchette lui faisait des raines.
DENISE
La coquette!
Et v'ià que mon cousin me plante là, et m'dit qu'il n'veut plus de moi.
THOMAS
I' n'veut plus de toi ! ah ! sarpejeu ! j'voudrais ben voir
qu'i' bronchit d'vant moi! Oh! ça, dis donc; est-ce que
je n' l'y sautis pas au cou pour l'étrangler ?
ADÈLE
Non , mon père : vous causiez avec un autre jeune homme qui me regardait souvent.
THOMAS
Eh bien , qu'est-ce qu'il dit, ce jeune homme qui nous tombe des nues.
ADELE.
Ah ! mon père , il était bien mieux que mon cousin ; il avait un air honnête , poli
THOMAS
Vraiment ?
ADÈLE
Air : vaud. de partie àarrée.
Oui, ce jeune homme avait tout en partage : Aimable et doux, sensible et prévenant:
De sa candeur, ses yeux offraient l'image, Et son regard jurait d'être constant.
D'un bon époux je voyais le modèle ,
Et mon cœur était captivé :
Je le voyais soumis, tendre et fidèle....
J'vois bien iju'tu l'as rêvé. {ter.)
ADÈLE
Enfin , mon père , il s'approcha de vous d'un air ben respectueux; il vous dit qu'il m'aimait, qu'il désirait rn'épouser
et que puisque mon cousin m'abandonnait
thomas, à pari.
Il y a quelque chose. ( haut.) Et qu'est-ce que je répondis au jeune homme.
ADÈLE
Oh ! mon dieu, vous lui dites que
thomas, sévèrement* Hein?
ADELE, timidement.
Mon pore , je me suis éveillée au moment que vous pliiez répondre.
THOMAS
T'as fort bien fait de te réveiller: car tu allais me faire dire quelque sottise. Sois tranquille au surplus, m'if enfant, Hyacinthe ne fera pas les yeux doux à la p'tite Fauche t te...;
ADlh.E.
Moi, je crois aux pressentiinens.
THOMAS
t'as possible.
ADÈLE
Mais enfin, s'il me refusait?.... Je crois bien qwe je serais libre.
THOMAS
Certainement j'serions libres.
DENISE
Et vous la laisseriez maîtresse de son choix.
THOMAS
Oh! pour ça je n risque rien de l'promettre Hyacinthe
te refuser ! un jeune homme aimable, sensible, prévenant,' qui t'adore
ADÈLE
Oh ! qui m'adore !....
thomas , se fâchant.
Oui, mam'zelle, qui vous adore. Jarni! que de raisons! mais tout ça n' sert de rien ; j'veux qu'vous soyez heureuse , et vous serez heureuse.
ADÈLE
Oh ! j'dis heureuse!
thomas , la menaçant.
Ah ! ça , veux-tu finir !... j 'te dis qu'tu s' ras heureuse. Et quant au jeune homme si respectueux, comme il est probable que tu ne le verras jamais....